Hello! Encore un chapitre rien que pour vous.
Les choses progressent, doucement et sûrement et Kyoko s'apprête à franchir un pas décisif dans sa vie.
Hortensea: Merci pour ton comm, il me fait vraiment plaisir, et me remonte le moral. Je suis contente que ça te plaise toujours.
Pour Gin, il devrait se faire attendre encore un peu, un ou deux chapitre je pense, mais pas plus. Son arrivé sera la cause de quelques troubles, mais je n'en dis pas plus.
Bonne lecture. ^^
Chapitre 4:
His lies.
J'ai vécue mon entrée à l'académie comme une délivrance. C'était vrai que ma famille m'y avait envoyée pour se débarrasser de moi, certaine qu'une fois entre ses murs je ne serais plus leur problème. Ils avaient raison, l'académie se chargeant de pourvoir aux besoins de ses étudiants je n'avais soudain plus besoin d'eux. Et la division qui m'enrôlerait à ma sortie prendrait le relais. Si bien qu'une fois entrée, ils pouvaient définitivement oublier mon existence.
Je ne leur en voulais pas, cependant, je crois qu'il n'y avait plus en moi assez d'intérêt pour ces gens pour éprouver le moindre sentiments bon ou mauvais envers eux. Mais je compris rapidement que c'était réciproque. Ils étaient débarrassés de moi et moi d'eux. Pour la première fois de ma vie je n'avais pas sans cesse quelqu'un derrière moi pour me reprocher d'exister. Pour la première fois je pouvais être moi même, vivre, m'amuser, et rire sans qu'on vienne me le reprocher.
Mais chaque médaille à son revers. Les rumeurs de ma "malédiction" m'avaient précédées et les autres élèves de mon année semblaient se méfier de moi. Mais ça n'avait pas d'importance, ils pouvaient penser ce qu'ils voulaient ça n'allait pas m'empêcher de vivre. Car pour la première fois de ma vie j'avais un but à atteindre. Je devais prouver que j'existais, que je méritait d'être là, que je pouvais devenir un shinigami comme les autres. Et ça me plaisait. Pour la première fois de ma vie je me sentait vivante, en paix. Pour la première fois, j'étais libre.
Enfin, je le pensais.
Kyoko les passa les quinze années suivantes à apprendre ce qui lui était indispensable à l'ombre calme et patiente de son père. N'ayant pas remis les pieds à l'école, elle avait pris du retard par rapport aux autres enfants de son âge, mais Sôsuke ne s'en souciait pas. Il ne voulait pas la brusquer. Ils avaient tout leurs temps, il voulait que Kyoko se développe à son rythme sans être entravée par quoi que ce soit. Ça ne concernait pas uniquement son éducation de base d'ailleurs, car Sôsuke la laissait de plus en plus souvent se mêler aux shinigami de la division. Il n'était pas rare de la voir dans un coin de la salle quand il entraînait les troupes. Elle semblait d'ailleurs particulièrement intéressée par le maniement du sabre et fit l'un de ses rares caprices en réclamant un bokken pour imiter les recrues dans leurs mouvements. Le kido lui passait un peu par dessus la tête mais elle appréciait les effets visuels des sorts et les applaudissait toujours vivement, ce qui semblait flatter les plus jeunes shinigami. Hirako les observait de loin sans faire la moindre remarque, mais il était évident qu'il pensait que la gamine n'avait pas sa place à traîner dans les couloirs et les salles d'entraînement.
