Minos ne daigna pas pointer le bout de son nez au bal. Un peu inquiète par son comportement, la Reine Europe abandonna ses invités pour aller dans la chambre de son fils. Ce dernier, allongé sur le lit, les bras croisés sous la nuque, fixait le plafond d'un air absent, affichant toujours un très léger sourire.
- Que t'arrive-t-il, Minos ? Tu délaisses tout, les sorties, la nourriture…. Bien sûr, tu as toujours été un solitaire, mais tu n'as même pas jeté un coup d'œil sur les livres et les peintures qui sont arrivés ce matin… Ne puis-je pas faire quelque chose pour toi ?
Minos tressaillit et tourna les yeux vers sa mère. Elle s'inquiétait réellement pour lui et il s'en voulait un peu pour ça. Lentement, le Prince s'assit :
- Une chose me plairait. Je veux un gâteau préparé par Peau de Griffon.
La Reine ouvrit de grands yeux, étonnée par cette requête inattendue.
- Peau de Griffon ? Un gateau… ?
Minos hocha la tête et pencha légèrement la tête sur le côté, en lui adressant le même regard qu'il lui faisait enfant lorsqu'il voulait quelques morceaux de melon supplémentaire :
- S'il vous plaît, Mère
La Reine hocha la tête avec un sourire, son fils la surprendrait toujours.
- Très bien.
Elle quitta la chambre et partit à la recherche d'un des cavaliers afin d'en apprendre plus sur « Peau de Griffon ». Sa surprise monta d'un cran lorsqu'elle apprit qu'il s'agissait d'un vulgaire souillon ! Mais Minos n'allait pas très bien et si ce… souillon… et son gâteau pouvait le guérir, elle n'allait certainement pas chipoter.
Quelle ne fut pas la joie et la surprise de Albafica lorsque les messagers arrivèrent devant sa porte en lui réclamant un gâteau pour leur Prince. Tandis que les cavaliers attendaient dehors, il retourna dans sa hutte. Son cœur battait la chamade. Non, il ne pouvait décemment pas faire un gâteau dans cette tenue ! Le Prince attacha ses cheveux et laissa tomber sa peau par terre. Il revêtit son vêtement couleur de Lune. Il attrapa ensuite son livre de recettes et tourna les pages jusqu'à trouver le gâteau au yaourt parfumé à la vanille. Le cœur joyeux, en chantonnant, il se mit à préparer la pâte. Minos venait de lui montrer qu'il pensait à lui, maintenant c'était à son tour. Après un instant de réflexion, Albafica retira l'anneau autour de son doigt et le glissa dans la pâte. Il remit sa peau juste pour donner le gateau tout prêt aux messagers. Albafica les regarda s'éloigner en rêvassant au moment où Minos trouverait son bijou.
Inquiète par la santé de son fils, la Reine Europe avait convié plusieurs médecins, mais aucun ne savait ce qui tracassait Minos. Il les congédia d'un ordre bref lorsque le gâteau de Albafica arriva. Se mère le lui apporta sur un petit plateau. Il fallait reconnaitre qu'il sentait très bon ce gâteau. Le ventre du Prince gargouilla sous le fumet délicieux et délicat de la vanille qui s'en échappait. Il mordit dedans à pleine dents, sans se soucier des miettes qui tombèrent sur les couvertures. Sa mère fut un peu soulagée de le voir avec un tel appétit, il devait aller mieux ! Cependant ses craintes revinrent très vite lorsque Minos toussa comme s'il s'étouffait. Il s'avéra toutefois qu'il avait simplement avalé de travers. La Reine soupira de soulagement en songeant que son petit allait lui donner des cheveux blancs avant l'âge. Lorsque Minos exprima l'envie de se retrouver seul pour se reposer, elle préféra ne pas insister et se retira. Dès qu'elle fut partie, Minos ouvrit sa main et regarda l'anneau reposant au creux de sa paume avec lequel il avait failli s'étrangler :
- Pas très malin comme idée, gamin… murmura-t-il.
Mais il ne pouvait en détacher le regard. Devant ses yeux dansaient une paire de prunelles azur sur un visage délicat encadré d'une chevelure soyeuse.
Le lendemain, lorsque la Reine vint lui rendre visite, sa décision était prise. Néanmoins, devant son air soucieux, il la laissa parler en premier.
- Les médecins racontent que tu es amoureux. Dis-moi comment s'appelle celle qui fait battre ton cœur, et nous vous marierons.
- Je ne sais pas son nom, Mère. Mais ce n'est pas une fille, c'est un homme.
Il laissa sa grand-mère digérer lentement l'information, avant de brandir l'anneau en ajoutant :
- J'épouserai celui à qui ira cet anneau.
