Bonjour, bonsoir tout le monde,

Pour faire court, je poste la suite vous vous en doutez. Merci de me lire encore ^^

RaR :

Abella : merci pour ta review ^^ et ta fidélité également, c'est important de le préciser. C'est vrai que moi je pose le décor, ce qui met des plombes… Je suis fine heureuse si tu apprécies cette histoire et que tu la trouves recherchée. Je prends soin de construire les intrigues et d'apporter des précisions sur la vie de mes personnages ^^

Quant aux relations des autres protagonistes de ma fic, et bien ce n'était pas prévu à la base, mais je me suis laissée emportée et j'aime aussi les explorer (je pense à Kanon, Aphrodite, Shura du coup). Ton incitation a fonctionné, me revoici donc… Bisous.

NdA :

Je posterais tout le reste avant le 25 mars, date butoir de la fin de mes publications.

Bonne lecture,

Peri.


Chapitre 9

A l'aube d'une nouvelle vie

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Appartement de Milo

Milo vient d'aller faire les courses, exploit en soit. Il commence à les ranger quand il reçoit un appel sur son téléphone portable. Il s'agit de Kardia. Notre héros prend l'appel mais l'état de surexcitation dans lequel est plongé son manager l'empêche de discerner ses paroles. Il hurle à l'autre bout du fil et se mélange les pinceaux.

— Kardia… prononce Milo.

Sans résultats probants, puisque son mentor continue ses vociférations enjouées.

— Kardia… Oh Kardia ! intensifie l'acteur. Tu peux articuler et parler plus calmement ? Je ne comprends rien à ton charabia.

Milo mon ptit' poulet j'ai une grande nouvelle à t'annoncer ! Je voulais attendre te de voir mais je ne peux pas ! Tu as été retenu pour le premier rôle ! Non de dieu Milo ! Tu vas devenir un acteur reconnu et quitter le milieu du hard ! Miloooo ! Tu m'entends ? Tu es toujours là ?

Suspendu au bout du fil, le comédien part dans ses réflexions. Son regard se perd sur le mur d'en face.

Milo réagis bordel ! C'est la plus fantastique nouvelle de tous les temps et toi tu meurs au bout du fil !

— Je… Je suis là mais…

Mais quoi !? Rapplique demain à mon bureau il faut que l'on se penche sur le contrat. Tu le signeras et nous irons l'apporter au siège de Pandémonium. Milo ! Mais parle non d'une pipe en bois ! Ca te fait plaisir au moins ?

— Oui… Oui… Je crois… Je ne sais pas… Tu me prends de court aussi. Tu veux que je te dise quoi franchement ?

Mais crie de joie, fais quelque chose je n'en sais rien moi ! Il faut fêter ça comme il se le doit.

— Tu te précipites trop Kardia. Si ça se trouve le film ne plaira pas et ma vie redeviendra comme avant…

Tsss. Tu dis n'importe quoi ! Viens demain matin compris ? Tu ne me fais pas faux-bon mon ptit' poulet.

— Non promis je viendrais…

Ca marche, je suis heureux pour toi ! Ta vie va prendre un autre tournent, enfin il était temps ! A demain Milo.

Ahuri par une telle révélation, le jeune homme reste figé sur place. Son esprit se vide, plus rien ne réside dedans. Ses pensées s'envolent comme par magie.

Ainsi il va tourner un vrai film. Un vrai film, pour de vrai. Avec des acteurs professionnels qui ne se trimbalent pas à poil la moitié du temps, un vrai budget, de vrais décors, des dialogues profonds, une mise en scène soignée… La panique le prend à la gorge. Il respire fort mal à cet instant, il appose ses mains sur son cou. Purée ! Pourquoi il se met dans tous ses états ? Il s'en fichait de ce rôle, ne pensant pas être retenu. Et puis si. Merde il est retenu pour le rôle. Pas n'importe lequel… Monsieur se voit attribuer le premier rôle rien que ça. Il peut être fier de lui, ce n'est pas donné à tout le monde. Qui plus est, il se souvient de tous les participants à ce casting qui a duré plusieurs jours. Il les a tous devancé.

Bravo Mr Mólis, bien joué !

