Chapitre 7

L'avenir c'est maintenant

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L'incident de la fête secoua le cœur de Shiryu. Jamais il n'aurait prévu que les choses tourneraient de cette façon, plus précisément qu'il se retrouverait acculé par le corps de l'homme qu'il désirait. Lui d'ordinaire si calme face aux aléas de la vie, se voyait chamboulé comme jamais. Sa vie lui échappait, il avait l'impression désagréable de ne plus rien contrôler, pas même cette envie sourde qui gronda dans ses membres lors de cette entrevue « musclée ».

Allongé sur le divan, à la merci de son assaillant, le jeune homme s'était abandonné au moment, remettant son corps entre les mains de Shura. Désastreusement, il ne put goûter plus à ses gestes habiles et ses caresses brûlantes puisque Doko brisa ce moment d'allégresse. Plongé dans ses pensées obscures, Shiryu n'entendit pas Shun lui demander de lui passer les biscottes au petit déjeuner. Ses joues se teintèrent d'un petit rose qui lui allait bien au teint.

— Shir ! Oh eh ! Peux-tu me passer les biscottes et la confiture s'il te plait ? réitéra Andromède en tendant son bras.

— Oui, pardon, excuse-moi, je n'avais pas entendu.

— Tu penses à quoi pour être distrait de la sorte ?

— A rien rassure-toi. Tiens les voilà, répondit l'interpellé en donnant la panière à son ami.

— C'était bien la fête hier soir, non ? Je me suis bien amusé, dommage qu'Ikki ne se soit pas joint à nous.

Au mot « fête », Shiryu avala de travers et s'étouffa avec son thé. Les évènements de la veille tournaient en boucle dans sa tête tourneboulée. Shun n'avait pas besoin de le rappeler à leurs bons souvenirs. Encore plus rouge, il se leva pour prendre congé.

— Désolé, je ne me sens pas très bien. Je vais aller me reposer un petit quart d'heure dans ma chambre, je reviens.

— Oui d'accord. N'oublie pas que nous partons ce midi pour pique niquer au bord de la plage ! lança plein d'enthousiasme Shun.

A peine la porte refermée que quelqu'un toqua au panneau en bois. Epuisé nerveusement, Shiryu alla tout de même s'enquérir de l'importun. La porte s'ouvrit sur un Hyõga maussade, la mine grise. Il portait toute la misère du monde sur ses épaules, ce qui ne donnait pas envie de lui parler. Cependant son camarade l'accueillit dans sa chambre pour l'écouter.

— Je ne te dérange pas ? interrogea poliment l'invité inopiné en s'asseyant sur le lit.

— Non, bien sûr, vas-y installe-toi.

Ce qui était déjà fait mais soit.

— Shir je suis désolé de t'embêter encore avec ça mais je n'en peux plus de ce cirque !

Résistant face à l'adversité qui en l'occurrence prenait la forme de son ami, ledit Shir' resta debout, les bras croisés, attentif mais un peu fatigué.

— Quoi donc ?

— Eh bien Camus pardi !

Hyõga s'emporta, le sujet de son maître était au cœur de ses soucis. D'ailleurs il ne plaisantait jamais quand il s'agissait de parler de lui.

— Je vois… Tu en es encore au même point ?

— Bien sûr voyons ! Hier à la soirée il a fait comme s'il ne me connaissait pas. Il a honte de moi, c'est évident. Je ne lui en veux pas mais là, tout est fini.

— Que dis-tu comme sottise encore ? Qu'est-ce qui est fini ?

— Tout… se contenta de dire le blond en hochant la tête désabusé de gauche à droite.

— Tu ne crois pas que tu dramatises là ? soupira d'exaspération Shiryu.

Voilà, en l'espace de deux jours, le Dragon chinois était arrivé au bout de sa résistance. Ses nerfs allaient lâcher.

Hyõga s'emporta à son tour, blessé par le ton rêche de son confident.

— Non je ne dramatise rien du tout ! Je pensais que tu me comprenais mais je me suis trompé !

