Chapitre 12
Ils s'étaient retrouvés sous un porche après avoir été surpris par la pluie. Ils n'avaient pas cherché longtemps pour trouver une occupation pour attendre la fin de l'averse. Ils se tenaient serrés l'un contre l'autre à cause du peu d'espace à l'abri et à leur envie de se sentir. Ils se promenaient depuis une heure dans les rues sans faire attention où ils allaient, pour le simple plaisir d'être seuls ensemble. Ils s'étaient rapprochés et ils continuaient de se découvrir. Dean se recula pour observer Castiel, il avait l'impression qu'ils étaient ensemble depuis longtemps, alors qu'ils se connaissaient depuis si peu de temps et il avait pris une place centrale dans sa vie. Il connaissait tout de lui alors que lui ne connaissait rien de Castiel mais il lui faisait confiance. Il l'avait interrogé mais sa famille et son passé était un sujet tabou. Il arrivait toujours à noyer le poisson et faire dévier la conversation sur Dean. En revanche, il parlait plus facilement qu'avant avec ses collègues, il avait noué des liens d'amitiés profonds avec eux. Alors il patientait, attendant que Castiel ait toute confiance en lui, qu'il accepte qu'il le connaisse mieux et qu'il n'ait pas peur de son jugement. Tout ça Castiel le savait, depuis longtemps, depuis toujours mais il ne se sentait pas encore prêt à tout lui dire. Il y pensait depuis longtemps mais il n'avait pas encore eu le courage de se lancer.
Le regard de Dean fut attiré dans la rue par le bruit d'une voiture. Le ciel était toujours bas, gris et les nuages semblaient accrochés aux immeubles.
- Hey Cas', on doit pas être loin de chez toi !
- Non, c'est pas par ici. Castiel lançant un regard rapide dans la rue.
- Tu pourrais m'inviter et me faire visiter, en lui déposant un baiser sur la bouche pour lui faire comprendre tout ce qui l'attendait.
- Je dois y aller. J'avais oublié,… je dois rentrer, je travaille tôt demain. Il se reculait déjà, prêt à plonger sous la pluie.
- Attend. On peut rester là aussi. Il ne fit rien paraitre mais ce refus implicite l'avait blessé.
- Je dois y aller. Il l'embrassa rapidement. A demain.
Il était déjà en train de courir sous la pluie. S'échappant de ses bras étouffants, de son envie pesante. Dean resta là à le regarder s'enfuir, encore. Qu'est-ce qu'il pouvait bien cacher, une double vie, un secret tellement honteux qu'il ne pouvait pas le partager avec lui, un amant ? Si Castiel n'était pas prêt à tout lui dire, il pouvait peut être l'aider en le mettant devant le fait accompli. Il décida de le suivre, il le vit entrer en trombe deux immeubles plus loin. Il arriva devant ledit immeuble, l'entrée protégée par un digicode. Une mère de famille arriva en courant avec deux enfants, elle tapa le code et Dean lui ouvrit la porte. Elle le remercia et il entra après elle, la chance lui souriait. Il fallait maintenant trouver le numéro de son appartement. Les numéros étaient sur les boîtes aux lettres, c'était la providence. Il prit l'ascenseur et arriva au troisième étage et se retrouva devant la porte de son appartement. Il avait le cœur qui battait à tout rompre. Il allait être fixé, s'il tombait sur un autre homme, il se battrait pour lui, si c'était sur une femme, même chose. Et s'il n'avait pas d'amant, son intrusion pouvait peut-être le faire parler. Il leva le poing et frappa à la porte.
Quel idiot, il n'avait pas fait attention. Dean avait bien retenu le quartier dont il avait parlé pour situer son appartement au moment de leur rencontre. Et en se promenant, ils s'en étaient rapprochés sans s'en rendre compte. Il savait qu'il devait parler à Dean, lui expliquer. Il le savait depuis toujours mais il repoussait toujours l'échéance car il ne le verrait plus de la même façon après ça. Ses médecins lui avaient dit, ça ne pourrait que l'apaiser et lui permettre de laisser le passé derrière lui d'en parler. Mais sa peur irraisonnée le maintenait prisonnier. Il avait l'impression que de tout avouer à une personne qu'il aimait le replongerait dans cette état de soumission. Et ça il ne pouvait plus l'accepter, pas après tout ce qu'il avait fait. Il entra dans son appartement et s'assis sur une chaise et s'accouda à la table. Il tremblait, avoir été si proche de devoir lui expliquer l'avait terrorisé. Il savait qu'il pouvait faire confiance à Dean, lui avait toute confiance en lui mais sa peur prenait le dessus comme toujours. On frappa doucement, Castiel se redressa, enleva son imperméable trempé. Sa voisine avait due l'écouter entrer et elle venait le voir comme souvent. Il respira pour se calmer et ouvrit la porte.
