Bonjour, bonsoir à toutes et à tous,
Après avoir subi un harcèlement en bonne et due forme (merci petite carambole tu te reconnaîtras, Kanon t'embrasse), je poste la suite de cette fanfiction.
Au départ je voulais le faire plus tard, lorsque j'aurais un peu avancé mais bon… Je plie mais ne romps pas comme dit le vielle adage.
Je remercie individuellement chaque lectrice dans mes RaR en intro parce que c'est important pour moi. Désolée si je me répète.
Bonne lecture,
Perigrin.
RaR :
Gabrielle : merci pour ta review ^^ Alors rassure-toi cette fic n'est pas abandonnée, j'essaie de m'y remettre sérieusement. Je ne sais pas si tu seras là pour la suite mais merci de tout cœur pour tes compliments. J'essaie de décortiquer les personnages et leurs émotions autant que possible.
Ignis : merci pour ta review ^^ les liens c'est ce qu'il y a de plus difficile à construire pour tout t'avouer. Surtout que je les aime complexes et ambigus, donc je m'y perds aussi, LOL.
Rimini2 : merci pour ta review ^^ Je ne voudrais pas que tu aies des ennuis au travail par ma faute ;) j'espère que tes supérieurs n'ont rien vu.
J'ai hésité à faire de cette rencontre entre Milo et Camus un coup de foudre. Et bien j'ai pris le parti de faire sans, MDR. Tu as raison la suite n'en sera que plus excitante… Sacré Kanon, Milo a de la répartie tu peux le dire, j'adore l'imaginer insolent mais intelligent dans ses propos. Je suis heureuse si Eaque t'énerve :) C'était mon but.
Chapitre 7
L'écorchure du passé
.
Dans son appartement standing, Kanon Arès se prélasse dans son bain. Il s'en fiche de ce rôle mais depuis qu'il sait que son rival postule également pour le même film, son attrait s'éveille. Par pur esprit de contradiction, il veut obtenir ce rôle dorénavant pour évincer Milo et pouvoir le rabaisser une fois de plus.
Depuis qu'il a commencé son métier particulier il l'a pris en horreur. Pourquoi ? Parce que Milo est populaire, talentueux, sympathique, qu'il s'attire les faveurs de tout le monde et en plus, il possède un sérieux atout physiquement parlant… Sa musculature imposante. Tout le monde ne jure que par le beau Milo. Et Milo par ci ! Et Milo par là ! Kanon n'aime pas être le second, l'ombre de quelqu'un. Lui veut briller sous les feux des projecteurs, parce qu'il mérite d'être traité avec égard. C'est lui la vedette et uniquement lui, ok ?
De rage, il éclabousse l'eau et envoie valser ses produits qui sont disposés autour de sa baignoire. De tempérament impulsif, il réagit assez rapidement et vivement aux choses ou émotions qui le dépassent. Et son collègue risque bien de rafler le rôle.
Kanon sort dégoulinant du bain, il se sèche consciencieusement et essore sa longue chevelure épaisse. Ses ondulations pèsent lourd, mais c'est ce qui fait son charme. Pour se démarquer des autres acteurs, il s'est fait tatoué un dragon marin sur son bas ventre. L'animal se place au centre de dessins tribaux Polynésiens. C'est sa marque de fabrique, comme son rival. Dans ce milieu il faut avoir un signe distinctif pour se faire remarquer, et Kanon en possède un autre… Un piercing un peu tendancieux sur une partie sensible de son corps… Il parait que cela décuple le plaisir de ses partenaires. En tous les cas le jeune homme s'en fiche, son but étant de percer dans ce milieu. Une fois sa mission achevée, il souhaite le quitter pour briller au cinéma, son rêve secret. Pour pouvoir accéder à la reconnaissance qu'il mérite. Mérite pour lui ou bien pour sa famille ?
