Bonjour à toutes et à tous,
Je publie la suite de cet UA. Je ne suis pas très loquace, je m'en excuse, sachez que j'apprécie vraiment l'intérêt que cette fic suscite auprès de vous, lectrices qui la suivez.
RaR :
Ignis : Je te remercie pour ta review :) Tu as lu les 3 chapitres d'une traite ? Tu ne peux pas savoir comme ça me fait plaisir. J'adore poser l'ambiance et les personnages. J'espère que la suite te plaira.
Yuna : Je te remercie pour ta review :) Ton avis me touche vraiment. Je n'ai jamais traité réellement Camus et Milo, pourtant j'adore leur couple. Alors si j'ai pu te tenir en haleine sur les premiers chapitres, je suis aux anges. En prime, la relation entre Camus et Hyõga te paraît touchante, c'est que du bonheur n_n
Eaque arrivera… Oui je divulgue un petit spoil, mais rien de grave. Quant à Minos et bien… Je ne sais pas s'il viendra se glisser dans l'histoire, pour une fois je ne le touche pas (ô miracle). Ce genre d'encouragement me booste à poster, donc oui, la suite arrive.
Merci d'être là.
Bonne lecture,
Perigrin.
Chapitre 4
Les clefs d'un avenir meilleur
.
Milo n'en revient pas de ce que Kardia lui apprit. Oh, il s'est rendu à son rendez-vous « hyper-supra-important ». Comment aurait-il pu le manquer ?
Son manager le harcela toute la journée, lui laissa cinq ou six messages vocaux et le réveilla à sept heures du matin pour qu'il soit prêt.
Début du flash-back :
Milo se rendit de bonne heure et de bonne humeur, dans l'agence qui s'occupe de la carrière des acteurs de tous milieux confondus. Cette agence existe pour les intermittents du spectacle peu connus ou non reconnus.
Kardia se tenait assis derrière son bureau croulant sous un monticule de paperasse et de CV. Dans une attitude mi-décontractée, mi-apprêtée, coiffé d'une espèce de chignon d'où s'échappaient des mèches rebelles.
— Vas-y Milo assis-toi. Tu veux boire quelque chose ?
— Oui un café… Et avec un croissant si possible…
— Tu m'en demande trop, n'abuse pas.
— Ok. Bon c'est quoi la raison urgente qui me pousse au saut du lit à une heure pareille ?
— Ne commence pas à râler, hein !
Pendant qu'il conversait, Kardia tapait sur son ordinateur œil rivé sur l'écran.
— Tu ne peux pas lâcher ce machin franchement ?
— Mon petit Milo… Je bosse moi ! Il y a des gens qui se lèvent de bonne heure pour travailler.
— Ah parce que je ne travaille pas peut être moi ? Merci ! Sympa ! Tac, prends ça dans les dents quoi !
— Oh tu démarres au quart de tour ! Détends-toi le bulbe hein… Alors on ne va pas parlementer cinq milles ans. J'ai une très bonne nouvelle à t'annoncer…
— Laquelle ? Ils vont m'augmenter mes cachets ? J'aurai une prime de risque pour me prendre d'énormes seins siliconés dans le visage pendant que je tourne ?
— Ta répartie m'étonnera toujours… Passons. Non.
Kardia porta son attention sur son vis-à-vis et tapa ses mains sur son bureau pour marquer sa joie.
— Ta carrière va peut être changer ! Revirement total ! Je t'ai obtenu une audition très privée pour un prochain long métrage ! C'est pas génial ? Merci qui ? Merci bibi !
Milo fronça les sourcils méfiant. Il s'enfonça au fond de sa chaise pour mettre une distance.
