Bonjour à toutes et à tous,

Je n'ai rien à dire alors je vous laisse en compagnie des deux bichons de tous les temps de l'univers StS.

RaR :

Ignis : merci pour ta review ^^ Milo n'y va pas par quatre chemin il est vrai, je le vois cash et franc à cent pour cent. Mais sans méchanceté bien sûr. Shiryu a du souci à se faire pour l'adaptation de son livre, tu as raison, mais Camus veille au grain. Gentil Camus.

Rimini2 : merci pour ta review^^ Je suis heureuse si tu as aimé le dernier chapitre. Je m'amuse avec Hyoga en fêtard. Je suis d'autant plus contente si tu trouves mon Camus noble, petit bichon, il le mérite. Quant à Shura et Aphrodite, ils réapparaîtront. Pour notre névrosé de rose, forcément j'ai aimé écrire cet interlude floral : )

Bonne lecture,

Kyss fra Peri.


Chapitre 6

Casting atypique

.

Studio 17 de la Plaine Saint Denis

La file d'attente ne désemplit pas sur les banquettes du Studio 17. Tous les acteurs postulant pour le prochain film de la maison Pandémonium Entertainment sont présent. On trouve tous types de profils confondus. Mais plutôt de « l'étalon » passez-moi l'expression. Toutes les gravures de mode de la capitale se sont données rendez-vous ici.

Les réceptionnistes, les assistantes, stagiaires et autre présence féminine se liquéfient sur place. Jamais elles n'ont vu autant de beaux partis présents en même temps. C'est invraisemblable ! Impensable !

Bien évidement que Milo y est également. Oui. Avec beaucoup de chance, parce qu'il n'avait pas réglé son réveil comme prévu… Kardia l'a harcelé de coups de téléphone incessants de bon matin. Prévoyant, le manager débuta sa manœuvre de « tirage du lit de monsieur marmotte » à six heures précise. Il se doutait bien que son écervelé oublierait. Ce qu'il fit sans grande surprise. Une fois tiré du lit, douché, réveillé grâce à sa dose de caféine et l'estomac rempli de tartines, il se rendit à son audition… En voiture… En taxi plus précisément. Taxi qui l'attendait en bas de son immeuble, commandé par Kardia son ange gardien. Parce que monsieur Milo Mólis n'était pas sûr de trouver de la monnaie sur lui pour payer son ticket de métro. Tête de linotte. Deuxième prénom. Bref, il est ici à attendre son tour.

Il est assis, décontracté en toute circonstance. Il ne prend pas ce rôle au sérieux. Ce film ne l'inspire pas des masses. Pourquoi un producteur chercherait-il des acteurs « bas de gamme » ? Bon à jouer des reins et passables pour les mauvais doublages. C'est ce que pensent la plupart des gens concernant les acteurs de films X. Ont-ils raisons, ont-ils tort ? Là réside le mystère…

Il en est à cette constatation quand il entend une voix familière près de lui. Cette voix irritante, empreinte de vantardise. Ce ton provoquant, il le reconnaîtrait entre mille malheureusement. Il est ici. Il est revenu (1).

— Que vois-je ? Le grand Milo Scorpio ici aussi ? Mais que fais-tu là ? Tu n'as donc pas des fonds de tiroirs à racler au lieu de perdre ton temps ?

Milo fixe un point précis, inexistant sur le mur d'en face. Se contenir, garder son calme. Ne pas s'emporter. Sans détourner la tête, notre héros rétorque d'un ton acerbe.

— Que veux-tu insinuer encore ?

— Mais tu passes après moi Milo rien de plus. C'est un constat tout ce qu'il y a de plus naturel… Une fois que j'ai raflé les meilleurs rôles, toi tu prends les miettes. Alors pas la peine de te présenter pour celui-là, je l'aurais comme les autres. Rentre chez toi et appelle ton agent pour qu'il te dégote une place de serveur dans un fast-food. Les knacki-ball ça te connais…

Son collègue ne détient pas la palme de l'humour le plus raffiné de l'année, c'est le moins que l'on puisse dire.