Il prévient Aiolia son meilleur ami qui s'empresse de colporter l'information à tout leur cercle d'amis. Ce qui prend un temps fou vu le réseau que possède le jeune homme. Une fête sera organisée en son honneur, il le mérite.


Quelques jours après justement une fête est organisée comme convenu. Sont présents une majeur partie des amis et connaissances de Milo, son ami, la petite amie de ce dernier et bien évidement Kardia son ange gardien. La soirée a lieu dans une salle louée pour l'occasion, il fallait au moins ça pour réunir tout le cercle de l'acteur. L'ambiance bat son plein, un DJ joue les morceaux en vogue sur ses platines, la pièce a été décorée avec soin. Le ton est bon enfant et grivois tout de même. Les collègues du jeune homme sont présents également, sauf lui bien évidement.

Milo est le centre d'attention comme d'habitude, il va et vient entre ses invités et leur fait grâce de ses blagues ou anecdotes. Il détend l'atmosphère partout où il va, un vrai bout d'entrain. C'est bien pour cette raison précisément que tout le monde l'aime.

Aiolia a même concocté un petit film retraçant la vie de son copain. Défile sur un écran géant la vie et les différentes phases de Milo. De son enfance en couche-culotte jusqu'à l'âge adulte. Les parents du jeune homme ont donné leurs photos de famille à l'étudiant pour la mise en scène de ce mini film. On y voit Milo tout nu dans son bain en train de se triturer le zizouillou. Tout le monde rit en lui disant qu'il était prédestiné à sa carrière atypique. Puis Milo petit sur un vélo, à la plage en train de pleurer devant une étoile de mer que tient son père. Milo encore âgé d'à peu près une dizaine d'année avec les cheveux courts, en bataille en train de s'empiffrer de gâteau au chocolat lors d'une fête d'anniversaire. On découvre le jeune homme de seize ans assis sur un scooter flambant neuf les cheveux mi-longs… On le voit même à Noël entouré de sa famille affublé d'un chapeau de père Noël. La larme à l'œil il ne peut retenir son émotion. Son Lia' a préparé tout ça pour lui, pour retracer son parcours et trancher net avec son avenir. Comme un enterrement de vie de jeune homme, car ce soir Milo abandonne sa vie actuelle pour une plus prometteuse. Les yeux brillants, il se lève et enlace son ami en se cachant contre son épaule.

— T'es con Lia' franchement, il ne fallait pas !

— Eh oh ! Si je ne peux plus faire plaisir à mon pote où on va ? Je te le demande. Bois un coup tu deviens trop émotif mon vieux.

Kardia s'amène avec un verre à la main, tape sur l'épaule de son protégé et lui tend le récipient.

— A Milo et sa future carrière au cinéma ! Puisses-tu briller de milles feux et te révéler aux yeux du public !

Trop ému pour répliquer, Milo part en flot de larmes.

— Oh non ! Regardez ! Le grand Milo Scorpio pleure comme une midinette ! se moque Aiolia.

— Arrête Lia' ou tu vas tâter de mon poing dans ta figure, répond l'acteur en s'essuyant les yeux.

Une musique résonne dans la salle, il s'agit de Win of change du groupe Scorpion, celui qu'adore notre héros. Des amis lui apportent sur un chariot un immense gâteau carré devant lui. Il se baisse et s'esclaffe en se retenant le ventre.

— Mais c'est pas possible euh ! Vous êtes cons ! Vraiment trop grave les mecs !

Sur la pâtisserie est dessiné un pénis géant qui représente au mieux les talents du jeune hardeur.

— Bah quoi mon Milo ? C'est comme un enterrement de vie de jeune homme. En prime on a eu une réduction puisque le modèle est destiné à ce genre d'occasion. Ca ne te fait pas plaisir ? Profites-en c'est la dernière fois que tu mangeras un pénis géant, s'amuse Aiolia.

— Ah Lia'… il n'y a que toi pour avoir des idées aussi tordues… Merci mon pote. Et merci à tous d'être venus. Et bien allons-y… Je vous donne un bout de mon pénis, ajoute Milo en faisant un clin d'œil à son assemblée.

