Bonjour à toutes et à tous,

Je suis ravie de voir que cette fanfic a trouvé son public, n'étant pas sûre de moi quant au traitement des personnages et de l'intrigue.

Pis bon, je doute constamment alors ça ne va pas changer.

Nous en sommes déjà au quatrième chapitre, ça avance mine de rien.

RaR :

Abella : Merci de me suivre sur d'autres fics et pour ta review ^^

Tu as raison quant au comportement probable de Shura : on peut toujours rêver pour qu'il daigne aller prendre des nouvelles en personne mais les choses vont bien finir par se débloquer : )

Ah là là, je suis bien contente si tu aimes cette intrigue, je n'arrête pas de le dire mais je me suis bataillée hardiment avec ces deux zigotos aussi fiers l'un que l'autre. Je te bisoute *3*

Bonne lecture,

Peri.


Chapitre 4

Rien n'est réglé

.

La nuit fût mauvaise pour Shura. Il se retournât dans tous les sens sans trouver le sommeil. Ces temps-ci, son agacement s'amplifiait sans en connaître les causes exactes. Tout et tout le monde l'insupportait. Surtout ce jeune homme imbu de sa personne qui le toisait du haut de sa sagesse.

Shiryu hantât les rêves du chevalier d'or sans qu'il n'en discerne la raison. Il se convainquît du fait que le jeune homme était fiévreux, ni plus, ni moins. Pas besoin de chercher plus loin.

Mais alors pourquoi l'état de santé du Dragon le préoccupait-il à ce point ?

Trop confus pour cogiter plus, Shura se leva pour s'apprêter. Sa fierté ne lui indiquait pas de demander en personne des nouvelles de l'ex bronze. Son côté vieux jeu réapparaissait, il possédait tout un tas de préceptes auxquels il tenait particulièrement.


Il fut interrompu dans la préparation de son petit déjeuner par l'arrivée d'Angelo et d'Aphrodite qui lui venait de son temple. Les deux invités firent comme chez eux, s'asseyant et se servant du café pour l'un et du thé pour l'autre.

— Il n'est pas terrible ton thé Shu, minauda le douzième gardien en grimaçant.

— Ouais, ton café n'est pas torréfié correctement. Ca, ce n'est certainement pas un bon Espresso ! rajouta le quatrième.

S'en suivit une pluie de critiques gratuites quant aux croissants trop rances, au jus de fruit pas frais et une nouvelle fois sur la qualité du café.

Shura ferma les yeux un moment, il n'entendait que la voix d'Angelo couvrir celle d'Aphrodite. Son sourcil frémit, il se mordit la bouche et serra les dents au maximum de ce que la nature pouvait lui permettre – un peu plus et il allait se casser une molaire.

Angelo s'animait tout seul dans l'explication et l'histoire du café de son pays. Il gesticulait dans tous les sens. Face à lui, le troisième comparse l'écoutait en approuvant chacune de ses paroles. Il les buvait littéralement en opinant la tête de manière positive. Shura ne se sentait plus chez lui tout à coup… Un je-ne-sais-quoi d'envahissant c'était introduit dans son temple.

— Et quand je dis qu'il ne faut pas chauffer l'eau trop longtemps j'ai raison, poursuivit Angelo intarissable sur le sujet. C'est le secret de la préparation d'un bon Espresso.

— Hen ! Mais j'ignorais tout ça ! renchérit le chevalier des Poissons.

Un bruit retentit dans la pièce : celui du poing du Capricorne qui cogna le plan de travail.

— Ca suffit, oui ! Est-ce que je peux en placer une ? Je suis chez moi tout de même !

— Mais… Pourquoi t'énerves-tu comme ça Shu ? demanda Aphrodite en papillonnant des paupières.

— On ne fait rien de mal ! Tu es de mauvaise humeur encore ? intervint Angelo qui se retourna vers le dernier chevalier pour continuer son discours.

Et ce fut reparti pour un tour. Fatigué, Shura les laissa parler les deux sans intervenir, accoudé contre son îlot de cuisine. A bien regarder leur manège, tout indiquait qu'ils essayaient de se rapprocher. L'espagnol ne put rester fâché longtemps, ses amis avaient le don de le sortir de son cafard ou de son isolement. Quand il s'éloignait des autres en général, l'un ou l'autre des deux compères venaient pour le ramener à la civilisation. Il savait qu'il pouvait compter sur eux, même sans leur demander.

Shura se sourit intérieurement en se disant qu'il avait une chance formidable de les avoir. A la fin du petit déjeuner, Aphrodite partit en laissant les deux méditerranéens ensemble.

