L'homme marche d'un pas assuré, un grand sourire aux lèvres. Il possède un grand pouvoir et il le sait. Il est curieux et il jongle avec les mots comme personne. Il n'est pas foncièrement mauvais, d'ailleurs il pense que personne ne l'est. Mais il ne peut s'empêcher de vouloir les manipuler, de voir ceux qui s'en rendent compte enrager en silence, il trouve les autres réellement fascinants. Parfois il se sent un peu seul, un peu vide, comme si il lui manquait quelque chose. Il ne croit pas aux âmes sœurs et aux coups de foudres, il est un trop pragmatique pour ça. Et puis les autres ont l'air, de tomber amoureux tellement facilement, et ça les rends tellement faibles et encore plus facilement manipulables... Il ne veux pas devenir comme eux.
Dernièrement, il se rends compte que les gens sont en train de tomber dans le brouillard, et il ne saurait dire si cela l'amuse ou le désespère. Tellement faibles, incapables de supporter leur propre poids... Son regard tombe sur l'homme aux mains de suie qui passe devant son bureau, comme chaque jour. Il est de plus en plus vague, et le brouillard semble le bouffer un peu plus chaque minute. Malgré la voix intérieure qui lui hurle d'intervenir, il se refuse à agir et sa main reste inerte. Il ne veut aider personne, surtout pas cet homme qu'il ne connait pas. La petite voix lui souffle doucement que peut-être il pourrait l'aider, et qu'à ce moment il ne serait plus un inconnu. Il la rejette au loin, dans les tréfonds de son esprit. Il connait le pouvoir de ses propres mots, suffisamment pour savoir qu'ils sont dangereux.
Pourtant la voix est tiède et douce, pas sirupeuse comme la sienne, et elle a encore des inflexions chaleureuses, sans arrières pensées. Il l'ignore tout de même. Parfois, il se demande ce qui peut bien le pousser à vouloir aider cet homme, de manière aussi impulsive et peut réfléchie, à l'opposée totale de ses habitudes. Il sait que la petite voix a la réponse, mais il sait également qu'elle lui dira la vérité, ce qu'il ressent vraiment et il ne veux pas connaitre la vérité sur lui-même. Pas encore.
Seulement, l'autre commence vraiment à devenir gris, fiévreux. Et ses propres mains prennent la teinte du charbon, et jouer avec les mots à l'ennuyer. Comme si il manquait quelque chose. Et le petit danseur, tellement lumineux vient prendre sa main et le guide, faisant hurler la voix. Un rugissement de victoire.
