Bonjour à toutes et à tous,
Je voulais poster hier soir pour suivre mon planning de publication, seulement je suis revenue tard et fatiguée, je n'avais plus le courage de le faire. Ce qui fait que mardi je mettrais à jour une autre fanfic, ça va nettement rapprocher mes uptades tout ça u_u
Ma foi tant pis, on s'en fiche j'ai envie de dire.
J'espère que vous passerez un bon moment.
RaR :
Abella : Coucou Abella, et merci pour ta review ^^ Oh si ce n'était que deux fics… Je publie aussi mon autre UA pour le boucler.
Je suis contente vraiment que tu apprécies encore cette histoire, pour Hyõga il est jeune, entier et fleur-bleue tout de même. Pour lui, Milo incarne l'amour personnifié, il s'est fait des films tout seul. Qui ne l'a jamais fait ?
Je t'embrasse, kyss !
Kyss fra Peri.
Chapitre 10
Interludes déroutants
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L'équipe de production met encore quelques réglages au point avant de commencer le tournage, pour le moment les acteurs ne sont pas convoqués le script n'étant pas au point. Shiryu a supervisé son avancement en collaboration avec Pharaon, seulement à son insu Thanatos a ordonné à son employé d'inclure quelques scènes « trash » pour favoriser l'audimat. Ce que ne sait pas encore l'écrivain.
Quand Camus n'est pas disponible le jeune auteur reste avec Doko son manager. Etranger à la France, il n'ose pas encore s'aventurer seul dans les rues de la capitale. Les deux protagonistes passent tout leur temps ensemble la journée. Le plus âgé lui fait visiter la ville, ses endroits préférés, les bonnes adresses. Shiryu adore se perdre parmi les étalages de livres des vieilles librairies. L'odeur âcre des couvertures et des pages imprimées le transportent dans un autre monde, il y reste des heures entières. Il s'accoutume doucement à l'heure occidentale et à sa vie plus calme. Oui plus calme, fait véridique. Les nippons sont réputés pour mener des journées de vingt huit heures, ne s'arrêtant jamais, ne prenant jamais de bon temps. Les français malgré le dynamisme de rigueur demandé lorsqu'on vit à Paris, ont un rythme moins soutenu, ce qui n'est pour déplaire au garçon. Il se laisse entraîner par Doko qui endosse le rôle de grand-frère protecteur.
Le manager est aux petits soins pour son protégé, le sachant réservé et impressionné par cette nouvelle vie. Mais qui ne le serait pas à sa place ? Il n'est certes pas facile de s'imprégner d'un nouveau pays et de se familiariser avec des coutumes étrangères. S'il peut favoriser son intégration il ne dira pas non. De surcroît, il se charge de sa carrière depuis le début, faisant des allées et venues entre les deux continents, c'est tout naturellement qu'il continue ici, en France.
Depuis son arrivée Shiryu s'émancipe un peu, sa timidité et sa discrétion prédominent mais un petit quelque chose de plus émane de sa personne… Comme une sorte d'assurance naissante. Peut être qu'avec le temps et de bons conseils, il parviendra à gagner encore plus de confiance en soi. Il est sur la bonne voie puisque depuis l'incident de « la virée qui a mal tourné », il n'hésite plus à refuser les invitations de Hyõga qui revient sans cesse à la charge. Du point de vue du japonais son attitude devient lourde, il le vit comme une intrusion permanente. Shiryu au contraire apprécie le calme et le savoir vivre, s'imposer en société ne fait pas parti de son vocabulaire, ni de ses manières. En langage clair : Hyõga le gonfle prodigieusement et ce n'est rien de le dire ! Mais pondéré comme personne, le jeune prodige réfute les sollicitations avec tact et courtoisie.
OoOoO
Depuis son embauche dans ce film, Milo vit sur un petit nuage volant au dessus de la population, poussé par son ami Aiolia qui l'encourage fortement. Il ne cesse de lui répéter que sa vie prend une tournure différente alors le jeune acteur se prend à rêver à un avenir meilleur. Milo renferme un côté songeur, idéaliste en somme mais s'oppose à cela un autre plus terre-à-terre dû à son passé. En effet pour pourvoir à ses besoins il travaille depuis son plus jeune âge, donc il a le sens des valeurs c'est pour cela qu'il essaie de se raisonner et de ne pas s'emballer. Si ce film fait un bide, sa vie redeviendra comme avant.