Milo profite et il a bien raison, il trime assez en temps normal. Il se prend à espérer qu'un jour un avenir meilleur s'ouvrira devant lui.

OoOoO

Au même moment dans un bar quelconque de la capitale, Hyõga est ivre. Il devait retrouver son petit ami actuel, à savoir un magnifique acteur plein de promesse, mais celui-ci n'est pas venu au rendez-vous. Normal puisque qu'il se trouve à une fête organisée spécialement en son honneur et que pour lui, il n'entretient aucune relation particulière avec le blondinet. Milo vogue de flirt en flirt et couche avec ses partenaires à l'occasion, rien de plus. Mais l'ex étudiant dans sa naïveté, croit fermement à une histoire sincère et tout le toutim. Pauvre garçon, si jeune et encore si peu expérimenté…

Le barman a appelé une connaissance de Hyõga pour le ramener chez lui. Il dérange la clientèle à gémir et se plaindre de ses malheurs. Dans son répertoire de téléphone est inscrit le numéro de Camus en premier, c'est tout naturellement que l'employé le contacta avant le reste de la liste. Trois quart d'heures plus tard, le grand frère entre et voit son jeune frère dans un état déplorable, avachi sur le comptoir du bar en train de sangloter. L'homme froid s'approche, constate les cadavres de verres vides longeant le bar et voit Hyõga la tête posée sur ses bras croisés. Il pleure. Que dire ? Que faire ? Camus pose sa main sur l'épaule adverse mais les spasmes s'intensifient. Le blond relève la tête, les yeux baignés de larmes et renifle bruyamment.

— Tiens, mouche-toi ça fait négligé, ordonne Camus en tendant un mouchoir.

Son frère s'exécute en soufflant sans distinction dans le kleenex.

— Mer… Merci Ca… Mus…

— Qu'est-ce qui te met dans des états pareils ?

— Mon mec… Il n'est pas… Pas venu ce soir… Il s'en fiche de moi…

Camus lève les yeux au ciel et se masse la racine du nez.

— Et c'est pour ʺçaʺ que tu inondes le bar ?

— Oui… Ouiiii ! gémit le blond.

— Tu te donnes en spectacle, ça suffit rentrons.

L'éditeur couvre son frère avec son manteau et l'aide à se relever. Forcément étant saoul, le poivrot vacille et s'écrase sur la poitrine du plus âgé. Ce dernier l'agrippe par les épaules, le calle contre lui et sort en le soutenant. Il l'assoit dans sa voiture et l'attache même. Camus a tout prévu, il donne un sac plastique au besoin… Il ne faudrait pas salir l'habitacle par un résidu de fiel intempestif. Ca serait assez rebutant.

Dans la voiture Hyõga essaye de contenir ses spasmes, pour se donner une contenance il rive son regard par delà la vitre. Les rues de la ville défilent devant ses yeux rougis et bouffis. Camus le regarde en coin. Décidément, il ne comprendra jamais ses semblables avec leurs élans d'amour bafoués. D'ailleurs cela lui fait penser à sa fiancée Saori… Il n'a pas eu de nouvelles depuis un bon moment mais ne s'en offusque pas. Au contraire, il n'en donne pas plus. Le temps suit son cours, basta. Il ne s'attache à personne puisque jamais il n'a ressenti quelconque sentiment de ce genre. Il reste froid et détaché en toute circonstance.

— Tu t'en remettras Hyõgy aller… Ne pleure plus, on dirait un gamin. Tu es un homme, un homme ne se déverse pas pour rien. Tu vas reprendre ta vie en main et quitter ton petit ami du moment. Consacre-toi à trouver un travail, tu verras que cette occupation accapare les gens et t'empêchera de te morfondre chez nous. Va de l'avant, tu es jeune.

— Oui Camus… Mais… Il était tellement…

— Je ne veux pas le savoir. Il ne t'aime pas, la preuve il a annulé votre rendez-vous. Laisse-le écoute. Tu vas rester bloquer combien de temps là-dessus ? coupe l'éditeur d'un ton cassant.

— Tu ne comprends pas !

