Bonjour, bonsoir tout le monde.
Alors, je ne spame pas le fandom, juste, je poste tout ce que j'ai, ce qui comprend les chapitres de mes deux UA en cours. Plus une fic terminée avec un pairing inédit pour moi.
Ca fait beaucoup de PerigrinTouque je sais mais bon, c'est un pseudo fabuleux autant en faire profiter tout le monde.
Non je déconne.
C'est important de terminer ce que l'on commence, je n'ai pas pu le faire avec mes histoires pour l'instant, donc je restitue le travail fournis pour mes fanfics.
Il restera un OS sur Minos et Albafica oblige, et après rideau.
J'ai fait le tour de ce que je devais, cependant Saint Seiya restera mon fandom de prédilection, le premier. Quand je reviendrais, ça sera encore avec mon OTP. Il faut bien se contenter et écrire ce qui nous plait. Je ne m'avancerais pas à dire que c'est fini puisque l'inspiration est capricieuse. Mes doudous me manqueraient de trop.
RaR :
Abella : merci pour ta review ^^ Ton avis me touche crois-moi, je me suis spécialisée dans les UA sans le vouloir, alors ton commentaire me va droit au cœur. Est-ce que le contact entre Milo et Camus sera bon ? A voir… MDR.
Bonne lecture,
PerigrinTouque.
Chapitre 8
Multiples facettes
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Studio 17 de la Plaine Saint Denis
La deuxième journée de casting s'enchaîne, Kanon a été convié à revenir pour une deuxième prestation. Sans oublier d'écouter les précieux conseils de son agent, il s'y rend de bonne grâce. Il fait son bout d'essai, rien de mirobolant en soit. Comment arriver à capter l'attention des gens dans la salle ? Lui aussi prend des cours de comédie mais ses talents n'égalent pas ceux de son rival, avouons-le.
Personne ne se prononce, il ne peut lire aucune expression satisfaite ou déçue sur les visages des jurés. Kanon détaille Eaque, ce réalisateur talentueux… Selon les rumeurs qui courent à son sujet, on dit de lui que c'est un homme rustre, exigeant, qu'il pousse à bout ses acteurs au bord de la rupture nerveuse. Il n'hésite pas à les secouer pour faire ressortir ce qu'ils cachent au fond de leurs tripes. D'un côté notre acteur aurait envie de se laisser encadrer par cet homme mais d'un autre côté, si les dires sont vrais le concernant, il n'a pas la moindre envie de faire jaillir ses démons face à la caméra. Parce que précisément ils mettraient en scène sa relation chaotique avec son frère. Mais Kanon sait pertinemment que pour devenir un bon, non, un excellent acteur il faut aller fouiller au plus profond de soi-même et ne pas hésiter à s'exhiber devant la caméra. Et on ne parle pas de physique mais de psyché. Il faut offrir au public un bout de soit, un bout de sa vie, de ses pensées les plus intimes. Alors si pour devenir cet acteur performant Kanon doit laisser transparaître ses failles, il le fera. Surtout si Eaque le met en avant… Mais avant de prendre en compte toutes ces considérations, il doit briller devant les hommes de la production pour décrocher ce foutu rôle à la con !
Kanon se reprend. Bon, ça suffit la déconnade. Il est temps de montrer une autre facette de sa personnalité. Il est temps de faire ses preuves, il n'aura sans doute plus une deuxième chance. Qui plus est, il se doit de battre ce maudit Milo sur son propre terrain. Sans le savoir – parce que le premier rôle est déjà attribué – il doit jouer deux scènes différentes. En interprétant Klaus, le soldat SS. Et ce rôle lui sied à merveille, puisque cette tendance dominatrice, voire tyrannique ressurgit des traits du jeune homme. Alors il souffle, demande une autre chance de poursuivre. Le cœur battant la chamade, il darde ses yeux orageux dans ceux d'Eaque, l'homme à convaincre. Le leader, le réalisateur, le « maître ».
Eaque claque des mains.