Assis devant sa table de cuisine, le jeune homme trainasse. Il baille aux corneilles, sa main soutenant son menton, d'ailleurs il semblerait que sa nuit ne soit pas terminée puisque toutes les trente secondes sa tête penche de côté. Il est réveillé par l'entrée de son meilleur ami qui sort juste de la salle de bain. Aiolia prend juste un pain au chocolat du sachet de viennoiserie et l'enfourne dans sa bouche tout en baragouinant.
— Mais qu'est-ce que tu fous encore là ? Tu ne devais pas te présenter à la maison de prod pour signer ton contrat ?
Milo se redresse – et se réveille par la même occasion – tout en papillonnant des yeux.
— Euh…
— Aller du nerf ! Je crois bien que tu es en retard Milo ! Bouge-toi ! Kardia va te passer une de ces ramonées…
— Et merde ! Tu as raison je suis à la bourre ! Il est quelle heure Lia' ?
L'étudiant tourne sa tête pour regarder l'horloge fixée au mur de la cuisine.
— Neuf heures Milo… Tu devais y être pour quelle heure au juste ?
— Aaah ! Non ! Déconne pas ?
— Bah si désolé…
Le jeune étourdi se lève précipitamment, met les miettes de pain par terre, file dans sa chambre pour s'habiller à la hâte. De loin son ami entend.
— Je devais y être pour huit heures ! Kardia va me tuer !
Pendant ce temps, Aiolia se bidonne dans la cuisine, il s'étouffe avec sa chocolatine. Quelques minutes plus tard il voit passer en trombe une tornade bleue dévalant le salon. Bam ! Milo part en claquant la porte et en oubliant de prendre sa veste ainsi que son portefeuille.
Pus d'une heure trente après sa mésaventure, Milo rentre enfin dans les bureaux de Pandémonium Entertainment. Passons sur son épisode mouvementé, il a dû retourner chez lui pour fouiller son logement de fond en comble, trouver un taxi, se payer les bouchons et enfin arriver à destination. Inutile de préciser que Kardia le bien nommé, l'a appelé moultes fois sur son portable en lui laissant des messages corsés… Même Thanatos Tulcán a essayé de lui téléphoner. Notre héros n'en mène pas large devant les secrétaires qui font barrage. Il est plus de dix heures et demie, quand l'une d'elle avertit Mr Elis de la présence du jeune homme. Maintenant c'est à lui de poireauter dans la salle d'attente près du hall. Hadès est visiblement vexé du demi-lapin, ça va barder pour le matricule de Milo…
Au bout d'interminables minutes d'expectation, un assistant vient à l'encontre de l'acteur pour l'emmener dans les hauteurs de la tour infernale voir « le patron ». D'habitude insouciant, Milo se recroqueville dans ses souliers parce que la mine de déterré que tire Mr Elis ne présage rien de glorieux. Assis dans son fauteuil en cuir, Hadès scrute le retardataire d'un œil menaçant, la mâchoire crispée. D'emblée, à peine la porte refermée il aboie en se redressant de sa chaise.
— C'est à cette heure-ci que vous nous faites l'honneur de venir ? Mr Mólis nous accorde le privilège de sa divine personne ! Enfin, il était temps. Nous n'avons attendu que trois heures, rien de grave donc. Vous croyez que je n'ai que ça à faire de mon temps ?
Le directeur ne laisse pas la parole à son interlocuteur, il déclame son discours sans fin à une vitesse folle. Milo se contente d'ouvrir la bouche, de la refermer puis de la rouvrir mais les sons n'ont pas le temps de sortir que le brun pique sans cesse de son ton acide.
