Bonjour, bonsoir à toutes et à tous.
Bonne année à vous qui passez par là.
Je vous souhaite tout plein de bonnes choses, autant sur le plan "fanfictesque" que privé :)
Cela fait un sacré moment que je n'ai pas mis à jour cette fanfic. Voici le nouveau chapitre, les choses bougent un peu, de nouveaux personnages entrent en scène.
RaR :
Floelfe57 : merci pour ta review et tes encouragements, désolé pour cette attente par contre, si tu passes par ici… J'espère que tu apprécieras toujours.
Je n'ai rien à ajouter, je vous laisse en compagnie des protagonistes de Innamoramento.
Bonne lecture,
Perigrin.
Chapitre 3
Nager parmi les requins
.
Aujourd'hui Camus se rend à l'aéroport Charles De Gaule pour réceptionner Shiryu qui débarque tout droit du Japon. Son frère qui ne sait pas quoi faire de ses journées tient absolument à l'accompagner. Inutile de discuter avec le plus jeune, il n'en démord pas : il souhaite passer du temps avec son cher frère, donc Camus n'a pas d'autre choix que de le trimballer avec lui. Malgré qu'il soit en plein travail, pas comme un certain blondinet au visage de poupon…
Tout excité dans la voiture Hyõga pose des dizaines de questions à la suite.
— Il a quel âge ?
— Dix sept ans.
— Il est jeune pour écrire un livre cochon non ?
— Ce n'est pas un livre cochon comme tu dis mais tragique. Et non l'âge n'a aucune importance face au talent.
— Il est comment ? Sympa ? Il parle notre langue ? Il vient d'où exactement ? De quelle région ? Il voyage seul ?
Camus soupire de toutes ses forces.
— Je ne sais pas Hyõga je ne l'ai jamais vu en vrai… Seulement par téléconférence quelque fois… Il me parait discret et sérieux, tout l'opposé de toi. Je ne sais pas s'il est sympa comme tu dis, ce ne sont pas dans mes préoccupations.
— Oh bah alors ! Tu le suis depuis perpette et tu ne le connais pas plus que ça ? Ca m'étonne de toi mon Camus…
— Mais tu crois que j'ai le temps de bavarder avec les auteurs que je suis franchement ? Et s'il te plait arrête cette manie de mettre des pronoms devant les prénoms, ce n'est pas correcte.
— Oui maître Capello !
Camus gare sa voiture devant l'aéroport et s'engage dans le hall du bâtiment. La foule va et vient comme les vagues d'une mer agitée. On ne distingue absolument rien !
Quand tout à coup il distingue Doko une pancarte à la main. Il se dirige droit sur lui. Face au nouvel homme, notre éditeur peut y lire le prénom inscrit : Shiryu Inagaki. Les hommes se saluent, échangent des banalités à faire pleurer en attendant le prodige. Hyõga a du mal à garder son calme, les mains dans les poches il piétine sur place, se dandine. Ce qui agace son aîné puisqu'il lui envoie des signaux d'avertissement du style « si tu continues tu goûteras à mon pied au derrière ». Mais le blond n'y prête pas attention.
Doko Tibère est l'agent du jeune écrivain. Il le suit partout où il va et sert office de traducteur. Là étonnement, il n'accompagne pas le jeune dans son voyage. Il devait régler des problèmes de gestion de contrat et autres formalités ici en France. Tout ça pour dire que Shiryu voyage seul et que ce périple ne doit pas le rassurer… D'où la mine crispée du brun. Il se demande comment s'en sort son prodige. Ils ne tardent pas à le savoir puisque l'annonce du vol en provenance de Tokyo avertit que l'avion vient d'atterrir. Les intéressés relèvent la tête, aux aguets.
Au bout d'un moment, Camus aperçoit un très jeune homme se tenir dans le couloir des débarquements, son chariot de bagage en main. Il reconnait son visage pour l'avoir déjà vu. Sa longue chevelure ébène dévale son dos dans une coiffure hyper structurée ou aucun épi ne s'échappe. Il porte une tunique mauve de son pays. Elle lui arrive au niveau des genoux. Le garçon se tient droit, les deux bras devant lui joints. Son calme transperce de sa personne, il dégage une aura reposante, tranquillisante. Doko l'appelle en agitant son carton. Shiryu le voit puis passe le barrage des douanes, contourne le couloir pour enfin arriver dans le hall. Il rejoint les premiers quelques minutes plus tard.
