Bonjour, bonsoir tout le monde,

Je poste les deux chapitres d'un coup parce que demain je compte me consacrer à Minos. Dit comme ça, ça peut paraître étrange mais ce jour sera le sien.

Je ne bâcle absolument pas l'update de cette fanfiction, elle a été dure à rédiger mais j'en suis contente. Je n'utilisais jamais Shiryu et je me suis réconciliée pour de bon avec Shura. Il ne me coupera pas en rondelles, c'est déjà ça.

Bonne lecture,

Peri.

RaR :

Abella : Coucou ! Je te remercie beaucoup pour ta review et celle laissée sur Innamoramento, je ne sais comment faire pour te répondre… Alors j'en profite au passage ici.

Tu as raison, c'est une avancée pour notre Dragon ^^ Vu son caractère pragmatique, il analyse et s'avoue volontiers ses sentiments. Grâce à l'aide de Doko aussi, c'est sûr, je ne pouvais passer à côté de lui. Shion confirme qu'ils ont un fort lien, ils sont mignons ensemble mais je ne les utilise pas beaucoup dans mes fictions. Mais ils ont la classe, tout à fait.

Je crois qu'on revoit Hyõga vite fait parce que je me suis centrée sur le couple phare, sans ça, ma fic aurait fait 15 chapitres et ce n'était pas le but :D

J'espère que la suite et fin te plaira, Bises.


Chapitre 6

Les choses s'enveniment

.

Comme convenu – selon les plans de Doko, Shiryu se pencha sur son problème et cogita plus que la normale. Regarder la réalité en face lui mit une gifle grandiose.

Shiryu était attiré par Shura comme un aimant. La vérité crue finit par rentrer dans son cerveau. Bien, mais après. Comment avouer ses sentiments sans passer pour un être fragile ? Le jeune homme ne savait pas exprimer ce genre de chose, habitué à tout garder en lui. D'autant plus que l'objet de sa déraison était une personne terre à terre et intransigeante. Approcher Shura se révélait fort difficile, seul ses amis les plus proches étaient en mesure de le faire. Comme il ne voulait pas passer pour un faible aux yeux du chevalier d'or, notre héros décida de feinter et d'adopter une attitude aussi altière que lui. Certes, cela ne l'aidera pas à conquérir Shura mais il aura l'avantage de sauver les apparences en attendant de trouver une solution.


Le Saint Capricorne de son côté profitait de sa nouvelle relation avec son meilleur ami, rattrapant le temps perdu. Enfin, de ce qu'il pouvait disons. Cela tombait bien puisque Angelo était accaparé le plus clair de son temps par Aphrodite qui le demandait pour un oui, pour un non, activant son plan de séduction. Shura ne se retrouvait pas seul, quasiment tous les soirs il dinait en compagnie d'Aioros. Son petit frère ne l'entendait pas de cette oreille mais le chevalier à la flèche d'or fît son possible pour contenter tout le monde. Il ne prêtait plus d'attention aux ex bronzes, les laissant à leurs occupations. En fait pour une fois dans sa vie, Shura devint égoïste, cependant on ne pouvait lui en tenir rigueur.

Ce jour, Aioros restait chez lui avec son frère protecteur, eux aussi avaient besoin de moments intimes, l'espagnol le comprenait parfaitement. Il en profita pour aller se détendre en nageant dans la mer au calme. Les allées et venues dans l'eau l'épuisa mais le satisfit largement. Shura adorait par-dessus tout se dépasser physiquement, aller au bout de lui et puiser dans ses réserves pour donner le meilleur de lui-même. Il s'allongea sur le sable chaud de tout son long pour récupérer. Le soleil séchait déjà sa peau basanée, le berçant de sa chaleur, notre homme s'assoupit. Au bout d'un moment, une présence l'incommoda, ce fût dans un sursaut que Shura se réveilla, le cœur battant. Au dessus de lui, Seiya et Shun le regardaient l'air enjoué.

— Hey Shura ! Ca va ? On ne voulait pas te déranger alors on a attendu ton réveil. Qu'est-ce que tu fais là tout seul ? Aio n'est pas avec toi ?

Ensuqué par sa sieste, le Capricorne les regardèrent en clignant des paupières et en se massant les tempes. Il ne manquait plus qu'eux !

