Chapitre 3 (2864)

Voici le troisième chapitre. Je remercie encore toutes celles qui ont pris le temps de laisser un commentaire, celles qui ont mis cette histoire en favoris et celles qui la suive tout court.

Quand Dean arriva à leur banc à 5h30, Castiel l'attendait déjà. C'était la première fois que ça arrivait. Il était descendu des marches la tête basse comme pour éviter les regards inquisiteurs. Il n'y avait que peu de personnes qu'il laissait le regarder ainsi. En s'approchant du banc, il capta un mouvement, aussitôt il senti un agacement l'envahir, qui s'était permis de prendre leur place sur leur banc à cette heure-là. Mais il fut immédiatement rassuré en reconnaissant la voix de Castiel.

- Comment vas-tu ?, lui demanda-t-il avec inquiétude.

- Ça va. Ils s'assirent côte à côte. Castiel était tourné vers lui, la tête penchée pour passer en revue ses cicatrices. Ton médecin a été très bien. Il m'a dit que je n'avais rien de cassé et que la douleur était due à l'hématome. A ce moment il ressentait des émotions contradictoires, il était mal à l'aise à cause de ce regard qui semblait le scanner dans les moindres détails et réchauffé par l'inquiétude qu'il pouvait percevoir dans ces yeux.

- Je suis rassuré, en le fixant dans les yeux. Je suis désolé de n'avoir pas pu t'accompagner hier.

- Non, tu n'avais pas à le faire, en secouant la tête et en se dégageant de ce regard qui lui procurait toujours des sentiments contraires. C'est normal tu avais ton travail et je suis assez grand pour me rendre tout seul à une adresse. Il hésita avant d'ajouter, Pourquoi tu pensais que je n'allais pas y aller si tu n'avais pas pris de précautions ? Il regardait au loin, les passants anonymes.

- Surement le fait que tu veuilles passer pour un homme fort et sachant se débrouiller seul, lui lança-t-il sur le ton de la plaisanterie. Castiel vit Dean se raidir et croiser les bras sur sa poitrine. Il voulait plaisanter mais il n'avait fait que le blesser dans son orgueil, comment pouvait-il croire qu'il puisse le considérer un instant comme un homme faible ? Il s'adossa au dossier du banc et fixa le sol face à lui. Il devait lui expliquer. Je ne sous-entends pas que tu n'es pas fort et que tu ne saches pas te débrouiller seul mais hier ton regard m'a paru … perdu. Je ne pouvais pas être là pour toi alors je me suis assuré que tu puisses voir et parler à quelqu'un si tu en avais besoin. Je suis désolé, on ne se connait pas vraiment mais je ne pouvais pas te laisser comme ça. Il lui jeta un regard rapide. Dean avait baissé la tête. Tu dois me considérer comme trop intrusif et je comprendrais si tu ne voulais plus qu'on se parle, finit-il dans un murmure. Dean mit quelques temps à répondre et il sentit Castiel mal à l'aise.

Ça y est, il avait fait ce faux pas qui l'éloignait. S'il avait voulu rompre leurs échanges il ne s'y serait pas mieux pris. Il n'avait pas l'habitude de lier des relations et il était toujours mal à l'aise à l'idée de faire une erreur. Celui-ci fit un geste pour ramasser sa sacoche au pied du banc quand Dean reprit la parole, ce qui eut pour effet de l'arrêter.

- Non ne t'excuse pas, c'est moi qui devrait m'excuser du fait que tu penses devoir t'occuper de moi. Je … je ne peux pas te dire ce qui s'est passé…

- Je ne te demande rien, dit-il en le fixant de nouveau. Dean hocha la tête.

- Merci. Pour tout. Il lui lança un regard gêné. Il n'avait pas l'habitude que quelqu'un qu'il connaissait très peu se préoccupe de lui ainsi. Et ce qui était nouveau aussi c'est qu'il le laissait faire.

- Pas de quoi, lui répond-il dans un sourire.

- Je devrais te libérer, tu vas être en retard. Castiel jeta un œil à sa montre, tu as raison.

- A demain Cas'.

- A demain Dean, en se dirigeant vers son train.

