RaR :

Abella : Re-coucou Abella et je te remercie une nouvelle fois pour ta review ^^ Je n'ai pas beaucoup montré Shiryu dans le chapitre précédent effectivement, je me suis focalisé sur la réconciliation de Shura et d'Aioros. Pour expliquer le comportement du Sagittaire, à force de se ramasser des vestes par son ami, il était dépité et un peu aigri il est vrai. Il ne savait plus comment l'approcher, cette détresse a réveillé notre espagnol, il s'est lâché, heureusement. Il peut être plus apaisé maintenant.

Oui, Shiryu devient jaloux de redevenir invisible, pauvre petit, je le trouve mignon comme ça. Je ne sais pas ce que Doko mijote, mais sûr qu'il aidera son protégé. J'espère que ce chapitre te plaira tout autant, Kyss !

Bonne lecture,

Perigrin.


Chapitre 5

Admettre la vérité

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Au palais du Grand Pope la morosité régnait en maîtresse. Les protecteurs de la déesse tournaient en rond, ne sachant pas comment rendre le sourire à Shiryu. Non pas que celui-ci soit un boute-en-train mais là, son air sombre démoralisait tout le monde. Ses amis le suivaient à chacun de ses déplacements afin de ne pas le laisser seul. Même quand le japonais souhaitait s'entraîner ou se promener, un de ses compères restait auprès de lui. Comme le jeune homme n'était pas impoli, il acceptait cette présence.

Les ex bronzes mettaient tout en œuvre pour le sortir de ses pensées noires, seulement personne ne savait vraiment pourquoi Shiryu avait changé d'humeur du jour au lendemain. Comme son caractère ne se révélait pas lunatique, tous pensèrent que quelque chose de grave lui était arrivé.

Doko aussi surveillait son protégé à distance. Son expérience le poussait à rester en retrait afin d'étudier au mieux les attitudes de Shiryu, et surtout trouver la source de son tracas. Fâcheusement, sa discrétion n'aidait pas la Balance. Il dut le traquer sans répit, l'épier sous toutes les coutures aux divers rassemblements ou lorsqu'il était chez lui.

Puis, l'illumination vint par le plus grand des hasards. Doko et Shiryu revenaient au Sanctuaire en fin d'après-midi après avoir été se promener aux abords du domaine. Plus loin, ils aperçurent Shura et Aioros en pleine pratique du tir à l'arc. Le Sagittaire se situait derrière son ami, l'encadrant pour le maniement de l'arc. Ses mains étaient posées sur les bras de l'espagnol dans le but de le guider. Shura écoutait attentivement ses recommandations, aucun des deux hommes ne prêtèrent attention aux nouveaux venus. En l'espace d'une fraction de seconde, les trais de Shiryu s'obscurcirent. Sa mâchoire se crispa ainsi que ses poings qu'il garda le long de son corps. Cependant, sans qu'il ne le veuille, son regard se portait droit sur les deux ors. Sa mine dure dévisageait Shura comme s'il représentait un ennemi à abattre ou comme… Comme s'il lui en voulait. Autant dire que Doko s'en rendit compte. D'aspect extérieur le Dragon oriental ne laissait rien paraître, égal à lui-même. Seulement, son ancien mentor le connaissait par cœur, les attitudes du jeune homme n'avaient aucun secret pour lui.

Le chevalier de la Balance se caressa le menton en se souriant intérieurement. Cela devenait intéressant. Il fit mine de rien et rappela son compagnon de marche pour rentrer au temple. En chemin, Doko cogita sur une main d'œuvre pour amener son disciple à regarder la vérité en face… Il portait de l'intérêt pour Shura, voilà. Tout était dit.

Les jours suivants, le malin chinois continua son enquête en demeurant le plus discret possible.

Au dîner du soir, les nouveaux guerriers mangeaient avec Shion. Shiryu parlait guère, il semblait indifférent aux discussions. Même quand ses amis ou le Pope tentaient de changer de sujet, le jeune homme ne participait pas plus.