Comme l'interpellé ne répondait pas, le jeune Pégase en remit une couche en l'assaillant de questions. Son attention se détourna de ses « agresseurs auditifs » pour se reporter au loin sur la plage. Plus exactement sur Shiryu qui semblait plus austère que la normale, discutant avec Hyõga. Par moment le japonais le toisait d'un air condescendant, ce qui agaçait Shura bien évidement. Comment un jeunot pareil pouvait se prétendre supérieur à un guerrier tel que lui ? De surcroît le Dragon lui devait le respect, point. Un affrontement visuel débuta en laissant pour compte les autres protagonistes de l'histoire. Il n'y avait plus que la fierté des deux hommes au centre de tout. Shura prit sa mine ornée de rudesse, il ne baisserait pas les yeux. Quant au petit intrépide, il ne se laissa pas compter, voyant une occasion de prendre le dessus et de montrer à cet arrogant qui était le maître. Il en avait assez qu'on le prenne pour un faible sous prétexte que son tempérament calme le conduisait sur la voie de la raison. Ce n'était pas parce qu'il ne disait rien, qu'il n'avait pas de caractère. Alors, en réponse Shiryu toisa de plus belle les yeux noirs afin de les faire taire.

Ce petit jeu de fierté mal placée dura d'interminables minutes, tous les protecteurs de la déesse étaient rivés sur leur ami et le Gold. Shiryu attendit le bon moment – quand Shura fût au bout de sa vie – pour venir auprès de ses camarades sans prêter la moindre attention à leur aîné.

— Venez les amis, Doko nous attend pour préparer les rouleaux de printemps. Je n'aime pas arriver en retard.

— Oui tu as raison, répondit Shun plein d'entrain. J'ai hâte de les goûter, tu viens Seiya ?

— Oui ! cria ce dernier pour les mouettes au large.

Il s'arrêta et demanda au chevalier d'or.

— Dis, tu fais quoi ce soir ? Si tu n'as rien de prévu, tu pourrais peut être venir. Je suis sûr qu'il y en aura assez pour tout le monde, Doko n'y verrait aucun inconvénient.

Sans qu'il ne contrôle sa réaction trop vive, Shiryu hurla haut et fort.

— Non certainement pas !

Tous furent surpris et attendirent une explication.

— Cela ne se fait pas Seiya d'imposer des invités lorsqu'on l'est soi-même. Shura a sûrement d'autres choses à faire.

Rictus machiavélique de rigueur, l'ibérique répondit dans l'unique but de le mettre mal à l'aise.

— Eh bien non, je n'ai rien de prévu figure-toi Seiya.

— Génial ! Alors tu peux venir !

— Non enfin ! réagit une fois de plus le noiraud.

— Pourquoi ça ? intervint Pégase.

— Oui, je serais curieux de connaître la raison, insista à son tour Shura.

Shiryu se concentra à l'extrême, rassembla ses capacités de zenitude, sourit de façon provocatrice puis déclara.

— Tout simplement parce que nous n'avons pas besoin de sa présence.

On entendit un « quoi ? » de la part de tous.

— Mais c'est blessant, venant de ta part ça m'étonne ! s'insurgea Shun.

— Moi ça ne me surprend pas, ragea le laissé pour compte, dents serrées.

— Eh bien quoi ? Je n'ai rien dit de mal, mais avoue que Doko et toi n'êtes pas particulièrement proches, d'ailleurs tu ne l'es de personne. Je ne vois pas en quoi c'est dérangeant. Tu préfères la solitude, inutile de te forcer à être avenant, ce n'est pas dans ta nature. Sur ce, excuse-nous mais nous devons rentrer.

Pour accompagner ses dires, le jeune dragon impétueux prit Seiya par les épaules et l'entraina avec lui.

Shura fût lessivé, essoré, ratatiné ne sachant quoi répondre face à cette attaque inqualifiable. Lui qui pensait que le petit protégé du vieux maître était sans personnalité, il se trompa magistralement. Cette attitude l'irrita encore plus, cependant le fait d'être ignoré puis rembarré de la sorte le vexa profondément. Surtout de la part de Shiryu qui incarnait la compassion même avec tout le monde. Tout le monde sauf lui, il fallait bien se l'avouer. De colère, le Capricorne pourfendit le cyprès qui se trouvait sur son chemin. A défaut d'aiguiser Excalibur sur la personne ne ce dragon à la langue bien fourchue, ce fût le conifère qui prit bon.