— Ca oui tu peux le dire ! Je ne comprends pas comment on peut faire passer ses amourettes avant ses priorités d'adulte ! Il est temps de t'assagir. Tu ne vas pas vivre aux crochets de père toute ta vie, si ? Tu es énervant à la fin. Ressaisis-toi, je ne veux plus entendre parler de cet homme. A mon avis, il ne reviendra pas vers toi alors tire une croix sur lui.

— Oui Camus, compris, répond dépité le plus jeune.

On ne peut pas dire que notre homme de lettre ait le don de réconforter son entourage. A sa décharge on notera son caractère réservé et altier. Il peut paraître indifférent mais il ne sait pas comment soutenir son frère. N'ayant jamais vécu les mêmes émois il ne peut émettre de conseils avisés, il ne peut que renforcer son caractère en espérant que cela porte ses fruits. Hyõga est trop tendre il devrait s'endurcir pour affronter les choses de la vie. Ce n'est certainement pas en le surprotégeant qu'il parviendra à se faire une place dans la société. Camus reste dur et exigeant avec son cadet.

OoOoO

Du côté de Kanon les choses avancent. Son manager lui conseille de se rendre malgré tout à cette réception mondaine pour les enfants du Tiers-monde. Franchement, qu'est-ce qu'il en a à faire des petits biafrais ? Rien !

Il doit rencontrer ce Julian Solo pour assoir sa position dans le cinéma, plutôt se faire une place au soleil comme on dit. Pourtant il l'a obtenu son rôle et par la seule prouesse de son talent. Tout du moins de ses capacités. Mais Kanon se dévalorise toujours, donc il suit les recommandations de son mentor. Peut être qu'il a raison, peut être que l'acteur n'est pas doué et qu'il ne mérite pas de participer à ce film… Probablement que sa place est en danger et qu'il doit protéger ses arrières. En nouant son nœud papillon, notre écorché retrace son parcours chaotique. Des hommes, il en a connu des dizaines. Des centaines même peut être. On ne peut pas dire que se soit la vertu qui l'étouffe. Alors s'il faut se donner à ce Julian il le fera sans rechigner, parce que c'est ainsi que sa vie se base : sur les relations flouées, la manipulation et la corruption. Kanon ne connaît pas non plus l'amour sincère, le vrai qui ne demande rien en retour. Comment le pourrait-il en toute honnêteté ? Sa propre famille le rejette depuis tout petit alors… Un peu plus ou un peu moins l'importe peu.

En bas de son immeuble, Aspros l'attend dans un costume chic griffé Armani. Evidement.

— Mon petit bichon, je vois que tu t'es apprêté comme un prince… Hum… Tu me ravis. Comme ça tu vas faire des émules. Julian te mangeras dans le creux de la main et n'oublie pas ce que je t'ai dit. Tire parti de son fric ! Demande lui tout ce que tu veux, une fois qu'il sera à ta merci il te passera tous tes caprices. Allons-y ! Surtout, essaie de ne pas me faire honte et tiens-toi correctement.

— Oui Aspros oui ! rétorque Kanon d'un ton agacé. Vas-y, roule !


Hôtel de Crillon, salle de réception

En entrant dans le hall principal puis dans la salle proprement de réception, Kanon en reste estomaqué. Il n'a pas l'habitude à tant de faste. Le sol est recouvert de marbre décoré de carreaux noir et ivoire, des colonnes du même matériau ocre se dressent pour soutenir le haut plafond ouvragé de moulures plus resplendissantes les unes que les autres. Les bois précieux se mêlent aux pampilles des lustres en cristal de Baccara. Le lieu est tout simplement éblouissant.

Tout le gratin mondain et de la jet-set se retrouvent ici. Les dames sont habillées des plus belles créations haute-coutures, les hommes ne sont pas en reste, endimanchés dans leurs costumes griffés. Kanon ne dépareille pas avec ce beau monde, il assure dans sa classe innée, de plus son costume loué pour l'occasion lui donne un charme sévère.

Aspros le guide, le présente comme un acteur avant-gardiste, muse de réalisateurs méconnus. Il en rajoute des tonnes et ment comme un arracheur de dents. Tout ceci dans le but de couvrir son petit poulain et de l'enfiler dans le milieu clinquant de la jet-set.