Depuis toujours il est le mouton noir de la famille Arès. Garçon turbulent, adolescent rebelle, homme écorché. Voilà l'évolution de Kanon. Il recherche l'affection de son grand frère qui ne lui donne pas. Son frère… A l'évocation de ce dernier, notre acteur part dans un rire cynique, jaune, forcé. Il devient caustique pour ne pas tomber dans le pathétique parce que s'il s'écoutait, il prendrait le téléphone pour lui dire qu'il veut le voir, lui crier son manque. Mais il ne l'a jamais fait. Non, Kanon demeure fier en tout état de cause, il ne s'abaissera pas à quémander l'amour de Saga son jumeau. Son jumeau qui l'a renié depuis des années maintenant. Depuis qu'il a su que Kanon évoluait dans ce milieu glauque. Et Saga possède des principes auxquels il ne déroge pas. Le vertueux grand frère, la fierté de la famille. Jamais son grand frère ne déçoit ses proches, il reste irréprochable en permanence et Kanon exècre cette attitude sainte. Lui qui est le contraire de son double. Le cadet rêve de voir son frère redescendre de sa tour divine pour redevenir « humain ». Humain et non la réincarnation de la perfection faite homme. Voir ses défauts en plein jour, ses faiblesses aussi. Le voir pleurer dans ses bras, lui demander son aide, son opinion. Enfin quelque chose de similaire. Etre son égal.
En passant près du téléphone, fou de ressentiment, Kanon envoie valdinguer l'appareil contre le mur. Son irascibilité inonde sa personne constamment. Rien ne parvient à le raisonner, il est encore à l'heure actuelle ce petit garçon rempli de doutes et de manques. Manque de reconnaissance, manque d'amour, manque d'affection. Sa mère ne l'a jamais prise dans ses bras, elle ne lui a jamais dit « je t'aime ». Son père était absent de la maison, préférant batifoler avec ses maîtresses plutôt que de profiter de sa famille. Et Saga… Saga le modèle, l'intouchable idole aux valeurs surannées. Il n'arrivait pas à l'atteindre, son frère s'emmurait dans son succès et sa popularité au collège, puis au lycée. Délaissant son cadet pour sa petite gloire personnelle. Kanon a toujours représenté un frein à son ascension dans la société. Alors, quand le plus âgé a découvert les passe-temps de son jumeau, il l'a tout simplement rayé de sa vie.
Kanon se rappellera longtemps des paroles méprisantes qu'a eu son frère ce jour là.
« Tu n'es qu'un minable. Tu me fais honte, j'ai honte de toi. Ne dis pas que tu es mon frère. Je n'ai plus rien à voir avec toi. Sors de ma vie. »
Mal ? Dire que Kanon a eu mal relève de la douce litote. Non, en entendant ses dires et surtout en voyant l'air condescendant qu'affichait Saga, son cœur se déchira en deux. De haut en bas. Une fissure bien nette, bien précise, faite au scalpel de la condamnation du plus grand. Pas d'appel possible, pas de seconde chance. Kanon fut répudié de la vie de son jumeau, de sa vraie moitié. Maintenant les deux hommes vivent dans la même ville sans se côtoyer, sans se parler. Aux réunions de famille ils se tiennent éloignés, ou inventent de fausses excuses pour esquiver ces corvées. Saga ne daigne pas poser un regard dans sa direction, on dirait qu'il a peur de croiser ses yeux. Ses yeux si expressifs qui lui crient son incompréhension à être rejeté de la sorte. Ses yeux orageux qui hurlent son besoin de se tenir auprès de son frère. Mais immanquablement, Saga ne le regarde pas. Il tourne la tête de l'autre côté pour ne plus devoir faire face à son double.
Alors Kanon tombe dans la déchéance un peu plus chaque jour en s'évertuant à gâcher son avenir.