Le lendemain, Castiel prit une nouvelle habitude qui était d'arriver dix minutes avant son heure habituelle pour avoir plus de temps avec Dean. Celui-ci l'attendait sur leur banc, son bleu commençait à changer de couleur. Ils continuaient d'en apprendre un peu plus l'un sur l'autre. Au fil des jours, Dean appris qu'en plus de son travail de comptable, il participait à une petite association de quartier œuvrant pour la lecture auprès des jeunes. Quand à Dean, il lui raconta son travail de barman et sa passion pour les vieilles voitures. Il lui parla un peu plus de Sam et des examens qu'il passait en ce moment. C'était un plaisir pour tous les deux tous les matins d'avoir ce moment à eux. Dean ne voyait pendant ces instants que ses yeux bleus qui le transperçaient, son sourire discret et ses gestes posés. Ses mains s'animaient quand il parlait d'un sujet qui le passionnait. Elles appuyaient son discours comme pour le faire mieux entendre, convaincre par la vue en plus de l'ouïe. Et lorsqu'il s'en rendait compte, Castiel refrénait ses gestes, occupait ses mains pour les lier au silence. C'était un homme posé et qui contraignait ses paroles et ses gestes à la discrétion. Dean avait noté sa facilité à éluder les questions sans pour autant rompre la conversation. Il savait diriger la conversation sur les autres pour éviter de parler de lui mais parfois il laissait échapper une information ou une émotion, que Dean enregistrait.

- Lundi je t'offre le café, lui lança-t-il quand Castiel se levait pour prendre son train.

- Oh j'ai oublié, je pars en formation la semaine prochaine pour trois jours. Je ne suis de retour que jeudi.

- Ah OK, Dean tenta au mieux de cacher sa déception, alors jeudi tu auras droit à ton café.

- Ça marche, prends soin de toi.

Castiel s'éloigna et disparu en lui faisant un signe de la main. Il allait devoir passer le weekend et trois jours supplémentaires sans le voir, sans l'entendre, autant dire une éternité.

Ces cinq jours passèrent finalement assez vite. Il continua de s'arrêter le matin sur leur banc mais ces moments n'avaient plus la même saveur. Au bar, Balthazar lui demandait des nouvelles de Castiel de temps à autre, ses collègues venaient prendre de ses nouvelles sans oser le questionner sur ce qui lui était arrivé. Megan avait bien essayé mais elle n'eut fasse à elle qu'un mur impénétrable. Benny n'était pas réapparu au bar et les clients qui avaient tentés de flirter avec lui s'étaient fait remettre à leur place assez durement. Il ne voulait pas s'embarquer dans de nouveaux problèmes et ne s'intéressait qu'à Castiel.

Il téléphona à son frère pour prendre de ses nouvelles, un jour en partant travailler. Il eut la chance de l'avoir à la sortie d'un cours et il avait le temps de discuter sur le chemin le menant à la bibliothèque. Ils se parlaient aussi régulièrement que possible mais avec leur emploi du temps respectif s'était souvent compliqué. Sam était parti pour faire ses études et il était fier de lui pour tout ce qu'il accomplissait. Il était un jeune homme intelligent, respectable et promis à un brillant avenir. En arrivant à la gare et en passant devant leur banc, Dean ressenti un manque. Il parla à Sam de sa nouvelle habitude pour dériver doucement sur sa rencontre avec Castiel. Il lui parla de Castiel venant l'aborder, de ce qu'il avait appris sur sa famille, son travail et son implication sociale. Dean tentait de se contenir pour ne pas paraitre complètement idiot mais il ne pouvait parler qu'à Sam et il avait envie de parler de Castiel. Sam eut droit aussi à ses yeux, son sourire et ses attentions pour lui.

- Et il est gay ?, le questionna Sam à brûle-pourpoint après avoir écouté son frère pendant un quart d'heure. Ça eu l'effet de lui couper la parole de surprise.

- Je sais pas Sammy. Je sais juste qu'il vit seul. On se voit le matin pour parler, je vais pas lui demander ça comme ça.

- Comme si c'est quelque chose qui pouvait te gêner ! Je te rappelle que je t'ai déjà vu emballer des mecs sans trop leur demander leur avis et si c'était dans leur goût.

- …

- Nooon…

- Quoi !, avec une pointe d'inquiétude dans la voix.