— Tu m'épuises à la fin Hyõga et tu le fais avec tout le monde ! Est-ce qu'au moins tu as suivi mes conseils, et que tu es allé parer à Camus de ton ressenti ? Non je présume. Comment veux-tu que les choses s'arrangent si tu ne te bouges pas un minimum ? Ca ne va pas tomber du ciel enfin !

Abasourdi par les paroles rudes de Shiryu, le Cygne resta sans voix, se contentant d'ouvrir et de refermer sa bouche en avalant de l'air.

— Cesse de t'apitoyer sur ton sort juste ciel ! Prends ton courage à deux mains et va lui parler une bonne fois pour toute, en plus je te répète que tu te fais sûrement de fausses idées. Tu le connais mieux que personne, tu devrais savoir déchiffrer ses attitudes. Merde à la fin !

Cette fois-ci, la bouche de Hyõga faillit se dépendre de sa mâchoire. Personne ne vit jamais le pondéré Shiryu dans un tel état.

— Tu as vu comment tu me parles ?

— Oui parce que j'en ai assez ! rétorqua ce dernier en prenant la main de son ami pour qu'il se lève. Va le voir dans son temple et parle-lui une bonne fois pour toute. Au lieu de rester dans l'ignorance, ah c'est sûr, c'est plus facile que d'affronter les problèmes. Demande lui ce qu'il te reproche et tu verras. Désolé mais j'ai besoin de rester seul.

Il poussa son ami dans le dos et le raccompagna sur le pas de la porte. Adossé contre elle, Shiryu soupira fortement. C'était bien de donner des conseils aux autres, fallait-il encore qu'il les applique…

Le jeune homme remonta ses manches et décida d'aller se confronter à ses propres démons. Il partit dans la salle de bain prendre une bonne douche, se préparer et se rendre dans le dixième temple. Lui aussi allait en terminer une bonne fois pour toute. En plus, il ne savait que penser de l'attitude sombre de son homologue à cette fameuse fête, s'il éprouvait quelques sentiments à son égard, Shiryu allait le découvrir.


Shura se délassait dans sa douche, endolori par sa nuit agitée. Ce ne fût pas à cause d'une gymnastique harassante qu'il se trouvait dans un tel état mais parce qu'il ne put dormir, tournant dans son lit. Si seulement Doko n'était pas arrivé tel un cheveu sur la soupe… Qui sait ce qui aurait pu se passer ?

Rêveur, l'homme actionna le mauvais côté du robinet, au lieu de le fermer il augmenta la température, s'ébouillantant au passage. Au moins cela représentait la vertu de le réveiller. Lavé et habillé, il se dirigea dans sa cuisine surpris de voir Aioros qui préparait les jus de fruit.

— Hey Shu ça va, bien dormi ?

— Oui, merci. Que fais-tu ici de bon matin ?

— Tu ne te rappelles pas que nous avions prévu une petite compète les deux ? Et puis j'ai apporté les croissants, ajouta le Sagittaire en lançant un paquet à son acolyte.

— Ah oui c'est vrai, je ne m'en souvenais plus.

— Ca fait plaisir, vive l'amitié !

Les deux hommes partirent dans un fou rire.

Au même moment, dans le treizième temple, Shiryu se précipita en trombe dans la salle à manger, passa rapidement en lançant à la hâte.

— Navré Shun, j'ai quelque chose à régler, je vous rejoindrais plus tard au bord de la plage, amusez-vous bien !

Sans attendre une quelconque réponse, il sortit de la pièce en refermant un peu trop brutalement la porte. Au fur et à mesure de sa progression, le jeune homme sentit son cœur tambouriner plus fort dans sa poitrine, n'enlevant rien à sa détermination. C'était le moment où jamais. Ne pas reculer, ne pas flancher. Shiryu n'attendait absolument rien de cette entrevue, seulement déverser ce qu'il gardait au fond de lui afin de le délester de ce poids. Que Shura ressente les mêmes émois ou pas, ne l'arrêterait pas. Au moins, il serait au clair avec ses sentiments. Après, il pourra retourner aux Cinq pics se consacrer à sa nouvelle destinée en paix.