— Reprenons, reprenons. Concentre-toi mon tout beau, tu n'auras pas de troisième chance, dit-il en se calant contre le dossier de sa chaise.
Il mordille son stylo en passant au crible le moindre détail de la physionomie de Kanon.
— Tu reprends depuis le début et tu enchaineras avec la scène hot. Compris ?
— Oui monsieur, répond l'acteur tout fébrile et contraint de s'en remettre à cet inconnu.
Eaque tape une nouvelle fois dans ses mains, c'est une manie chez lui, puis lève le menton en signe de départ.
Et notre hardeur sulfureux recommence sa scène. Un mot, deux, trois. Les phrases se suivent, roulent sous sa langue. Kanon se permet même de prendre l'accent tudesque, ce qui lui va comme un gant. Shiryu peine sans mal à se l'imaginer dans son uniforme militaire, avec son képi. Klaus, Kanon. Kanon, Klaus tout va très vite dans l'esprit du japonais. Klaus, Dov… Et ainsi de suite. Quant à notre héros il y va franchement, à cette instant il ne connaît plus le mot « mesure » il donne tout. Tout ce qu'il a au fond de ses entrailles. Pour la première fois de sa vie, il se met à nu devant des inconnus. A nu, à poil. Son âme se retrouve décortiquée et dépourvue d'habillage, il est lui… Cet homme fragile sous des airs de teigneux revêche, de provocateur. Là il ne pense plus aux apparences, car là devant lui ne se tient pas un autre comédien pour lui donner la réplique mais Saga. Son frère. Debout face à lui, il ne débite pas son texte mais tous les reproches voilés qui se terrent au creux de ses regrets. Il balance tout, tout, tout. Le visage de Saga s'imprime devant ses yeux humides puisqu'il lâche tout ce qui le ravage au fond de lui, devant la scène.
Et Eaque justement en prend plein les yeux. Cet homme est juste… Hallucinant, se dit le réalisateur. Cet écorché, ce diamant brut qui tranche, qui coupe, il pourra le tailler en un joyau étincelant de milles feux. Et Kanon continue, éclate les lois de la comédie en morceaux, ses gestes se joignent à ses paroles. Il incarne Klaus à la perfection. Eaque se met debout et tonne fort presque ému.
— Suffit. Je crois que nous en avons assez entendu.
Son ton ne permet pas de deviner s'il est agacé ou enchanté, ses apparences sont trompeuses. Mais il ne peut se contenir plus devant la performance de cet acteur.
— Merci monsieur Arès, nous vous recontacterons dans les plus brefs délais.
Kanon est décontenancé, on vient de le couper dans son élan et il ne sait pas quoi penser de tout ça. Ahuri, il rassemble ses affaires et quitte la pièce sans plus de considération pour les professionnels. Il pense qu'il a tout loupé, dépité il s'en va sans demander son reste. Eaque le voit partir pour ne plus revenir. Alors il se précipite hors de la pièce pour rattraper le jeune talentueux. Il arrive près de la grille des studios quand il tend son bras pour alpaguer Kanon.
— Eh ! Ne pars pas comme un voleur ! s'écrie Eaque à bout de souffle.
Estomaqué, son vis-à-vis se retourne l'air contrarié.
— Pourquoi vous me suivez ? Je croyais que c'était réglé. Vous m'avez jeté comme un chien tout à l'heure. Je ne conviens pas pour le rôle basta. Pas la peine de me courir après.
— Mais tu dis des idioties mon mignon ! Qu'est-ce qui te fait penser que je t'ai jeté, hein ? Au contraire, ta performance m'a époustouflé. Et c'est rien de le dire.
— Vraiment ? Sans déconner ?
— Vraiment je t'assure ! Je ne suis pas habitué à de tels élans tu demanderas à mes collaborateurs si tu ne me crois pas… Ecoute, je n'ai pas le monopole des votes pour le casting mais je peux te jurer que je ferais mon possible pour convaincre ce Camus de malheur que tu es le comédien qu'il nous faut pour ce rôle. Tu peux me faire confiance ! Je n'ai pas envie de te voir partir de la distribution.