Chez la Balance l'ambiance se détendit, Shiryu se réjouit pour son audace. Clouer le bec à ce présomptueux chevalier fût libérateur. Oui, sans doute. Probablement que notre héros reporta aussi sa frustration contre son soupirant-rival parce qu'il se fichait de lui, tout bêtement. Shiryu était loin d'être sot, regardant la vérité en face. Non seulement il se trouvait vexé que Shura se moque de sa personne mais également jaloux de sa relation exclusive avec Aioros. En l'occurrence il venait de se venger un tantinet.

Forcément, Seiya se chargea de raconter cet épisode à Doko qui resta attentif au récit. Il ne cessait de se caresser le menton en parsemant le discours du brun de « cet intéressant », n'étant pas dupe de l'emportement de son disciple. On pouvait avancer que le Dragon chinois ne se révélait pas doué pour les relations humaines, pas plus que son soupirant. Le chevalier de la Balance soupira en songeant que son protégé pourrait rester encore célibataire une décennie entière à ce rythme là.


Dans sa chambre, Shiryu prit son air grave. Dire qu'il avait tout gâché avec Shura, quel imbécile. C'était tout à l'inverse de ses plans. En vérité, le jeune homme n'avait pas de plan pour susciter l'intérêt de l'objet de sa convoitise. A présent c'était gagné, il devait être dans le collimateur de Shura.

Comment rattraper son faux pas ? Emporté dans son excès, le japonais ne s'était pas contrôlé, son but n'étant pas de blesser non plus le Capricorne. Enfin le mal était fait, impossible de l'effacer. Hyõga entra sans y être invité et s'assit auprès de son ami.

— Shun voulait t'apporter des chocolats pour te réconforter.

— C'est gentil de sa part.

— Shir… On voit bien que tu n'es pas dans ton état normal.

Ce dernier tapota la cuisse du Cygne.

— Ca va aller, ne t'inquiète pas, et dis-le aux autres. Ce n'est pas la peine de m'épier, oh je vous ai vu inutile de nier.

— Non ça ne va pas aller comme tu dis, répondit de manière un peu trop rude le si gentil Hyõga. Tu es toujours là pour nous, et pour une fois que quelque chose de tracasse, on ne peut pas te venir en aide. Dis-moi ce qui ne va pas, on pourra t'épauler.

Un hochement las de tête de la part du Dragon indiqua qu'effectivement tout n'allait pas bien.

— Je ne veux pas vous ennuyer, vous avez vos tracas.

— Shir je vais me fâcher ! Depuis quand écouter un ami représente un poids ou une corvée ? Ca ne va pas !

Un sourire sincère fleurit sur les lèvres délicates de Shiryu, n'enlevant pas son voile mélancolique de ses yeux menthe à l'eau.

— Pour tout te dire… Je…

— Tu quoi ? incita Hyõga pour qu'il continue.

— Je suis attiré par quelqu'un qui ne m'estime pas, voilà. Et je viens de tout mettre parterre, je suis sûr que je l'ai blessé.

— Tu veux parler de Shura ?

— Oui… lâcha dans un murmure inaudible le japonais en baissant la tête.

Aussitôt la porte s'ouvrit en grand sur le restant de la troupe. Les deux ex bronzes braillèrent de concert.

— On le savait ! On le savait que c'était lui !

Shiryu s'emprisonna la tête de sa main en soupirant, mais en riant à la spontanéité et au soutien de ses frères de cœur. Ils passèrent la soirée à réconforter leur ami qui pour une fois se trouvait au centre du monde, le leur.

OoOoO

Dans le dixième temple, la fête ne battait pas son plein… Shura tournait en rond en ressassant la rébellion de Shiryu. Ce gamin s'évertuait à le recadrer et lui donner des leçons de vie quoi qu'il fasse.

Crévindiou ce n'était plus tolérable ! La prochaine fois les choses se dérouleront autrement.

Pourquoi diantre ce fichu dragon le faisait se sentir aussi mal ? Comme si le propriétaire d'Excalibur se trouvait en porte à faux. Shiryu lui rappelait sans cesse son erreur de parcours dans la voie de la Justice et transcendait les fautes qu'il portait en lui. Les valeurs de ce jeune garçon scintillaient plus que les siennes, il les soutenait par delà la dévotion. En fait Shura se sentait inutile, miteux et vieux.

Il rouspétait tout seul lorsque quelqu'un applaudit et rit. Ce petit rire malicieux si caractéristique n'appartenait qu'à Aphrodite. Tendu comme jamais, le brun ne répondit rien, inutile de toute manière. Son ami allait prendre la parole qu'il le veuille ou non.