Angelo sirotait une énième tasse de son breuvage noir tandis que Shura faisait la vaisselle.

— Tu recommences à jouer l'ermite, remarqua l'italien.

— Oh non, s'il te plait ! Ne recommence pas ! On a déjà eu cette discussion. Je fais des efforts.

— Pas assez.

— Bon, on peut parler d'autre chose ? demanda sur un ton sec le Capricorne.

Angelo haussa les épaules et répondit.

— Si tu veux. De quoi voudrais-tu parler ? Du fait que tu évites Aio' par exemple ? Tu vas le fuir encore combien de temps ?

Cette fois-ci agacé, Shura se retourna vivement pour défier son ami. Son regard dur ne traduisait rien de bon. Nullement impressionné le Cancer continua.

— Et ouais… Tu te ramollis Shu ! Maintenant tu fais profil bas et tu te débines devant quelqu'un. Qui plus est, un de tes amis d'enfance.

— C'est toi mon seul ami d'enfance, cingla le brun.

— Arrête tu vas me faire pleurer… Sans blague, Aio' aussi est un de tes amis de longue date. D'ailleurs je ne comprends pas ce que tu lui trouvais à ce fayot mais bon, vous vous entendiez très bien. Tu as une seconde chance avec lui, tu peux renouer, peut être pas comme avant mais votre amitié existe encore. Et ne t'inquiète pas, dit Angelo en envoyant un clin d'œil, je ne suis pas jaloux.

— Je viens de te dire que c'est toi mon seul ami d'enfance. Sur ce, la discussion est close, compris ?

— Si tu crois que je vais lâcher l'affaire… Bon, moi je te laisse. Réfléchis à ce que je t'ai dit, aujourd'hui je veux te voir au Sanctuaire faire la causette à tes petits camarades !

Shura soupira profondément en sifflant entre ses dents.

— Vire !

Angelo sortit dans un grand éclat de rire pour le narguer, et le chevalier du Capricorne commença de s'inquiéter quant au plan de son ami.


Comme promis, Angelo revint à la charge en extirpant son ami de son terrier. Il le tira de force dans la maison du Scorpion. Shura faisait la tête en se murant dans un mutisme assourdissant, ce qui traduisait chez l'homme un énervement certain. L'hispanique ne débordait pas comme son camarade, ou ne partait pas dans des discours grandiloquents comme Aphrodite. Non, lui se contentait de se renfermer en affichant bien son mécontentement histoire de faire peur à l'enquiquineur. Manque de chance pour le brun, son ami le connaissait par cœur, qui plus est il n'était pas impressionné par l'air menaçant de Shura.

Une fois arrivé sur le parvis du temple, Angelo se frotta les mains.

— Nous y voilà !

— Que vient-on faire chez Milo, tu peux me le dire ?

— Le voir.

— Quelle logique imparable alors ! ironisa Shura sur un ton sarcastique. C'est bien gentil mais pour le moment je n'ai rien à lui dire de précis. Rentrons.

— Hop hop hop ! héla Angelo en retenant son ami par l'avant bras. Reviens ici ! Milo nous a invité à manger, ça ne serait pas poli de refuser. Surtout que nous sommes juste devant sa maison, il a déjà dû nous voir.

— Surtout que tu ne m'as pas prévenu plus tôt, oui.

— Ce n'est qu'un détail, aller grouille !

A contre cœur, l'espagnol suivit son ami dans les appartements du huitième gardien.

Il ne fût pas surpris le moins du monde en voyant dans le salon, Aioros et son petit frère en pleine discussion animée.

Shura regarda Angelo en biais et maugréa.

— Espèce de traître…

— Tu me connais mon cher… s'en amusa l'autre.

Sans plus de cérémonie, il laissa son camarade en plan au milieu de la pièce pour rejoindre les autres invités. Le traquenard était gros mais Shura s'y laissa prendre. Il savait que ce prétexte d'invitation surprise n'était qu'une manigance pour le confronter à son ancien ami. Il serait obligé de faire bonne figure pour ne pas gâcher le repas et par conséquent, adresser la parole à Aioros plus de deux minutes d'affilées.

Au moment où les méditerranéens firent leur entrée au salon, Aioros dévisagea le Capricorne une fraction de seconde avant de prendre un air dépité et de détourner le regard. Shura ne comprit pas ce comportement, d'habitude le grec le saluait plus chaleureusement. Ses yeux reflétaient une immense peine, c'était sûrement mieux de laisser le dixième gardien de côté pour ne pas souffrir de son rejet.