- En fait, tu veux pas savoir, sa voix était pleine de surprise. Mais aussitôt il prit conscience que son frère avait peur, c'est ça qui le retenait pour une fois et il en déduit qu'il avait forcément des sentiments. De ce qu'il en savait, il y avait tellement longtemps qu'il n'avait pas eu, ou jamais eu, ce genre de sentiments qu'il s'en voulu immédiatement du ton de sa réponse.

- Non, c'est juste que c'est pas important.

- C'est pas important ou tu as peur d'être déçu par ce qu'il pourrait répondre ? Sa voix était devenue plus douce. Là le temps de réponse fut plus long. Dean était son grand frère mais pour les choses importantes qui pouvaient lui arriver, il avait parfois besoin qu'on lui prenne la main. Dean ?

- Je sais pas. Le ton de sa voix s'était relâché, il ferma les yeux pour se concentrer sur ce qu'il ressentait en essayant d'être le plus objectif possible.

- Tu as du bien sentir quand même dans ses gestes ou ses regards, s'il y avait plus que de simples échanges d'amitié.

- Je dois avouer que la plupart du temps je n'ai plus de pensées raisonnables quand je suis avec lui et je me fais beaucoup de films, avoua-t-il en secouant la tête. Maintenant il se sentait vraiment idiot de devoir parler de lui, ça le mettait toujours mal à l'aise. Du coup je pense que ce que je pourrais voir serait plutôt des choses que j'ai envie de voir. Il rouvrit les yeux après cet aveu, il avait enfin dit à voix haute ce qui lui faisait peur.

- Ouai bon. Je te dirais bien de ne pas t'emballer mais j'ai l'impression que tu es complètement dingue de ce mec vu que tu m'as parlé que de lui !

- C'est bon Sammy j'ai compris, je me calme sur mes délires.

- Non Dean, tu es heureux et je suis heureux que tu aies rencontré quelqu'un qui peut devenir ton ami ou peut être plus. Je veux juste que tu t'assures du type de relation que vous avez ou qu'il envisage. Je ne veux pas que tu sois déçu d'ici quelques temps si tu t'es fait des idées et qu'il ne conçoit pas les choses comme toi. Dean tu te rends compte que c'est la première fois que tu es amoureux, ou la première fois que tu me l'avoues en tout cas.

Il ne voulait pas l'empêcher d'être heureux ou lui faire peur mais il craignait qu'une déception, pour une fois qu'il s'ouvrait aux autres, le détruise encore plus, si ce n'est pour toujours.

- Je ne suis pas amoureux ! Il se senti en danger, ressentir un tel sentiment lui faisait peur.

- Oui c'est ça ! Quoi que tu sois, je ne veux pas que tu souffres. Et ne me sors pas le couplet du grand frère qui ne veut pas que son petit frère s'inquiète pour lui, tu veux. Il savait que son frère avait des problèmes avec ses émotions et des difficultés d'attachement mais pour une fois qu'il avait des sentiments, il ne voulait pas que cet homme puisse le détruire en jouant avec lui ou même sans le faire exprès.

- Tu as raison, je devrais lui parler. Il sourit, il n'y a que Sam qui pouvait lui parler comme ça. Il avait peur de la réponse de Castiel mais Sam avait raison il valait mieux être fixé rapidement pour éviter de souffrir plus tard. Et il ne perdrait rien à être l'ami de Castiel.

- Bon parle-moi un peu de Balthazar, toujours égal à lui-même ? Ils avaient besoin de retrouver une conversation plus légère et Balthazar était le sujet tout trouvé. Ils s'étaient croisés quelques fois mais il le connaissait principalement par ce que lui racontait Dean. Il était chaleureux et semblait proche de Dean tout autant qu'il le laissait s'approchait. Il savait bien comment se comportait son frère avec les autres. Leur enfance ne les avait pas aidés à s'attacher. La perte de leur mère quand ils étaient jeunes, lui-même n'en avait que peu de souvenirs mais plutôt des impressions, leur père retranché dans sa peine et ne s'occupant plus de ses enfants, leur obligation de déménager à cause de son travail et ainsi ne pas lier de relations profondes, tout ceci ne l'avait pas aidé à communiquer avec les gens. Sam s'était senti plus chanceux, son frère avait été là pour lui, pour l'aider à grandir dans son enfance, et le soutenir ensuite dans ses projets.