— Ah non ! L'inflexible Shura éprouverait-il des sentiments pour un minet ? émit le bleuté en s'avançant dans le salon. Tu te ramollis mon ami.

Ce dernier se retourna passablement agacé, ce n'était pas le moment clairement.

— Qu'est-ce que tu racontes ? Je ne ressens rien pour qui que ce soit et encore moins ce gamin présomptueux !

— Pourtant qui se ressemble, s'assemble comme dit le vieil adage…

— Aphro, ne te fous pas de moi ! Si tu n'as rien d'autre à faire de tes journées, grand bien te fasse mais ne reste pas ici.

— Pourquoi t'énerves-tu comme ça ?

Aphrodite marcha lentement, mains jointes derrière son dos jusque vers son camarade. Il pencha sa tête en prenant une petite moue adorable, faussement compatissante.

— Je n'ai rien dit de mal, reprit-il. Tout le monde a besoin de se compléter, même si le choix du partenaire reste suggestif et que visiblement certains n'ont pas de goût…

Grimace de la part de Shura qui se contint devant l'attaque de son vieil ami.

— Si Shiryu te plait et bien vas-y fonce ! Quoi que tu rates quelque chose en ne me laissant pas l'opportunité de te montrer l'étendue de mon talent.

— Je le connais ton refrain, ça fait des années que tu me le sors, change-le. Pour ta gouverne, je ne suis pas attiré par Shiryu !

La main agile du Poisson parcourait une fois de plus la chemise de son interlocuteur. Ses mains défirent un bouton, il se mordit la lèvre inférieure.

— Si tu le voulais…

— Rien du tout ! s'irrita le Capricorne en empoignant la main baladeuse. Cesse tes minauderies s'il te plait. D'ailleurs, ce n'est pas croyable il te les faut tous. Je croyais que tu t'intéressais à Angelo, qu'est-ce que tu attends pour aller le retrouver ?

— Serais-tu jaloux ? demanda Aphrodite en se rapprochant dangereusement, plutôt en se collant au torse opposé.

— Ca te ferait plaisir n'est-ce pas ? Désolé de te décevoir mais ma réponse est non. Laisse-moi.

— Très bien, tu n'es pas joueur mon pauvre Shu ! Pas étonnant que tu sois un célibataire endurci. Amuse-toi bien avec ton jeunot, tu me diras si c'est bien de prendre un partenaire vaillant et en pleine force de l'âge.

— Tu es impossible, dit Shura d'un air fatigué.

— En attendant, ça se voit comme le nez au milieu de la figure que tu en pinces pour lui, sinon pourquoi parler tout seul de lui, hein ? A moins que tu ne radotes déjà, s'esclaffa le Poisson. Bon, je te laisse, à plus !

Shura alla s'assoir dans son canapé épuisé par cette entrevue. Aphrodite avait le don pour jeter des piques de manière naturelle. Cela dit, il possédait également la faculté de faire ouvrir les yeux à ses amis, surtout en matière d'amour. Néanmoins, songer qu'un gamin puisse lui faire de l'effet, dérangea un peu notre homme. Il repensa aux évènements depuis sa venue et en conclut que son comportement n'était plus le même, les faits et gestes du Dragon impactaient directement sur son humeur. Son trouble ne venait peut être pas que de sa rancœur… Il se passa la main sur son visage, qu'allait-il faire désormais ?


Le séjour des anciens bronzes poursuivait son cours, comme convenu initialement, Shion organisa sa soirée de bienvenue un peu plus tard que prévu. Elle n'était pas formelle, mais le faste déployé impressionna les convives. Un buffet fût dressé dans la salle de banquet, tous étaient présents. Les nouveaux protecteurs de la déesse se trouvaient au centre de la soirée, invités d'honneurs. A vrai dire, ils étaient gênés de toute cette attention – sauf Seiya qui en profita pleinement. Le discours du Grand Pope émut l'assemblée, même s'il fut interminable. Shion adorait parler et monopoliser son monde. Heureusement que Doko le recadra en abrégeant son monologue.

Les chevaliers de toute caste confondue se mélangeaient, Misty provoqua Aphrodite sur sa beauté, mais Angelo intervint pour faire sortir son soupirant dehors avant qu'il ne décoche une ou deux roses démoniaques.