— Oh là quoi ? Tu me parles de quoi ? Quel film ? Et c'est quoi cette audition encore ? J'espère que ce n'est pas un truc vaseux parce que ton histoire ʺd'audition privéeʺ ne m'inspire pas confiance…
— Ne me dis pas que tu te méfies de moi depuis tout ce temps ? Milo… Tu me vexes. C'est une exclue totale ! Tu ne t'imagines pas du gros coup médiatique que ce film aura ! Ni les répercussions et les retombées pour ta renommée… Tu me remercieras quand tu montras les marches du Festival de Cannes… Ingrat !
— C'est quoi ce film ? Tu sais, dans ce milieu ils ne sont pas présentés dans des festivals, sauf ceux du X…
— Bon, je t'explique en détail. J'ai ouïe dire qu'un film allait se monter, adapté d'un livre très sérieux et mélodramatique. Enfin tout le bordel pleurnicherie, violence, amour, haine que sais-je… C'est un roman très prisé déjà, donc un futur succès. Je me suis mis sur le coup en avant première pour te faire profiter de cette chance… Depuis le temps que tu veux partir de ce milieu… Milo, tu auras l'occasion unique de montrer tes talents !
— Attends, attends deux minutes là ! dit Milo en se penchant sur le bureau et en s'y cramponnant. Pourquoi recherchent-ils des acteurs comme moi pour un film sérieux ? Et d'où t'as eu vent de ce projet toi ? Depuis quand tu as des relations ?
Kardia rit. Longuement, tout content de son petit effet.
— Milo, tu ne me connais pas par cœur… J'ai des relations cachées oui. Ce n'est pas le sujet de comment j'ai appris pour ce film. Je sais c'est tout et toi… il pointa son doigt sur l'acteur. Toi tu vas décoller… J'en suis persuadé. Tout ce que je sais, c'est que le producteur veut frapper fort et faire sensation. Il y aura des scènes hot, crues même… Et il veut embaucher des professionnels du genre, pour rendre les scènes plus réalistes. Mais attention… Ton jeu d'acteur doit être au top niveau parce que c'est un drame et un film historique. Tu dois assurer sur tous les tableaux mon petit bichon…
— La barbe ! Un film historique ! T'as pas plus chiant à me proposer sans blague !?
— Mais tu m'agaces hein ! Je te dégote un super film et monsieur fait la fine bouche… Tu vas te bouger les miches pour y aller à ce casting, je te le garantis ! Parce que j'en ai marre de voir ta tête de mouton frisé constamment devant moi ! Il est grand temps que tu prennes ton envol… Tu ne vas pas rester hardeur toute ta vie non ? Imagine quand tu auras soixante dix ans et qu'elle sera toute fripée…
Milo grimaça à l'image mentale que venait de lui balancer Kardia.
— Beuh, arrête de parler de mon pénis comme ça ! Tu vas le vexer. Ouais, j'ai compris je me rendrais à ce rendez-vous.
— Tu me le jures ?
— Oui patron ! répliqua l'acteur en prenant le bout de papier que lui tendit Kardia.
— Milo, sans blague, j'espère que ça marchera pour toi. Tu mérites un avenir meilleur, et que ton talent soit reconnu parce que n'en doute pas… Tu as la comédie dans le sang. Déchire tout mon bichon ! Je suis avec toi.
En se levant Milo prit la tête de Kardia entre ses mains pour lui claquer une grosse bise sur le front.
— Merci Kardia. Arrête, tu vas me faire devenir sentimental.
Avant qu'il ne franchisse le pas de la porte, Kardia l'interpella une dernière fois.
— Merde ! Aller déguerpis !
Fin du flash-back.
Maintenant Milo est tout chambardé à l'évocation de son manager. Kardia adore plaisanter, il ne se prend pas au sérieux. C'est pour cela que les deux hommes s'entendent aussi bien. Le mentor comprend son protégé, son pullus. Parce que le jeune désinvolte a constamment besoin d'être recadrer. Il ne se concentre pas longtemps et ne mesure pas la portée de son talent. Car il possède le feu sacré, une âme de saltimbanque. Quand il déclame un texte, il vibre au gré des mots. Il les fait vivre dans ses intonations et ses sentiments. Milo est une boule d'émotion sans cesse en ébullition, ils sortent parfois trop fortement, parfois pas assez mais ils sont là. Ils se gorgent des ressentis de l'acteur pour exploser.