Au cours du repas, Milo et Angelo animèrent les discussions. Camus jouait le rôle de chef cuisinier à la place de l'hôte des lieux. Seuls Aioros et Shura restèrent muets. L'italien donnait des coups de coude à son comparse sous la table, histoire de lui faire comprendre qu'il devait engager le dialogue. Shura demeurait tendu en tentant de faire abstraction de la lourdeur de son ami. Vu que rien ne fonctionnait sur l'intraitable Capricorne, Angelo y alla franco en formulant innocemment une requête au Sagittaire.

— Dis Aioros, j'aurais un service à te demander…

— Oui, dis-moi, répondit ce dernier en relevant son regard chargé d'intérêt vers sa direction.

— Je dois superviser un entraînement des apprentis demain mais je suis engagé ailleurs vois-tu. Cela ne pose pas de problème pour Shion du moment que je trouve quelqu'un pour me remplacer. Pourrais-tu me dépanner ? Je te revaudrais ce service.

Au même moment, Shura avala sa bouchée de travers et planta ses onyx menaçants sur Angelo.

— Bien sûr voyons ! Je prendrais ta relève demain, pas de soucis, apprit Aioros.

En posant sa serviette de table sur le meuble, l'espagnol prononça d'un ton sec plus qu'il ne l'aurait voulu.

— Mais moi aussi j'y serais.

Aioros cligna des paupières puis s'avisa perplexe.

— Cela te pose un problème ?

Se sentant mis au pied du mur, le récalcitrant se résilia.

— Non, tu tout. Nous nous retrouverons dans l'arène Sud à six heures tapantes.

— Bien j'y serais, rétorqua le concerné sur un ton sérieux.

D'ailleurs, Shura se dit pour lui-même qu'il ne connaissait pas ce ton distant limite méprisant. Son ancien ami devait être extrêmement déçu de son attitude. Il ne pouvait lui en vouloir, après les affronts que le grec avait subi.


Tout le long du reste de la journée, Shura ne put s'empêcher de ressasser son parcours chaotique depuis la résurrection de tous. Il avait envoyé paître un nombre incalculable de fois son ex ami, normal que ce dernier soit sur ses gardes. A lui seul, il réussît le tour de force d'enlever la joie de vivre – de nouveau – au seul homme généreux de ce domaine. Aioros ne méritait pas un tel reniement. Non, au contraire, après ce qu'il vécût il méritait la reconnaissance de ses pairs et le bonheur. Surtout le bonheur. Shura l'en privait en enfonçant le clou de leur passé douloureux. Tout simplement parce qu'il gardait au fond de ses entrailles le goût âpre des remords. Il ne pouvait pas regarder le Sagittaire en face et faire comme si tout allait bien. En allant se coucher, il souffla une énième fois sur la journée de demain qui promettait d'être un véritable calvaire.

Fort est de constater que la matinée se déroulait de la façon la plus désagréable qui soit. Les deux chevaliers se tenaient éloignés l'un de l'autre, donnaient leurs instructions en totale incoordination, ce qui embrouillait les élèves. Ils se coupaient la parole également quand l'un la prenait. Ce fût autant contraignant pour les adultes que pour les enfants. A la pause de midi, les apprentis regagnèrent leurs baraquements pour se restaurer, laissant seuls leurs entraîneurs. Assis sur les gradins, Aioros buvait de l'eau tandis que Shura remettait en ordre le terrain d'entraînement en rangeant le matériel. Ce dernier s'arrêta et épingla son regard chargé de reproches sur son collègue.

— Tu pourrais venir m'aider, non, au lieu de me regarder faire ?

Tout en finissant sa gorgée, le Sagittaire le fixait sans sourciller.

— Pourquoi donc ? dit-il en écrasant le récipient plastifié. Tu t'en sors très bien, et puis comme tu adores ordonner et astiquer je te laisse faire. Tu n'as pas besoin de moi, tu me l'as très bien fait comprendre à notre retour.

Bim, une belle pique dans la face !

Shura n'en voulut pas à son ancien ami, après tout il l'avait cherché comme on dit. Cependant cet aspect corrosif d'Aioros ne s'accordait pas avec sa nature pacifiste. Il devait être désabusé à l'extrême. Pour une fois, l'espagnol ne dit rien afin de ne pas envenimer les choses. La tension était déjà tendue pas la peine d'en rajouter. Il prit donc sur lui pour se contrôler et se radoucit.

— Tu peux aller manger, je finirais seul. A toute à l'heure pour la reprise.