Shura parlait avec Aioros bien entendu sous l'œil protecteur d'Aiolia. Shiryu ne manqua pas cet aparté, voyant la complicité flagrante des deux hommes. Il ne put décrocher ses yeux verts d'eau du spectacle, s'infligeant un tourment de plus. Décidément, Shura n'avait d'yeux que pour son ami. Shiryu sentait monter en lui la déception ainsi que la colère, jamais il ne pourrait crever l'abcès avec son ancien adversaire et mettre au moins leur différent à plat à défaut d'autre chose. A cet instant, il se trouvait bien pitoyable, les relations humaines restaient bien obscures et compliquées.

Quelqu'un d'autre broyait du noir à cette fête en la personne de Hyõga. De loin, il observait Camus impassible, une coupe de champagne à la main en pleine conversation avec Milo et Kanon. D'ailleurs en y regardant de plus près, le Verseau s'ennuyait ferme vu sa mine fermée. Le russe sentit son cœur tressaillir quand son modèle croisa son regard sans effectuer de geste de salutation. Le fossé se creusait de plus en plus et il ne savait pas comment s'y prendre pour le réduire à néant. La seule chose que désirait le blond était d'entretenir les mêmes rapports avec son ancien maître. Au fond de lui, il enviait son ami Shiryu pour sa relation fusionnelle avec Doko. Camus semblait l'avoir rayé de sa vie, sûrement déçu de l'évolution de son élève. Ce fût avec toute la misère du monde que Hyõga partit s'isoler dehors, au frais.

A un moment donné, inquiet de ne voir ses acolytes, Shura les chercha dans toute la salle. Il se risqua à explorer le palais du Pope à tâtons. Il entra dans une espèce de salon, délimité par deux portes au fond de la pièce. Il franchit le pas de la porte et découvrit un boudoir visiblement secret dans les tonalités de brun et de chocolat. Un divan rouge bordeaux se dressait tout le long d'un des murs, des tentures, tableaux les ornaient. Cet espace se révélait chaleureux, presque intimiste. Apparemment, pas de trace de ses amis. Shura s'apprêtait à tourner les talons quand une porte claqua derrière lui.

— Pardon, je me suis perdu, jeta une voix familière.

— Toi ?

Shura se retourna pour faire face à Shiryu bien sûr.

— Oui, moi.

— Qu'est-ce que tu fais là tout seul ? railla le plus âgé. Ton chaperon n'est pas avec toi ? Tu as échappé à sa vigilance.

Le sourire teinté d'ironie du Gold énerva au plus haut poing le japonais. Sa patience était légendaire mais elle détenait ses limites.

Limites trop souvent dépassées par cet homme justement. Vexé, Shiryu releva le menton et toisa son vis-à-vis.

— Oh mais je pourrais te retourner le compliment… Ton garde du corps n'est pas avec toi non plus ? Tu l'as semé ou il t'a laissé tout seul quelques minutes pour assouvir tes besoins primaires ?

Cette fois-ci, Shura était hors de lui, Shiryu venait de gagner le cocotier. Le premier homme franchit l'espace les séparant et se positionna tout près de son ancien ennemi, doigt pointé sur sa clavicule.

— Ecoute-moi bien, à mon époque, un effronté comme toi se serait pris une monumentale punition pour avoir manqué de respect à un de ses aînés ! Remercie ton nouveau grade sans ça…

— Sans ça quoi ? interrogea le noiraud en repoussant la main menaçante. Tu dis à ton époque, je ne savais pas que tu étais originaire de la période du paléolithique dis-moi. A t'entendre tu as une expérience aussi grande que Doko, je doute que ça soit le cas.

— Ah mais arrête de le mettre à toutes les sauces ton Doko ! Tu peux penser par toi-même ou te sens-tu obligé d'adopter ses opinions ?

Sourcils froncés et mâchoire crispée, Shiryu contre-attaqua à son tour.

— Développes-tu un sentiment d'infériorité par rapport à sa sagesse ? Ca m'étonnerait de ta part, tout le monde sait que tu as un égo surdimensionné, alors pourquoi m'agresser avec Doko ? Je ne fais pas ma vie avec lui que je sache.

— On ne dirait pas mon petit. Apprends à t'émanciper d'abord et viens m'en reparler par la suite. La discussion est close, je ne perdrais pas une minute de plus avec toi.

Shura amorça son départ, seulement son rival ne l'entendit pas de cette oreille, agacé de cette situation à la manque. A chaque fois qu'ils se retrouvaient en tête à tête, tout dégénérait dans la surenchère d'attaques gratuites. Dans sa tête, son but était clair : il voulait en finir en crevant l'abcès seulement… Les mots qui sortirent de sa bouchent furent tout le contraire, ravivant le brasier de la discorde.