Il traine encore en peignoir une cigarette aux lèvres. Il tourne en rond dans son grand loft. Il se positionne en face de sa baie vitrée pour contempler les gens d'en bas. Grâce à ses revenus, il peut s'offrir absolument tout ce qui le tente. L'appât du gain est plus fort que tout et Kanon adore l'argent, le pouvoir qui en découle. Il n'apprécie pas que ça. La notoriété aussi l'attire comme un papillon qui s'expose à la lumière électrique des lampes. Ces artifices envoûtent littéralement le jeune homme, sa vie dépravée en est une preuve : il lui faut toujours plus de sensation, de reconnaissance, de flatterie et de fric.
Fric, sexe et drogue dictent la vie de Kanon.
Le problème c'est qu'il se débat dans un cercle vicieux, à vouloir toujours plus, à viser l'inaccessible l'on finit par se briser les ailes. Et Kanon commence à sérieusement accumuler les dettes. Sa dernière acquisition – son bébé comme il l'appelle – lui a coûté les yeux de la tête. Mais maintenant il peut parader dans sa Lamborghini Gallardo 560-4 Spyder blanche tant qu'il veut. Il attire tous les regards. Et pour contenter sa soif de luxe, il lui faut toujours plus d'argent. C'est pour cela qu'il accepte de tourner avec les réalisateurs les plus controversés du milieu. Leurs films sont vraiment plus poussés que les simples films erotico-pornos. Il s'adonne à des pratiques hard, réellement hard c'est le moins que l'on puisse dire. Même si c'est un professionnel, il reste humain malgré tout et parfois ces scènes le rendent quelque peu malade. Oui, malade est le mot qui le définit le mieux. Donc pour oublier, notre jeune homme en perdition s'évade dans des paradis artificiels où il n'a plus son reflet exposé constamment. Son reflet. C'est autre lui. Son frère. Son double.
Parce que, quand Kanon se regarde dans le miroir il y voit forcément l'image de Saga. Saga qui le juge du haut de sa grande perfection. Saga qui ne lui adresse même plus la parole pour lui balancer toute sa nullité en pleine face. Kanon est un jeune homme brisé par la vie, évoluant entre narcissisme exacerbé, ambition démesurée et dégoût de lui-même immodéré.
Le jeune homme prend son téléphone portable pour appeler son ami le plus proche, il a besoin de se vider la tête, là. Impatient, il tapote l'assise du canapé en attendant que son interlocuteur ne décroche.
— Ouais.
— Salut Angie. Ca va ?
— Ouais. Qu'est-ce que tu me veux ? Je suis occupé.
— Si je te dérange tu n'as qu'à me le dire !
— Bah ouais tu me déranges mon pote. Bon quoi ?
— Tu fais quoi ? On sort ou bien ?
— J'étais en charmante compagnie, si tu vois ce que je veux dire…
— Bon j'ai compris pas la peine d'en dire plus. Aller bonne soirée et à plus, termine Kanon en raccrochant sans autre forme de procès.
Bougon, il se rallume une cigarette et peste contre son ami. Leur relation est tout ce qu'il y a de plus amicale, même si les deux personnages sont bourrus et possèdent tous deux un côté brut de décoffrage.
Quelques minutes plus tard, son portable sonne. Angelo bien évidement.
Kanon décroche en affichant un air blasé.
— Quoi !? Je croyais que tu étais occupé.
— Oui bah je l'ai renvoyé la miss. Ca n'a pas l'air d'aller.
— Qu'est-ce que ça peut bien te foutre, tu étais tellement occupé. Je ne voudrais pas gâcher ta soirée et que tu me le reproches après.
— C'est fait si tu veux savoir ! Tu viens de me la gâcher, je n'ai pas eu le temps de conclure. Bon, arrête de gueuler, je passe chez toi.
— Quand ?
— Pour le réveillon du nouvel An… Maintenant vieux ronchon !
— Ok à toute.
— Ouais à tal'.