— J'ai des obligations aussi je vous signale cher Mr Mólis. Des personnes haut placées comptent sur moi, mon planning est overbooké et vous, vous me retardez sur mes horaires. Vous osez me faire attendre. Vous êtes irresponsable ma parole, sortez d'ici ! Oust ! Foutez le camp de mon bureau ! C'est trop tard pour aujourd'hui, vous repasserez quand je l'aurai décidé, sur ce hors de ma vue.
Milo vient de se prendre une soufflante dans les règles de l'art sans avoir pu se défendre. Il reste abasourdi par ce qui vient de se passer. Ne réalisant pas, il fait le pied de grue dans le bureau quand Hadès sonne à l'interphone pour appeler un gros gorille qui entre avec fracas. Ce dernier soulève le jeune homme de terre en le faisant décoller, puis le porte comme ça dans tout le couloir arrivé devant l'ascenseur le mastodonte lance notre héros comme un vulgaire sac poubelle dans la cage. Les portes se referment sur le visage ahuri du comédien.
Il n'en revient pas de celle-là ! Oui bon d'accord, il reconnaît volontiers qu'il a un peu abusé. Mais ce n'est pas une raison pour le traiter comme un mal propre. Lui non plus n'a pas que ça à faire de retourner tous les deux jours au siège de Pandémonium pour un foutu contrat à la con ! Non d'une pipe en bois. Il se demande dans quel drap il s'est mis. Tout ça pour un film nian-nian traitant d'histoire. Quelle mascarade ! Jamais il ne prendra des pincettes avec tous les ronds-de-cuir que représentent la profession. Et puis quoi encore ? Vendre son âme au diable ? Si Milo a envie d'envoyer balader ce pince-sans-rire il le fera sans hésiter, quitte à se faire griller par la suite. Tel est le caractère buté et têtu du jeune homme, il ne pratique pas la demie mesure. Il fulmine tout seul dans la cage d'acier quand la sonnette l'avertit que son voyage se termine. Les portes s'ouvrent, il sort furibond de là dedans et part d'un pas énergique hors des locaux. Il ne voit pas le groupe d'hommes qui parlent en bas, il fonce dans le tas et percute deux d'entre eux assez durement. Il va pour continuer sa route quand il entend une voix arctique l'interpeller.
— Pour qui vous prenez-vous ? Vous ne pouvez pas faire attention, non ? cingle Camus.
Sa voix claque dans l'air tel un fouet, ce qui glace instantanément le sang de son vis-à-vis.
— Oh ça va, ça va ! Je ne l'ai pas fait exprès, rétorque Milo sèchement. Vous n'êtes pas fait en sucre que je sache ? Vous n'allez donc pas mourir pour une petite bousculade.
— Mais vous en avez un de ces toupets. Vous pourriez au moins avoir l'obligeance de vous excuser… Et bien, nous attendons.
Milo s'avance vers son agresseur verbal, sa bouche se pare d'une grimace de contrariété.
— Non mais quoi ? C'est quoi tout ce cinéma là ? Pour une petite poussée… Vous faites un scandale pour ça ? Et si je fais ça, vous allez vous mettre à pleurnicher ? demande l'acteur en poussant Camus en guise de provocation.
Ce dernier défroisse les plis de son veston en baissant la tête, Milo jubile, il pense l'avoir mouché quand l'éditeur relève la tête et vient se coller à quelques millimètres seulement de son visage. Il accroche son regard limpide dans les prunelles expressives du comédien. Ils se touchent presque, les souffles se marient l'un à l'autre. Le petit effronté sent les expirations tièdes de son interlocuteur marteler ses joues ainsi que sa bouche. La colère monte, il ne pensait pas que l'autre répliquerait aussi vivement. De son côté, Camus n'a pas l'habitude de répondre de cette manière emportée, mais il ne veut pas perdre la face devant son protégé. En outre, il possède des valeurs auxquelles il accorde toute son importance, la bienséance prend une place primordiale dans les règles de savoir vivre. Et cet homme ne les connaît pas, vraisemblablement. Le noble ne tolère pas l'impolitesse, il veut des excuses et ce maintenant. Une partie de son rigorisme vient de s'effriter.