Quand il arrive à leur hauteur, Doko se précipite à sa rencontre. Se stoppe et effectue le salut traditionnel japonais. Shiryu l'imite. Les deux hommes font des courbettes plusieurs fois de suite. Enfin le jeune prodige se tourne vers Camus en recommençant puis marmonne comme il le peut en français.
— Enchanté Camus. Je suis honoré de vous rencontrer enfin.
Estomaqué du français impeccable du japonais, Camus s'autorise une mine surprise. Il arque un sourcil et prend une mine intéressée.
— Bonjour Shiryu je suis enchanté également. Et impressionné… Je ne savais pas que tu parlais aussi bien notre langue.
Doko lui coupe la parole.
— C'est que Shiryu voue une passion indéfectible pour la France tout spécialement. Quand je l'ai pris sous mon aile il a émis le souhait d'apprendre le français. Je l'ai aidé au début mais très vite j'ai engagé un précepteur pour qu'il lui enseigne la langue de Molière. Ma foi il se débrouille pas mal. Ca va tu as fait un bon voyage ?
— Oui…
— Nous sommes soulagés de ta présence ici… Les choses sérieuses vont commencées. Tout le monde t'attend depuis des semaines, voire des mois, enchaine Doko.
— C'est que…
— Je vais te conduire à ton hôtel, tu t'y reposeras. Ce soir nous dînons avec Camus puis nous parlerons de ton futur emploi du temps… Il va être chargé Shiryu navré… Tu ne pourras pas retourner chez toi de suite. La France va te retenir un bon moment.
— Ce n'est pas grave…
— Je savais que tu comprendrais, tu es doté d'une maturité hors du commun. Bon si nous y allions ? conclut Doko.
Camus les accompagne en voiture à leur hôtel et tout le long du trajet Doko parle à la place du jeune japonais, ne le laissant pas en placer une. Ils se saluent succinctement avant de partir.
Hyõga donne son avis même si personne ne lui demande. Et vas y qu'il semble pompeux, et vas y qu'il paraît ennuyeux, et il ne pourra pas s'en faire un « copain » pour sortir ensemble… Bref, Shiryu ne fait pas l'unanimité auprès du frivole ex étudiant. Son frère d'adoption le rembarre sèchement en signifiant que ce garçon n'a pas reçu la même éducation que lui et qu'au moins il est poli. Comment envoyer un gros pic mine de rien ? Le talent version Camus.
Au dîner les trois hommes – Hyõga ne fut pas invité bizarrement – parlent du projet cinématographique du japonais. Tout se met en place doucement pour l'adaptation de son livre sur grand écran. Chaque étape sera supervisée par l'éditeur en personne pour ne pas dénaturer le roman du jeune garçon. Il ne veut pas qu'il se fasse flouer par les requins du milieu. Et quand il pense à requin il songe à Hadès Elis, directeur de la maison de production Pandémonium Entertainment. Cet homme est le « pape du Box-office ». C'est sa maison qui se chargera de produire le film et de financer son adaptation, seulement il y inclut toujours ses employés pour conduire le projet à terme. Hadès a la réputation d'être intransigeant, donc mieux vaut parer ses futures demandes aberrantes. Camus sera présent pour le contrer au besoin.
Dans un premier temps, il va falloir se rendre dans les bureaux de Pandémonium pour signer les contrats et la close d'exclusivité qui interdit à Shiryu d'engager une autre société de ce genre. Puis négocier le prix des salaires des employés ainsi que les acteurs, le budget alloué au film, le script de base, enfin que de détails rébarbatifs. C'est pour cela que Camus doit rester aux côtés de son protégé. Après la machine se mettra en marche : la machine implacable des bénéfices. Chiffre, chiffre, chiffre. Audimat, statistique, pourcentage, billets vendus, marketing… tout ce que déteste notre littéraire. Mais il faut en passer par là donc il se pliera au dictat du marchandising.