— Mais… Je ne suis pas un acteur professionnel !
— Et alors ? Tu as quelque chose en plus… Je ne sais pas quoi, ce n'est pas facile de l'expliquer. Ces choses là sont instinctives. Alors, n'abandonne pas espoir. Quand je te dis que je te recontacte très vite ce n'est pas des paroles en l'air.
— Entendu… conclut le jeune homme.
Il rentre chez lui. Dans le métro il se questionne. Sa vie changerait-elle finalement ? Peut être qu'en devenant un acteur reconnu et respectable, son frère le reconnaîtra… Il aura la considération qu'il mérite. Mais, la mérite-t-il ?
OoOoO
Manoir Serroux de Touque
Camus est contrarié par l'attitude de son frère. Hormis le fait qu'il ait abandonné son protégé parmi la jungle urbaine l'autre soir, son comportement est inadmissible. Il fait n'importe quoi. Monsieur Hyõga batifole à droite, à gauche… Part avec ses amis on ne sait où, rentre à des heures pas possible – voire ne rentre pas du tout – sans se soucier de ses parents ni des convenances. Il s'adonne à ses passe-temps, ses loisirs en toute légèreté. Ce qui embête l'aîné c'est de voir son cadet ne pas se préoccuper de son avenir, il ne pense pas au lendemain. Il croit que la vie est une immense fête qui ne finit jamais.
Il a abandonné ses études, bon passons. Mais il faudrait qu'il se reprenne en main tant qu'il est encore temps. Il ne va pas passer le dernier semestre à ne rien faire tout de même ?
Ce matin au petit déjeuner c'est soupe à la grimace. Le patriarche est déjà parti travailler, seul Eulalie, Hyõga et Camus sont présents. Le blond se beurre ses toasts en parlant de sa dernière virée avec ses amis justement, devant sa mère qui l'écoute attentivement. On dirait qu'elle le soutient dans sa procrastination !
Agacé, Camus coupe court la conversation en s'immisçant entre deux phrases.
— Et tu comptes faire quoi de ton année Hyõga ?
— Quoi ? De quoi tu parles Camus ?
— Mais de ton avenir. J'ai l'impression que je suis le seul ici qui me préoccupe de ton sort. Cela ne te pose aucun problème de voir père et moi aller travailler pendant que tu perds ton temps à ne rien faire ?
Le blond bat des paupières et affiche une moue contrite. Il pince ses lèvres.
— Je ne sais pas quoi te répondre… Je n'y ai pas réfléchi j'ai le temps, argumente le cadet.
— Le temps dis-tu… Tu prends la vie par-dessus la jambe. Tu ne connais rien des réalités Hyogi. Quand tu seras confronté au monde du travail, cela te fera bizarre. Je peux te l'assurer.
— Mumu… Pourquoi tu me parles de ça voyons ? demande innocemment le blond. Je reviens à peine d'Angleterre, laisse-moi le temps de m'habituer…
— T'habituer à quoi ? Au décalage horaire ? Au climat ? Ne te moque pas de moi, cela va bientôt faire trois mois que tu es revenu. Il serait grand temps de te chercher une autre voie et de prospecter pour la rentrée prochaine dans les universités qui voudront bien de toi ! Tu peux encore rattraper ton retard en prenant des cours cet été.
— Quoi ? Mais t'hallucines, hein ! réplique Hyõga en tapant du poing sur la table et en se levant. Mère dites quelque chose je vous en prie ! Camus est en train de diriger ma vie !
— Arrête de te réfugier sous les jupons de notre mère ! Tu es un adulte prends tes responsabilités et va bosser !
— Tu es trop psychorigide calme-toi ! Détends-toi un peu, tu ne sais pas t'amuser dans la vie Camus. Tu vas finir vieux garçon avant l'heure.