- Oui. Toujours au bar avec moi. Il a son fanclub, des habitués qui viennent le voir pratiquement tous les soirs et il jongle entre son personnage de pitre et de Don Juan. Il te passe le bonjour d'ailleurs et te souhaite bonne chance pour la fin de tes examens.

- En parlant de ça, je compte prendre une semaine de vacances, la semaine prochaine, après la fin des examens. Et je passerais te voir après, si tu peux m'accueillir d'ici une dizaine de jours. Ça me fera plaisir de le voir aussi, tu lui passeras le bonjour en attendant et le remerciera.

- Tu sais que tu es toujours le bienvenu Sammy. Ça me fera plaisir qu'on puisse passer un peu de temps ensemble.

- Et ton travail te plait toujours ?

- Oui, ça va. C'est plutôt agréable. Les clients pour la plupart sont là pour passer un bon moment et ne sont pas prise de tête, … ses doigts vinrent caresser la cicatrice sur son arcade sourcilière et il se mordit les lèvres. Il n'aimait pas repenser à Benny, en particulier dans le cadre d'une conversation familière. Il se senti alors mal de cacher de telles choses à son frère mais ça lui était impossible d'en parler, il l'aurait vu comme un moins que rien, incapable de mener sa vie sans faire de conneries, il devait maintenir du mieux qu'il pouvait cette image de grand frère responsable qui faisait ce qu'il fallait pour s'en sortir, … et les collègues ne sont pas trop envahissants.

- Et tu ne les laisses pas faire non plus. Dean ne releva pas sa remarque.

- Il y a une nouvelle serveuse, je suis sûr que tu t'entendrais bien avec elle.

- Tu as discuté avec elle ?

- Pas vraiment, mais à ce que m'a raconté Balth', je pense que c'est ton genre.

- Ça me donne une raison de plus de passer te voir alors.

Ils se dirent au-revoir, se promettant de se rappeler bientôt. Dean était pratiquement arrivé à destination quand il raccrocha. Castiel revenait demain, ils allaient se revoir enfin et Dean oserait peut être lui poser une question en particulier.

Sa nuit de travail se passa sans problème, il était heureux et ça se voyait, Balthazar n'avait pas arrêté de l'embêter avec ça en lui faisant des sous-entendus. Dean était tellement de bonne humeur qu'il ne prit pas la peine de le rembarrer. Balthazar ne savait pas que Castiel s'était absenté, son collègue ne lui en avait plus parlé depuis son altercation avec Benny mais il se doutait bien que sa bonne humeur ne pouvait être liée qu'à lui. Quand l'heure de la fermeture arriva, Dean senti un regain de force pour ranger et nettoyer le bar. Il partit dix minutes avant l'heure habituelle et se retrouva à attendre sur son banc beaucoup plus tôt que prévu.

Il allait le revoir.

Il s'assit sur le banc, il se sentait heureux de le revoir mais l'anxiété rongeait son cœur, possédait sa respiration, épuisait ses muscles, il était impatient que sa voix grave vienne se glisser à ses oreilles mais devoir lui poser cette question le rendait malade. C'était épuisant cette contradiction incessante. Voilà pourquoi il évitait aussi de ressentir des sentiments, ça vous faisait perdre la raison. Il se rappela soudain qu'il lui avait promis un café. Il se leva et se dirigea vers le café plus loin dans la rue. Marcher lui permettrait de contrôler un peu mieux son stress. Il était perdu dans ses pensées, dans ses attentes, dans ses yeux bleus. Il ne vit pas arriver la voiture dans la rue, il n'eut pas le temps d'entendre le crissement des pneus sur le bitume. Il ressenti à peine le choc du parechoc contre son corps, et celui-ci percuter le sol, avant de perdre connaissance en pensant à lui et à la fatalité qui le fauchait quand il décidait de lui parler et de faire face à sa peur.

Castiel arriva à leur banc à 5h30. Il n'était pas là, il s'assit pour l'attendre. Il avait pu être retenu à son travail, oublié que c'était aujourd'hui qu'il revenait. Il attendit dix minutes. Dean n'était toujours pas en vue. Il se leva, une ambulance toutes sirènes hurlantes brisa la tranquillité du matin. Il la regarda passer puis marcha en direction des quais. Il prit son train, passa sa journée de travail. Il le verrait demain pour lui raconter sa formation et le faire saliver sur la voiture qu'il avait louée pour l'occasion.

Ne m'en voulez pas trop !