OoOoO
Pandémonium Entertainment
Neuf heures tapantes. Hadès Elis boit son café noir, corsé, sans sucre dans son bureau. Il se réjouit d'avance des droits qu'il a gagné en remportant le marché de ce jeune auteur à succès. D'autant plus que son histoire risque d'engendrer de belles recettes… Dès qu'il s'agit de sexe, violence, mal être psychologique le publique répond présent au rendez-vous… Hadès se frotte les mains, lui l'appât du gain il aime ça. S'il pouvait se vautrer dans un lit de billet de banque il le ferait sans hésiter. Il faut attiser la polémique concernant ce film mais comment ?
Taper un bon et grand coup pour « faire le buzz » comme on dit… Les gens seront intrigués par ce nouveau film donc ils se précipiteront dans les salles pour le découvrir. Oui, surtout ajouter des scènes de sexe bien crues. Et tout montrer bien évidement, sinon ce n'est pas drôle.
Thanatos entre dans le bureau sans frapper. Il est d'une aigreur à faire peur. Sa mine courroucée ne le quitte jamais.
— Ah Thani que fais-tu ici ? Tu ne t'occupes donc pas des contrats ? Ou que sais-je… Enfin rends-toi utile pour une fois.
— Hadès… Tu ne m'impressionnes pas. Je n'ai pas de compte à te rendre sur mon travail, je te l'ai déjà dit. Bon ils viennent quand ?
— Tout à l'heure.
— Quand ?
— Tout à l'heure je t'ai dis.
— C'est loin d'être précis. Dis-moi quand exactement !
— Vers quatorze heures.
— Et tu dis que c'est tout à l'heure ? Tu te moques de qui ? Il va falloir prévenir Hyp'.
— Et bien convoque-le Thani. Je vous fais entièrement confiance, vous gérez comme bon vous semble.
— C'est pour ça que dès que j'entre tu m'agresses ?
— Tu sais que je te taquine, je ne le pense pas voyons… Que ferais-je sans mes deux bras droits ?
— Rien de bien constructif sans doute. Bon je te laisse, je vais prévenir mon frère.
— Fais ça Thani, fais ça, clôt Hadès d'un geste négligeant de la main.
Thanatos et Hypnos Tulcán occupent respectivement le poste de Directeur de production et de Distributeur. Cela signifie qu'ils gèrent l'avant et l'après production proprement dite. Ils ont la main mise sur l'intégralité du déroulement d'un projet. Chaque décision, chaque ajustement doit obtenir leurs consentements pour être validé. Le brun gère la pré-production tandis que le blond s'occupe de la post-production. Rien n'échappe à la maille de leur filet, ce sont plus que des bras droits, Hadès se repose entièrement sur ces deux hommes.
A l'heure prévue Shiryu arrive enfin accompagné de ses escortes personnelles : Doko, Camus et Shion le directeur de la maison d'édition Aquarius Edition, ainsi que Aiolos leur avocat. Hadès trône en bout de table avec Thanatos à sa droite, ainsi qu'Hypnos à sa gauche. Un nouvel homme est assis aux côtés du Directeur de production, il s'agit de Rhadamanthe Vryen avocat de la société.
Thanatos mène l'entretien, d'abord il revoit le script pour réécrire certaines parties en collaboration avec Shiryu. Pour être en accord avec l'adaptation cinématographique, cette partie prendra plusieurs semaines. Camus l'assistera pour veiller. Ensuite il faut élaborer le synopsis qui définira les grandes lignes de l'œuvre, détailler l'ambiance générale ainsi que les personnages.
Le jeune auteur semble déconcerté, il n'imaginait pas que l'on toucherait à son texte mais Camus le réconforte. Au cinéma c'est on ne peut plus normal, c'est comme cela que ça se passe, il n'y a pas matière à paniquer.
Ensuite Thanatos parle des futurs lieux de tournage, une équipe devra se rendre en repérage et choisir des cadres pour l'action.