Il suit des cours de comédie depuis qu'il a les moyens de s'en offrir. Son professeur de théâtre est fier de lui. Il sait tout interpréter, du rôle dramatique des plus grandes tragédies Cornéliennes, à celui plus comique des Vaudeville. Milo ne joue pas, il est point.
Ce que lui offre Kardia n'a pas de prix, surtout qu'il marque l'ambition de son acteur. Il comprend Milo, son envie de sortir de ce milieu cloisonné et il le soutient. Au fil des années le manager a déserté au profit de l'ami. Milo en est touché, profondément.
Il triture ce bout de papier, clef d'un avenir prometteur. En sortant dans la rue ce matin, il remarque une hirondelle s'envoler au dessus des toits parisiens… Présage d'un heureux évènement, il espère qu'elle lui portera chance. Car oui, cent fois oui, mille fois oui, il veut percer dans le cinéma pour se débarrasser de son quotidien éreintant.
Il ne veut plus incarner Milo Scorpio mais être Milo tout simplement.
OoOoO
Maison des Editions Aquarius
Camus s'entretient avec Shion, le directeur et son père Augustin le propriétaire de la société. Le patriarche possède cette entreprise, mais a légué la gestion à Shion son bras droit en attendant que son fils prenne la relève. Ils discutent les trois de la préparation du film, l'avant production. Ils ne sont pas d'accord, Shion souhaite assister à ce projet pharaonique mais Camus l'en dissuade.
Les auditions vont commencées mais déjà Camus semble débordé : entre la réécriture du script, l'assistanat de Shiryu et les papiers à compléter, signer, parapher il ne s'en sort plus. Le surmenage le guette…
— Il faut les tenir à l'œil bon sang ! Je n'ai pas confiance en ces deux rapaces que sont les frères Tulcán, apprend Shion.
— Que crois-tu que je fasse sans rire ? Je les surveille, contre attaque le fils prodige. C'est pour ça que j'assiste à toutes les réunions de travail, y compris la partie cinématographique… Si tu penses que cela m'amuse de faire du repérage dans des endroits bizarres de Paris, tu te trompes.
— Je veux venir avec toi pour assister aux auditions !
— Et en quel honneur ? Ton rôle se cantonne à rester ici au siège et de faire ton travail… Pas d'empiéter sur le mien, répond froidement Camus.
— Augustin, ton fils m'énerve.
— Je sais mais Camus doit s'imposer aussi… Ecoute-le… Nous n'avons pas besoin de toi, il s'en sortira très bien tout seul. En prime Mr Tibère sera présent, pas besoin d'emmener une délégation des Editions Aquarius chez Hadès…
— Très bien, je me range de ton avis, concède de mauvaise grâce le Directeur.
La réunion s'abrège et Shion sort.
Augustin seul avec son fils se sert pour la deuxième fois un verre de jus d'orange.
— Tu n'en veux pas ? propose-t-il.
— Non merci père… Vous savez, quelque part Shion a raison… Je n'ai peut être pas besoin de veiller autant au bon déroulement des étapes…
— Shiryu est ton protégé ?
— Bien entendu père.
— C'est ton devoir de veiller sur lui et je suis très fier de te voir de démener autant. En ne comptant pas tes heures. Je ne te demanderais pas d'en faire autant pour les autres, mais Shiryu est un géni, je ne veux pas le perdre dans mes écuries. Il m'est très précieux. Tu sais qu'il a confiance en toi, en plus il est encore trop naïf des choses de la vie. Il se ferait dévorer tout cru par les gens de ce milieu.
