Quelque part, il sent quelque chose se briser en lui. Une barrière qui retenait ces émotions a disparut, les laissant déferler comme autant de lames qui le blessent, lui et ceux qui l'entourent. Tout ces gens qu'il aime, il ne les voit même plus, un voile rouge devant les yeux, son corps entier vibrant de rage. La bête qui gronde en lui grandit de jours en jours, affamée. Il voit son manège, il voit et il veut le détruire, le réduire à néant et effacer jusqu'à la plus infime preuve de son existence. Mais l'homme est puissant et charismatique, et on ne peut aller contre son pouvoir.

Alors il hurle d'impuissance en voyant cet homme les manipuler sans pouvoir rien faire contre. Il voit son sourire paisible, fourbe. Ses mains qui cajolent et apprivoisent pour mieux tromper; les autres ne s'en rendent même plus compte, tellement habitués à être manipulés, tristes pantins. Et peut importe combien il se démène, combien il tente de se débattre, toujours l'autre sourit, en pointant du doigt ce qu'il a de plus précieux au monde, en une menace silencieuse. Et partagé entre sa colère et la peur qui l'étouffe à l'idée de les perdre, il ne peut que hurler en silence. Ses mains tremblent et sa voix se casse contre les murs invisibles que lui oppose l'homme au sourire goguenard.

Il a essayé de traiter avec lui, de l'éloigner de sa famille, sans résultat. Il a pensé à partir, pour les protéger, mais il sait qu'il les aime trop pour pouvoir vivre sans eux. Il a appris à ravaler sa colère et à courber l'échine, à ignorer le serpent qui semble s'agiter dans son ventre quand l'autre sourit, cette nausée quand il croise son regard. Un jour il ne supportera plus cette tension, il craqueras et il le sait. Il le sait même trop bien, alors il se brime autant qu'il peut et il sourit.

Avant il avait un ami sur lequel il pouvait compter, qui l'aidait, mais ils se sont éloignés. Il n'arrive pas à se souvenir de la raison de cet éloignement, loin si loin... Il ferme les yeux. Une boule d'énergie malsaine bouillonne en lui, et il craint le moment ou elle le détruira pour sortir. A peine l'ombre de lui-même. Il ferme les yeux et se mord la lèvre jusqu'au sang, la douleur le soulageant un instant. Un long gémissement plaintif s'échappe de ses lèvres quand il pense à sa gamine, tellement petite et fragile, tellement facile à blesser...

Il les protégeras, peut importe le prix à payer, peut importe si il doit s'enfoncer dans le brouillard et oublier jusqu'à son propre nom, renier sa propre existence. Et la bête gronde au fond de lui, prête à tuer.