La patience et l'indulgence que Sôsuke accordait à sa fille portèrent rapidement leurs fruits, car, si Kyoko était en retard dans ses apprentissages de base, elle ne tarda pas à se montrer précoce dans d'autres domaines. Son reiatsu s'affirmait de semaine en semaine et son père se rendit rapidement compte qu'il faudrait probablement l'envoyer à l'académie plus tôt qu'il l'avait prévu. Elle n'était pas fille pour rien après tout. Pendant un moment, il craignit que l'énergie de Kyoko n'attire l'attention du Chuô et de ses sbires. Il craignait par dessus tout qu'il ne soit si semblable au sien que quelqu'un finisse par comprendre le lien les unissant réellement. Mais le reiatsu de Kyoko s'avéra d'abord ressembler à celui de sa mère: doux et bienveillant, on l'aurait presque jugé incapable de pouvoir blesser quelqu'un avec un reiatsu de ce type. C'était mal connaître la fillette. L'épisode de l'école avait fait comprendre quelque chose à Sôsuke: Kyoko était une enfant charmante et calme mais poussée par la colère ou la haine: elle pouvait devenir aussi froide et cruelle que lui. Après tout, on disait bien que la pomme ne tombe jamais loin de l'arbre!
Le premier à mettre les pieds dans le plat fut Hirako. Alors qu'il supervisait un entraînement dirigé par son vice-capitaine, il remarqua Kyoko dans un coin de la pièce. Bokken en main, elle imitait les mouvements des jeunes shinigami l'entourant. Il fut surpris de constater que sa posture était excellente et ses mouvements maîtrisés, ce qui le laissa abasourdi un moment. Bien que vivant dans sa caserne depuis sa naissance, il n'avait jamais réellement prêté attention à la gamine. Elle faisait parti du décors, rien de plus. Il fut presque surpris de constater à quel point elle avait changé. La fillette pleurnicharde et peureuse qu'Aizen avait pris sous son aile semblait avoir disparue. Bien qu'ayant pas loin d'une vingtaine d'années à présent, Kyoko en parasitait dix ou onze, ce qui, somme toute était normal pour une âme. Ses performance, en revanche, n'avaient rien à envier aux recrues l'entourant. Ce n'était pas si étonnant, considérant qu'elle observait ces exercices depuis de longues années. Sans qu'il sache pourquoi une inquiétude sourde naquit dans son cœur.
Ce n'est que plus tard dans la journée, une fois les exercices terminés qu'il lança le sujet en prenant soin de garder une allure et un ton désinvolte, comme si l'idée lui était venue comme ça et qu'elle n'avait pas tant d'importance dans le fond.
– Sôsuke, tu as déjà envisagé d'envoyer Kyoko à l'académie?
Son vice-capitaine ne répondit pas immédiatement, que ce soit à cause de la surprise ou de la contrariété, Hirako n'aurait pu le dire.
– Oui, répondit le châtain à mi-voix comme s'il réfléchissait. Mais … je ne suis pas sûr de vouloir l'y envoyer.
Hirako lui lança un regard par dessus son épaule et vit qu'il regardait par terre d'un air troublé.
– Après ce qui est arrivé à Tsukishima … Je ne sais pas si je veux que ma pupille devienne une shinigami et mette sa vie en danger.
En réalité, Sôsuke savait déjà parfaitement que Kyoko irait à l'académie, bien que les arguments qu'il ait adressé à son capitaine n'aient rien de mensongers, pour une fois. La jeune fille avait elle-même évoquer le sujet plus d'une fois et demandait régulièrement à quel âge on pouvait entrer à l'académie. Sôsuke avait temporisé en lui disant qu'elle était encore trop jeune et qu'il faudrait attendre encore un peu. Mais il savait. Il savait que sa fille suivrait les traces de ses parents, elle irait à l'académie et elle deviendrait une shinigami. Ce qu'il ignorait encore, c'était le rôle qu'elle accepterait de jouer dans ses plans.
– Ce n'est encore qu'une enfant, conclut-il. J'aimerai qu'elle le reste aussi longtemps que possible. Elle aura tout le temps de découvrir la réalité plus tard.
– Tu en es encore avec cette chimère, renifla Hirako, irrité.
– C'est si mal que ça de vouloir la protéger?
Le capitaine tourna la tête pour regarder devant lui.
– Non, évidemment. Mais nier la réalité ne la conduira nulle part.
– Si je peux me permettre, capitaine, quel âge aviez-vous quand vous avez compris?
– Je l'ai toujours su. Ceux qui vivent au Rukongai n'ont pas le loisir de se voiler la face. Les hollow ne se gênent pas pour attaquer dans chacun des districts. Pas comme ici.