Seiya parlait de son idole, à savoir Aioros et de tous les exploits qu'il fît. Son attention était louable, quoique pesante, mais tous connaissait son adoration pour le chevalier d'or. Personne n'y prêtait plus la moindre attention. Le patriarche du Sanctuaire s'y mit aussi en narrant l'enfance et les sottises de son protégé à ses débuts. Et comme le chevalier de Pégase demandait plus d'anecdotes, l'atlante continua de fouiller dans sa mémoire de quoi le satisfaire. Tous écoutaient à un degré différent d'attention. Par contre une personne se crispait sans rien montrer de son trouble… Cette personne n'était autre que Shiryu qui avalait sans rien dire la montagne de louanges faites au neuvième gardien. Son regard se concentrait sur son assiette tandis que son esprit tentait de s'apaiser. A toutes les phrases le prénom proscrit ressortait, le Dragon ne se manifestait pas jaloux de nature ni impatient mais là, il ne pouvait en supporter d'avantage. Surtout lorsque Shion commença de raconter les frasques du petit grec avec le petit espagnol. Leur amitié indéfectible fût détaillée de long en large sous les yeux remplis de curiosité de Seiya.

Shiryu ne faisait même pas attention du pourquoi de ses divagations. Alors que les gens parlaient à table, ses pensées dérivèrent sur le chevalier martyr. Bien sûr que l'ex bronze avait de l'empathie pour ce qu'il subît dans le passé, ainsi que de la reconnaissance à les avoir aidé. Pourtant une part d'ombre flottait… Le jeune homme enviait cette soudaine promiscuité que les deux Gold vivaient. Shura ne s'enfermait plus dans son temple isolé de tous et plus grave, il respirait la joie de vivre. Son humeur n'était aussi légère qu'avec son double, et ça c'était dur à supporter.

Etrange pour deux anciens adversaires de ressentir des choses pareilles… La colère montait en Shiryu aussi vite qu'une certaine forme de jalousie. Car depuis leurs retrouvailles, le chevalier du Capricorne ne faisait attention à personne d'autre, donc à fortiori à lui. Sans que personne ne voit le coup venir, le noiraud repoussa sa chaise bruyamment, se leva, s'excusa puis sortit de table sous les yeux étonnés des convives. Shun voulut se lever à son tour, mais un signe de la tête de Shion indiqua qu'il fallait le laisser seul. Plus tard dans la soirée, l'ex Bélier alla informer Doko de l'évènement.

La sortie précipitée de Shiryu ne pouvait être qualifiée de coup d'éclat, néanmoins au vu de son caractère tempéré il n'en était pas moins troublant. Dans le salon, les nouveaux protecteurs de la déesse ne savaient pas quoi faire, ils tournaient en rond et parlaient tous en même temps. Quelques fois, Hyõga allait faire des rondes et écouter à travers de la porte afin de déterminer si leur ami s'emportait ou pas.

Dans cette fameuse chambre justement, le jeune homme ruminait, assis sur son lit, les poings agrippés aux draps. Là tout de suite, il ne souhaitait plus entendre le prénom d'Aioros prononcé aux côtés de celui de Shura. Qui plus est, il s'inquiétait pour son manque de pondération. Depuis quand avait-il des élans de ce genre ?

Sans connaître la réponse, le Dragon se questionnait sans cesse, et cela lui déplaisait grandement. Shiryu avait besoin de savoir pour avancer, il devait comprendre les choses pour les dépasser. Il en conclut que le chevalier à la lame affûtée l'irritait par son arrogance et son manque de motivation à vouloir faire la paix, préférant se vautrer dans le stupre avec son ami le plus précieux. Et surtout… Surtout pour l'ignorer de la sorte…

OoOoO

Doko eût vent de l'évènement du dîner, sans se poser de question il sut pourquoi son disciple préféré réagît comme cela. La morosité de Shiryu le peinait réellement. La situation ne pouvait pas s'enliser encore plus. Au moins, si Shura ne partageait pas les sentiments du japonais, ce dernier devait être confronté face à ses démons.