— Je ne devrais même pas avoir à vous le demander… Si vous étiez poli, ce qui m'étonne fortement, vous vous seriez déjà excusé auprès de nous.
— Mais vous me gonfler avec ça à la fin ! s'emporte Milo. Puisque je vous dis que je ne l'ai pas fait exprès. On ne va pas en faire tout un plat c'est bon !
— Vous aller nous présenter des excuses immédiatement, est-ce compris ?
Les deux hommes se défient du regard, Milo prend une expression hargneuse prêt à cogner à tout moment, tandis que Camus le dévisage impudemment. C'est Shiryu qui vient au secours de son éditeur en posant une main sur son bras pour attirer son attention. Il clame placidement.
— Camus ne te fâche pas, c'est Mr Mólis, l'acteur principal que nous avons choisi pour interpréter le rôle de Dov… Tu ne le reconnais pas ?
Il ne laisse pas le temps à son pygmalion de répondre qu'il enchaîne en s'adressant au second personnage.
— Bonjour Mr Mólis, vous aussi vous venez pour régler les détails des contrats ?
— Euh… Je… Ne comprends pas tout là, s'interroge Milo.
— C'est Mr Inagaki, l'écrivain du roman qui va être interprété au cinéma, apprend Camus froidement. Le film dans lequel vous allez jouer par quel miracle ça je ne pourrais le dire… J'espère que vous ferez preuve de plus de courtoisie sur le plateau, sans ça, notre collaboration risque de partir sur de mauvaises bases.
Milo examine l'air indéchiffrable de ce pingouin qui le prend de haut. Son regard dévie sur le jeune garçon à ses côtés, Shiryu. Il se ravise et prend une mine plus enjouée.
— Ravi de vous rencontrez Mr Inagaki, déclame Milo en lui serrant la main. Je suis pressé de commencer le tournage.
Il se retourne vers l'autre personnage et se pare instantanément de son air fermé.
— Je suis désolé si je vous ai bousculé mais ce n'était pas mon intention, et pour votre gouverne « monsieur je sais tout », sachez que je ne suis pas malpoli. Je vous prierais de ne pas me parler sur ce ton là, je ne suis pas votre chien. Votre air condescendant vous pouvez vous le mettre où je pense avec force et fracas.
Camus s'apprête à répondre, que l'impudent se dirige vers la sortie d'un pas digne, il se retourne pour lancer un clin d'œil à Shiryu en lui faisant un signe de la main.
— Bonne journée Mr Inagaki, à bientôt !
Puis oublie somptueusement l'éditeur qui fulmine silencieusement.
— Shiryu… dit l'homme de lettre.
— Quoi ?
— Je ne sais pas si finalement c'était une bonne idée de l'engager…
— Pourquoi dis-tu une chose pareille Camus ?
— Bien, parce qu'il me semble rustre et que la collaboration avec un individu pareil me semble ardue d'avance. Je sens que nous allons en voir des vertes et des pas mûres.
Doko frappe un grand coup dans le dos de l'éditeur qui part en avant et se prend d'une quinte de toux.
— Mais non ! Tu es bien trop pessimiste, je te l'ai déjà dit… Décontracte-toi, nous verrons par la suite.
Non convaincu par cet argument somme tout vaseux, Camus se tait et consent à attendre la suite des évènements.
Tout en marchant et mâchant un chewing-gum, Milo se pose des questions. Cette brève entrevue avec le staff de Shiryu le rend indécis. Etait-ce une bonne idée de se présenter à ce casting ? Aura-t-il sa place parmi ces gens coincés ? Il n'est pas convaincu que son manager ait eu l'idée du siècle… S'il doit se coltiner ce collé monté chaque jour pendant six mois, il va faire un meurtre. Rectification : un double meurtre. Il a oublié d'associer le réalisateur insupportable au tableau.
Malheureusement pour Milo, il ne sait pas encore que son ennemi juré participera aussi au projet et qu'en prime il aura le privilège de lui donner la réplique… En effet, comme le craint Camus, cela risque de provoquer des situations explosives.