Europe observa le bijou. Pour un homme, la taille de l'anneau était petite et serait pourtant trop grand pour une femme. Elle vit le regard déterminé de son fils et hocha la tête :
- Je vais envoyer des messagers dans tout le Royaume, que tous les jeunes gens à marier viennent se présenter au palais pour essayer cet anneau.
Heureux, Minos adressa un sourire éblouissant à sa Mère.
Les messagers allèrent aussitôt de villages en villages pour annoncer la nouvelle. Immédiatement, ce fut l'effervescence partout. Ils avaient dit « jeunes gens », aussi bien des filles que des garçons espéraient être choisis par le Prince. Il avait également été précisé que l'anneau était petit, aussi les méthodes pour se mincir l'annulaire allaient bon train. Chacun faisait avec les moyens du bord, en se frottant jusqu'à peler, en l'introduisant dans une cavité que l'on resserrait au risque de se le briser, en faisant confiance à des charlatans proposant des remèdes miracles qui ne faisait aucun effet ou qui avait pour conséquence de faire tripler de volume le pauvre doigt…
Le jour de l'essayage de la bague, tous les jeunes gens se présentèrent : princes, princesses, ducs, duchesses, comtes, comtesses, marquis, marquises, barons, baronnes, serviteurs, servantes, femmes de chambres, cuisiniers, cuisinières, marmitons, marmitonnes.
Minos craignait que l'anneau puisse aller à plusieurs personnes. Il ne regardait même pas les personnes qui se présentaient à lui, les rares fois où il avait levé les yeux vers les visages des prétendantes et prétendants, il avait dû se retenir pour ne pas partir en courant. Sans parler du fait qu'ils tiraient tous la gueule puisque l'anneau était trop grand ou trop petit ! Tous et toutes défilaient un par un, une par une, les heures passaient et Minos commençait à fatiguer sérieusement, il faillit même hurler en voyant la femme aux cheveux noirs qu'il avait interrogé.
Et vint le moment où il n'y eut plus personne.
Tous les prétendants et prétendantes étaient restés par curiosité et chacun se demandait ce qu'allait faire le Prince. La Reine Europe se leva de son trône :
- Cher enfant, ils ont tous répondu présent, personne n'a rempli la condition…
Minos sourit :
- Etonnant. Cet anneau appartient pourtant à quelqu'un… et à bien y réfléchir, je n'ai pas vu ce Peau de Griffon… Vous savez, Mère, le garçon qui m'a fait le gâteau…
Europe pivota immédiatement sur ses talons et regarda le messager :
- Allez le chercher !
Mais à l'instant où le messager allait partir, Peau de Griffon fit son entré. Les murmures allaient bon train parmi les prétendants. Chacun priait pour que cette horreur ne puisse pas enfiler l'anneau. Voir le Prince se marier à une bête serait bien leur pire cauchemar !
Peau de Griffon s'agenouilla sur le sol en présentant sa main. Minos sourit en la lui prenant. Rien qu'à la forme de ces doigts magnifiques, il était persuadé que sous cette peau se cachait le mystérieux jeune homme de la forêt. Ses doutes furent confirmés, l'anneau glissa parfaitement le long du doigt, exactement à la bonne taille. Un « oooh » d'étonnement général et de dégoût se répandit dans la salle. Albafica sourit et se releva en repoussant sa peau d'âne. Toutes les personnes présentes furent éblouies par ce garçon à l'allure princière, à la chevelure brillante, aux yeux étincelant et dont les vêtements avaient la couleur du Soleil. Minos se leva à son tour en prenant la main du prince qui lui faisait face. Il n'aimait pas spécialement s'afficher ainsi en public et il espérait pouvoir bientôt pouvoir se retrouver en tête à tête avec lui.
Quelques jours plus tard, le mariage des deux jeunes Princes était célébré. Un vin d'honneur se déroulait dehors et Albafica sourit en voyant Luco le rejoindre :
- Mes félicitations, Albafica !
Ce dernier se figea en voyant Lugonis arriver à son tour. La Dryade lui sourit tout en détaillant Minos :
- Ne t'inquiète pas, nous avons longuement discuté et tout va bien à présent.
- Tant mieux, soupira le jeune homme avec soulagement.
Il adressa un sourire à son père adoptif qui vint le serrer dans ses bras, heureux de le revoir.
Ici s'arrête cette histoire. Si vous voulez tout savoir, Albafica et Minos n'ont pas fait un millier d'enfants, ils se sont contentés de deux et les ont baptisé Aruna et Aetos.
Et c'est la fin de ce petit conte sans prétention. En fait, je l'avais écrit il y a quelques années, mais avec d'autres personnages. Je l'ai un peu retravaillé aujourd'hui en modifiant les noms et quelques éléments et me suis dis que ça serait marrant de vous le faire lire.
Pas d'inquiétude pour les habitués de la fic des 100 pétales, la suite sera publiée demain ou après demain.