Passablement énervé, Milo joue du piano sur son bras avec ses doigts. Il trahit un agacement grandissant.

— C'est tout ce que tu as à me dire ? Change de disque celui-là se raye. Tu as peur de la concurrence c'est bien connu… C'est pour ça que tu t'évertues à évincer tes rivaux avec des coups bas et des mesquineries. Mais moi tu ne m'impressionnes pas. J'étais dans le milieu bien avant toi.

— Il serait temps de prendre ta retraite ʺpapiʺ. Tu te ratatines.

Milo tourne la tête quand son collègue s'esclaffe de manière remarquée. On ne passe pas inaperçu en sa compagnie.

— Kanon...

Son prénom prononcé du bout des lèvres, résonne comme une menace en sourdine.

— Si tu pouvais éviter de venir me parler, je t'en serais reconnaissant… Parce qu'à part dire des conneries et ce le plus vulgairement du monde, tu ne sais rien faire d'autre.

Kanon Arès le défie de toute sa hauteur. Grand, droit, nappé dans son arrogance. Les bras croisés, le menton à peine relevé et un rictus satisfait hissé sur ses lèvres. Lèvres charnues soit dit en passant.

— Je vais me chercher un rafraichissement… Je ne t'en propose pas… nargue ce dernier.

— Dégage, répond le second en secouant sa main comme pour balayer un cheni gênant.

Kanon s'en va en riant de toutes ses dents de sa démarche chaloupée, conjuguant masculinité et appel au viol.


Il ne manquait plus que lui, se dit Milo déprimé. Il ne supporte pas son confrère depuis le début de son intronisation dans le milieu du hard.

Kanon Mars, de son nom de « scène », tourne depuis près d'un an. Ce jeune homme enferme un caractère propre à lui… Comment dire ? Antipathique oui, c'est le mot qui lui correspond le mieux. Déjà à ses débuts il fut arrogant en tout point, ceci sans doute dut à sa plastique de rêve et sa gueule de rebel. Et aussi – une rumeur court à son sujet – parce qu'il accepte tout type de pratique. Tout type de pratique veut bien dire « tout type de pratique »… Kanon tourne avec les plus grands réalisateurs certes, mais aussi les plus controversés. Ceux qui donnent dans le SM, bondage et autres joyeusetés.

Sans rentrer dans les détails, nous pouvons affirmer que l'ascension du jeune homme n'est pas seulement le fruit de son talent ou de son labeur. Mais également grâce à ses goûts déviants ou à son ambition démesurée. Il ferait n'importe quoi pour gravir les échelons de « hardeur de l'année ». Mais rassurez-vous, c'est bien ce qu'il fait : n'importe quoi. La preuve en est que sa technique fonctionne puisque Kanon Mars reste en tête d'affiche depuis des mois.

Il revient s'assoir sur le siège à côté de son ennemi juré en buvant son jus d'orange, regard en biais. Kanon ou la provocation comme seconde peau.

Milo détourne la tête pour le fixer avec une grimace de dégoût.

— Tu es obligé de t'assoir juste là ? balance ce dernier.

— Oui Milo d'amour… Je ne peux pas me passer de toi, rit Kanon pour le provoquer.

— Dégage.

— Je t'aime aussi.

— Fous le camp.

— Essaie de me faire partir…

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Contempler ta défaite.

— Il y a d'autres rôles, et je suis sûr de remporter le premier rôle de toute façon. Toi tu n'es bon qu'à montrer tes fesses devant la caméra, mais dès qu'il s'agit de déclamer ton texte il n'y a plus personne. Fais-moi plaisir : retourne au lit, là ou est ta place. Celle qui te correspond le mieux. Parce que ta diction laisse à désirer. Normal tu vas me dire, quand on a constamment la bouche pleine, il est difficile de savoir parler correctement. Ta mâchoire est déviée, déformation professionnelle sans doute…

Milo le mouche comme un dieu de la verve. Kanon fulmine dans son coin. Il cherche son homologue, il le trouve.