Sôsuke laissa passer un instant avant de répondre:
– Vous avez raison, admit-il. Pourtant …
Il laissa sa phrase en suspend. Il savait parfaitement que son supérieur comprenait ce qu'il voulait dire. Hirako laissa échapper un grognement avant d'ouvrir la porte du bureau sans rien ajouter.
La discussion en resta là, Hirako n'insista pas d'avantage, pourtant Sôsuke ne tarda pas à se rendre compte que le blond observait Kyoko. Il aurait certainement dû se réjouir que la surveillance dont il était l'objet de la part de son capitaine se relâchait mais ce fut le contraire. Ça l'agaça. Il n'aimait pas le soudain intérêt de Hirako pour sa fille et il n'aimait pas que ce dernier s'approche trop près d'elle. Kyoko ne s'était jamais débarrassée de la méfiance que le blond lui inspirait mais avec les années, elle avait appris à la cacher derrière sa politesse et sa douceur apparente, exactement comme son père le faisait. Il savait que la gamine ne se laisserait pas embobiner par le blond mais il enrageait de ne pas savoir ce que Hirako avait derrière la tête.
Il ne se passa rien durant les années suivantes et ce ne fut pas avant que Kyoko ait l'apparence d'une jeune adolescente de douze ou treize ans que Sôsuke fut à nouveau confronté à cette discussion. Mais ce ne fut pas Hirako qui amena le sujet, ce fut un autre capitaine qui semblait avoir gardé en silence un œil sur la fillette durant toute ces années.
La large esplanade était pratiquement déserte. Autour d'eux, seule une poignée de shinigami silencieux rendaient hommages à leurs camarades disparus. Sôsuke ne faisait pas attention à eux. Son regard ne quittait pas la flamme bleu qui dansait dans doucement à l'abri d'une lanterne de pierre portant le nom d'Eiko. Le long mur percé de niches abritait des centaines de ces lanternes, toutes semblables, toutes dédiées à la mémoire d'un shinigami tombé au combat. Les flammes bleue plongeaient les lieux dans une ambiance étrange, froide, fantomatique, solennelle.
Il n'aimait pas venir ici mais ça faisait vingt ans exactement que Eiko leur avait été arrachée et à cette date, père et fille prenaient un peu de temps pour honorer la mémoire de la disparue. Les petits doigts d'Eiko serraient les siens comme si sa vie en dépendait tandis qu'elle déposait près de la lanterne un dessin qu'elle avait fait pour sa mère. Bien qu'elle ne lui en ait jamais parlé clairement, Sôsuke avait compris que la fillette craignait qu'il disparaisse un jour et la laisse seule, tout comme sa mère. Tout ce qu'il pouvait faire pour la rassurer était de serrer sa main dans la sienne et la baigner dans l'aura rassurante de son reiatsu.
Ils n'échangèrent pas un mot. Ils ne parlaient jamais quand ils venaient. Ils n'en avaient pas besoin. Chacun savait parfaitement ce qu'éprouvait l'autre et le comprenait sans mal. Certains avaient besoin de hurler ou de parler pour faire leur deuil mais pas eux. Leur douleur n'appartenait qu'à eux. Les autres n'avaient pas à s'en mêler.
Une fois qu'ils eurent fini de rendre hommage à Eiko, ils quittèrent le sanctuaire pour regagner la cinquième division. Ils n'étaient pas pressés. Sôsuke n'était pas de service. Ils feraient certainement un détour par le jardin du Lac Serein qui servait de limite entre le district placé sous la juridiction de la cinquième division et celui placé sous celle de la sixième. Kyoko adorait regarder les carpe koi nager autant que de leur lancer des morceaux de pain pour les voir se jeter dessus comme autant de petit éclairs colorés. Le jardin était une halte presque obligatoire à leur retour du sanctuaire. Ça leur permettait d'évacuer leurs émotions et de laisser la tristesse derrière afin d'affronter à nouveau l'activité bourdonnante de la cinquième division.