Enfiler, sans mauvais jeu de mot c'est exactement ce que cherche le pygmalion. Kanon n'a pas son mot à dire. Aspros voit de loin l'héritier de l'empire Solo parlementer avec d'autres personnes. Aussitôt il prend Kanon par le bras et va les présenter. Il s'arrête un peu avant pour indiquer à son prodige qui est Julian. L'usurpateur apprécie la vue. Heureusement se dit-il, cet homme n'est pas un vieux dégueulasse ventru. Mais au contraire, un homme d'âge raisonnable dépassant la trentaine bien fait de sa personne. Son allure princière contribue à son charme, Julian possède le teint halé des habitants de son pays. Son visage fin agrémenté d'une ossature carrée lui confère une séduction inégalée. Sa longue crinière céleste dévale la courbure de ses reins, ses yeux cobalts ajoutent un atout supplémentaire. De suite ils se posent sur la personne de Kanon.

— Je vous présente Kanon Arès, jeune prodige en devenir, accentue Aspros sur un ton mielleux.

— Enchanté Kanon, réplique Julian avec une distinction naturelle.

Ce dernier ne sait pas vraiment quoi répondre, devant ce noble il en perd son latin. Il se dit qu'il n'arrivera pas à tenir une conversation intéressante avec lui. Non parce que cet homme ne l'est pas intéressant, mais que lui va tout gâcher. Bref, il se reprend et donne le change. Il se présente à son tour et entame une discussion avec l'héritier. Aspros en profite pour s'éclipser en faisant un clin d'œil explicite à son protégé.

Kanon offre une coupe de champagne à son interlocuteur. Pendant qu'il lui parle, il coule son regard sur les lignes de l'homme. S'il doit coucher pour réussir, il n'est pas si mal tombé. Julian doit être attirant à souhait une fois son costume enlevé. Malheureusement il se fait accaparé par d'autres invités, Kanon le laisse tranquille et part ailleurs chercher quelques autres coupes. Il navigue entre les convives et bouscule un homme, qui maronne aussitôt.

— Vous ne pouvez pas faire attention ! invective l'inconnu.

Kanon lève la tête s'apprêtant à envoyer une réplique bien sentie quand son expression se meut en un rictus de surprise.

Enfer et damnation !

Tout mais pas lui ! Lui !

Il voit son frère Saga du haut de sa splendeur le toiser avec effarement.

Saga roule des yeux et déforme sa bouche en cul-de-poule. Ses traits s'amenuisent.

— Toi ici ! Que fais-tu là ? demande sèchement l'aîné.

Son jumeau n'en revient pas de celle-ci ! Cela fait au moins plus de six mois qu'il n'a pas vu son frère, la dernière fois c'était lors d'un repas de famille qui s'est écourté.

— Et toi, je pourrais te poser la même question ! agresse le cadet. Qu'est-ce que ça peut te foutre en plus ? Je croyais que tu n'en avais plus rien à faire de mes faits et gestes ?

— Tu as raison, je m'en fiche effectivement. C'était pour parler c'est tout.

— Tu n'es pas venu avec ta femme ?

— Talia est souffrante. Elle est restée à la maison, apprend le plus âgé.

Visiblement il parait gêné, un de ses sourcils frémit puis il triture un pli de son pantalon. Ce qui traduit un état fébrile, Kanon le connaît par cœur, en ce moment son frère ment.

— Qu'a-t-elle ? insiste l'acteur.

— Cela ne te concerne pas. Bon excuse-moi mais j'ai des personnes à voir.

En partant, Saga bouscule Kanon à l'épaule, sans le regarder il s'en va comme s'ils n'avaient aucun lien qui les unissait.

Le cœur du plus jeune se resserre sur ce constat amer. Saga Arès ne détient pas le même caractère que son frère, il est beaucoup plus pondéré voire taciturne. Il travaille pour un grand magasine de renom : Point de vue du septième art, il est critique littéraire. Tous attendent ses articles avec impatience. Il tranche net et taille dans la masse quand un livre ou un film ne le convainc pas. Les professionnels redoutent ses commentaires, Saga ne fait pas dans la demi-mesure. Lui est marié avec une charmante jeune femme qu'il a rencontré à l'université. Kanon ne la voit pas souvent vu qu'il n'entretient pas de lien avec son frère. Par contre le plus âgé n'a pas encore d'enfants, personne ne sait si son désir ne s'est pas révélé ou s'il subsiste un problème au sein du couple. Les frères Arès partent chacun de leur côté contrariés.