— Tu peux dire mon cher ami. Toi c'est une autre partie de ton anatomie qui est déformée à force de…

— Ce n'est pas moi qui joue dans des films plus que glauques, limites dégueulasses… Non rectification : totalement dégueulasse. Tu salis la profession, le coupe Milo.

Kanon lui jette son verre à la figure de colère. Son vis-à-vis s'essuie avec un kleenex en se retenant de lui donner son poing dans la figure en guise de remerciement. Dans un autre contexte, il l'aurait fait sûr et certain parce que Milo a le sang chaud. Il démarre au quart de tour quand on marche sur ses plates bandes. Mais pour l'heure, il garde sa haine bien gentiment au fond de lui. Il assiste à un casting important, ce n'est pas le moment de tout faire capoter à cause d'un crétin.

— Tu vois j'ai raison, tu es piqué au vif. Kanon, tu représentes l'exemple qu'il ne faut surtout pas suivre, et je me réjouis tous les jours en te voyant de ne pas te ressembler, contre attaque notre héros.

Kanon se tait. Miracle en soit. Il n'a plus d'arguments à avancer alors il se la boucle non sans ronger son frein.

La porte s'ouvre sur un assistant.

— Mr Arès Kanon, c'est à votre tour.

Le jeune homme lance un regard dédaigneux à son homologue, avant de partir Milo l'interpelle. Kanon se retourne.

— Oh Kanon, j'allais oublier : vendredi (2) ! envoie la victime de l'inondation.

L'intriguant personnage grommèle entre ses dents et s'en va en jurant à l'encontre de son rival.

Le temps poursuit son cours et Milo poireaute. Avec toute l'attente subie il pourrait faire une immense soupe de poireau géant. Il se voit en train de la préparer dans une gigantesque marmite pour la renverser sur son ennemi juré… Une heure trente après, il voit ce dernier se diriger droit sur lui.

La poisse ! Que fabrique-t-il encore comme mauvais coup ? Pourquoi ne rentre-t-il pas chez lui ?

L'importun se rassoit à ses côtés.

Milo souffle d'inconfort.

— Tu vas me lâcher la grappe ou quoi ? assène Milo.

— J'adore ton enthousiaste débordant… Si on ne se détestait pas je jurerais que tu m'aimes mon Milo joli.

— Arrête avec ces sobriquets débiles. Tu n'as plus de logement que tu traines encore ici ?

— Je venais aux nouvelles… Tu n'es pas encore passé ? Quel dommage. Tu sais ce qu'on dit ? Les derniers à passer ont beaucoup moins de chance d'être retenus parce que les casteurs ont déjà remarqué les meilleurs… Et puis à la fin de l'audition ils en ont marre, ils veulent finir au plus vite.

Milo part dans un fou rire non contrôlé. Il se plie en deux sur son siège. Médusé son vis-à-vis l'examine l'air effaré, comme s'il devenait dément.

— Kanon ! Mort de rire ! Mais mort de rire mon pauvre sans blague ! Non mais sérieux ? Tu te considères comme dans les meilleurs ? Tu ne plaisantes pas ? Après t'avoir vu réciter ton texte, mais je suis sûr que les gugusses ont voulu se suicider en sautant par la fenêtre ! N'importe qui après toi serait retenu, même le plus minable des figurants pour une série AB Production ! Tu me tues !

L'autre fronce les sourcils et respire bruyamment. Ce qui traduit irréfutablement son agacement. Il se lève vexé comme un pou – un pou sur la tête d'un chauve.

— Oh Milo ! Bonne chance (3) ! décoche Kanon.


Notre comédien regarde partir son rival amusé. Dans la salle ne reste que lui et deux autres personnes. Effectivement il va passer dans les derniers. Il se laisse glisser sur le bord de son siège en se frottant le visage pour se réveiller. Depuis le début de la matinée, il est coincé dans cet endroit et là l'horloge indique midi passé. Il a faim et à bout de patience.