Le comédien s'ébouriffe les cheveux, à trop réfléchir il va finir par renoncer. Hors de question, ses amis sont derrière lui pour l'encourager. Il ne peut pas décevoir Aiolia et Kardia, ils misent gros sur lui. Tous leurs espoirs, il ne peut plus reculer. Il va lui falloir une haute dose de self-control pour supporter ces deux hommes imbus d'eux même. Pourvu qu'il n'y en ait pas d'autres ! Se dit l'acteur.
OoOoO
Propriété de Shura
Ce samedi soir, l'ancien athlète reçoit ses amis à dîner. Aphrodite est déjà présent, il fait office de « chef des travaux finis ». C'est-à-dire qu'il chapeaute toute l'organisation du repas sans mettre la main à la pâte. Shura fait la cuisine sous la surveillance – et les babillages – de son ami qui lui n'est d'aucune utilité. Il est obligé de le pousser parce qu'il le gêne entre les fourneaux et les casseroles. Aphrodite goûte à tout en s'extasiant sur le talent culinaire de son ami. Ensuite, l'espagnol s'affaire à mettre en place la table en la décorant de manière raffinée sans l'aide de son invité. Ce dernier le suit à la trace entre les chaises en le saoulant de paroles superflues. Shura n'aime pas être déconcentré quand il est occupé à une tâche quelle qu'elle soit. Il met la touche finale à la dernière place et souffle un bon coup. Aphrodite se tient à côté de lui en papotant gaiement.
Il ne va quand même pas le suivre sous la douche tout de même ?
Shura prend congé momentanément de son convive pour aller se préparer. Quand il redescend au bout d'une demie heure, il voit le bleuté tranquillement installé au milieu de son canapé en train de fouiner dans ses revues. La porte d'entrée sonne mais il ne se lève pas. Consterné, l'hôte de la maison le regarde en levant les bras au ciel.
— Aphro ! Aphro eh oh !
— Quoi !? répond le bleuté en baissant son magasine et en roulant des yeux.
— Tu n'entends pas qu'on sonne à la porte ? Ca ne te viendrait pas à l'idée d'aller ouvrir ?
Le concerné en question fait la moue et le regarde placidement.
— Ce n'est pas à moi d'aller répondre tout de même. Je ne suis pas chez moi.
Shura souffle et va ouvrir puisque personne ne daigne se bouger ici à part lui.
Camus ainsi que son frère et Shiryu entrent tour à tour. Les banalités d'usage se font, l'échange de présent également. L'éditeur a emmené une bonne bouteille de vin pour son ami. Les gens se disent bonjour et prennent place sur le divan vers Aphrodite.
Shura s'apprête à servir Hyõga quand son aîné place sa main au dessus de son verre en informant.
— Pas pour lui merci.
— Eh mais Camus ! récrimine le blondinet en tournant sa tête. Je ne suis plus un gamin, j'ai le droit de boire de l'alcool je te ferais dire !
Sans même le regarder le noble répond.
— Oui mais après tu t'épanches auprès de n'importe qui et d'ailleurs quand tu bois trop tu fais n'importe quoi. Je n'ai pas envie que tu me mettes dans l'embarras devant mes amis. Tu n'es pas avec tes copains de boisson ici.
— Tu exagères enfin ! Tu veux diriger ma vie constamment, j'en ai ma claque ! Laisse-moi respirer.
— Je te laisserais ʺrespirerʺ comme tu dis, quand tu prendras du plomb dans la cervelle et que tu feras quelque chose de constructif de tes journées. En attendant ne discute pas.
Aphrodite met sa main devant sa bouche mais ce geste ne l'empêche pas de rire comme un bossu. Shura tique et lui envoie un regard noir histoire de lui dire de ne pas en rajouter. Le résultat final est que le jeune homme boude comme un petit enfant puni. Tout en portant élégamment son verre à sa bouche – serviette de table sous le verre – Camus entretient le conflit.
— Tu devrais prendre exemple sur Shiryu. C'est un jeune homme respectueux des valeurs, surtout qu'il travaille d'arrache-pied continuellement. Surtout, lui ne se plaint jamais.
L'écrivain baisse la tête, les mains jointes sur ses cuisses en rougissant.