L'autre homme se leva tranquillement et fit juste un signe de tête positif. Cette journée s'annonçait plus longue que prévue.

Une fois la pause déjeuner terminée, tout le monde reprit son poste. Aioros dictait des conseils à un groupe d'enfant, Shura en faisait de même mais à l'opposée de l'arène. Quelques fois, les deux hommes se jetaient des regards chargés d'interrogation à la dérobée, mais personne ne faisait le premier pas. Clairement, l'un comme l'autre avait envie de se parler, comme avant. Ou tout du moins, de renouer les liens brisés. En guise d'accroche, Aioros baissait la tête ou détournait le regard ce qui chagrinait de plus en plus Shura. Tout en continuant sa mission du jour, il repensa à l'aide qu'Angelo essaya de lui apporter. Il avait raison quelque part : il était grand temps de crever l'abcès. Seulement comment procéder ? Sa fierté exacerbée ne lui permettait pas d'aller vers son camarade. Or ce dernier ne tentait plus aucune approche depuis leur dernière discussion dans la maison du Capricorne. Ce jour là le chevalier à la lame affutée avait été bien trop loin dans l'impolitesse, faisant ressentir à son invité qu'il le dérangeait.

A la fin de l'après-midi, Shura sentit son sang bouillir dans ses veines par le mutisme de son camarade. Aioros s'apprêtait à partir, alors d'un pas vif, le chevalier du Capricorne se dirigea vers lui, le retenant au poignet. Surpris par cet élan soudain, le grec se retourna, yeux rivés sur cette main brune qui le serrait. Le serrait de toutes ses forces.

— Tu me fais mal Shura, se contenta d'énoncer le prisonnier.

Ledit Shura contemplait le visage de son ex ami sans bouger d'un pouce, comme statufié sur place. Sa belle résolution s'évaporait autant que les perles de sueur qui gouttaient de son front. Les secondes défilaient, Aioros ne comprenait pas ce que ce cinéma signifiait.

— Peux-tu me lâcher s'il te plait ? réitéra ce dernier.

Shura revint à la réalité, il cligna des paupières, enleva sa main et bégaya.

— Par… Pardon…

— Que t'arrive-t-il ?

Aioros se massait le poignet tellement la poigne de son homologue lui avait fait mal.

— Je ne voulais pas…

— Oui, continue, tu ne voulais pas quoi ?

Le ton compatissant de son vis-à-vis le chamboula. L'espace d'un court instant, il retrouva sa bonté d'âme. Cette gentillesse qu'autrefois il recevait si naturellement.

— Je ne voulais pas serrer si fort. En fait, je ne sais pas ce qu'il m'a pris. Désolé.

Ce fut au tour du Sagittaire de ressentir un pincement au cœur. Il voyait bien la tentative d'approche laborieuse de son pair. Cet intérêt soudain le renversa également. Les traits de son visage se détendirent, son sourire éclata pour faire apparaître ses petites fossettes en haut de ses joues. Enfin son précieux ami tentait quelque chose. Enfin le digne Capricorne se bougeait pour sauver leur lien.

— Ne t'en fais pas, j'en ai vu d'autres tu sais. Shura, tu veux me dire quelque chose de particulier ?

Les lèvres de l'espagnol se pincèrent, ce n'était pas le moment de revenir en arrière. Aioros lui tendait la main, une énième fois sans rancune, sans haine. Shura se tenait aussi droit qu'un « i », rigide et contracté.

— J'aimerais en finir avec tout ça. Tu… Tu me manques, ton amitié me manque. Voilà, c'est aussi bête que ça.

— Je comprends, répondit Aioros en plissant ses yeux. Moi aussi il en va de même. Je pensais que tu ne voulais plus m'adresser la parole.

— Non, ce n'est pas ça. Je ne pouvais pas, tout simplement. Je ne m'en sentais pas capable. Après ce qu'il s'est passé, tout le mal que je t'ai fait et aussi à ton frère. Je pensais que tu voulais probablement te réapproprier tes marques sans moi, alors je t'ai laissé tranquille. Et puis…

Au même moment où Shura baissa la tête, Aioros comprit qu'il se fustigeait. Afin de ne pas le laisser s'enfoncer, le grec se rapprocha de lui, posa sa large main sur son épaule et prononça d'un ton rempli d'empathie.

— Inutile d'aller plus loin. Ce n'est pas le moment de ressasser le passé, on le connaît déjà. Par contre nous avons du temps à rattraper nous deux. Si tu venais chez moi pour le dîner ? Nous aurons le temps de parler plus en détails de tout ça plus tard. Je veux juste profiter de mon meilleur ami, c'est tout.