Pourquoi Kardia l'a obligé à se pointer à ce casting pourri ?

La porte s'ouvre de nouveau pour appeler le suivant. Milo ne réagit même pas à l'énoncée de son nom. Au bout de la troisième interpellation, il secoue sa tête et se lève.

— Oui c'est moi Milo, j'arrive.

Il emboite le pas de l'assistant qui le conduit dans un couloir. Un couloir où se dispache plusieurs pièces. Rebelote, l'employé l'amène dans une petite salle avec un bureau et un canapé. Sur la table, un manuscrit.

Il ne va quand même pas re-poireauter ?

L'assistant lui apprend qu'il n'a qu'un quart d'heure pour apprendre son texte par cœur. Ensuite il viendra le chercher pour passer son audition devant les messieurs de la production. Milo respire profondément plusieurs bouffées d'oxygène pour expulser l'énervement qui l'envahit. Surtout pour un film aussi ennuyeux ! Qu'est-ce qu'il va faire au milieu de comédiens prout-prout qui s'écoutent parler franchement ? Un film dramatique doublé d'historique. N'importe quoi !

Résigné, il s'installe à la table pour apprendre son texte, coudes posés sur le meuble et mains appuyées contre ses tempes. Au fur et à mesure qu'il lit le script, ses doutes se confirment. Apparemment il va réciter deux scènes distinctes. Une assez mélodramatique et l'autre plus libertine. Milo se dit qu'il ne parviendra pas à subjuguer les jurés qui sont présents. Jamais de sa vie il n'a postulé pour un rôle aussi sérieux.

Pour parler crument, d'habitude on l'engage pour ses talents de contorsionniste et pour sa plastique de rêve. Personne ne lui a jamais demandé d'interpréter un vrai personnage, de rentrer dans la psyché de quelqu'un. Il va se ridiculiser c'est certain.

Les quinze minutes imparties passent plus vite que prévu. Milo ne les a pas vu s'écouler, il sursaute quand l'assistant revient le chercher. Son cœur s'emballe instantanément. Pour quelle raison ? Il n'en a rien à faire de ce film.

En le suivant dans le couloir, il constate que ses mains sont moites. D'ailleurs il transpire un peu, une chaleur le gagne. Son cœur palpite de plus en plus vite. L'adrénaline. Cette hormone se répand dans son cerveau et dicte à tout son corps que cette substance le possède entièrement. L'attrait de la compétition. Etre le meilleur. Le plus talentueux. Milo se réveille, une chose en lui le pousse à se surpasser en cet instant.

Pourquoi, pour qui ? Peu importe il s'en fiche comme de l'an quarante mais son corps réagit au stimulus de son cerveau. Il le veut ce rôle dorénavant, il fera tout pour l'obtenir. Il va leur en foutre plein la vue !

Une porte double s'ouvre, Milo entre. En face de lui, des bonhommes le dévisagent des pieds à la tête comme du bétail, comme une marchandise. Il voit les regards hautains se diriger sur sa personne, déjà il n'aime pas cette attitude. Encore pire que dans ses casting spéciaux, parce que l'ambiance est plus « familiale ». Malgré tout, on les traite avec plus de considération. L'assistant présente les messieurs.

De gauche à droite se trouve : Mr Tibère Doko, Mr Inagaki Shiryu, Mr Serroux de Touque Camus, Mr Tulcán Thanatos, Mr de Benetnash Mime, Mr Oudjat Pharaon. Respectivement l'assistant de production et le scénariste. Quand entre de façon tonitruante un jeune homme brun plein de fougue. Il s'agit de Mr Akarsana Eaque, le réalisateur.

— Bon aller pas de temps à perdre ! Commençons ! s'exclame-t-il en s'asseyant sur son siège.

Sans même dénier jeter un regard sur le comédien, il tapote les feuilles de son manuscrit, surligne quelques annotations. Puis avec sa main qu'il agite devant lui, donne ses directives.

— Nous t'écoutons mon mignon. Zoup ! Présente-toi puis après nous enchainerons directe sur tes lignes.