Kanon ne peut s'empêcher de sourire en posant son téléphone sur la table basse. Angelo peut paraître inabordable pour certains mais pas pour lui. Sous ses airs de macho égocentrique se cache un véritable ami, un homme sur qui on peut compter. Enfin, sur qui lui peut compter. Parce qu'Angelo ne se montre pas aussi prévenant avec n'importe qui. Il reste l'archétype du « salaud parfait » pour le reste des gens. Bourru, grossier, de mauvaise fois, agressif. Voilà les caractéristiques d'Angelo Bartolli, italien de son état.
En attendant son ami, il décortique les différentes propositions de films pour les mois à venir. Il en reçoit beaucoup maintenant, son agent n'est pas avare de publicité le concernant. Les scénarios sont tous aussi scabreux les uns que les autres et Kanon se retrouvera dans des positions plus que compromettantes… Quelques fois – beaucoup plus ces temps-ci – il en a assez de ces histoires abracadabrantes. L'unique but étant de le voir se contorsionner entre soumission et domination. Plus il enchaîne les contrats, plus il se perd. Aspros l'a mis en enfilade pour ce long métrage parce qu'il a eu vent de ce projet en espionnant ses collègues. Son manager n'est pas des plus affables quand il s'agit d'affaire. Il a volé l'info à un de ses homologues, Kardia pour être exacte. Résultat, Aspros l'a rencardé pour cette audition. Audition dont il se fiche éperdument. Mais en voyant son rival Milo postuler aussi, une envie capricieuse est montée en lui. Vu qu'il n'est pas sûr de ses talents, il faudra trouver un autre moyen pour parvenir à décrocher ce rôle. Il se promet de s'y employer dès le lendemain.
On frappe bruyamment à la porte. Kanon se lève pour constater que son ami est là, il n'aura pas mis longtemps à venir. Il arrive les bras chargés de pizzas et de bières.
— J'en avais mis au frais tu sais, déclare l'acteur en débarrassant Angelo.
— Je n'étais pas sûr qu'il t'en restait… Et dans le doute j'en ai apporté. Bon tu faisais quoi ?
Angelo détaille la pièce, il voit le téléphone fracassé à terre, puis des papiers gisant au sol.
— Tu te morfondais encore sur ton frère ou tu nous a piqué une crise d'hystérie encore ? interroge l'italien.
Kanon tique, il lui envoie un regard de killer puis rétorque durement.
— Je ne suis pas hystérique ! C'est pour les meufs ça, Oh ! Tu me prends pour qui ? Et puis Saga j'en ai rien à foutre ! Qu'il fasse sa vie.
— Ouais c'est ça… On ne me la fait pas à moi. Enfin j'en ai rien à fiche de ton frangin, un jour peut être que tu trouveras le courage de te confronter à lui une bonne fois pour toute. Quand tu auras retrouvé tes burnes ! lance Angelo en s'avachissant sur le canapé.
Kanon lui tend une canette.
— Bois. Ca t'évitera de déblatérer des conneries.
Quelques jours après Kanon a rendez-vous avec son manager. Il se rend dans son agence pour le rencontrer. Quand il rentre, il voit Aspros en train d'hurler sur son assistante, la mine complètement révulsée. Il est assez exécrable quand l'envie lui prend. Il congédie la malheureuse et se tourne vers son protégé.
— Assieds-toi Kanon.
Kanon s'exécute nonchalamment dans une posture décontractée comme à son habitude. Le plus âgé le dévisage pendant de longues minutes sans prendre la parole, son vis-à-vis en fait de même.
Kanon prend un objet de décoration du bureau et joue avec.
— C'est un Rubicon Kanon, laisse tu ne pourras jamais en venir à bout.
— Dis tout de suite que je suis idiot !
— Non, mais la réflexion n'est pas ta principale qualité.
Kanon jette le cube sur le meuble qui vient tomber à l'autre bout du bureau.
— Si je t'ai fait venir c'est pour te dire que tu as été retenu pour passer l'étape suivante des castings.
— Quel casting ?
— Celui pour lequel je me démène pour te faire rentrer ! Suis un peu ! Tu m'exaspères !
Pendant qu'il parle, Kanon singe son manager en se moquant ouvertement de lui.