Bien sûr il faut voir la partie budget et ce qui en découle. Le montant alloué pour le film, les coûts engendrés, les moyens techniques mis en œuvre et surtout le public visé. Tout ça dépasse le japonais, heureusement qu'il est bien entouré parce qu'il ne peut gérer et comprendre tout ce que dit cet homme. A dix sept ans qu'est-ce qu'on y connait franchement à tout ça ?
Hadès intervient.
— Bon, je sens que ce film cartonnera au Box-office. Suffit d'y rajouter une touche de scandale et le tour sera joué !
L'écrivain chuchote à l'oreille de Camus qui a croisé ses bras sur sa poitrine, celui-ci prend part à la discussion.
— Qu'entendez-vous par ʺscandaleʺ Mr Elis ?
— Le lancement d'un livre ne fonctionne pas de la même façon que celui d'un film… Surtout une production de ce genre. Il faut susciter l'intérêt du public, sans ça il ne marchera pas. Et je vous le demande Mr Serroux de Touque, qu'est-ce qui attire le public ? Hum…
— Je m'attends au pire… déclare Camus.
— Le sexe ! Le trash ! Le glauque ! La violence !
Hypnos approuve son patron en hochant la tête de bas en haut.
— Mais enfin ce n'est pas un film porno mais un film dramatique ! se scandalise l'éditeur. Vous ne changerez pas l'ambiance générale du livre de Shiryu pour une espèce de mélasse crasseuse !
— Du sexe, du sexe et du sexe ! Ce sera mon dernier mot, renforce Hadès.
— De toute manière sachez-bien monsieur Serroux de Touque que c'est moi et uniquement moi qui dirige les opérations… apprend le Directeur de production. Il faut mon aval pour toute décision. Notre intention n'est certes pas de modifier l'esprit du roman de Shiryu, mais d'y ajouter du piquant pour intéresser les gens.
— Je m'insurge ! dit Doko en se levant de sa chaise. Qu'est-ce que vous allez ajouter comme piquant ? J'ai bien peur de la suite et je vous préviens… Je ne veux pas que le nom de Shiryu Inagaki soit associé dans le futur à un torchon pornographique ! Il mérite mieux que ça ! Son talent ne doit pas être souillé par vos élucubrations pernicieuses !
— Oh là… Que de grands mots pompeux Mr Tibère, calmez-vous je vous en prie, enchaine Hypnos calmement. Nous avons encore le temps, la phase de pré-production va seulement commencer. D'ailleurs pendant la réécriture du scénario de base votre petit protégé sera assisté de son éditeur. Rien ne sera fait sans qu'il le valide avec notre scénariste… Vous voyez, nous sommes transparents… Nous ne voulons pas transformer un livre d'une telle qualité, ce n'est pas notre but.
Doko se calme mais Camus reste méfiant, ces hurluberlus ne lui inspirent rien de bon.
— De toute façon j'assisterai à toutes les séances de travail, comptez sur moi, apprend Camus.
Hadès soupire longuement.
— Bon Rhadamanthe, tu te mettras en relation avec maître… Maître quoi déjà ? s'adressant à Aiolos.
— Mr Chiron, répond le concerné.
— Oui, donc tu te mettras en relation avec maître Chiron pour les détails concernant les contrats.
Mr Vryen acquiesce de la tête pour manifester son accord.
La réunion se termine aux alentours de dix sept heures tout de même, soit une après-midi entière pour parler de tout et de rien… Et surtout pour ne pas avancer d'un iota. Enfin soit, ce sont les aléas de la vie. Et puis mettre en route une machinerie pareille demande du temps et de la patience, normal de piétiner au début.
Shiryu parait satisfait, il sait que son pygmalion le soutiendra envers et contre tout. Il garde son calme légendaire par rapport à tout ce fourbi juridique et technique.
