Il marche depuis tellement longtemps qu'il ne se souvient même plus de la destination qu'il souhaitais atteindre. Il est seul maintenant, parce que par fierté, il a refusé les mains qu'on lui tendait. Son monde et tout ce qu'il avait réussi à construire se désintègrent et tombent en poussière autour de lui, le poussant lentement dans le brouillard. Ses efforts pour tenter de réparer ce qu'il a fait sont vains et risibles, et peut importe combien il essaie, ses mains sont trop sales pour seulement pouvoir prétendre soigner une coupure.
Il s'est arrêté, perdu. Quel était son but, quel était la chose pour laquelle il se battait et à qui il a tout sacrifié ? Ses mains couvertes de suie tremblent violemment, et il n'arrive même plus à se souvenir de son propre nom. Quelque part, il n'a pas vraiment peur de disparaître, il ne sais même pas si il a un jour existé. Il se rappelle des conseils de son ami le danseur, les mots sont inutiles, les mots mentent ne leur faits pas confiance. Avait-il trop fait confiance aux mots ? Il ne sent même plus la faim, alors qu'il avait toujours été affamé. Plus de connaissances, plus d'amis, plus d'ennemis, plus de tout. Maintenant il se sent vide. Plus de rêves un peu niais d'enfant, d'ambitions trop adulte ou de petits buts idiots et faciles à atteindre. Juste le vide et le monstre qui le cloue au sol, l'enfonce dans le brouillard et l'empêche de voir les mains qui voudraient l'aider.
Est-ce la fin ? Il n'arrive même plus à se souvenir du gout sucré et un peu amer d'une étreinte... Il essaie de se débattre; dans un dernier sursaut, frappe le monstre de toutes les forces qui lui reste, et aperçoit la main qui lui est tendue. Une main blanche et pure comme un rayon de soleil, et il n'ose pas la toucher. La main en amène une autre, une main noire charbon, presque aussi sombre et sale que la sienne, mais en quelque sorte aussi claire que l'autre, et moins effrayante, presque familière. Il l'attrape et une grande force le tire du brouillard. Il croirait presque mourir quand le brouillard le quitte, tellement les sensations sont fortes et belles, tellement la lumière est violente. Il se cache les yeux et recule mais l'autre main, aussi sombre que la sienne lui rouvre les yeux.
La lumière l'inonde et le réchauffe. Et il se souvient de tout.