— Arrête de te foutre de moi s'il te plait ! Bon. Je ne sais par quel miracle tu as été retenu mais le résultat est là. Défonce-toi pour la suite et évince ce Milo de pacotille !
— No souci ! répond Kanon en prenant un accent anglais.
— La suite va être compliquée et plus corsée… Je ne te vois pas passer la seconde phase…
— Merci, quelle confiance !
— Non mais ne te vexe pas, mais tes talents sont plus sur le plan horizontal que vertical si tu vois ce que je veux dire, et Milo lui sait interpréter un texte. Pas comme toi.
Kanon se lève d'un bon vexé. Il frappe de son poing le bureau.
— Continue de m'insulter vas-y ! Tu veux que je te démolisse ?
Aspros ne se départit pas de son assurance. Il croise ses mains devant lui puis riposte calmement.
— Ecoute mon tout beau… Je ne remets pas en cause tes capacités intellectuelles… Mais avoue que tu n'as jamais eu à te confronter au monde du spectacle à proprement parlé. Tu ne sais pas ce que c'est que de tourner avec un grand réalisateur. Et Eaque a la réputation d'être terrible. Un vrai tyran despotique et tout le toutim. C'est un homme abject, mais il a du talent. Il te sublimera à l'écran, il pourrait te projeter au devant de la scène. Entre ses mains, n'importe quel acteur au rabais devient une étoile. Et toi Kanon tu deviendras cette étoile… Mais il faut mettre toutes les chances de ton côté… Donc…
— Donc quoi ? Tu me suggères de coucher avec lui ?
— Non inutile. Il n'est pas malléable, on ne peut le corrompre. Non, j'ai une autre idée… Il va y avoir un gala de charité pour une œuvre caritative sur la misère des enfants dans le monde. Enfin une de ces conneries habituelles. Nous allons y aller les deux pour te faire voir aux yeux de la jet-set. Je te présenterai comme la nouvelle étoile montante du cinéma avant-gardiste. Nous ne révèlerons pas ta véritable identité. Là bas se trouvera un jeune mécène qui alimente les caisses du cinéma…
Devant la mine perplexe de Kanon, Aspros détaille son plan.
— Je sais que Julian Solo est un grand adepte de l'art en tout genre. Peinture, sculpture, cinéma, littérature, photographie et j'en passe. Il possède un empire colossal et ne sait plus quoi faire de son fric. Il le dilapide dans des œuvres de bienfaisances aussi. Bref, engouffre-toi dans cette brèche. Si tu t'acoquines avec lui et que tu lui dis que tu es un acteur et tout le blabla habituel, il pourra te pistonner.
— Tu crois que j'ai besoin de ça pour percer dans le cinéma !? crie Kanon.
— Ah oui ! Clairement oui mon petit ! Alors… Tu en penses quoi de mon idée ?
— Si je comprends bien… Je dois coucher avec ce Julian Solo pour le manipuler et me faire pistonner ?
— Tu as compris ! Alléluia ! God save Kanon !
— Te fous pas de moi ! C'est de la prostitution ni plus ni moins !
— Et alors ! Ce n'est pas comme si c'était la première fois, non !? Ce n'est pas la peine de jouer à l'oie blanche avec moi ! Tu donnes ton cul déjà à n'importe qui, alors pour une fois dans ta vie rends-le utile à quelque chose ! Qu'il te serve. Et je te demande bien plus… Tu deviendras amant avec ce Julian. Ca ne peut être que bénéfique pour ta future carrière, crois-moi. De plus il est blindé de tune, il te passera tout tes caprices.
Vexé mais aussi intéressé par ce plan machiavélique, Kanon croise les bras en défiant Aspros du regard. Il assistera à ce gala de charité mais si ce Julian Solo se révèle être un vieux croulant dégueulasse, il ne se forcera pas à coucher avec lui.