Ce jour-là, cependant, le destin sembla en décider autrement. Avant même d'arriver devant le jardin, il tombèrent nez à nez avec le capitaine Ukitake qui quittait les terrains de la sixième division. Comme Sôsuke, il avait laissé son shihakusho au placard et portait un kimono civil. Un immense sourire éclaira son visage dès qu'il les vit.
– Bonjour Sôsuke-kun, Kyoko-chan.
– Capitaine Ukitake, salua Sôsuke.
Kyoko adressa un joyeux sourire, visiblement contente de le voir, comme à chaque fois.
– Je t'en pris, Sôsuke-kun. Nous ne somme en service ni l'un ni l'autre, appelle moi Jûshirô.
– Je ne sais pas si c'est très judicieux, capitaine.
Ukitake balaya les objections du plus jeune shinigami d'un geste de la main.
– Ne dis pas de bêtises, si je te demande c'est que ça ne pose pas de problème.
Sôsuke sembla hésiter.
– Je vais essayer.
Il n'en fallut pas plus pour que le sourire de Ukitake ne s'élargisse d'avantage.
– Que faites-vous dehors par ce temps? Demanda-t-il un instant.
Kyoko leva les yeux vers le ciel gris et menaçant, laissant son père répondre pour elle.
– Nous revenons du sanctuaire.
Il n'eut pas besoin d'en dire plus, à l'air de tristesse qui voila soudain les traits délicats de son interlocuteur, il sut que le capitaine avait compris à quoi il faisait allusion.
– C'est vrai, c'est aujourd'hui, fit-il en détournant le regard pour suivre la course d'une feuille morte ballottée par le vent. Ça fait vingt ans déjà, pourtant j'ai l'impression que c'était hier.
– Vous voulez dire que vous vous souvenez du jour où Tsukishima-chan nous a quitté?
Le regard sombre de Ukitake se fixa à nouveau sur Sôsuke.
– J'essaie de me souvenir de chacun de mes hommes disparus en service ou non, murmura-t-il un air de profonde tristesse dans les yeux. Mais il y en a eu tellement. Parfois, je me rends compte que je ne me souviens même plus de leur visage et ça m'horrifie. Je ne veux pas que leur passage dans ma division, si bref fut-il, se résume simplement à un nom gravé sur une pierre. Les membres de ma division ne peuvent pas se souvenir de tous leurs camarades disparus, surtout ceux qu'ils n'ont jamais connu. En tant que capitaine, c'est mon devoir de faire en sorte que les morts ne soient pas complètement oubliés.
Il y eut un instant de silence.
– Tu dois me trouver bien arrogant, Sôsuke-kun.
– Je ne sais pas, avoua le châtain, je crois que j'envie un peu vos hommes en réalité.
Devant l'air surpris du capitaine il ajouta, pensif:
– Le capitaine Hirako … Il ne fait jamais rien pour montrer qu'il se soucit de ses hommes. Il est tellement distant. Surtout avec moi. Je crois qu'il se méfie de moi mais j'ignore pour quelles raisons. Il n'a jamais fait allusion à un seul de nos morts, comme s'ils ne méritaient pas son respect. Je crois que la seule raison pour laquelle il se souvient encore du nom de Tsukishima-chan, c'est parce qu'il croise régulièrement Kyoko dans les couloirs de la caserne.
Il caressa les cheveux de la gamine d'une main.
– Il ne faut pas penser ça, Sôsuke-kun. Hirako a des défauts comme tout le monde, mais il n'est pas sans cœur. Je crois qu'il n'est simplement pas très démonstratif concernant certaines choses, la mort de ses hommes en étant une. Je pense qu'il vit ça comme un échec personnel. En tant que capitaine c'est à lui de veiller sur eux et de faire en sorte qu'ils acquièrent tout ce qu'ils faut pour survivre aux hollow. S'ils sont tués, c'est qu'il n'a pas su remplir sa mission.
Sôsuke ne répondit pas immédiatement, riant intérieurement devant la naïveté de l'autre shinigami.