En arrivant dans le hall, Shiryu entendit des éclats de rire provenir des appartements privés. Sans grand étonnement, il reconnut celui d'Aioros, chaleureux et communicatif. Le pire était de constater que le dixième gardien semblait léger en sa présence. Le jeune homme à la chevelure d'ébène se stoppa, les sens retournés. Maîtriser ses ressentis demeurait bien plus difficile que ce qu'il n'y paraissait. Malgré son calme légendaire, le Dragon chinois dut se retenir de commettre un faux pas. Là il avait l'envie irrépressible d'entrer et d'exploser toute sa haine-amour de manière crue, et de jeter le chevalier du Sagittaire hors de ce temple par la peau des fesses. Shiryu se massa les tempes puis entra, déterminé et digne.

Les deux autres hommes riaient toujours en buvant leurs jus de fruit et en dégustant les viennoiseries croustillantes. Cette complicité affichée, écœura Shiryu, carrément. Et dire qu'avec lui, Shura était tout le contraire.

— Je vous dérange peut être, se risqua-t-il sans se départir de son air sûr de lui.

Ensemble, les Ors tournèrent la tête. Aioros le salua le premier.

— Bonjour Shiryu, pas du tout, entre, nous prenions le petit déjeuner. Viens te joindre à nous si tu veux.

Shura lui jeta un regard chargé d'électricité.

— Non merci, c'est aimable mais j'ai déjà pris le mien. En fait… J'aimerais parler à Shura si tu n'y vois pas d'inconvénient.

— Absolument pas voyons ! répondit Aioros compréhensif.

Il se leva de sa chaise quand la main de son ami l'en empêcha.

— Reste assis s'il te plait. Je ne vois pas pourquoi tu t'en irais, Shiryu n'avait qu'à me prévenir de sa visite s'il voulait me parler. J'ai des choses à faire, repasse plus tard, envoya mesquinement le Capricorne à l'intrus.

— Non, je suis navré mais cela ne peut attendre.

Pris entre deux feux, le grec voyait bien que l'atmosphère s'alourdissait de seconde en seconde et que sa présence devenait superflue.

— Voyez-vous ça, continua Shura. Monsieur veut, alors monsieur doit être satisfait… Et bien non mon jeune ami, les choses ne se passent pas comme ça dans la vie. Je t'ai dit de revenir plus tard, quand je serais disponible.

— Non, non mais ça va aller Shu, aller je m'en vais. Je t'attends en bas du temple de Mû, prends ton temps à tout à l'heure.

Aioros partit de là sans que les deux autres ne lui prêtent attention, épinglant leurs regards l'un dans l'autre. Seuls sans témoin autour d'eux, ils restèrent tendus.

Finalement, ce fut le propriétaire du temple qui désamorça le malaise.

— Bon, qu'est-ce que tu me veux ? Maintenant qu'Aio est parti, ou plutôt devrais-je dire, maintenant que tu l'as poussé à la porte, dis-moi tout. Je te préviens, je n'ai pas la matinée.

Le ton rude de l'ibérique déplut fortement à Shiryu. Au diable les pincettes ! Il n'allait pas y aller par quatre chemins. Il s'avança dans la cuisine, se tint à l'îlot central en prenant sa voix la plus neutre et prononça de but en blanc.

— Je viens pour mettre les choses à plat avec toi, puisque tu ne sembles pas disposé à le faire.

— De quoi parles-tu ? Je n'ai rien à mettre à plat avec toi.

— Pas la peine de feinter s'il te plait. Nous avons passé l'âge, enfin plus toi que moi.

Il n'y pouvait rien. Le protecteur de la déesse déversait encore son flot de piques à l'encontre de son pair. Il devrait se mordre la langue à l'avenir.

La réaction de Shura ne se fit pas attendre, il posa son verre trop durement sur le meuble, traduisant son énervement.

— Si tu viens chez moi pour me provoquer, je te promets une sanction exemplaire, j'en ai marre de tes attaques ! Je me contiens par respect pour Doko et le Grand Pope mais un conseil : arrête immédiatement, on ne joue pas impunément avec moi.