Eulalie ne dit rien, se contentant de regarder tour à tour ses deux fils se chamailler comme des chiffonniers. Elle ne peut rien leur refuser et ne souhaite pas prendre parti. Depuis qu'elle élève Hyõga et Isaak elle se refuse à les frustrer ou les réprimander. Alors elle leur passe tout depuis toujours. Elle regarde ses fils en plissant les yeux et en souriant, pose sa tasse de café puis se décide enfin à prendre la parole.
— Camus mon enfant, je sais que vous voulez bien faire et que vous vous inquiétez pour l'avenir de votre frère. Je le conçois totalement. Je suis de votre avis mais… Hyõga traverse une phase difficile, il se cherche dans la vie comprenez-vous ? Nous devons l'épauler sans le brusquer. Et de lui crier dessus et de lui mettre une pression perpétuelle ne vas pas le pousser à aller de l'avant. Laissons-lui du temps. Il trouvera sa voie j'en suis persuadée. N'est-ce pas mon chaton ? s'adressant à son deuxième fils.
Qui vient de ce pas entourer sa mère de ses bras affectueusement en lui déposant un baiser sur son front.
— Oui mère. Vous avez entièrement raison… Merci de me soutenir et de me comprendre aussi bien. Camus me met la pression c'est exactement ça. Tu vois Mumu, inutile de t'inquiéter pour moi. J'ai tout mon temps.
Résigné, l'éditeur porte sa main sur son front et se la passe sur son visage comme pour effacer les dernières paroles absurdes de sa mère et de son frère. Il n'est pas aidé vraiment… Peut être qu'Isaak parviendrait à le résonner. Il a toujours eu une bonne influence sur son cadet. Seulement il n'est pas là, il faudra faire avec comme on dit. Et Hyõga continue de papouiller sa mère en frottant son front contre le sien, comme les esquimaux. Décidément il ne comprendra jamais ces élans de tendresse niais de ses pairs. Lui n'a pas besoin de ça pour vivre.
Il s'apprête à franchir le pas de la porte quand son frère l'interpelle.
— Camus, attends ! Tu es fâché ?
— Non Hyõga.
— Tu n'as pas l'air convaincu… Je n'aime pas me disputer avec toi, on oublie d'accord ?
— Oui, soupir le plus âgé. Je dois y aller.
— Attends j'ai… J'ai rencontré quelqu'un… J'aimerais te le présenter si tu veux bien…
— Je n'ai pas le temps là, nous en reparlerons une autre fois veux-tu ?
— Oui mais c'est important. Je crois que je suis amoureux et j'aimerais avoir ton opinion. Tu sais bien analyser les gens toi, tu ne te trompes pratiquement jamais.
— Hyõga, que les choses soient claires : tu mènes ta vie amoureuse comme bon te semble. Tu sais pertinemment que je n'approuve pas ton mode de vie mais c'est le tien et je le respecte. Maintenant que tu me demandes de rencontrer tes… Tes… Tes…
— Mes petits copains ? Dis-le ce n'est pas une honte.
— Tes petits copains si tu veux… Bon, tout ça pour te dire que je n'ai aucunement l'envie de les rencontrer. Ne m'oblige pas à prendre part dans ta vie amoureuse, cela doit rester privé.
— Mais je te dis que je suis amoureux de lui ! Ce n'est pas une passade. Il compte à mes yeux et j'aimerais te le présenter. Si dans un avenir lointain les choses deviennent plus sérieuses, il fera parti de la famille.
Camus n'en croit pas ses oreilles. Il reste abasourdi par cette révélation, lui qui d'habitude garde son calme à toute épreuve, dans ce cas précis les bras lui en tombent. Il reste pétrifié, la bouche grande ouverte et roule des yeux au ciel.
— Tu entends ce que tu dis ? Présenter… Un… Un… Homme pour officialiser ton union ? Mais c'est du grand délire ! Redescends de ton nuage Hyõga. Dans la famille nul ne s'affiche avec un homme, cela ne fait pas parti des convenances et tu le sais très bien.