Dean vit la porte s'entrouvrir comme au ralenti et derrière elle Castiel. Il le vit relever la tête et la surprise marqua son visage. Castiel resta figé face à Dean, les gouttes de pluie glissaient encore de ses cheveux, son regard et son corps étaient paralysés. Il ne savait pas comment réagir et Dean décida pour lui, il le poussa doucement de l'encadrement de la porte et entra. Il regarda autour de lui, un appartement simple, pas de décoration, aucune photographie d'amis ou de famille. Personne d'autre. Il entendit la porte se refermer et se retourna vers Castiel. Celui-ci était debout, il n'avait pas bougé, prostré, à cause de son intrusion dans son monde. Il tremblait, il ne savait pas si c'était le froid et l'humidité sur sa peau ou la peur. Dean était là, chez lui et il lui semblait que tout était fini. Il avait perdu le seul endroit isolé qui lui permettait de se sentir totalement en sécurité.
Dean s'approcha doucement de Castiel comme si un seul geste brusque pouvait lui faire peur. Il déposa sa main sur son épaule et Castiel fondit en larmes. D'abord doucement et les larmes silencieuses devinrent abondantes et il hoqueta sous le poids de son chagrin. Dean l'enveloppa dans ses bras, pour le réchauffer, le consoler, lui faire comprendre qu'il était là pour lui et qu'il pouvait se laisser aller. Castiel passa ses mains dans son dos pour le serrer contre lui, il avait besoin de s'agripper à lui pour pouvoir vivre à nouveau, s'appuyer sur lui pour remonter et respirer. Et il prit conscience de tout ça à ce moment. Il ressentait cette dépendance dont il avait peur. Quand ses pleurs se calmèrent, Dean le berça, lui chuchota à l'oreille que tout allait bien, qu'il était là pour lui et qu'il attendrait qu'il soit prêt. Il était prêt à attendre, encore, mais si lui attendait encore il n'aurait plus le courage et tout serait plus difficile. Son intrusion dans sa bulle protectrice avait tout fait éclater et il fallait que tout soit dit maintenant. Il inspira profondément plusieurs fois pour calmer ses sanglots. Il se détacha de Dean, le dépassa, il enleva sa veste de costume qu'il déposa sur le dossier d'une chaise, défit ses boutons de manchette et releva ses manches. Dean qui ne l'avait pas retenu, le regardait faire sans rien dire et sans bouger. Il semblait se préparer à se battre. Castiel essuya ses yeux et ses joues et s'assis à la table, Dean prit place sur la chaise de l'autre côté de la table, face à lui. Castiel avait le regard baissé, il croisa les doigts pour l'aider à se contenir, se racla la gorge. Il n'avait pas décidé de tout lui dire mais c'était aussi bien. Dans un moment il serait fixé.
- Mes parents sont Joanne et Jack Nowak. Sa voix était éraillée à cause de ses pleurs. Il se racla à nouveau la gorge avant de continuer. Ma mère est obstétricienne et mon père chirurgien. J'ai deux grands frères, Luc et Gadreel, une petite sœur Anna et un dernier frère Samandriel.
Il fit une pause, ça lui faisait mal de parler de ses frères et de sa sœur, ils n'avaient pas choisis eux non plus et ils avaient dû subir tout ça. Sa gorge se noua à ces souvenirs, il se força à inspirer pour pouvoir reprendre la parole, les larmes menaçant de revenir.
- Nos parents ont toujours été très religieux, ma mère plus que mon père. Ils nous ont élevé dans ces croyances. Ils étaient catholiques, mais le Pape n'était pas assez près de la parole de Dieu pour eux. Alors ils ont changé de religion et sont devenus protestants. Un des principes du protestantisme est de porter un regard critique sur sa doctrine et par ce fait, ils sont arrivés au fait que cette religion ne leur convenait pas non plus. Ils ont côtoyé de nombreux groupes de prières de plus en plus réactionnaires, prêchant soit disant la parole de Dieu de plus en plus agressivement. Ma mère s'est élevée contre l'avortement, allant jusqu'à refuser d'informer les femmes sur leur droit. Elle réussit à ne pas se faire rayer de l'ordre des médecins mais elle a dû arrêter de travailler, elle s'est alors encore plus impliquée dans la recherche d'une religion qui répondait à sa foi. Ce qu'elle trouva dans « La voie du Ciel ». Elle devint très active dans ce groupe et nous amena tous à leurs réunions et leurs prières pour se rapprocher de Dieu et aider les hommes à Le rencontrer.