— Je sais ce n'est pas la question. Moi aussi je n'ai pas envie de le voir couler, je ne l'assiste pas de mauvais gré, au contraire seulement… Je me demande si je ne pourrais pas déléguer certaines tâches…
— Tu verras bien, tu as carte blanche tu le sais bien. Bon, moi sur ce je vais te laisser. Passe une bonne journée mon fils.
— Vous aussi père.
— Les castings démarrent quand exactement ?
— Je n'ai pas encore la date, pour le moment nous poursuivons les travaux d'écriture. Cela nous prend énormément de temps, nous restons tard le soir.
— Bien, ménages-toi quand même…
Une fois son père parti, le jeune homme s'affale sur sa chaise de bureau et porte sa main sur son front. La descend le long de son visage pour effacer sa fatigue. Son emploi du temps se rallonge, il enchaîne les journées de douze heures, voire plus. Vivement que toute cette préparation soit bouclée, qu'il puisse se reposer.
A travers les vitres du building, Camus voit une hirondelle voler à tire d'ailes dans le ciel sans fin de Paris. Qu'elle semble libre, insouciante. Le jeune homme plisse les yeux et ouvre la fenêtre en grand pour prendre un bol d'air. Peut être que cet oiseau lui portera chance, à lui et à Shiryu ? Seul l'avenir le prédira.
Pour l'heure, il se rend avec son protégé au siège de Pandémonium Entertainment pour peaufiner l'écriture du scénario. Le scénariste est présent forcément, ainsi que Thanatos Tulcán l'un des deux jumeaux terribles. Il se tient debout, adossé contre le mur les bras croisés, défiant tout le monde. Une petite salle de réunion leur a été attribuée pour les séances de travail. Elle n'est pas luxueuse mais confortable, les protagonistes s'en contentent.
Pharaon, le scénariste se plie en quatre pour terminer à temps et surtout pour convenir aux exigences de Camus. Mais son patron veille en coin… A chaque idée échangée le brun tique, fait des bruits avec sa langue pour marquer son mécontentement. D'un coup il s'avance vers la table et arrache des mains la feuille de son employé. Il la lit. Au bout de quelques minutes il la froisse et la jette dans la panière.
— C'est quoi ça ? Tu peux m'expliquer Pha' ? Un torchon ! Ce n'est qu'un torchon. Hadès veut plus d'action si tu vois ce que je veux dire… Ce n'est pas avec des mièvreries que l'on va attirer le public ! Recommencez !
Camus le dévisage méchamment. Il pose le crayon qu'il tenait dans les mains puis réplique calmement. Calmement mais dédaigneusement.
— Il y a quelque chose qui ne vous convient pas Mr Tulcán ? Dois-je vous rappeler qu'il est hors de question de changer la trame principale du roman de Shiryu ? Je pensais que cela était clair pour tout le monde lors de notre première réunion…
— Vous n'allez pas m'apprendre comment faire mon travail Mr Serroux de Touque !? Je ne reçois d'ordre de personne et surtout pas d'un scribouillard de votre genre !
Le jeune homme baisse la tête, ferme les yeux et esquisse un sourire teinté d'ironie. Puis, il la relève et darde ses lacs gelés dans ceux tachés du Directeur de production.
— Et vous ne me parlez pas sur ce ton Mr Tulcán. Vous n'êtes rien et ne représentez rien dans cette société. Je dis que vous ne toucherez pas à la trame de base, pour y placer vos idées graveleuses. Et je rajoute que l'esprit de l'histoire se veut dramatique et non pornographique. Que comprenez-vous de l'écriture ? Rien alors restez à votre place.
— Mais comment !? Comment osez-vous !?
Pharaon regarde en implorant son patron de se contenir. Il lui fait signe de tête de se calmer pour le bien de leur collaboration à tous.
Shiryu n'ose pas affronter cet homme aigre. La tendresse de la jeunesse y est pour beaucoup. Car Thanatos est un homme violent, on le sent parfaitement dans ses attitudes agressives et sa verve acide, cassante même. Personne ne lui tient tête sauf son patron, Mr Elis.