— Pourquoi ? Les règles sont faites pour être changées. Et puis nous sommes au XXIème siècle tout de même, j'ai le droit de me mettre en couple avec un homme.
— Hyõga ! le ton frigorifique n'admet aucune réclamation. Je me contrefiche de ta vie privée et encore plus sur le plan sexuel. Mais là ce n'est clairement pas le moment de me retenir pour des broutilles de ce genre. Si tu n'as pas d'autres problèmes dans la vie tant mieux pour toi. Mais sache que moi j'ai des auteurs qui m'attendent et qui comptent sur moi. En définitif, je n'ai pas l'intention de rencontrer ton petit ami officiel ou officieux, est-ce clair ?
— Mais Camus…
— J'ai dit est-ce clair ? Et ce n'était pas une question mais une affirmation. Sur ce je te souhaite une bonne journée. Au revoir.
Et il claque la porte pour clore la discussion, en laissant sur le perron un jeune homme en piteux état sur le plan émotionnel.
Dans sa voiture, notre éditeur s'interroge sur l'avenir de son frère, sa légèreté le perdra. Ce n'est pas que Camus soit coincé. Loin de là. Si en vérité. Même s'il est tolérant vis-à-vis des autres en général, il ne conçoit pas que dans sa famille quelqu'un possède des mœurs aussi frivoles. De plus, Hyõga avoue des penchants homosexuels. Le mot qui fait mal. Le mot qui reste tabou. Le plus âgé des frères pourrait passer outre mais là cela touche à la réputation de la famille Serroux de Touque. Ce n'est pas la même chose. Passe encore chez monsieur ou madame tout le monde mais pas dans son milieu. Les gens bien pensants – sous-entendez les concierges à l'affut du moindre ragot – s'en serviraient contre eux en mal bien évidement. Et il ne faut surtout pas entacher la réputation de leur prestigieux patrimoine.
Camus se pose des questions tout en allant au travail. Il se demande ce que son frère peut bien trouver de plaisant à s'amouracher d'hommes. Cela provoque quoi comme sensation d'être tenu dans des bras fermes et musclés ? De sentir la bouche d'un homme sur la sienne ? Est-ce doux, rugueux, baveux ? Comment ? Lui n'éprouve pas toutes ces choses et encore moins de désir. En approfondissant ses réflexions il grimace de dégoût. Non, quelle ignominie ! Heureusement qu'il n'a pas à se triturer le cerveau plus longtemps, lui a l'amour inconditionnel de Saori, cela est suffisant. Oui, grandement suffisant. Mais lui, Camus, aime-t-il la jeune fille ?
OoOoO
Hôtel du Dragon Impérial
Shiryu ajuste sa tenue avant que son éditeur vienne le chercher. Aujourd'hui ils vont visiter un studio et quelques extérieurs pour les futures scènes de son film, le repérage commence. Malheureusement, Mr Akarsana sera là… La poisse ! Il tient à participer puisque le grand manitou supervise toutes les étapes des films qu'il entreprend. Etonnant que personne ne l'ai trucidé depuis le temps qu'il travaille dans le milieu. Ce personnage antipathique lui déplait au plus haut point. De surcroît, le garçon ne sait pas encore s'imposer comme le lui a conseillé Camus. Sa timidité l'en empêche. Il aimerait tellement pourvoir dire ce qui ne va pas au bon moment. Quoi que là il doit avouer qu'il est fier de lui : il a su imposer le choix de son acteur principal, un grand pas de fait en somme. Le japonais a troqué sa tenue traditionnelle pour un jean tendance de maintenant et un petit polo lavande tout simple à l'encolure en V. Shiryu est simple, pourquoi le cacher ? Il ne fait pas de chichi et reste modeste en tout état de cause. C'est dans son caractère, personne ne le changera.
Son portable sonne, Doko l'avertit au bout de fil que Camus et lui l'attendent au bar de l'hôtel. Il prend ses affaires et part les rejoindre immédiatement. Les protagonistes discutent autour d'un café serré.
— Bonjour Camus, lance l'écrivain.