— Oh mais moi aussi j'en ai marre rassure-toi ! Marre de ton attitude suffisante, arrête de rabaisser les autres en te pensant supérieur quoi qu'il advienne. Je suis venu pour régler cette tension qu'il existe entre nous.

— Comment ça ? De quoi tu parles ?

— Si nous sommes ici, c'est uniquement dans le but de régler nos différents avec vous, chevaliers d'ors. Je ne suis pas dupe, la déesse nous a offert ces vacances pour nous permettre d'apaiser nos soucis. Alors, je veux mettre un terme à tout ça et aller dans son sens. Après rassure-toi, je retournerais en Chine.

— Eh bien vas-y de suite ! envoya Shura en levant la main pour montrer son ras-le-bol.

— Tu n'as pas compris…

Shiryu franchit la dernière limite qui le séparait de son adversaire, prit son poignet fermement dans sa main et l'obligea à le fixer yeux dans les yeux.

— Tu as quelque chose à me reprocher alors c'est le moment, vas-y défoule-toi. Je vois bien que depuis la fin de la guerre trop de non-dits subsistent. Je sais aussi ce que tu penses de moi, mais j'aimerais assez que tu aies l'honnêteté de me les dire en face.

Shura ne comprenait pas tout. Sa mine étonnée ne mentait pas, il ne savait pas ce que cet impétueux lui voulait. Il ne fallait pas non plus qu'il soit aussi près de lui, sans déceler les raisons de son état, le Saint commençait de prendre des suées. La détermination de Shiryu le mettait à l'envers. Ses yeux couleur jade exprimaient tout leur grief envers lui, ils étincelaient telles des pierres incandescentes. Shura ne riait plus, impressionné par sa fougue.

— Parce que tu sais ce que je pense de toi ? Tu lis dans les pensées, je ne savais pas que Mû t'avais légué ses pouvoirs.

— Je n'ai pas envie de plaisanter ! Sache que j'ai réglé mes différents avec Angelo qui est bien moins bourru que toi finalement. Tes moqueries m'insupportent à la longue, je ne suis peut être pas le chevalier le plus émérite mais je t'ai vaincu, je pense détenir le droit au respect.

— Qu'est-ce que tu racontes enfin ? Tu es venu dans mon temple pour me seriner avec ça ! Tu vas te vanter encore longtemps de m'avoir battu et humilié ? Ca te plait on dirait. Et dire que tout le monde pense que tu es le plus réfléchi, ils se trompent.

— C'est toi qui me cherche sans arrêt, n'inverse pas les rôles. A tout le temps me rabaisser, sache que je mérite une certaine considération de ta part.

— Mais tu l'as ! Tu veux quoi de plus ? Je t'ai légué Excalibur, personne d'autre avant toi n'a eu cet honneur. C'est toi qui me met mes erreurs devant le nez à longueur de temps, tu ne comprends pas que je ne le supporte pas !? Je ne veux pas te voir devant moi à te pavaner de m'avoir remis dans le droit chemin. Oui, toi Shiryu qui est le plus modeste, le plus pieux, le plus tout ! Dehors, sors d'ici maintenant !

D'un geste dur, Shura repoussa son assaillant un peu trop vivement, celui-ci se cogna contre le meuble. Shiryu ferma ses yeux et se massa le bas du dos, il n'y avait pas été de main morte.

— Je ne voulais pas, se défendit le Saint. C'est de ta faute aussi, tu vois tu me mets les nerfs, je t'ai demandé de partir.

Il s'éloigna en claquant la langue, cela devenait intolérable de rester aussi proche de Shiryu. Non seulement son charme agissait d'une manière trop obsédante, mais son tempérament emporté lui plaisait de plus en plus. Dans peu de temps, le brun perdrait définitivement le contrôle de ses actes.

— Shura reviens ici ! Nous n'avons pas fini !

Le petit imprudent s'élança à la poursuite du Gold.

— Tu es un lâche ? Pourquoi tournes-tu les talons ? Rien ne se réglera si tu appliques la politique de l'autruche. On en parle une bonne fois pour toute et après terminé, la prochaine fois que je reviendrais au Sanctuaire je ne t'adresserais plus la parole.