Hôtel du Dragon Impérial
Shiryu s'installe dans sa suite. Sa suite, une somptueuse chambre composée d'un salon qui la juxtapose et d'une grande salle de bain privative. Un jacuzzi est monté sur la terrasse dehors, ornée de massifs de buis pour cacher la vue des passants. Il y est à l'abri des regards indiscrets. Ce lieu est magique, tellement luxueux. Grandement plus que la modeste maison de ses parents située à Osaka en bordure de mer. Malgré la densité élevée de la population, il s'y sent seul, autant qu'aujourd'hui exilé, loin de sa chère patrie…
Ce jeune homme idolâtre l'Occident et encore plus la France. Depuis son enfance il porte ce continent dans son cœur, son rêve est de s'y installer. Ses projets sont sur le point de se concrétiser mais d'un coup la réalité le rattrape. Il va devoir partir, déménager sans doute… Si son livre devient un best-seller en France et que l'adaptation au cinéma remporte un pareil succès, il ne pourra rester au Japon. Et puis la France ce n'est pas rien. Le japonais aura le privilège de résider dans le pays des mots, de côtoyer les plus grands écrivains, de vivre dans le pays des auteurs à succès des siècles passés. S'il le souhaite, il pourra se rendre dans n'importe quel musé pour approfondir ses connaissances dans l'Histoire de France, autre sujet de prédilection.
Shiryu est un amoureux de notre culture, il la vénère. En prime il goutera à la cuisine locale, aux bons vins, aux spécialités diversifiées. Ces nouvelles donnes tournent dans sa tête pour former un tourbillon qui se change en ouragan. L'excitation de cette aventure s'ombrage de la peur de l'inconnu. C'est terrifiant de s'engager dans une voie inconnue, un pays étranger. Tout recommencer ailleurs. Sans nos proches pour nous soutenir. Qui va le réconforter quand il aura un coup de cafard ? Qui lui tiendra la main dans les rues pittoresque du vieux Paris ?
Ses pensées défilent dans sa tête… Il va devoir la laisser. Sa fiancée. Celle qui l'attend au pays. Shunrei. Son amie d'enfance qui est devenue au fil du temps bien plus. Ils s'aiment c'est indiscutable, la jeune fille possède un esprit fleur-bleue, doux qui l'apaise. Ils s'accordent bien ensemble tout le monde le dit. Oui tout le monde. Il ne peut pas la laisser comme ça, ne plus la revoir. Ce futur sans elle reste inenvisageable. Le pauvre garçon broie du noir assis sur son lit, les mains posées sur ses genoux. Un bruit frappant à sa porte le sort de sa léthargie contemplative. Un sursaut le fait réagir.
— Oui c'est qui ? interroge le japonais.
— C'est Doko, ça va ?
Le jeune oriental se met deux petites claques sur ses joues pour reprendre le cours de ses pensées. Ne pas faillir, et puis il n'a pas de raison de s'angoisser. Son avenir n'est pas joué, rien n'est décidé. Si ça se trouve son livre fera un bide alors… Il a le temps de voir venir.
— Tu peux entrer.
La porte s'ouvre et le brun entre d'un pas assuré. Il se poste devant le lit, une main dans une poche et l'autre jouant avec son téléphone en glissant son pouce sur l'écran tactile.
— Oh toi ça n'a pas l'air d'aller… Tu as une mine toute chafouine… devine le manager.
Shiryu baisse la tête pour masquer son émoi.
— Si ça va sauf que…
— Sauf que quoi Shir' ? Je commence à bien te cerner maintenant. Même si tu n'es pas loquace et démonstratif je vois bien que quelque chose cloche.
— Je me posais des questions… Je… Je ne sais pas quoi faire pour l'avenir… Est-ce qu'il va falloir que je m'installe en France ?
— Et bien je ne sais pas, sans doute… Si les choses marchent bien pour toi par la suite tu seras très demandé. Je croyais que ton rêve était de venir ici pour écrire. Tu veux visiter notre pays depuis des années, pourquoi tant de tracas ? Profite. Shir' tu as la chance de voyager et de faire ce qu'il te plait dans la vie ! Tu as un énorme talent, ce serait dommage de te cantonner au Japon. Attention, ne te méprends pas… Je ne critique pas ton pays, j'adore le Japon mais reconnait que pour mener une carrière d'écrivain, rien ne vaut la France. C'est quoi le problème ?
— Je…
Shiryu ne parvient pas à terminer sa phrase, ses mots s'étranglent dans sa gorge.