Il bat ses mains, se redresse et se cale au fond de sa chaise en repliant une de ses jambes à l'équerre sur l'autre de façon décontractée. Trop pour le poste qu'il occupe.

Consterné, Milo papillonne des yeux sans comprendre.

Oh là ! C'est qui ce mec franchement ? Faut qu'il se détende les nerfs là… Sinon, ça finira mal.

Les autres le regardent sans lui adresser la parole. Quelques uns se penchent pour chuchoter dieu sait quoi. Le comédien a l'impression de passer en jugement. Transformant sa vexation pour la sublimer, il est poussé par une force surnaturelle qui lui donne de l'assurance. Déterminé, il s'avance au milieu de la pièce, devant une caméra disposée un peu en retrait sur le côté. Un caméraman le film pour ses essais.

Milo se présente, normal jusque là. Les hommes lèvent un sourcil quand ils lisent son CV et apprennent que c'est un acteur porno. L'affaire se corse. Le jeune homme les toise de son regard meurtrier : s'ils ne sont pas contents qu'ils aillent se faire voir chez les grecs !

Eaque secoue sa main en lui indiquant de continuer.

Milo s'exécute peu rassuré d'un coup sur la scène dramatique qu'il doit réciter. Réciter ainsi que faire vivre.

Vivre. Euphémisme. Il vibre littéralement en s'accaparant l'espace vide de cette pièce dénué de fioriture. Il consterne son assistance qui reste impassible malgré le ressenti de chaque. Milo fait l'amour à son texte. Ni plus ni moins. Il incarne ce personnage à la perfection sans s'en rendre compte, parce qu'il se plonge dans son univers à cet instant T. Les murmures reprennent. Camus dit quelque chose à Shiryu en posant sa main devant sa bouche pour ne pas être entendu des autres. L'écrivain s'hypnotise sur cet individu, ne détachant pas ses yeux de son jeu, de ses mots, de sa bouche qui se meut pour transcender son texte. Ses phrases.

Une fois son texte déclamé, Eaque ordonne de poursuivre avec la scène osée. Il donnera la réplique à un autre acteur embauché pour l'occasion. Le faire valoir en l'occurrence. D'habitude cela ne lui pose aucun problème, il enlève son pantalon et hop. Allons-y Guingan !

Mais là il se braque un peu. Ces gens « bien pensants » vont juger de ses performances intimes mais aussi de sa plastique. Milo hésite, alors le réalisateur intervient sans tact.

— Enlève ton haut mon bichon que l'on puisse tâter la marchandise.

— Pardon ? demande Milo assez sèchement.

— Tu es sourd ? J'ai dit enlève ton maillot que l'on voit comment tu es proportionné. Tu peux garder le bas.

— Encore heureux, lâche l'acteur.

Eaque fronce les sourcils, s'avance sur sa chaise et répond vivement.

— Oh oh… Ne fais pas les prudes, hein s'il te plait… Nous connaissons tous le milieu d'où tu viens. Tu passes tes journées à poil, alors pour aujourd'hui, ravale ta pudeur et déballe tout.

Milo déglutit difficilement… Là s'il s'écoutait, il grimperait sur la table pour lui exploser la figure. Comment se permet-il de lui parler sur ce ton ?

— Mr Akarsana, pourriez-vous avoir l'amabilité de respecter les gens qui se présentent parmi nous ? Depuis le début de la journée, nous devons supporter votre manque de savoir vivre. Je pense que nous saturons tous. Merci.

Bing ! Cet inconnu vient de lui clouer le bec. Milo regarde le match et compte les points mentalement.

— Mr Serroux de Touque, veuillez rester à votre place je vous prie… Nous aussi nous vous supportons depuis ce matin, alors que votre place n'est pas ici. J'aimerais terminer ce casting pour aller manger. Merci, attaque Eaque.

— Mais si vous arrêteriez vos commentaires impolis nous aurions fini depuis longtemps.

— Il me cherche le pingouin ? feule Eaque.