— Ce n'est pas vrai que tu insistes ? brailla Shura. Tu veux savoir ce que je pense de toi, hein ?

— Oui, c'est pour ça que je suis là.

— Très bien… Tu l'auras voulu…

En deux temps trois mouvements, Shiryu se vit retenu par les poignets par la seule force de son opposant. Les diamants noirs brillaient dangereusement, dedans s'y logeait un désir brut, vif. Impossible de nier l'envie qui grandissait en Shura. Le japonais souhaitait connaître la vérité, elle allait lui être dévoilée incessamment sous peu.

— Tu en dis quoi là, petit dragon… susurra Shura à son oreille. Tu n'aurais pas dû venir ici. Je t'avais prévenu.

Le souffle chaud du brun, exhala l'envie latente de Shiryu. Sa tête bascula à la renverse, permettant au souffle de se promener le long de sa gorge. Sa propre cage thoracique se soulevait plus intensivement. En effet, les choses allaient trop loin cependant quelque chose plaisait grandement à Shiryu. Ne l'avait-il pas provoqué ? Probablement.

Un gémissement s'échappa de sa part lorsque les mains de Shura se resserrèrent sur ses poignets et que sa bouche buta contre son cou.

— Tu aimes ça finalement ? demanda l'espagnol sur un ton suave.

Pour toute réponse, le jeune dragon déglutit difficilement, ses iris troublés par un voile de convoitise. A ce stade, il devenait plus désirable que jamais.

— Tu en veux plus ?


Le souffle court, Shiryu obliqua de la tête ne cherchant pas à répliquer. Il venait de se mettre dans une position délicate, entre appréhension et excitation il ne savait plus à quel saint se vouer. Shura s'évertuait à caresser sa gorge avec son menton, tout en sensualité, de temps en temps ses lèvres le frôlaient, laissant des sillons de chair de poule. Enfin il y déposa sa bouche qui prit la relève de ces indécentes caresses. La chaleur du corps du jeune japonais s'accentuait picorement après picorement, si ses poignets n'étaient pas entravés, il aurait eu l'audace d'enlacer son soupirant.

Plus personne ne réfléchissait aux conséquences, ni aux causes qui les amenèrent à s'étreindre de cette façon. Un début d'explication était né pour s'avorter immédiatement, sous l'effervescence du désir.

Shiryu s'exprima par un autre gémissement plus rauque, ce qui enflamma l'espagnol. En réponse, sa bouche s'abattit sur son cou, le dévorant de baisers avides. Plus de place au prélude, il était temps de consommer. Les corps frissonnaient d'impatience, crispés à l'extrême avec une certaine retenue. Shura en amant expérimenté, faisait trainer les choses. Sa bouche remontait le long du lobe pour redescendre au creux du cou et dévier sur l'épaule ronde. Toute cette ardeur provoquait le tournis à Shiryu, le laissant pantois. Soudain, Shura lâcha sa prise pour venir aussitôt ceinturer sa taille, comme cela il avait l'avantage de le palper à pleine main. Dans ce laps de temps, son nouveau partenaire enroula les siennes sur le dos musculeux.

Tout alla tellement vite. Les rancœurs étaient balayées par un vent d'appétence trop longtemps réfréné. Shiryu qui constata plus tôt son attirance, s'émerveilla de voir ses rêves devenir réalité. Car Shura ne semblait pas le discréditer au contraire, à demi-mots il lui révéla son admiration en lui léguant son don le plus précieux. En vérité, ils ne se comprenaient pas, se confortant dans une image faussée de l'autre.

Shura prit l'initiative de tirer sur les longues mèches de jais et de fondre sur la bouche entrouverte comme un affamé. Qui fut accueillie avec bonheur puisque son amant naissant se laissa aller au délice langoureux. Le brun jouait de la langue admirablement bien, il sentit les mains de son partenaire s'agripper à son haut. Il alliait sensualité avec puissance, rendant cet échange époustouflant. Les deux hommes finirent par s'écarter afin de reprendre conscience.