Doko voit bien le regard brillant de son poulain, il n'aime pas le voir si mélancolique. Pour son âge il devrait être insouciant au contraire, rire, chanter, faire des bêtises, sortir, transgresser les interdits. Au lieu de ça, le jeune garçon se cantonne dans une attitude bien trop sage. Le plus âgé s'assoit sur le lit à ses côtés. Il pose sa main sur celle du garçon.
— Tu peux tout me dire si tu le souhaites mais je ne te forcerais pas si tu n'en éprouves pas le besoin. Je suis là au cas où. Shiryu qu'est-ce qui ne va pas ?
Shiryu se tient droit, tente de ravaler ses larmes naissantes. Il ferme les yeux pour se concentrer sur sa voix, il ne faut pas qu'elle déraille.
— Tout va trop vite d'un coup… Je ne sais pas si j'arriverais à m'éloigner de ma famille et de vivre dans un pays étranger… Et… Shunrei. Je ne veux pas la perdre, je l'aime. Elle est si loin…
Doko tape un grand coup sur la cuisse du garçon.
— Oh ce n'est que ça mon bichon ? Mais rien de grave, ʺno panic, keep coolʺ ! Déjà pour commencer, tu es jeune, beau et talentueux… Tu retrouveras une petite amie en un rien de temps… Si tu tiens vraiment à ta fiancée, rien ne l'empêche de venir te rejoindre par la suite… Quand tu seras installé. Il faut prendre les étapes les unes après les autres. Inutile de mettre la charrue avant les bœufs, profite. Je te le répète : profite de ton succès Shir' ! Tu as toute la vie devant toi pour te triturer le cerveau. Aller, prépares-toi je t'emmène découvrir les folles nuits parisiennes !
Le jeune homme braque des yeux incrédules sur le visage rieur de son manager.
— Où va-t-on ?
— Ne me regarde pas comme ça ! Je ne vais pas te dévergonder. Je t'emmène visiter la capitale de nuit, tu vas voir c'est magnifique. Je t'attends, va prendre ta douche et rejoints-moi au bar de l'hôtel. A toute !
Il laisse un Shiryu dans l'expectative. Plus il connait cet étrange personnage, plus son sérieux s'évanouit. Il veut bien se laisser tenter par cette escapade.
OoOoO
Manoir Serroux de Touque
Camus joue au piano comme souvent, la musique l'aide à l'évader. C'est son moment de détente à lui. Il est satisfait de la venue de son poulain, depuis le temps qu'il le suit enfin ils ont fait connaissance. Et ce jeune garçon en pleine fine fleur de l'âge le ravi. Vraiment. Il sent une grande maturité émaner de sa personne ainsi qu'une modestie inégalée. Shiryu pourrait bien remporter le prix Paul-Loup Sultitzer.
Son frère d'adoption passe au même moment. Forcément, il rompt cette harmonie entre l'homme et l'instrument. Il se pose sur le piano, une main soutenant son menton en plongeant ses perles glacées dans les yeux de son aîné.
— Waouh Camus ! Tu joues bien, j'avais presque oublié ta façon de jouer… Je n'aime pas le classique mais tu réussis à me faire apprécier ce style.
Tout en continuant de jouer Camus répond égal à lui-même.
— C'est grâce à l'entrainement ça Hyõga. Et à la volonté, sans elle l'homme n'irait pas loin.
— Ouais. Enfin tu m'impressionnes toujours autant. Tu sais tout faire…
— Je m'en donne les moyens. Travail est mère de succès.
— Tu as de ces doctrines alors… rit le blond.
L'éditeur referme le clapet qui protège les touches. Les babillements de son frère le perturbe et il aime s'adonner à sa passion dans le calme absolu. C'est raté quand le jeune homme réside près de lui.
— Tu vas où comme ça ? Apprêté comme un dandy ?
— Je sors avec Aphrodite ! Tu veux venir avec nous ?
— Certainement pas. Non merci, je connais le genre de soirée qu'affectionne notre cher Aphrodite… Mais toi dis-donc… Que vas-tu y faire ? Ne vas pas te mettre en danger ou dans des situations tordues hein… Père s'inquiète suffisamment en ce qui concerne ton cas.