Pharaon le retient par le bras tandis que le réalisateur se lève. Nullement impressionné, Camus demeure de marbre les bras croisés.

Il s'adresse à Milo.

— Vous pouvez continuer Mr Mólis. Nous vous écoutons. Cet acteur va vous donner la réplique. Nous arrêterons la scène au baiser c'est tout.

Avec un large sourire, le concerné le remercie.

Et il enchaine la scène suivante. Qui est une scène de ménage. Les personnages sont censés se disputer sur leurs origines mutuelles et sur l'amour qui les unis, puis ils doivent s'embrasser passionnément pour juger de la sensualité du futur héros. Rien de bien compliqué comme scène chaude. Milo s'exécute et Shiryu ne détache ses yeux de cet acteur qui incarne son personnage. Il est là. Présent, décrochant des étoiles aux spectateurs et imposant son charisme fracassant. Son jeu est brillantissime, mais ça le principal intéressé ne le sait pas.

Thanatos baille tandis que Pharaon et Mime semblent captivés.

Doko s'en fiche.

Camus et Eaque restent sans réaction. Cependant ils sont tout de même attentifs.

Le réalisateur frappe dans ses mains.

— Bon aller, c'est bien terminé ! Mr Milo…

— Mr Mólis.

— Pardon ?

— Mon nom de famille est Mr Mólis et non Milo. Ca c'est mon prénom…

— Quelle idée de s'appeler comme ça aussi ? Bref on s'en fiche. Mr Mólis c'est bon on arête pour aujourd'hui. J'ai faim. Allons déjeuner.

— Mais quel toupet j'hallucine ! se révolte Milo. Vous vous comportez toujours comme un abruti ou c'est spécial pour les castings ?

— Quoi !? Mais je ne vous permets pas petit merdeux ! Si vous croyez que je vais vous prendre dans la distribution vous vous fourrez le doigt dans l'œil ! Retournez à vos longs métrages graveleux, le cinéma n'a pas besoin de vous.

— Oh mais avec plaisir… Votre film vous pouvez vous le carrer où je pense.

— Ce n'est pas à vous de décidez seul Mr Akarsana, intervient Camus. Ce film découle de l'œuvre de Shiryu. Il a son mot à dire et qui compte plus que le votre. Il y aura des délibérations et Mr Mólis a sa chance comme les autres. On ne juge pas quelqu'un sur ses paroles mais sur son jeu.

— De quoi je me mêle ? Parce que votre père est influant dans le monde de l'édition vous vous pensez tout permis ? Mais sachez que sur les plateaux c'est moi et uniquement moi le dirigeant et le chef ! Parce que sans moi il n'y a pas de film, crache Eaque.

— Et dois-je vous rappelez que sans livre il n'y aurait pas d'histoire, donc pas de scénario pour votre film ? renchérit Camus.

— Nous avons assez perdus de temps comme cela, s'immisce Thanatos. Nous verrons en ce qui concerne le choix des acteurs principaux. En attendant nous vous remercions Mr Mólis pour votre participation. Nous vous tiendrons au courant. La matinée se clôt.

Eaque se lève vexé, puis part dans son honneur bafoué suivi de ses employés – à savoir Pharaon et Mime – qui cavalent derrière lui.

Camus reste pour discuter avec Doko et son protégé, tandis que Milo sort des Studios 17.


Dehors, la brise douce le rafraichit. En plein mois de mai, le printemps devient chaleureux et puis sa montée d'adrénaline lui a procuré une petite fièvre. Déjà à cause du stress de son passage, puis son altercation avec ce réalisateur odieux. D'ailleurs il ne sait quoi en penser. Milo s'allume une cigarette en s'abritant du vent qui l'éteint immanquablement. Est-ce une bonne idée d'avoir postulé pour ce rôle ? Enfin un des deux rôles principaux… Il ne sait même pas pour lequel il pourrait être retenu.