La Balance décida de mettre Shiryu devant le fait accompli et de le pousser dans ses retranchements mais en finesse…

Devant la réclusion du petit récalcitrant, Doko alla le chercher directement dans le palais du Pope pour le ramener dans son temple. Shiryu eut beau essayer de trouver des excuses, de refuser, il n'eut pas gain de cause. Son ancien maître l'emmena bras dessus, bras dessous jusqu'à chez lui. Toujours d'humeur taquine, le chinois détendait l'atmosphère par des anecdotes légères ou des commentaires amusants. Cette technique fonctionna puisque Shiryu se dérida un peu. Arrivés au septième temple, Doko invita le Dragon à s'assoir dans le salon pendant qu'il préparait le thé. Ils petit déjeunèrent ensemble, puis mangèrent le midi toujours ensemble pour terminer par souper. Etant assez en confiance et voyant que son mentor ne lui récitait pas de sermon comme ses amis, Shiryu tomba sa garde. Il savourait un petit apéritif en compagnie de l'être qu'il respectait le plus au monde. Son admiration n'avait pas de limite.

Soudain, Doko prit un air sérieux. Il se trouvait en face de son invité, verre à la main. Il le posa, se pencha et regarda Shiryu droit dans les yeux.

— Tu as l'air bien pensif mon petit, énonça le vieux maître sans sommation, le visage grave.

Défier ou résister à cette expression sévère mêlée d'inquiétude relevait de l'impossible.

Autant Doko pouvait paraître désinvolte pour certaines situations, autant son sérieux démontait tout le monde quand il avait quelque chose à dire. Et en ce moment, le japonais ne dérogeait pas à la règle. C'était comme si la vérité franchissait ses lèvres sans que son cerveau ne dicte une seule parole.

Tête baissée, l'interpellé répondit, confus.

— Et bien… C'est-à-dire que… Non, ça va.

— Ne me mens pas, je le sais quand c'est le cas. Ce n'est pas à un vieux dragon qu'on apprend à cracher du feu, passe-moi l'expression. Tu sais que je n'abandonnerais pas tant que tu ne m'auras pas dit la source de ton tracas. Tout le monde s'inquiète, y compris moi.

A l'énoncée de cette parole, la tête de Shiryu se releva promptement. Il avait l'air paniqué.

— Mais non enfin ! Je ne veux pas que tu t'inquiètes pour moi, ça n'en vaut pas la peine.

Doko visa juste, d'un air satisfait il fit la moue avec sa bouche. Un petit rictus de côté. Maintenant il pouvait passer à la suite.

— Il s'est passé quelque chose au treizième temple ?

En posant cette question, le chevalier se rapprocha de son ancien élève.

— Non, rien de spécial.

— Hum… Alors peut être que quelqu'un t'a contrarié ?

— Non plus, tout le monde est très respectueux et serviable.

— Tu te fais du souci pour quelqu'un ?

Le regard sagace de Doko fondait dans celui impassible de Shiryu, à ce stade c'était une pure lutte visuelle pour ne pas montrer d'émotion. La joute dura un certain temps. Seulement le plus jeune perdit la partie puisqu'il détourna les yeux. Signe de faiblesse.

— Tu penses à quelqu'un en particulier, pas vrai ? enchaîna le chinois.

En signe de contrariété, Shiryu se mordit à peine la lèvre inférieure. Son regard était fuyant.

— Tu sais, elle pense à toi aussi. En vérité, sûrement plus que tu ne pourrais t'en douter…

— Pardon ?

— Oui, Shunrei… Vous êtes liés depuis enfants, elle te suivait partout. Je me doute que de la laisser une fois de plus au pays doit être un déchirement pour toi, et que tu te poses mille et une question. Je te l'ai déjà dit : à ne pas te déclarer tu risques de la perdre. Est-ce que tu veux une dérogation pour renter plus tôt ? Je pourrais facilement en parler au Grand Pope, je le connais bien, conclut la Balance par un clin d'œil.

Cette fois-ci, le Dragon semblait en pleine confusion. Il fixait d'un air incrédule son mentor sans faire quoi que ce soit d'autre. D'ailleurs il tenait encore dans ses mains le verre d'alcool sans avoir bu une gorgée tant son trouble était grand.

— Ce n'est pas ça, Shunrei est une amie même une sœur pour moi.

— Aller, on ne me l'a fait pas à moi. Tu peux avoir confiance. Il n'y a rien de mal à ça.

— Ce n'est pas le sujet, bien sûr qu'il n'y a rien de mal à avoir des sentiments pour quelqu'un mais ce n'est pas Shunrei.