— Qui t'a dit que je ne t'estimais pas ? demanda le Capricorne, une lueur maligne au fond des yeux.

— Personne, c'est ce que moi je croyais. Tu peux te moquer, toi aussi tu t'es trompé à mon sujet.

— Ah oui, dans quel sens ?

— Je ne me vantais pas de t'avoir guidé sur la voie de la justice, jamais je ne me serais permis de le penser. J'ai toujours eu du respect envers toi, ça me faisait mal de voir que tu n'en avais pas pour moi et que tu m'évitais.

Touché par ces mots simples, l'espagnol remonta sa main sur la nuque de son galant, y saisit quelques mèches lisses qui s'échappèrent entre ses doigts pour les rattraper encore et encore. Puis doucement, déposa un baiser sur sa joue.

— Je t'évitais pour la simple et bonne raison qu'à travers ton regard, je revoyais mon erreur de parcours, tous les crimes que j'avais commis au nom de la folie plutôt que la justice. Ca m'était insupportable, tu comprends ? En plus, tout le monde t'encense, tu étais bon avec les autres mais quand il s'agissait de moi, tu te refermais dur et intransigeant.

— Mais non je te promets ! s'emporta le plus jeune. Enfin… Peut être que les apparences sont contre moi, Doko me dit souvent que je suis trop secret. Il a raison, je ne sais pas montrer ce que je ressens.

— L'important c'est que dorénavant nous sachions tous deux ce que l'on ressent l'un pour l'autre. En tous les cas, tu pourras te targuer de m'avoir poussé à bout et ce plus d'une fois.

Gêné mais en même temps détendu, Shiryu baissa la tête en souriant. Son soupirant l'amena près de son torse et l'embrassa sur le front.

— Je ne suis pas un tendre tu sais, chuinta-t-il contre la peau douce.

— Je ne suis pas en sucre tu sais… répondit l'autre en enroulant ses bras autour des hanches adverses.

Cette promesse d'amour sauvage fit naître en Shiryu une ondée de frissons, sa nuit présageait un torrent de jouissance.

— Maintenant que tu es prévenu tu ne viendras pas te plaindre de mon comportement ambigu, continua l'espagnol assez taquin pour le coup.

— Je n'en ai absolument pas l'intention, tout ce qui se déroulera ici ne sera pas dévoilé.

Un sourire victorieux s'esquissa sur la bouche du Saint. Sans sommation, il attrapa Shiryu sous les fesses, le souleva pour l'assoir sur la table. Un sursaut démontra que ce dernier en fut surpris. Aussitôt les amants s'unirent pour d'autres baisers voraces. Les préliminaires devinrent plus appuyés, maintenant Shura remontait le t-shirt du Dragon pour l'enlever. Il se délecta à loisir de cette peau safranée, Shiryu était un enfant du soleil levant, exotique à souhait. Shura le croqua à pleine bouche, suçota, embrassa tout ce qui se trouvait devant lui. Pendant que le petit coquin découvrait les dunes fermes du brun en passant ses mains sous le boxer. Le maillot de Shura se retrouva bien vite à terre quelque part dans la pièce. Sa musculature se manifestait ciselée, parfaitement sculptée. D'une impulsion possessive, Shiryu le plaqua contre son corps en l'encerclant de ses jambes. Le voilà qui se trouvait emprisonné, il ne s'en plaignit pas.

Les deux hommes prenaient leur temps pour se découvrir, se rassasiant de la peau de l'autre, du toucher, de l'odeur, de la sensation. Leurs sens se disloquaient, les hormones faisaient leur œuvre. Les expirations intenses ne se troublaient pas par des paroles inutiles, quelques fois un cri plus prononcé s'échappait d'une gorge puis s'étouffait dans un baiser.