— Bonjour Shiryu. Prêt pour cette journée marathon ?
— Oui je le suis.
— Tu sais qu'Eaque sera présent ? Nous tenterons de l'éviter le plus possible mais il tient absolument à venir avec nous pour ne pas se faire ʺgruger sur la marchandiseʺ comme il le dit… Il a peur que l'on ne choisisse pas les bons cadres pour les scènes d'action.
— Il faudra faire avec, pas le choix, répond dépité Shiryu.
— Ne t'inquiète pas, s'il devient désagréable ce qui ne m'étonnerait qu'à moitié, je le remettrai à sa place ! s'incruste Doko d'un ton convainquant.
— C'est honorable à toi de vouloir le défendre mais il doit se débrouiller tout seul. N'est-pas Shiryu ? ajoute Camus.
— Sans doute, chuchote le plus jeune peu sûr de lui.
— Tu n'as pas avoir peur d'Eaque tu sais. C'est un homme comme nous, peut être plus mégalomane que la plus part des gens mais il n'a pas le monopole du savoir. Sans toi je le répète son précieux film ne se ferait pas. Alors… Impose-toi n'hésite pas, encourage le noble.
Immédiatement l'intéressé sent un bien être l'envahir, les paroles réconfortantes mais empreintes d'un sermon voilé de son pygmalion font leur petit effet. Grâce à ses paroles il reprend confiance en lui. Camus sait faire disparaître ses craintes. Il doit gagner plus d'assurance c'est certain.
Ponts des Arts
L'équipe de repérage est sur place. Eaque est là bien évidement, babillant et donnant ses directives. Notamment à un jeune photographe chargé de prendre des clichés des lieux visités. Thanatos aussi est présent, en homme d'autorité il supervise la pré-production, son cheval de bataille. Lui consulte sa tablette en énonçant quelques ordres à son assistant qui prend des notes, une oreillette enfilée dans son oreille, il téléphone en même temps. Il effectue plusieurs tâches tout en gardant un œil sur ce qui se passe autour de lui. En homme de poigne il gère, grave même.
Camus et sa joyeuse bande les retrouve à l'entrée du pont. Et ça discute fortement. Comme prévu, Eaque se révèle exécrable dès les premières secondes en balançant des réflexions désobligeantes à l'encontre de son staff et des nouveaux venus. Les gardes du corps de Shiryu serrent les dents… Pour le moment.
Le réalisateur paraît tout excité comme une puce, il sautille partout, court dans tous les sens pour revenir à son point de départ. Il vérifie tout un tas de chose, fait des comparaisons entre les différents plans de la ville, les photos prises… Au moins on peut lui accorder son sérieux, il prend son métier à cœur.
— Je vois bien un baiser moi ici. Le final ou le premier ça dépend… apprend le brun, sa main soutenant son menton dans une réflexion à voix haute. Oh et puis je vois parfaitement Kanon là au milieu de cette foule. Son charisme transpercera la caméra. Ah j'en suis sûr ! Je me félicite de l'avoir dégoté…
— Minute Mr Akarsana s'il vous plait ! le coupe Camus. De qui me parlez-vous ? Qui est ce Kanon ? De quel droit prenez-vous des décisions sans nous en avertir ?
Eaque le regarde en tirant une tête blasée. Il se moque ouvertement de notre héros.
— Mais quoi de quoi ? Franchement… Mr Serroux de Touque vous me fatiguez. Je ne vous supporte déjà plus. Vous ne voulez pas retourner dans votre maison d'édition poussiéreuse et laissez les vrais professionnels bosser ?
Doko se prépare à intervenir mais son acolyte le stoppe en posant sa main sur son bras. L'héritier reprend en ne se départissant pas de son ton monocorde.
— J'aimerais assez je vous l'avoue… Cependant, étant entouré d'une bande d'incapable dont vous prenez la tête du cortège, je me dois d'assister à chaque étape de la mise en œuvre de ce film. Alors, pour le bien de tout le monde et surtout le mien, je vous prierais de ne parler qu'en cas de nécessité. Et je réitère ma question : de quel droit vous permettez-vous d'attribuer les rôles ? Qui est ce Kanon ?