En a-t-il véritablement envie de jouer dedans ? Sa vie changerait certes, mais peut être pas en bien… Ses pensées dérivent sur ce réalisateur là… Cet Eaque de malheur. Pour qui se prend-t-il sans déconner ? S'il doit supporter ses remarques et son comportement désobligeant pendant six mois, il risque de le tuer. Quel affreux personnage. Il revoit ce jeune auteur, Shir quelque chose… Il n'a pas l'air français. Sa jeunesse le surprend, comment un garçon de son âge peut-il écrire de pareilles choses ? Il n'a quasiment rien dit de la séance mais le dévisageait avec ses yeux menthe à l'eau. Pour terminer, le jeune homme qui est venu à son secours l'intrigue également. Ce Camus trucmuche n'a montré aucune réaction pendant son jeu mais n'a pas hésité à défier l'autorité de ce réalisateur de mes deux.

Bizarre, bizarre… Bref, Milo tire une taffe de cigarette et regarde son mobile. Sur son écran s'affiche quatre appels en absence et deux fois plus de messages. Le destinataire n'est autre que son manager qui s'angoisse pour son petit poulain. Depuis le temps qu'il suit sa carrière ils sont devenus proches. Kardia s'apparente à un grand frère bienveillant, donc normal qu'il flippe pour Milo. Mais ce dernier n'a pas les résultats de son casting. Sûrement que le rôle lui passera devant le nez après son différent avec monsieur « l'abruti ». Le pire reste à venir : tout raconter à Kardia… Qui piquera une crise monumentale encore une fois ! Il aura droit à un sermon d'une heure sur son avenir incertain et la nécessité de changer de vie.

OoOoO

Sur le chemin du retour, Shiryu reste silencieux. Doko ne cesse de lui poser des questions pour savoir ce qui le travaille.

Camus au volant d'une de ses berlines imposantes ne dit rien non plus. Ces corvées le rebutent au plus haut point ; devoir assister à toutes les étapes de la mise en œuvre de ce film le fatigue. Il préfèrerait rester aux Editions Aquarius pour fignoler l'élaboration des romans de ses auteurs. Les livres lui manquent, mais comment laisser Shiryu se dépatouiller seul dans cette jungle ? Ou plus précisément cette mer infestée de requins. Il s'en voudrait si Hadès Elis profitait de la crédulité et de la jeunesse de Shiryu pour transformer son livre en bouge dégoûtant. Il ne peut pas l'abandonner parce qu'il lui a demandé de venir en France. En insistant lourdement qui plus est. Alors maintenant que le jeune garçon est là, il ne peut le laisser même si Doko veille sur sa carrière. Mieux vaut unir plusieurs forces au rouleau compresseur qu'est la maison de production Pandémonium Entertainment.

— Tu en penses quoi alors de cette journée Shiryu ? s'enquiert Camus tout en restant concentré sur la route.

— Je ne sais pas pour être franc… Je n'y connais rien en casting…

— Mais il n'y a pas un acteur qui s'est démarqué à tes yeux ? s'informe Doko.

— Si un… L'avant dernier… Cet homme qui a défié le réalisateur… C'est Dov… C'est tout à fait lui j'en suis sûr, c'est mon Dov comme je me l'imagine…

— Ne te précipite pas s'il te plait Shiryu. Ce n'est que la première journée de casting, demain tu verras peut être d'autres acteurs qui te plairont. Et puis nous devons délibérer. Avec cet Eaque machin chose… Cela me fait peur d'avance. Nous devons nous attendre à des altercations de ce genre, apprend dépité Camus.

— Oui et bien moi je ne sais pas si je pourrais le supporter ce réalisateur ! s'énerve Doko. Pour qui se prend-il avec ses airs blasés et malpolis ? S'il traite tout le monde comme ça, ça risque de mal tourner je vous le dit…

Shiryu part dans un éclat de rire. Son tintement délicat emplit l'habitacle. Il met sa main devant sa bouche.

— Je te reconnais bien là Doko… Mais s'il te plait, ne t'emporte pas les premières semaines… Attends que tout soit mis en place pour étrangler ce réalisateur.