— Oui je sais, je sais… Mais je m'amuse je ne fais rien de mal. C'est dommage que tu ne viennes pas… Bon et bien je te souhaite une bonne soirée, à demain ! lance le blond accompagné d'un signe de main en partant.
Camus l'interpelle une dernière fois.
— S'il te plait, tiens-toi convenablement dans ta soirée. Et ne perds pas Aphrodite de vue où que vous alliez. Promets le moi.
— Promis Camus.
— Je ne suis pas convaincu…
Non amadoué par la promesse de son frère, Camus envoie un message à son ami pour qu'il surveille correctement son Hyõga. Et surtout qu'il ne l'embarque pas dans des histoires abracadabrantes ou des plans glauques.
Même s'il garde une apparence détachée en toute circonstance, notre littéraire adore ses frères, les deux. Il veille sur eux depuis tout petit. Il était là dans les pires moments de leurs existences. Il s'en souviendra toujours du moment où son père est allé chercher les deux petits garçons âgés respectivement de sept et quatre ans.
Isaak affichait déjà une attitude forte et courageuse pour un si jeune enfant. Il ne voulait vraisemblablement pas inquiéter son frère. Il endossa immédiatement le rôle de protecteur et fit taire ses larmes et sa peine. Il prit déjà sur lui pour le bonheur de Hyõga.
Hyõga qui gardait les yeux vides. Absent du monde qui l'entourait. Il ne pleura pas au début. Au contraire, il restait impassible face à l'attention des domestiques, de ses parents et des membres de la famille. Il ne parlait pas. Rien ne transperçait de ses lèvres closes. Camus ne l'approchait pas au début, parce qu'il ne savait pas comment faire. Lui-même étant un sauvage, un solitaire.
Comment réconforter un cousin dont on ne sait pratiquement rien ?
Comment apprivoiser le louveteau quand on en est un soi-même ?
Alors le petit blondinet restait avec son chagrin pour seul compagnie. Il rejetait son frère de sang également. Au bout de deux mois de mutisme, Augustin l'emmena consulter les meilleurs psychiatres de la capitale. Rien, il demeurait catatonique à son environnement. Il se nourrissait peu, cauchemardait toutes les nuits. Dans son lit, Camus l'entendait hurler et prononcer le mot « maman » inlassablement. Cette complainte déchirante le hantait aussi. Mais la journée il ne murmurait mot.
Les mois passaient invariablement et la situation stagnait. Les parents de Camus s'angoissaient de plus en plus pour le blond, ils parlèrent même de le placer en maison spécialisée ne sachant pas quel mal le ravageait. Les médecins diagnostiquèrent un autisme et d'autres maladies psychiatriques aux noms terrifiants. Le choc émotionnel causé par la mort de ses parents ne le ramènerait pas, voilà ce que décrétèrent les toubibs. Alors ce qui devait arriver, arriva… Hyõga fut conduit dans une maison pour jeunes enfants en difficulté ou ayant des troubles mentaux. Ce jour là il s'agrippait à la main d'Eulalie de toutes ses forces sans rien dire. Son regard se portait dehors, par delà la fenêtre entravée de barreaux. Comme si les enfants étaient en prison. Hors du temps, hors de la vie. Cette atmosphère aseptisée sentant la folie provoqua un électrochoque au jeune Camus.
Au moment où une infirmière arracha le petit blond des mains de sa tante il hurla. Pour la première fois depuis qu'il était là, il s'exprima. Dans une éraillure de l'âme mais il parla, cria, pleura. Sans réfléchir à son geste, Camus sauta sur son cousin et l'entoura de ses bras. Il somma l'infirmière de le laisser tranquille puis supplia son père de ne pas le laisser ici. Ses larmes démontrèrent qu'un lien se créait malgré tout. Camus ne voulut pas abandonner son nouveau frère aux mains de blouses blanches dénuées de cœur. Impossible.
Les parents cédèrent, enchantés de ce revirement de situation
Alors hier comme aujourd'hui Camus continue de veiller sur son petit louveteau.
(suite...)