Castiel fit une pause, tout ça le remuait toujours autant même si ça faisait longtemps. Cinq ans depuis qu'il était parti. Il avait déjà partagé ça avec des professionnels mais c'est la première fois qu'il en parlait à quelqu'un qui était proche de lui. Il n'avait pas relevé la tête, il n'avait pas le courage de lire dans les yeux de Dean, de la consternation ou de la pitié.
- Au bout de six mois, nous déménagions pour vivre dans cette communauté et plus près de Dieu. J'avais quinze ans à l'époque. Nous avons été bien accueilli, ma mère leur avait versé déjà beaucoup d'argent et ça ne faisait que commencer. Il laissa échapper un rire triste. Nous avons été retiré de l'école pour être scolarisé à domicile et donc dans cette communauté. Elle militait pour le créationnisme, et tu te rends compte du poids de ces groupes ! Castiel se mit en colère à l'évocation de cette aberration. Enseigner dans les écoles une lecture littérale des textes sacrés. Ce sont des fous ! Ils parlent maintenant de « dessein intelligent » et rejettent l'idée de l'évolution selon Darwin. Mais tu te rends compte. Il leva les yeux et Dean vit de la colère dans son regard.
Il reprit avec une voix un peu plus calme, en regardant de nouveau ses mains.
- Les journées étaient rythmées par des prières, des séances de groupes, des discussions sur Dieu. Des préceptes nous étaient rabâchés du matin jusqu'au soir et tous les jours de la semaine. Puis avec le temps, il nous a été demandé de faire plus d'efforts pour répondre à ce qu'attendait Dieu, il a fallu alors que nous fassions des périodes de jeûne.
Castiel s'était arrêté de parler. Dean voyait qu'il se battait contre lui-même pour lui avouer quelque chose.
- C'est comme ça que les demandes des disciples sont noyées dans le projet du groupe et du leader. Il n'y a rien de plus simple pour laver l'esprit de quelqu'un quand tu le prives de nourriture, de sommeil et de contacts extérieurs. C'est dans la définition des sectes, assouvir le membre et détourner son aspiration première pour le faire rechercher celle du gourou. Mes frères ainés se sont vite adaptés à ce monde, déjà endoctrinés par nos parents. Samandriel lui était très jeune, il n'avait que trois ans quand on est arrivé dans cet endroit. Moi j'ai cherché à suivre les règles pour ne pas me faire remarquer et préserver le peu de raisonnement que je pouvais avoir mais j'étais très inquiet pour ma sœur. Anna, la seule fille de la famille avait été encore plus endoctrinée par notre mère. Je la protégeais du mieux que je pouvais et tout se passait tant bien que mal.
Castiel s'arrêta de nouveau. Il avait encore baissé la tête comme honteux de son passé qu'il n'avait pas choisi mais subi. Dean vit des larmes s'écraser sur la table. Il avait envie de lui dire qu'il était désolé de ce qu'il avait subi mais que maintenant, il était libre. Il voulut faire un geste vers lui, prendre ses mains dans les siennes mais Castiel se recroquevilla encore un peu plus sur lui. Il s'essuya les yeux et reprit d'une voix étranglée.
- Vers mes dix-huit ans, je suis tombé amoureux d'un garçon. Je savais bien que je ne pouvais pas succomber à ce désir. Depuis que j'étais enfant, on nous inculquait que l'homosexualité était contre nature et que les amours impures étaient vouées aux Enfers. Mais je n'y pouvais rien si je l'aimais. Et l'amour c'était censé être l'œuvre de Dieu, je n'étais bien sûr pas aussi naïf mais j'avais besoin d'y croire. Et un jour, on s'est retrouvé ensemble, on s'est embrassé naturellement, il devait en avoir envie autant que moi. Ça a duré une semaine, où j'ai vécu presque un vrai bonheur. Un après-midi, on s'était retrouvé dans une classe vide, on s'embrassait, il s'est reculé et s'est mis à pleurer. Je n'ai pas compris ce qui se passait jusqu'à ce que je voie entrer mon professeur et ma mère. Il m'avait dénoncé, je l'avais séduit et il avait confessé son péché. C'est la version qu'il a donné et qui s'est répandu mais j'ai bien vu dans son regard à ce moment la tristesse qu'il ressentait et la honte de ce qu'il avait fait. Sa voix se fit plus faible. La vie a été beaucoup plus difficile après ça dans la communauté. Mes parents réussirent à ne pas l'ébruité mais ils ne m'ont pas lâché.