Shura passa à la seconde vitesse en dégrafant son jeans ainsi que celui de son nouveau partenaire. Non intimidé, poussé par l'excitation celui-ci le baissa pour faciliter les caresses. Ils terminèrent de se déshabiller rapidement pour se coller l'un à l'autre, pour se réchauffer encore plus. Cette fois-ci, difficile de contenir son émoi, Shiryu poussa un cri de pur plaisir lorsqu'il sentit le bassin de son amant se frotter à son aine. Les sensations étaient trop fortes, l'appétit se dévoila. Le Capricorne écarta les cuisses pour se placer entre, forçant l'autre à s'allonger à moitié sur la table. Shiryu pencha sa tête de côté afin de faciliter l'accès à la bouche gourmande de l'espagnol. Arrivés au bout de leur raison, ils s'échangèrent un regard d'une demande silencieuse. L'un comme l'autre était prêt. Sans pouvoir attendre plus ce fut Shiryu qui prit l'initiative de cajoler la masculinité tant convoitée. La mâchoire de l'ibérique se crispa par le culot de son jeune amant. Surprenant, vraiment. Néanmoins, il se reprit assez vite puisqu'il donna le rythme en tenant le poignet afin de lui donner la bonne cadence tout en l'embrassant.

Les deux hommes oublièrent leurs engagements respectifs pour continuer de se donner l'un à l'autre. Les attouchements se firent plus audacieux encore, les frontières tombèrent une à une. Contre toute attente, le japonais maîtrisait l'art de l'amour à la perfection, offrant à son amant maints plaisirs interdits. Shura maintenait sa tête en l'accompagnant tandis qu'il lui prodiguait une câlinerie, à genoux parterre.

D'un coup, l'espagnol cria « stop », aida son jeune amant à se relever et l'installa sur le divan moelleux. Ils continuèrent de s'aimer avec bestialité et férocité dans un consentement mutuel. Depuis le temps qu'ils se tournaient autour, la passion avait eu le temps de croître, désormais il fallait l'assouvir convenablement.


Au petit matin, étendus nus sur le canapé, les deux amants furent réveillés par un glapissement suivi d'un claquement de main. Aphrodite les regardait avec un air ravi et un peu railleur.

— Vous êtes presque chou comme ça, j'ai dit presque. Bon Shura, je suis bien content pour toi mais si tu pouvais te rhabiller ça ne serait pas plus mal.

— Aphro… Qu'est-ce que tu fais là à nous observer ? gronda le propriétaire des lieux.

— Je me rendais à mon temple voyons, quelle question !

— Tu es obligé de t'introduire dans mes appartements pour passer ?

— Non, répondit vivement le bleuté. Mais c'était trop tentant de te surprendre dans une position compromettante !

Shura se releva en posant un coussin sur l'objet de sa virilité et menaça son ami avec un autre.

— Sors d'ici avant que je m'énerve !

— Oui, oui très bien, ne te fâche pas, je m'en vais ! hurla le Poisson en déguerpissant.

Shiryu rit à gorge déployée, soudain son air grave revint.

— Qu'est-ce qu'il y a ? interrogea le Capricorne en s'asseyant.

— Je viens de songer que je vais devoir retourner aux Cinq Pics dès que ce séjour s'achèvera… Nous ne nous reverrons pas avant un moment.

Le bras de l'espagnol passa sur les épaules du japonais.

— C'est tout ? Ce n'est pas un frein. Nous ne sommes pas obligés de faire comme Doko tu sais… Je ne vais pas attendre deux cent ans avant de venir te rejoindre.

— C'est vrai tu as raison mais…

— Mais rien, ne dis rien, murmura Shura en posant son doigt sur la bouche voisine.

Il releva le menton du noiraud pour le gratifier d'un baiser d'amoureux.

— On aura tout le temps de prévoir ça, en attendant tu pourrais dire à notre déesse que les choses ne sont pas réglées…

— Shura ! s'offusqua le Dragon chinois, tu mentirais effrontément à Athéna ?

— Si cela me permet de rester plus longtemps avec toi, oui totalement !

— Tu me surprends de plus en plus, sourit Shiryu contre ses lèvres.

Avant de se faire surprendre par un autre de ses amis envahissants, Shura emmena son compagnon dans l'intimité de leur chambre, pour pouvoir profiter de lui encore et encore.

FIN