OoOoO
Manoir Serroux de Touque
Camus peaufine les détails de la prochaine phase des castings avec Shiryu et Doko. Etalées devant eux sur la table, toutes les photos des candidats retenus. Ils en vont de leurs commentaires. En homme organisé, Camus met au propre les annotations qu'il a pris lors de la première sélection. Il rédige ses commentaires sur chaque fiche créée pour chaque acteur avec leur photo en haut de page.
Doko se moque gentiment de la maniaquerie de l'éditeur.
— Il ne manque plus que leurs tailles et leurs mensurations.
— Mais j'ai leur description physique, j'ai pris soin de regarder leur CV ainsi que leur book et j'ai tout noté sur un cahier. Je n'ai plus qu'à tout condenser sur chaque fiche.
— Et ça te sers à quoi ?
Camus tique au tutoiement inapproprié. Il relève la tête ainsi qu'un de ses sourcils pour appuyer son ennui.
— Nous sommes obligés de nous tutoyer ?
— Oui. On travaille ensemble sept jour sur sept quasiment… On passe beaucoup de temps ensemble, cela ne me choque pas de te tutoyer. Pourquoi, cela te pose un problème ?
— Un peu, grommèle Camus.
Doko donne une tape amicale sur l'épaule du jeune homme en s'écriant.
— Aller, décoince-toi ! Ca ne va pas te tuer de me tutoyer. Et puis tu le fais bien avec Shiryu.
— Ce n'est pas la même chose. Shiryu est plus jeune que moi. De plus nous collaborons ensemble depuis un certain temps.
— Oh… A bas les convenances et le protocole. Tu es trop à cheval là-dessus Camus, débride-toi s'il te plait !
— Je ferais un effort, apprend l'homme de lettre.
— Bon revenons-en à nos moutons, poursuit le manager. Ca te sert à quoi de passer les acteurs au peigne fin et de connaître leurs mensurations ?
— Outre leur performance d'acteur, il est important de ne négliger aucun détail. Pour la suite de l'aventure j'essaie d'associer déjà des couples probables. Donc il ne faut pas qu'ils diffèrent trop niveau physique. Tu vois… Et puis c'est un bon moyen de se souvenir de qui est qui.
Shiryu s'empare de la photographie de Milo, l'homme qui l'a conquis.
— C'est lui que je veux pour le rôle de Dov ! affirme le jeune garçon.
— Tu es sûr ? s'informe Doko. Pour quelle raison lui plus qu'un autre ? Attends, il reste encore la deuxième phase du casting.
— Mais je ne peux pas l'expliquer. Je le sens c'est tout. Je sais que c'est lui, quand cet acteur a récité son texte je l'ai vu… Les traits de Dov, ses expressions, sa façon de parler, sa gestuelle tout ! Tout ! C'est lui, c'est Dov et je le veux pour mon film !
Les deux hommes restent abasourdis. Jamais le japonais ne s'exprime aussi vivement. Il est animé par la flamme sacrée de la création. Shiryu s'affirme pour la réalisation de son projet. Satisfait, Camus approuve dans un geste de nuque en demeurant muet. Il est content de voir que son poulain suit ses conseils, ne pas hésiter à braver l'opinion d'autrui pour imposer son point de vue.
— Bien, Shiryu tu as choisi ton premier rôle. Cependant il reste le second à pourvoir, donc attelons-nous à cette tâche, clôture Camus.
Hyõga entre tout guilleret dans le petit salon aménagé en bureau pour l'occasion. Il est en train de boire une canette de soda.
— Ah Shiryu je suis heureux de te voir ça va ?
— Hyõga tu nous déranges. Ne pourrais-tu pas revenir plus tard ? envoie Camus un tantinet agacé.
— Pourquoi ?
L'intrus s'assoit autour de la table en sirotant bruyamment son Coca cola.
— Oh vous faites quoi ?
— On choisit… Pfff, bon que veux-tu ? s'exaspère Camus.
— Je voulais inviter Shiryu à passer la soirée avec moi dans les endroits branchés de la capitale. Ne t'inquiète pas Mumu, Aphrodite viendra avec nous.