Il porta les mains à son visage, pour sécher ses larmes et se cacher comme il pouvait. Son corps s'était mis à tremblait sous l'afflux des émotions. Il reprit plus difficilement.
- Je suis resté pour veiller sur Anna et Samandriel, je ne voulais pas les abandonner parmi ces vautours. J'y suis resté six ans après ça, à supporter le poids de leur pseudo-religion, jusqu'à ce qu'ils commencent à tourner autour d'Anna pour lui trouver un mari et l'enchainer à jamais à ce groupe. J'ai décidé alors de m'enfuir, j'ai pris Anna avec moi. J'avais vingt-cinq ans et elle en avait dix-sept. Je voulais prendre Samandriel mais il était trop jeune, il devait avoir treize ans à ce moment et je l'ai lâchement abandonné. J'étais moins proche de lui que d'Anna et quand je lui ai parlé de partir de cet endroit, il m'a regardé comme si j'insultais notre famille. Ses mains se contorsionnaient tentant de contenir le flot d'émotions qui le traversait. On est parti, je n'avais nul part où aller mais j'étais décidé à la sauver et je ne voyais pas Samandriel vivre dans la rue et à le surveiller pour ne pas qu'il retourne dans cette secte. Je voulais nous mettre à l'abri et venir le rechercher. Les premières nuits, on a trouvé un squat. Je lui ai promis de veiller sur elle, que j'allais trouver un travail et qu'on pourrait vivre tous les deux loin de ces fous. Ma mère l'avait endoctrinée mais on était proches. Mais je me suis rendu compte que même si elle me faisait confiance, leur langage avait atteint sa raison. Elle est retournée auprès d'eux, sans rien me dire. Je savais qu'elle ne me vendrait pas mais j'avais tellement peur qu'ils me retrouvent que j'ai dormi dans des lieux différents tous les soirs, je devenais paranoïaque quand une personne me regardait trop fixement. Ma seule obsession était de garder ma liberté, ne plus être sous la dominance de quelqu'un. Un soir, j'ai été agressé et laissé dans la rue. Des policiers m'ont trouvé et m'ont emmené aux urgences. Là, on a tenté de me soigner mais je n'avais qu'une idée qui était de fuir. Comme je ne laissais pas les médecins faire leur travail, ils ont appelé le service de psychiatrie qui m'a pris en charge. J'ai eu la chance de tomber sur un médecin qui a sût prendre le temps de m'écouter et ne pas me bourrer de médicaments. Elle a pris contact avec un foyer et m'a suivi, et grâce à elle je me suis reconstruit, … en partie.
Dean ne bougeait pas, il tentait de retenir ses larmes. Il tentait d'encaisser toutes les informations que Castiel partageait enfin avec lui, il s'en voulait d'avoir pensé que Castiel pouvait avoir une double vie et le tromper. Comment avait-il put supporter tout ça et être encore aussi sain d'esprit ? Il comprenait maintenant ses hésitations, ses silences. Il était anéanti d'apprendre ce qu'il avait dû supporter.
Dean se leva pour se rapprocher de Castiel. Il avait envie de le prendre dans ses bras, le consoler, le rassurer, le mettre à l'abri de tous ces malheurs. Il déposa une main sur son épaule et sentit Castiel se contracter à ce contact. Celui-ci se recula imperceptiblement pour lui échapper, il avait du mal à contenir toutes ses émotions, il ne pouvait pas en plus recevoir celles de Dean. Il frissonna quand Dean retira sa main, il avait besoin de respirer, de ne plus sentir son regard sur lui. Il s'était mis à nu et ce sentiment le perturbait. Il se leva sans le regarder et se plaça devant la fenêtre, son regard dériva quelques instant sur la vie à l'extérieur quand il senti une couverture lui recouvrir les épaules. Il voulait éviter le regard de Dean, il ne voulait pas savoir ce qu'il pensait de tout ça. Cette période était une autre vie, il aurait voulu pouvoir l'effacer. Il aurait voulu que Dean ne connaisse pas cet être si faible qu'il avait été, emprisonné par sa famille et leur folie.