Aux paroles sincères et réconfortantes du neuvième gardien, le brun releva les yeux complètement perdu et incrédule. Cela était rare lorsque l'hispanique se trouvait dans la confusion. Jamais il n'aurait espéré une preuve aussi flagrante de la générosité de son plus vieil ami. Aucun doute, il le retrouvait égal à lui-même comme avant. Emu jusqu'au plus profond de ses viscères, Shura ne put décrocher un mot. Il se sentit projeté et plaqué en avant sans qu'il ne comprenne quoi que ce soit. Le chevalier à l'arc venait de l'entourer de ses bras puissants pour une accolade fraternelle. Shura se laissa emporter par ses sentiments qui l'inondaient carrément. A son tour il passa ses bras sur le dos de son double. Sentir son cœur battre de nouveau la chamade demeurait le plus beau des cadeaux. Qu'importait les qu'en-dira-t-on, rien n'avait plus d'importance que le pardon d'Aioros.

OoOoO

Shiryu avait beaucoup à faire de son côté. Il gérait les crises existentielles de Hyõga, les frasques de Seiya et les élans d'enthousiasme de Shun. Le jeune homme n'avait plus une minute à lui. Sans compter le temps qu'il rattrapait avec son ancien maître, ses journées se voyaient raccourcies.

Il aurait dû être soulagé de ne plus voir traîner dans les parages la silhouette altière du Capricorne, mais non, au contraire, ce revirement l'affectait plus qu'il ne l'aurait cru. Depuis son arrivée au Sanctuaire, la cohabitation avec les ors se manifestait compliquée. Surtout lorsqu'il s'agissait de Shura. Son caractère intransigeant n'admettait aucune déficience de la part des autres. Pour couronner le tout, le japonais ne savait pas pourquoi dès qu'ils étaient en présence l'un de l'autre, la tension montait et les critiques pleuvaient. Avec Deathmask les choses s'étaient arrangées mais pas avec l'espagnol.

Sans s'en rendre compte, Shiryu l'observait de loin bien plus qu'au début. Il paraissait détendu, presque heureux. Non, rectification : il l'était réellement. Depuis que les deux ors passaient leurs journées ensemble, Shura rayonnait. L'expression sévère de son visage ne changeait pas, pourtant un petit quelque chose pétillait dans son regard, l'illuminant indubitablement. D'ailleurs, le brun ne faisait plus attention à son « rival », se consacrant entièrement à son meilleur ami. Ils partaient souvent en début d'après-midi pour ne revenir qu'à la tombée de la nuit, sillonnant les routes escarpées des rochers, profitant de la mer turquoise ou tout simplement pour se défier dans des compétitions sportives. Aioros adorait provoquer Shura pour le pousser à se surpasser et voir ce qu'il avait dans le ventre. Bien sûr, il leur arrivait d'évoquer le passé. Passé douloureux mais il fallait bien en passer par là. En tout les cas, cette situation déplaisait à Shiryu sans se l'expliquer. Il devenait transparent, comme il l'avait toujours été.

L'ex bronze devenait plus sombre, se renfermant dans sa coquille. Tous les efforts qu'il fît jusque là pour s'ouvrir, se révélèrent vains. Ses amis le remarquèrent, mais en bon philanthrope, Shiryu ne divulgua rien afin de ne pas inquiéter ses amis. Il détestait attirer l'attention sur lui, surtout pour des choses néfastes. Non, lui se consacrait aux autres jusqu'à s'oublier lui-même. Cet altruisme envahissait trop sa vie, la preuve, il ruminait seul de son côté ses tracas personnels.

Comme Seiya ne tira rien de lui, il décida avec l'aide de Shun, d'aller voir Doko. La seule véritable personne qui avait de l'influence sur le Dragon chinois. Le chevalier de la Balance prît cette information très au sérieux et leur promit de surveiller le jeune homme de plus près. Il ne fallait pas le laisser isolé, car ainsi l'occasion de réfléchir sur ses problèmes serait impossible.

L'ancien vieux maître souffla en prenant son infusion, avec son disciple la finesse était de rigueur. Shiryu ne se laissera pas amadouer aussi facilement s'il arrivait avec ses gros sabots.

Quant au souci de Hyõga, il le laissa entre parenthèse pour se concentrer sur son ami qui semblait mal. Au moins, cela eût le bénéfice de l'ouvrir sur les autres au lieu de contempler son petit nombril. Tout à coup, sa relation difficile avec Camus lui semblait bien dérisoire.

(suite...)