Doko plisse ses yeux en riant également. Il n'aime pas voir son petit protégé perdu dans ses pensées moroses, s'il se met à plaisanter c'est que son moral revient. Ce qui n'est pas pour lui déplaire, au contraire.

Arrivé devant le manoir de son père, Camus se gare.

— Venez manger chez nous, c'est moins impersonnel que l'hôtel ou les restaurants gastronomiques. Par contre… Ne prêtez pas attention au comportement de mon frère Hyõga. Il est comme qui dirait… Un peu foufou. C'est son tempérament. Il va poser plein de questions, Shiryu si ça t'ennuie n'hésite pas à le lui dire pour le recadrer. Il n'est pas méchant mais son enthousiasme déborde et il ne le contient pas toujours.

Shiryu approuve de la tête.

Au déjeuner effectivement le blondin pose des tonnes de questions à Shiryu en ne lui laissant pas le temps de répondre. Il parait extrêmement intéressé par sa vie d'auteur et aussi nippone. On peut au moins lui reconnaître la qualité d'écoute et de passion à l'encontre des nouvelles personnes qu'il rencontre. Curieux de tout, Hyõga veut en savoir plus sur la vie de ce jeune garçon. Il se l'accapare pendant tout le repas, puis demande si la prochaine fois il pourra participer à une séance de travail. Juste pour voir.

— Nous verrons Hyõga, répond Camus en s'essuyant la bouche de manière distinguée.

Il plie sa serviette de table en quatre avant de la poser.

— Shiryu s'il te plait dis oui ! Je serais discret je te le promets.

— Et bien… Je ne sais pas… C'est que… Je n'ai sans doute pas le droit…

— Ne l'embête pas voyons, tu le mets mal à l'aise en insistant de la sorte, s'empresse de dire Camus pour venir en aide au japonais.

— Bon au moins, confirme-moi que tu viendras avec moi en virée ! Je te ferais découvrir la nuit parisienne. Tu verras on s'éclate grave ici, insiste Hyõga.

Camus cale son front dans sa main, coude appuyé sur la table. Son petit frère n'abandonne jamais, quand il a une idée farfelue dans la tête il ne l'a pas aux pieds pour rester poli. Et la pauvre victime de ses assauts n'est autre que le gentil Shiryu qui n'ose visiblement pas le contrarier.

— Bon, Hyõga de toute façon il va avoir du travail. Nous finissons tard pratiquement chaque soir alors je ne pense pas que Shiryu ait envie de sortir pour ne pas dormir de la nuit. Il lui faut du repos aussi. Mais si tu travaillais tu le saurais… envoie Camus.

Son frère ne semble pas vexer puis qu'il le singe en affichant des moues ironiques et en l'imitant en train de prêcher son discours moralisateur.

Shiryu devra sûrement accepter une de ses sorties pour que Hyõga daigne le laisser tranquille.

(suite...)


Notes :

(1) référence à la mini série Il est revenu de Tommy Lee Wallace, adaptée du roman de Stephen King.

(2) & (3) expressions qui portent malheur dans le domaine du théâtre.

- Les patronymes Arès et Mars se réfèrent les deux au dieu de la Guerre évidement.

- J'ai choisi le milieu du X pour cette fanfiction parce que tout d'abord, je voyais bien Milo en acteur désinvolte à ses débuts qui veut changer de voie par la suite. Et aussi pour marquer un point : éviter les préjugés sur cette profession qui est souvent ridiculisée ou décriée. Ce sont des êtres humains comme nous tous, avec des aspects sombres.

Je vous prédis plus de mélodrame par la suite, puisque mon histoire ne se veut pas comique. Les thèmes abordés seront durs et d'actualité (j'aime les UA pour ça aussi : relater les problèmes de la vie réelle).

- Pour conclure, bien évidement que le rival de notre Milo est Kanon ! Il ne pouvait en être autrement. Je ne peux pas me passer des jujus, c'est comme ça. Ils apparaissent un peu partout, mais on ne va pas leur en vouloir ^^