- Je vais te préparer un thé. Tu as besoin de quelque chose de chaud.
Dean fouilla dans les placards trouva ce qu'il fallait et mis l'eau à chauffer. Il appela Balthazar pour le prévenir qu'il ne pourrait pas assurer au bar ce soir et qu'il devait rester avec Castiel puis il raccrocha et fit infuser le thé.
- Je n'ai pas besoin de toi. Sa voix était sèche, sans sentiment. Dean suspendit son geste, il savait qu'il ne devait pas être blessé par cette phrase. Il comprenait maintenant que Castiel avait peur de l'enfermement, d'être lié à quelqu'un et de retomber dans une situation de dépendance.
- Je veux rester avec toi. Je sais que tu n'as pas besoin de moi mais je veux prendre soin de toi, comme tu l'as fait avec moi.
Castiel ne répondit pas, il n'avait pas bougé et semblait s'être replié de nouveau tout au fond de lui. Il lui prit les mains et plaça la tasse dans celles-ci, puis il le laissa seul devant la fenêtre, dans ses pensées, proche mais à distance pour ne pas l'angoisser.
Il s'assit sur le canapé avec sa tasse et attendit, qu'il veuille parler, qu'il ait besoin d'un geste ou simplement à le regarder et à être là pour lui. Au bout d'un moment Castiel reprit conscience, il tenait toujours sa tasse pleine, la laissant lui réchauffer les mains. Après avoir été submergé par ses souvenirs, sa discussion avec Dean revint à son esprit. Ils n'avaient pas discuté, il s'était contenté de lui raconter, il fuyait encore son regard. Il aimait Dean mais qu'est-ce qu'il ferait si son regard sur lui changeait ? Il n'avait pas envie d'y réfléchir, pas maintenant, il se sentait épuisé d'avoir revécu tout ça. Il se rapprocha du canapé et se coucha, la tête sur l'accoudoir, ses jambes et ses pieds recroquevillés à quelques centimètres de Dean. Il ne le regarda pas, il avait besoin de sa présence même si il n'était plus réellement à l'aise avec lui à ce moment. Il s'endormi au bout d'un moment. Son sommeil devait être plein de monstres et de souvenirs. Dean l'entendit appeler sa sœur dans son rêve, il s'en voulait de ne pas avoir pu la sauver et de s'en être sorti sans elle. Il le comprenait, il n'aurait jamais pu abandonner Sam et s'il l'avait fait, ça l'aurait rongé tous les jours un peu plus. Il ne voyait que son abandon alors que ça se résumait à sauver sa peau. Il caressa doucement ses pieds pour le rassurer, il voulait qu'il sente sa présence durant son sommeil, qu'il puisse se laisser aller en confiance mais ce geste anodin le fit se réveiller en sursaut comme s'il avait été aux aguets et avait senti une présence malveillante.
- Cas', tout va bien. C'est moi.
- …, son regard perdu avait du mal à sortir de son cauchemar.
Il reprit pied dans la réalité. Dean, son aveu, sa douleur. Il senti sa gorge encore se serrer, il avait l'impression de ne plus du tout gérer ses émotions alors que depuis cinq ans il évitait d'en ressentir et de s'attacher aux gens. Il senti Dean, l'envelopper de ses bras et le bercer. Il se laissa faire, il était bien trop fatigué pour le repousser et fuir à nouveau. Jusqu'à maintenant il avait gardé une partie de lui et de sa vie indépendante, isolée, pour pouvoir s'y cacher s'il en avait besoin et pour s'y sentir libre du regard des autres mais maintenant il n'avait plus rien. Dean savait tout de lui et à cette pensée, la terreur se mélangea au soulagement.
Un petit mot : en France il existe une commission chargée de la surveillance des sectes MIVILUDES qui permet de signaler des agissements d'individus ou de groupes.
J'ai écrit ce chapitre il y a un mois et il a un triste écho avec les événements de ce weekend. La situation n'est pas la même mais la manipulation des esprits reste semblable. Julindy a réalisé un recueil participatif intitulé Paris (id: 11616131). Tous les textes sont les bienvenus.
Je vous embrasse toutes très fort.