Pour reprendre une contenance, le deuxième s'en va faire un tour sur le balcon pour calmer son tumulte. A chaque fois. A chaque fois qu'il croise Saga toujours le même constat. Il ne peut rien lui dire, les mots restent bloqués au fond de sa gorge. Il voudrait lui balancer ses reproches en pleine figure pour le faire réagir et s'alléger de sa peine, mais non. Cela reste impossible. Pourquoi, comment ? Le plus grand l'impressionne, aussi Kanon ne veut pas casser le peu de lien qu'il leur reste mais la situation ne change pas. Qu'aurait-il à perdre ? Il en est à ce triste constat en sirotant une coupe de champagne, une main dans une poche quand une voix le sort de ses réflexions.

— Vous vous êtes éclipsés sans me parler des films dans lesquels vous avez joué.

Kanon reconnaît cet accent méditerranéen même s'il ne l'a entendu que quelques minutes. L'homme s'approche à son niveau et porte son verre à la bouche. En coin l'acteur l'observe, Julian l'a rejoint sur la terrasse.

— J'avais besoin de prendre l'air, apprend le comédien.

— Je vous comprends, parfois ces mondanités me rendent ivre autant que si je buvais à perdre la raison. C'est toujours la même chose… J'aime apporter mon soutien pour de grandes causes mais les gens de la haute société imbus d'eux m'insupportent à la longue.

— Comment ça ? Vous venez bien du même milieu que tous ces gens ?

— Oui. Il n'empêche que leurs courbettes me lassent à la longue. J'aimerais avoir des relations plus réelles avec les autres. C'est pour cela que je m'engage dans des œuvres caritatives, les gens y sont plus vrais sans faux-semblants.

Kanon rit un peu moqueur.

— Croyez-vous ? Vraiment ? Je suis désolé de vous apprendre que même dans les milieux plus modestes les gens sont aussi hypocrites et intéressés.

Julian tourne son visage sur ce curieux personnage. Il l'intrigue beaucoup.

— Tout n'est qu'une question de relation de pouvoir alors ? C'est ce que vous sous-entendez Mr Arès ? demande l'héritier en souriant.

— Oui c'est exactement ça, vous pouvez m'appeler Kanon je n'ai pas de titre particulier.

— J'aime votre franchise Kanon, répond l'homme mûr d'une voix plus douce. Appelez-moi Julian j'y tiens.

Il trinque avec Kanon en plongeant son regard profond dans celui de son vis-à-vis.

— Vous savez qu'on peut lire les pensées de la personne qui se trouve en face de vous en buvant de la sorte ? questionne le noble.

— Comment ça ?

— Parfaitement, vous avez quelque chose de tourmenté… Je le vois, je vous le dis, on peut déceler les pensées les plus enfouies, en noyant son regard dans celui de son interlocuteur. Que faites-vous ici ?

— Je suis là pour… Pour mon plaisir.

— Vraiment ? Vous œuvrez également dans le caritatif ?

— Oui, exactement. J'adore aider mon prochain, ceux qui n'ont pas eu de chance dans la vie, ment le jeune intriguant.

Intérieurement, il se garde bien de dévoiler ses projets en cachant que seul son intérêt personnel l'importe. En outre, il ne va pas divulguer que cette idée vient de son crapuleux manager. Julian semble conquis par la prestance et l'assurance de Kanon, il se laisse bercer par son discours le reste de la soirée.