— Tu peux dire de moi et de ma relation avec Doko mais toi aussi tu entretiens un lien fusionnel avec ton ami Aioros. Depuis que vous vous êtes retrouvés, tu ne peux plus sortir sans lui. Dis-moi Shura, je ne savais pas que tu étais tenu en laisse comme un gentil petit toutou… Ca fait quel effet de paraître aussi ridicule ?

Un vide intersidéral remplit la pièce du boudoir. Seule la respiration hachurée du Gold exprimait sa colère sourde. Dans peu de temps il allait remplir le petit espace de dioxyde de carbone et ainsi les faire suffoquer.

Mal avait pris à notre ami Shiryu ! Il se mordit la langue pour son audace en réalisant bien trop tard son erreur. Il ne fallait pas provoquer le Capricorne en allant aussi loin. La peur l'envahit, d'habitude le Dragon oriental était sûr de lui, pas cette fois. Il effectua un mouvement de recul tandis que Shura avançait lentement, furibond. On le voyait nettement à ses veines du front qui tapaient sa peau. Le premier recula trop, se heurta au bord du divan et tomba à la renverse. Le deuxième en profita pour se pencher sur lui, le pousser un peu plus avec sa main plaquée sur son torse. L'espagnol sentait résonner le cœur de Shiryu à travers sa paume, il paraissait apeuré.

— Répète un peu pour voir… dit-il en roulant bien les « r ».

Cette particularité de langage s'amplifiait lorsque qu'il était à bout.

Shiryu n'en menait pas large, sa salive eut du mal à passer dans sa gorge. Mû par un instinct de survie, le jeune homme tenta de s'extirper de l'emprise du chevalier en se glissant le long de l'assise. Ce frottement provoqua une réaction naturelle dirons-nous sans que Shura ne la contrôle.

Là, sous son corps, tremblait celui de son rival inquiet. Pour la première fois depuis qu'ils se confrontaient, Shiryu se tut, ravalant ses provocations. Cette domination plut grandement au Saint, c'était lui qui contrôlait tout. Tel un prédateur, il se pourlécha les lèvres, s'avouant pour lui-même que le jeune homme détenait une réelle beauté. Une beauté singulière, mystérieuse, intrépide aussi. L'assurance du Dragon n'était plus à démontrer, seulement entre ses bras, il se faisait petit. Shiryu exacerbait les émotions de Shura, pourquoi, ça personne ne le savait. Cependant une attraction s'effectuait à cet instant où les peaux se trouvaient en contact. La main dominatrice coula le long du torse pour se perdre sur les hanches rondes, provoquant un sursaut au dominé. Cette fois-ci, le japonais entrouvrit ses lèvres afin d'attraper l'oxygène qui lui manquait, cette situation dérapait, il avait chaud, très chaud. Cette vue languissante, enflamma les sens du Capricorne déjà mis à mal. Son genou remonta le long de la cuisse du jeune homme tandis qu'il se baissait de plus en plus au niveau de sa bouche.

La tension se transformait nettement en quelque chose de plus sexuel. Shiryu restait allongé en attendant que tout ceci se termine d'une manière ou d'une autre. Shura éleva sa main au niveau de la tempe du guerrier divin, la posa pour la caresser fébrilement. Elle poursuivit son chemin dans les mèches couleur de suie, Shura se délecta de ce toucher si soyeux. Il pensait contrôler la situation mais son esprit partait ailleurs. En vérité personne n'était maître de quoi que ce soit.

Shura se pencha une dernière fois, réduisit la dernière distance entre eux. Shiryu ferma ses yeux, se crispa en sachant pertinemment ce qui allait suivre. Il accrocha une de ses mains à la taille dessinée de l'espagnol en se surprenant à désirer le futur baiser de tout son être. Les souffles s'intensifièrent à l'unisson, ils en avaient envie. Foutrement envie même. Le désir se manifestait trop grand à contenir, le japonais bascula sa tête, Shura posa à peine sa bouche sur celle voisine quand un grand claquement de porte s'ouvrit et qu'une voix enjouée prononça.

— Ah Shiryu tu es là ! Je te cherchais partout !

Doko venait de briser cet instant magique. Les yeux écarquillés, les deux hommes se regardèrent médusés pour reporter leur attention sur l'intrus qui souriait de toutes ses dents.

(suite...)