— Ca suffit j'en ai ma claque de vous ! Je sors ! tempête le grand chef en frappant son poing sur la table.
Un claquement de porte confirme que l'homme est remonté à bloc.
— Je vous prie de m'excuser Mr Serroux de Touque et Mr Inagaki, intervient le script d'un ton plaintif. On ne peut pas réellement parler avec Mr Tulcán, il n'admet pas ses torts et s'emporte facilement… Comme vous avez pu le constater.
— Ce n'est rien passons. Ce n'est pas de votre ressort de contenir les ardeurs de votre patron. Reprenons, sans ça nous y seront au prochain réveillon, règle Camus.
Les trois hommes restent encore une bonne partie de l'après-midi ainsi que la soirée. Exténués, ils s'accordent cependant une pause pour dîner rapidement. Un assistant leur a acheté des sushis à emporter ainsi que des soupes chaudes.
L'écriture de l'intrigue avance bien, ainsi que la personnalité des héros. Le cadre se situera après la Seconde Guerre mondiale. Une fois les troupes parties certains soldats allemands restent en France. Certains pour diverses raisons : une femme rencontrée dans ce nouveau pays, l'amour de la France, la culpabilité, peu importe… Dans un même temps, les rescapés retrouvent leur liberté mais doivent gérer les traumatismes de l'après guerre. Les humiliations faites par les soldats SS, les tortures, les pertes de leurs proches, les morts… Un jeune homme de nationalité juive ne se résoudra pas à pardonner. D'ailleurs comment le pourrait-il ? Mais sa route va croiser celle de ce jeune soldat allemand pétri de repentir. De là, naîtra une union contre nature où se mêlera remords et honte. Honte de par les deux nationalités s'opposant et honte de par l'homosexualité vécue. A cette époque le sujet était hautement tabou. Les hommes se cachaient pour vivre leurs amours clandestins…
L'orientation du film se veut tragique et violente, emplie de sentiments contradictoires. Les personnages sont disséqués au scalpel et l'ambiance va être noire. Très noire et crue. Ce ne sera certes pas un film à conseiller « tout publique ». Mais pour le moment Camus reste confiant. Il ne semble pas que Pharaon apporte des changements trop importants. A voir par la suite, au moment du tournage…
Une fois raccompagné à son hôtel, Camus reste encore un peu avec Shiryu pour le réconforter. Il voit bien que tout ceci déroute le jeune garçon.
Au bar de l'hôtel, ils sirotent un verre.
L'éditeur reste impassible devant la mine déconfite du japonais mais l'apaise imperceptiblement.
— Tu vois les choses avancent bien. Ils n'incorporent pas trop de monstruosité dans ton récit, informe Camus en portant à ses lèvres un verre de Vodka pure.
— Je ne sais pas… A vrai dire tout ça me dépasse. J'ai l'impression de ne servir à rien. Tu fais tout le travail Camus. Et je sais que tu as d'autres écrivains qui ont besoin de toi. Je t'accapare sans doute trop. Je suis désolé, déclame Shiryu en sondant son verre de limonade comme s'il détenait la vérité du monde.
— Shiryu. Ecoute-moi. Ecoute je te dis… Relève la tête pour commencer.
Le garçon obéit.
— Bien. Déjà quand tu t'adresses à quelqu'un surtout dans ce milieu, il ne faut pas trahir un seul moment d'hésitation. Encore moins montrer un embarras. Tu dois afficher une assurance, même si elle est feinte. Je sais que tu es encore jeune et impressionné par tout ça mais… Entraînes-toi dors et déjà à défier les hommes que tu rencontreras. Parce que tu sais, tu auras toujours un Thanatos pour critiquer tes textes… Ou pour t'influencer de quelqu'une manière. Soit sûr de toi et de tes qualités. Tu as écris ce roman d'une certaine façon ? Et bien soit, impose ta façon de voir les choses. Car sans ton livre, ce film ne se ferait pas. Tu possèdes un don, ce n'est pas à la portée de tous et crois moi que beaucoup rêverait d'en avoir un comme le tien. Je ne serais pas toujours là pour te seconder. Mais avec l'âge tu verras, ton caractère se durcira et tu prendras confiance en toi.