Dans un autre coin de la salle, nous retrouvons Shura Alarcone qui est venu en compagnie de son grand ami Aphrodite Eros. Il est là pour la galerie, détestant ce genre de mondanité il est obligé d'y participer malgré tout. Il récolte des fonds pour son futur rallye, de plus ses sponsors comptent sur lui pour les représenter. Alors il s'affaire à faire bonne figure et parle avec un peu tout le monde. Les gens ne l'ont pas oublié, sa carrière de sportif de haut niveau reste gravée dans les mémoires. C'est bien simple, à chaque fois qu'il se rend quelque part on lui rappelle cette époque. Alors notre ancien escrimeur doit ressasser encore et encore ses victoires passées. Parfois cela l'ennuie, lui aimerait tourner la page, aller de l'avant, être reconnu pour autre chose que cette étiquette de champion olympique. Aphrodite quant à lui reste égal à lui-même. Il babille et boit en déversant son acide sur les people en vogue du moment, la petite commère de Paris sévit… Attention messieurs-dames ! Il papillonne des yeux, observe les gens par-dessus son verre, fait de l'œil par ci, par là et offre une multitude de postures et mimiques hautaines et charmeuses. Aphrodite parade et quand monsieur parade c'est quelque chose.

Tout d'un coup le chroniqueur stoppe sa discussion pour alerter Shura.

— Regarde qui est là !

— Qui ? interroge Shura qui finit un petit four.

— Le grand pompeux Saga Arès… Tiens donc intéressant… Il est venu sans sa femme. Y aurait-il des problèmes dans leur couple ? Le tromperait-elle ? Elle doit s'en donner à cœur joie quand il n'est pas là…

Pour appuyer sa supposition Aphrodite ricane.

— Laisse-le tranquille tu veux. Franchement, tu n'as pas d'autre préoccupation que de t'intéresser aux histoires de couple des autres ?

— Non. Je le déteste. Il est prétentieux comme ce n'est pas permis.

— Pourquoi tant de haine ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ?

— Nous étions en prépa ensemble avec Camus… Depuis toujours il a un air intouchable, le monsieur parfait-sainte-nitouche-touche-moi-les-quand-personne-ne-le-voit.

Shura s'étouffe avec sa dernière bouchée.

— Aph' ! Enfin ! Où est-ce que tu vas chercher tes expressions ? Sans blague, tu me surprendras toujours.

Le principal intéressé met sa main devant sa bouche et glousse comme une poule contente de trouver des graines sur sa route.

— Pour en revenir à Saga, je ne peux pas le sentir, tout de lui m'énerve. Il transpire l'autosuffisance à plein nez, tout ça parce que monsieur écrit des articles pour un magasine pour les coincés des fesses… Il se prend pour un critique littéraire.

— Non mais je te contredis, il est critique littéraire…

— Tsss, Aphrodite claque de la langue. Tu veux m'énerver Shu' ? C'est ça que tu cherches ?

— Tu m'épuises, prends un petit four ça te calmera. Et ne t'occupe pas de Saga s'il t'énerve.

— Je vais aller le voir.

— Pourquoi ? Tu viens de m'avouer que tu le hais quasiment.

— Oui et bien il faut entretenir les vieilles rancunes. Sans ça elles ont tendances à devenir insipides. A toute à l'heure mon chou ! déclame l'homme volubile en clignant de l'œil et en envoyant un bisou aérien en faisant un signe de la main.

Shura l'observe s'éloigner de sa démarche honteusement chaloupée. Il l'intriguera toujours.


Aspros est ravi de vérifier que son plan fonctionne, depuis le début de la soirée Kanon reste vers Julian. Ils ont l'air de s'apprécier puisque ce dernier ne décolle pas de son protégé. Avec un peu de chance il le capturera dans les fils de sa toile.

Kanon s'évertue à charmer son prétendant. Cela sera la première fois qu'il harponnera un gros poisson de cet acabit. Jamais auparavant il ne s'est dégoté un mec aussi fortuné. Seulement il deviendra le gigolo de Julian Solo, ni plus ni moins et cela n'a pas l'air de le déranger outre mesure. A moins qu'il n'y ait pas réfléchi tout simplement. L'héritier de l'empire naval semble aux anges, plus rien ne compte que cet homme séduisant devant lui. Il occulte ses obligations pour la soirée en se consacrant à Kanon et uniquement Kanon. Notre jeune héros est sur le point de ferrer une grosse prise, qu'en fera-t-il une fois hors de l'eau ?

(suite...)