— Alors ce « qui » existe bien… s'engouffra le brun dans la brèche.

— Quoi ? cria carrément Shiryu en se redressant. Mais ça ne va pas ? Il n'y a personne enfin.

— Tu ne veux pas l'admettre encore mais crois-moi que si, il doit bien il y avoir quelqu'un qui te chamboule pour que tu sois si taciturne.

— Je suis navré de te décevoir mon cher Doko mais non, je dois juste être un peu fatigué.

Bras croisés, tête opinant de haut en bas, l'hôte de la maison rétorqua avec une pointe d'ironie.

— Oui, oui… C'est sûr qu'après avoir vécu ce que tu as vécu, un séjour sous le soleil de Grèce à se faire bronzer doit t'épuiser !

Un souffle bruyant de la part de l'accusé démontra qu'il venait de se faire piéger. Il tenta de sauver les meubles.

— Parfaitement, ça peut arriver à tout le monde. Et puis pourquoi toutes ces questions sur Shunrei enfin ? Ce n'est pas parce que j'ai un petit coup de fatigue que de suite il y a un rapport avec quelqu'un, ça n'a rien à voir.

— Parce que je te l'ai déjà dit : tu n'es pas aussi cafardeux en temps normal, je te connais. Tu ne te décourages jamais, tu vas au devant des difficultés pour les surmonter. Donc… Je me suis dit que c'était sûrement en rapport avec une personne qui te causait du souci et comme tout le monde t'apprécie j'en ai déduis que ça ne pouvait être que notre petite Shunrei qui te manquait…

Doko venait de démontrer par cette fine tirade que son protégé se tracassait pour quelqu'un d'autre, devant cette argumentation Shiryu ne pouvait pas se défiler. Et au vu de son air abattu, le vieux maître visa juste.

D'un air hésitant, le plus jeune répondit.

— Ce n'est pas tout à fait vrai ce que tu dis…

— Quoi donc mon petit ?

— Tout le monde ne m'apprécie pas au Sanctuaire… J'en dérange plus d'un, ou plus exactement un.

Un sourire victorieux apparut sur les lèvres charnues de la Balance. Mine de rien, la conversation avançait dans le sens où il le désirait.

— Ah bon, qui donc ?

— Shura semble ne pas supporter ma présence, c'est évident qu'il souhaiterait me voir loin d'ici.

— Qu'est-ce qui te fait penser une chose pareille ? Je connais Shura, il n'est pas comme ça.

— Oh si qu'il l'est ! Il est buté et imbu de sa personne ! aboya Shiryu en se levant du canapé, poings crispés.

Doko le regardait un peu effaré car jamais de toute sa vie, il ne le vit dans un état pareil. Il semblait en colère et rancunier. Son plan fonctionnait à la perfection, trop même.

— Il est vrai qu'il a un caractère assez orgueilleux mais il n'a pas un mauvais fond.

— Ah oui ? Pourquoi alors c'est le seul d'entre vous qui semble m'en vouloir ? J'ai pu m'expliquer avec Angelo mais pas avec Shura ! En plus de ça il passe tout son temps avec Aioros, il n'en a rien à faire que cette histoire soit réglée ou non.

— Allons, calme-toi, fit le plus âgé en tapotant l'assise du canapé, assieds-toi. Je vois que son avis compte beaucoup pour toi. Tout ça n'est-il pas excessif ?

— Excessif ? riposta Shiryu en s'asseyant lourdement, non je ne pense pas au contraire. Il n'est pas civilisé pour un sou, il me déçoit. Je le voyais plus juste que ça.

Doko se caressait le menton.

— Un peu excuse-moi… Laisse le vivre sa vie, il a bien le droit de profiter. Et puis pourquoi ramener Aioros dans l'histoire, il n'a rien à voir là dedans.

— Comment ? Mais c'est en partie sa faute si Shura ne fait plus attention à moi !

Satisfait comme un chat à qui l'on eut donné un bol de lait, Doko croisa ses bras sur sa poitrine, se cala au fond du canapé et replia sa jambe droite sur la gauche. Son sourire s'élargit presque jusqu'aux oreilles, pendant que le japonais sentait la pression monter.