— Merci Camus mais inutile de faire autant d'éloges sur moi… Je ne fais que ce que j'aime, c'est tout.
— Tu es bien trop modeste Shiryu. Encore une qualité que j'apprécie grandement chez toi. Les auteurs imbus de leurs petites personnes ne font pas long feu crois-moi. Le public sait déceler les traits de caractère d'un écrivain. Il est très important de ne jamais sous-estimer tes lecteurs, ce sont eux qui te font vivre.
Aphrodite interrompt cette merveilleuse dissertation en baillant bruyamment.
— Que tu es ennuyeux des fois mon petit Camus ! Bon ce n'est pas le tout mais si on se mettait à table ? Moi j'ai faim, je meurs d'envie de goûter à ta Fideua (1) mon Shu' !
Shu' en question lève les yeux au ciel devant la désinvolture de son précieux ami, tous le connaisse à force. Dès que la conversation ne se dirige pas sur sa petite personne, monsieur s'ennuie… Donc monsieur accapare et monopolise la conversation. Aphrodite se dirige en tête de cortège devant les autres invités en discourant sur des sujets hautement importants : c'est-à-dire lui-même.
Une fois assis à table, le maître de maison sert tout le monde. Hyõga discute avec le bleuté tandis que Camus entame la conversation avec son ami et Shiryu. Le repas se déroule normalement. L'ancien athlète fait preuve d'une rigueur hors norme autant dans son travail que dans sa vie privée. Même s'il ne participe plus aux compétitions, il garde le goût de l'effort, le goût de la sueur, s'obligeant à pratiquer ses exercices tous les jours pour maintenir sa forme. En dialoguant et en observant le jeune écrivain, l'espagnol s'aperçoit qu'il détient le même trait de caractère que lui, chose qu'il apprécie grandement. A l'opposé, Hyõga le saoule à la longue mais il ne dit rien puisque la bienséance le contraint à se taire – surtout par amitié envers Camus. Au fur et à mesure de la soirée, Shura semble de plus en plus intéressé par la vie de ce jeune homme fraichement débarqué sur le sol français. Sa vie le passionne comme qui dirait… Shura aime voyager, d'ailleurs c'est ce qu'il a fait durant sa carrière, alors de voir une autre personne s'exiler loin de son pays pour percer l'intrigue. Ou plus exactement le conforte dans son idéologie de labeur. Travail et mérite il n'y a que ça de vrai dans la vie ! Ce n'est pas Camus qui clamera le contraire. Bref, Shura s'interroge et sonde de plus en plus Shiryu qui sent peser sur sa personne un regard inquisiteur, lourd et perçant.
Quand il lève la tête, il voit diriger sur lui deux obsidiennes impénétrables qui le déshabillent littéralement. Tenir la joute visuelle avec l'espagnol relève de l'exploit. C'est machinalement que Shiryu baisse la tête toutes les cinq minutes en se sentant de plus en plus mal à l'aise. Le dîner semble durer depuis une éternité et encore le visage impassible de Shura le scrute sous toutes les coutures.
Shura est peu loquace d'ordinaire et ne s'intéresse que fort peu aux gens. Il a ses coudes posés sur la table, mains jointes soutenant son menton. Tout en adoptant cette posture attentive il demande à son invité.
— Tu te plais en France Shiryu ?
— Oui… Oui je commence à prendre mes marques doucement. Il faut dire que Camus et Doko m'aident beaucoup. Seul, je serais perdu ici.
Le vide. L'hôte ne poursuit pas, laisse planer un silence envahissant. Ses paroles sont mesurées, réfléchies, il ne parle pas pour ne rien dire comme un certain chroniqueur que nous ne nommerons pas.
— Ta famille et tes amis ne te manquent pas trop ? reprend l'homme rigide.
Shiryu a un petit sursaut en entendant de nouveau cet accent suave et dur. Dur de par la sévérité qui émane de son propriétaire et chaud de par les syllabes qui sont roulées, enveloppant chaque intonation et chaque mot. Ils dansent dans la bouche du méditerranéen. Cette musique presque chantante donne des frissons au jeune garçon. Sans se l'expliquer, dès que Shura lui parle, le premier sent le sol se dérober sous ses pieds. Il peine à répondre.