— Ce Kanon est le jeune homme qui a postulé pour le second rôle lors des dernières auditions. Vous avez la mémoire courte pour un homme de lettre qui passe son temps la tête dans les bouquins… Bref, il a convaincu tout le monde. Je présumais…
— Vous présumez mal Mr Akarsana, intervient encore Camus. Ce n'est pas à vous de décider mais à Shiryu. Restez à votre place, c'est tout ce qu'on vous demande.
Le visage du réalisateur change de trame. En un instant sa mâchoire se crispe, il se tend entièrement et dévisage son agresseur verbal. Des petits sons sortent même de sa bouche, traduisant sa colère grandissante… Des sortes de sifflements mêlés à des grincements de dents. Son photographe tente de le calmer.
— Je l'avais repéré aussi tu sais Camus… ose l'écrivain. Aux répétitions il m'a impressionné aussi. Peut être que j'ai trouvé mon Klaus… Je l'imaginais parfaitement en uniforme.
Surpris d'une telle révélation, l'éditeur se contente de dévisager son protégé impassiblement.
— Tu ne me l'avais pas dit. C'est lui que tu veux pour ce rôle ? Es-tu sûr ?
— Oui… Je crois oui… Non j'en suis certain. Il ira merveilleusement bien pour ce rôle.
— Et bien alors, ce n'est pas la peine d'en faire un drame, nargue Doko à l'encontre du réalisateur.
Celui-ci vexé part s'isoler avant de commettre un esclandre. Son tempérament fougueux et impulsif lui joue de mauvais tour par moment, mieux vaut s'épargner des remontrances de la part de Mr Elis.
Eaque rogne dans son coin quand il sent derrière lui une présence. Deux bras se posent de part et d'autre des siens, une bouche lui murmure près de son oreille.
— Ne t'emporte pas mon tigre du Bengale… Je n'aime pas que d'autres suscitent des émotions chez toi, elles ne doivent exister que pour moi…
Cette voix… Suave, licencieuse… Provocatrice pour ainsi dire…
Le réalisateur ferme les yeux et se laisse aller contre le torse de son interlocuteur. Il soupire d'aise.
— Thani…
— Prends sur toi. A la fin de ce tournage ta renommée explosera tu peux me croire. Tu dirigeras tes films comme bon te semblera mais patience… Serre les poings et canalise ta rage.
— Mais ce péteux prétentieux m'horripile ! Si je ne me retenais pas je lui mettrais mon poing dans la figure !
Thanatos effleure la joue de son amant avec ses lèvres, sans les appuyer sur cette peau biscuitée.
— Fais-moi confiance… Je veille sur tout, tu mèneras le scénario comme bon te semblera.
Il souffle sur quelques mèches brunes qui l'empêchent de sentir l'épiderme halé. L'autre tremble, des frissons longent sa colonne pour s'éparpiller dans le reste de ses membres.
— Oh Thani… Arrête… Nous ne pouvons pas… Pas ici…
Une langue vient taquiner le lobe de son oreille, Eaque ne se sent pas partir, il gémit à demi.
— Allons dans la roulotte, là où ils rangent le matériel. J'ai une furieuse envie de toi là.
— Tu sais éveiller mes envies, chuinte Eaque.
Les deux hommes s'en vont furtivement sans se faire repérer vers la caravane, puis Thanatos les enferment à clefs. Ils y restent un bon moment sans que les autres ne s'inquiètent de leur disparition. Pour être franc, l'absence injustifiée du réalisateur est vécue comme un soulagement de la part de ses collègues. Personne n'ira le chercher.
La fin de journée se déroule dans une atmosphère moins tendue mais dynamique. Les visites des lieux de tournage s'enchaînent à vive allure, Shiryu doit suivre la cadence. Eaque étrangement paraît plus détendu.
(suite...)