L'éditeur siffle entre ses dents et ravale sa salive. Il adore son petit frère mais pas quand celui-ci intervient à tout bout de champ lors de ses séances de travail.
— Ne m'appelle pas comme ça, je te l'ai déjà dit. Tu demanderas à Shiryu de t'accompagner dans une de tes virées plus tard. Pour le moment nous sommes occupés, peux-tu nous laisser tranquille ?
— Oui ok.
Le blond se lève et pose sa main sur l'épaule du japonais.
— Alors Shiryu tu es d'accord ? Bon je t'en reparle tout à l'heure je vois que je dérange… Bon courage !
Sans transition, l'écrivain enchaîne.
— Je voudrais quand même revoir le jeu de ce Milo si c'est possible. Peut-on le convoquer une deuxième fois ?
— Je pense oui, personne ne sait que tu as pris ta décision, rassure son éditeur.
Les trois hommes terminent leurs délibérations jusqu'en fin d'après-midi.
Le soir le pauvre Shiryu ne peut s'extraire de l'attitude gluante de Hyõga. Sous prétexte qu'ils ont presque le même âge le deuxième insiste lourdement pour emmener son nouveau compère en virée. Il n'a pas une minute pour lui, il vit à cent à l'heure et profite de tous les privilèges que son titre lui permet. Par conséquent, les fêtes sont devenues un passe-temps primordial pour lui.
Résigné, le japonais capitule. Ils attendent Aphrodite qui vient les chercher pour les emmener. Camus lui demande expressément de les avoir à l'œil au cas où. Connaissant la désinvolture de son jeune frère, mieux vaut rester prudent.
Les trois compères se rendent dans un restaurant branché de la capitale. Tout se déroule bien, sans évènements aucun. Puis ils se rendent dans un bar hype pour montrer au japonais les différentes ambiances urbaines de ces soirées. Ils enchainent deux ou trois bars encore. Forcément, Hyõga s'alcoolise au passage sous les yeux incrédules de Shiryu qui n'abuse de rien. D'ailleurs il se sent mal à l'aise, pas dans son milieu. Il n'a de cesse de penser à sa fiancée coincée au pays, tandis qu'il voit son nouvel ami se faire draguer par toute sorte de personnes étranges. Aphrodite n'est pas en reste, il retrouve des connaissances à lui du gratin people et part dans des conversations animées sur les derniers scoops du moment. La fin de soirée s'annonce, Shiryu croit bêtement qu'ils vont rentrer… Que nenni, ils se rendent dans une boîte surpeuplée du « tout Paris ». Les verres se suivent, le blond se fait enlever par un bel éphèbe que nul n'a vu débarqué et Aphrodite babille joyeusement.
Sur la piste Hyõga a retrouvé son nouveau petit ami – croit-il – Milo le fameux volcan en éruption. De là s'enchaîne danses collées-serrées et étreintes passionnelles. Ils se mettent à l'abri des regards indiscrets. C'est sans grande surprise que le blond part en catimini avec sa prise, du beau gibier en l'occurrence…
Shiryu le cherche du regard mais ne le trouve pas. Il se rabat sur la personne d'Aphrodite qui cette fois-ci critique quelques confrères ou starlettes bas de gamme. Non inquiet pour l'ex étudiant, notre chroniqueur raccompagne gentiment Shiryu à son hôtel sur les coups de sept heures du matin. Ce qui est rude quand on n'a pas l'habitude de sortir et de passer une nuit blanche. Les yeux cernés, le teint cireux le japonais a juste le temps de prendre une douche avant de retrouver son agent au bar de l'hôtel. Pourquoi a-t-il accepté cette invitation déjà ? Il ne saurait le dire à l'instant précis ou sa tête heurte la vitre de la salle de bain par manque de sommeil… En tout les cas il se jure pour lui-même de ne pas recommencer de sitôt.
(suite...)