— Qu'est-ce qui te fait sourire de la sorte ? Tu te moques de moi ?

— Pas le moins du monde. Tu viens de te trahir mon petit… Le voilà le fond du problème : Shura ne fait pas attention à toi, ni en bien ni en mal comme tu as l'air de le sous-entendre. Tout simplement parce qu'il fait sa vie de son côté bien gentiment et que tu le vois passer son temps avec son ami d'enfance. Ce qui m'amène à penser que tu ressens des choses pour mon bon vieux cabri des Alpes…

— Impensable ! invectiva le jeune homme en se levant une fois de plus.

Tout ceci donnait le tournis à notre Balance. Finalement il s'amusait de voir l'état d'emportement de son si pondéré Shiryu. Surtout pour une autre personne.

— Si désolé de te contredire. Mais tu es en train de te faire un cinéma monstre avec Shura sans t'en rendre compte. Personne d'autre ne t'énerve à ce point ? Pose-toi la question justement. Tu as réussi à faire la paix avec Angelo ce qui représente un exploit en soit, alors qu'avec Shura c'est une autre affaire. Depuis le début tu perds ton contrôle en sa présence, et voilà que là aussi alors qu'il n'est pas présent et qu'il t'ignore. Ca te vexe dans ton amour propre, j'en conclus qu'il ne te laisse pas autant indifférent que ce que tu veux me faire croire. Tu vas y réfléchir à tête reposée, tu verras.

A cours de répartie, Shiryu se contenta de se rassoir et de fixer un point inexistant sur le mur du fond tandis que Doko tapotait son épaule en riant aux éclats.

— Ah mon petit ! Je suis bien heureux d'apprendre que tu t'ouvres aux autres… Je commençais à croire que tu étais frigide !

— Doko enfin !

Regarder la vérité en face était loin d'être gagné pour Shiryu, cependant il ne put réfuter tous les arguments de son mentor. Ses paroles trottèrent dans sa tête tout le restant de la soirée, y compris la nuit. Son sommeil fut très perturbé.


Autant dire que les jours qui suivirent furent placés sous le signe de l'introspection. Etant un être pragmatique et censé, Shiryu analysa les paroles de son guide. Quand il rencontrait une situation problématique, il n'hésitait pas à la regarder en face pour tenter de trouver des solutions et surtout de surmonter les embûches.

Jamais il n'aurait imaginé que son inimitié envers l'espagnol était basée en vérité sur un intérêt d'ordre privé. C'était sûrement pour cette raison que la rancœur devenait plus forte en sa présence, mais surtout par l'attitude condescendante du chevalier. En effet, Shura le voyait et jugeait trop effacé, pas assez mordant ou intéressant.

Encore une fois, le sommeil le fuyait. Afin d'y voir plus clair, le Dragon alla s'aérer dans le jardin jouxtant le palais du Pope. A cette heure tardive, personne ne viendrait le déranger. Notre héros marcha un peu dans les allées au carré du parc pour se poser sur un banc en pierre. La nuit était claire, des milliers d'étoiles clairsemaient le ciel couleur encre. Normal, surtout dans les hauteurs du domaine. Shiryu l'observait comme pour y déceler une quelconque réponse à ses interrogations.

D'ailleurs, il énuméra une de ses réflexions à voix haute en soupirant.

— Est-ce une bonne chose de s'enticher d'un être comme Shura ? Je ne l'intéresse pas, il ne me regardera jamais…

Une voix lui répondit provenant derrière son dos.

— Je pense que ce n'est pas une mauvaise chose, si tu veux mon avis.

Cette intonation tranquille fit cependant sursauter le guerrier. En se retournant il reconnut Shion en personne.

— Grand Pope ! Que faites-vous ici ? Il est tard.

— Et bien, j'aime me promener moi aussi au crépuscule ou la nuit. La fraicheur m'apaise, et puis je peux observer les étoiles. Ce soir elles sont particulièrement brillantes. Pourquoi, je n'ai pas le droit ? demanda Shion une pointe d'amusement dans le ton de sa voix.

— Non, non, ce n'est pas ce que je voulais dire ! s'expliqua Shiryu tout confus.

— Ne t'inquiète pas, je ne le prends pas mal mais tu sais, ce n'est pas parce que je suis âgé que je me couche à l'heure des poules.