Le visage du garçon s'illumine à l'énoncée de ces encouragements.
— Merci Camus.
— Merci de quoi ?
— De me parler franchement comme tu le fais. Je vais essayer de suivre tes conseils.
— Bien j'en suis fort aise. Il se fait tard, nous ferions mieux d'aller nous coucher. Demain une longue journée s'annonce.
— Tu as raison, bonsoir Camus. A demain.
En guise d'au revoir l'éditeur sert la main de son protégé d'une poigne ferme qui se veut rassurante.
— N'oublie pas ce que je viens de te dire… Bonne nuit Shiryu, reposes-toi.
Camus disparaît dans le hall d'entrée en se fondant dans la foule s'effritant à cette heure tardive.
En se couchant dans son lit vide, l'héritier se trouve assommé.
Il doit en permanence exceller dans ce qu'il entreprend et réussir de surcroît. Entretenir l'image parfaite du jeune homme ambitieux à qui tout sourit, garder son sérieux en toute circonstance, ne pas faiblir, trouver des solutions à chaque problème… Conforter ses écrivains dans leurs doutes et leurs faiblesses, tandis que lui se débat de son côté contre cette vie toute tracée. Que fait-il de sa vie ? Grande question existentielle à laquelle il ne sait quoi répondre.
Camus est un iceberg, dur et incassable en surface tout du moins. Mais qu'en est-il réellement à la base ? Sous l'eau… Cette face cachée que nul ne voit parce qu'il ne la montre à personne.
Son mariage avec Saori en est une preuve de plus. Il a dit oui pour contenter son père point. Il sacrifie sa vie « d'homme » pour une tradition, un nom. Quel nom… Noble, où réside tout le drame de son existence. Tout le monde pense que c'est facile d'être né avec une cuillère en or dans la bouche… Que Camus n'a pas à lutter contre les coups rudes, lui ne peut se plaindre de la précarité. Non, il est vrai. Ce jeune homme est pourvu d'une bonne naissance. Il ne s'en plaint pas, rien ne manque matériellement parlant. Par contre sa vie sentimentale est semblable à un immense désert. Aride, sec, étouffant. Il n'éprouve rien pour personne. Parce qu'il n'arrive pas à s'attacher à quelqu'un tout simplement. Il ne sait même pas s'il est frigide ou asexué, puisqu'il n'a jamais ressenti du désir pour quiconque. Alors de l'amour, encore moins. Cette notion abstraite n'évoque rien pour lui.
Après tout, pourquoi ne pas épouser la jeune héritière de la dynastie Kido ? Il aura un beau mariage étincelant, sans doute de magnifiques enfants en parfaite santé, un empire à diriger, un manoir égal à celui de son père… Non vraiment sa vie paisible se dessine à l'horizon. Seulement elle ne lui apporte pas la chose essentielle, cette chose que tous cherche vainement : la passion.
La passion qui nous enflamme lorsque l'on pense à l'être aimé. Ces papillons qui nous déchirent les entrailles quand on se rend à un rendez-vous. Ce feu ardent qui enflamme nos organes jusque sur notre derme. Son cœur que l'on sent battre à tout rompre. Ces fourmis qui nous chatouillent chaque parcelle de notre être.
Cette peine, non, ce raz-de-marée qui nous fait chavirer quand la personne chérie nous délaisse… Le désir, la joie, la tristesse, toutes ces émotions sont inconnues du jeune homme. A son plus grand désarroi, mais il ne s'en formalise pas plus que ça.
Alors pourquoi en son for intérieur ressent-il un terrible vide, un gouffre dans lequel il semble plonger continuellement ?
(suite...)