— A vrai dire si énormément. J'ai laissé tous les gens que j'aime au Japon, ils me manquent.
— C'est courageux à ton âge de partir pour ton avenir. C'est très louable. Peu de monde en ferait autant.
A cet énoncé, le japonais relève instantanément la tête. Les paroles concises mais franches de cet homme le rassurent sans qu'il ne sache pourquoi. En même temps il se sent mal à l'aise en sa présence.
— Merci mais je ne fais rien d'exceptionnel… Enfin je pense…
La discussion s'arrête net mais le sportif ne détache pas ses yeux du visage gêné de son invité. Personne ne devine ses pensées, il reste une énigme même pour ses proches. La soirée se poursuit et se termine dans la bonne humeur même si elle n'est pas débordante du point de vue de certains invités.
Depuis que Shiryu se retrouve catapulté en France, son éditeur l'a pris sous son aile, ne le laissant pas seul. En outre, il ne connaît personne sur place cela ne doit pas être évident à gérer tous les jours. Camus l'emmène pratiquement partout où il va, c'est donc tout naturellement qu'il l'incorpore à son groupe d'ami – accompagné de son charmant frère. Cela présente l'avantage au jeune garçon d'éviter de cogiter sur sa fiancée laissée au pays. Ces jours-ci Shunrei lui manque de plus en plus, seulement il ne s'octroie pas le droit de dériver sur des sentiments négatifs. Il se concentre sur son roman et sa future carrière en occident. Il aura bien le temps de retrouver sa promise une fois le film bouclé.
La soirée se termine, en jeune homme bien éduqué Shiryu propose à leur hôte de l'aider à débarrasser. Notons que Hyõga et Aphrodite se sont carapatés sous la véranda pour prendre le frais – et par conséquent échapper à la corvée – et que Camus téléphone plus loin, dans le salon. Seuls pour effectuer cette tâche ingrate, les deux protagonistes s'activent en silence. Le bruit de la vaisselle qu'on cogne leur tient compagnie. Une fois les assiettes déposées dans l'évier Shiryu s'apprête à faire couler l'eau quand Shura pose sa main sur celle du jeune homme pour l'en empêcher.
— Que fais-tu ?
Le japonais regarde cette main l'emprisonnant fermement. L'homme possède une poigne de fer malgré tout. Cette dureté conjuguée à cette austérité procure un mélange déconcertant. Shiryu ne cesse d'être troublé en sa présence.
— J'allais t'aider à faire la vaisselle…
— Pas la peine. Tu es mon invité ce n'est pas à toi de tout ranger. Tu m'as déjà bien aidé, je te remercie. Laisse, je ferais ça demain, va rejoindre les autres au salon. J'apporte les cafés.
Cet ordre déguisé en suggestion n'admet aucun refus, alors le jeune garçon obtempère ne souhaitant pas défier son vis-à-vis. Un peu chamboulé par cet entretien, Shiryu retrouve les autres au salon. Cette soirée est on ne peu plus étrange. Quel drôle d'ami possède là Camus, se dit l'écrivain, il ne sait quoi en penser à vrai dire.
De retour dans son hôtel, le vide fait écho à la solitude de Shiryu. En fait, ce n'est pas si mal que ça d'être entouré de Camus et de ses proches. Même si cela inclus son frère intrusif et cet homme mystérieux. Machinalement, il regarde son écran de téléphone : un message de sa petite amie actuelle. Il se précipite pour le lire et lui répondre instantanément. En regardant par la fenêtre de sa suite, Shiryu s'espère à la revoir dans peu de temps. Plus l'éloignement se fait sentir et plus son cœur se serre, il a peur qu'elle l'oublie au fil des saisons. Pourvu que Shunrei l'attende. Oui, pourvu.
(suite...)
Lexique :
(1) spécialité culinaire espagnole à base de vermicelles cuits dans un bouillon de poisson pouvant être agrémenté de morceaux de calamars ou de seiches.