Tandis que le dirigeant du Sanctuaire s'assit à côté de Shiryu, ce dernier s'écarta un peu pour lui laisser de la place.

— Vous venez souvent ici ?

— Oui, lorsque je n'arrive pas à m'endormir, comme toi. Alors comme ça, Shura te cause des ennuis dis-moi ?

— Vous m'avez entendu… Je dois vous paraître ridicule.

— Non, voyons ! Ne dis pas de pareilles sottises. Tu sais, c'est moi qui ai parlé à Doko de ton comportement mélancolique. Ce n'est pas parce que je ne dis rien, que je ne vois rien. Je me rappelle qu'à une certaine époque moi aussi j'étais en proie aux tourments de l'amour…

— Ah oui ! Vous ? interrogea le jeune homme en regardant son chef avec de grands yeux ronds.

Ce qui fit rire Shion aux éclats.

— Bien sûr enfin ! Je ne suis pas fait d'orichalque et de poussière d'or. Bref, la personne qui faisait battre mon cœur ne s'intéressait pas à moi. Il ne pensait qu'à entraîner de jeunes apprentis et de progresser lui-même à l'art du combat. J'admirais sa ténacité et sa détermination. Seulement le problème c'est que ses passe-temps l'accaparaient au détriment de ses amis.

— Je vois, un peu comme moi. Qu'avez-vous fait alors ?

— Il ne me voyait que comme un bon ami, impossible de l'approcher autrement. Pourtant sa bonne humeur inondait tout le monde, il l'offrait à ses disciples mais pas à moi. Moi aussi j'ai souffert à cause des sentiments que je portais à son égard. Pendant de nombreuses années même.

Shion stoppa son récit pour se perdre dans les souvenirs de son passé. Un air nostalgique étreignit ses traits.

— C'est triste, je ne veux pas vivre la même chose. Je vais oublier ce que je ressens pour… Pour lui.

— C'est facile à dire mais quasiment impossible à faire. J'ai tenté de faire pareil, et crois-moi lorsqu'on a quelqu'un dans la peau, son essence même se tatoue dans nos chairs. Je suis resté silencieux, tentant quelques approches qui se sont révélées trop timides pour êtres comprises. J'en ai déduis que je ne l'intéressais pas tout simplement. Et puis le destin nous a séparé, nous devions accomplir la volonté d'Athéna. Nous avons été séparés pendant de très nombreuses années par nos devoirs respectifs. Je n'ai cessé de penser lui, de me demander ce qu'il devenait. Enfin je vais raccourcir sans ça, nous y seront à la prochaine éclipse.

Shion se racla la gore puis reprit.

— Tout ça pour te dire que j'ai perdu un temps précieux à ne pas me déclarer franchement. Je pensais que l'objet de mon amour ne ressentait rien, or ce n'était pas le cas. Quand nous nous en sommes aperçus, nous avons été estomaqués les deux. Ce que je veux te dire c'est de ne pas broyer du noir tout seul sans savoir ce qui l'en est. Eclaircis la situation, au moins tu seras fixé. C'est mieux que de se faire des films seul. Si j'avais su, je me serais décidé avant. Alors fonce et ne te pose pas toutes ces questions. Tu n'es pas à sa place, ne pense pas pour lui. Qui sait, tu pourrais être surpris et qu'il te rende tes sentiments en retour…

Le Pope se leva lentement, adressant un dernier regard bienveillant sur son chevalier. Shiryu l'interpella pendant qu'il s'en allait.

— Grand Pope ! Puis-je savoir de qui il s'agit ?

— Oh mais tu le connais, très bien même… se contenta de répondre l'atlante en se retournant pour partir.

Shiryu sourit en essayant d'imaginer son modèle aveugle aux avances de Shion. Tout prenait son sens en sachant qui était l'autre protagoniste de cette histoire. Le jeune homme n'avait pas une centaine d'année devant lui pour se déclarer. Mais une chose était sûre : il reconnaissait que Shura l'attirait et que son indifférence le marquait. Il souhaitait exister à ses yeux et être reconnu pour ce qu'il était, à savoir un vaillant chevalier digne d'honneur comme son aspirant.

(suite...)