– Vous avez probablement raison, capitaine. Je ne devrais pas laisser mon orgueil prendre le dessus sur ma raison. Si le capitaine ne me fait pas encore confiance c'est probablement parce que je n'ai pas encore réussi à faire mes preuves.
Ukitake lui adressa un sourire triste.
– Veux-tu que je lui parle, Sôsuke-kun?
– Ne vous donnez pas cette peine, capitaine. Je vous remercie pour votre attention, mais c'est à moi de faire en sorte que le capitaine Hirako finisse par m'accorder sa confiance.
Même s'il savait parfaitement que ça ne risquait pas d'arriver un jour. Et c'était justement là dessus qu'il comptait. Plus Hirako se méfierait de lui et le garderait éloigné, plus il serait libre d'agir dans l'ombre sans risque. Mais ça l'amusait de faire passer le blond pour le méchant devant un autre capitaine, même pour quelques instants. Et puis, ce n'était pas inutile. Ukitake pensait à présent qu'il était affecté par l'attitude du blond et que, malgré tout, il prenait son devoir à cœur. Il ne manquerait pas s'en souvenir le temps venu, quand Sôsuke aurait éliminé son supérieur et qu'il serait en tête de liste pour prendre sa succession.
– Ce ne doit pas être une discussion très agréable pour une demoiselle, fit-il en tournant les regard vers Kyoko.
La fillette regarda un instant ses pieds avant de dire d'une voix timide:
– Le capitaine Hirako ne m'aime pas. Quand il me regarde j'ai toujours l'impression d'avoir fait une bêtise. Ça me donne envie de me cacher.
– Hirako est maladroit, répondit Ukitake avec un sourire rassurant. Il ne sait probablement pas comment se comporter avec une si jolie petite fille.
Kyoko lui rendit son sourire.
– J'ai une idée, lança soudain le capitaine se s'accroupissant à la hauteur de la fillette. Et si on allait boire un thé bien chaud et manger quelques pâtisserie. Je suis sûr que ça te remontera le moral. Je connais justement un excellent salon de thé pas très loin.
Kyoko leva les yeux vers son père.
– Je ne voudrais pas vous faire perdre votre temps, capitaine, protesta Sôsuke.
– J'insiste.
– Dans ce cas, je ne peux pas refuser. Ça te tente, Kyo-chan?
La fillette répondit d'un radieux sourire.
– C'est un oui, je pense, rit Ukitake en se relevant.
Le capitaine les mena ans une petite rue qui longeait les murs d'enceintes de la caserne de la sixième division. Kyoko trottinait joyeusement près de son père, toute tristesse évaporée. Sôsuke, de son coté, réfléchissait à l'opportunité qui s'offrait à lui. Il savait que Ukitake l'appréciait, ce n'était pas difficile, il y avait peu de gens au Seireitei que le capitaine de la treizième division détestait. Il l'appréciait d'autant plus qu'il avait accepté de prendre Kyoko sous sa garde là où sa propre famille s'était montré particulièrement frileuse. Il ne tenait donc qu'à lui de trouver un moyen d'utiliser les sentiments du capitaine à son avantage. Sôsuke était intelligent et manipulateur, Ukitake ne lui poserait probablement pas le moindre problème.
Le salon de thé dans lequel le capitaine les introduisit était petit mais chaleureux. Sôsuke en avait entendu parler par divers membre de sa division attachés de plus ou moins loin à la noblesse du Seireitei. Il paraissait que le capitaine Kuchiki, de la sixième division, se faisait livrer chaque jour du thé et des pâtisserie venant d'ici. Sôsuke était plus amateur de thé que de sucrerie, mais il n'avait encore jamais eu l'occasion de venir jusqu'ici pour essayer. Il adressa un sourire aimable à la servante qui les accueillit et les conduisit à une table. Visiblement ce n'était pas la première fois que Ukitake venait. Il paraissait même être un habitué des lieux. Une fois qu'ils furent assis sur les coussins, devant une table basse, la servante leur apporta la carte et les laissa le temps qu'ils fassent leurs choix.
– Tu veux que je t'aide, Kyo-chan? Demanda Sôsuke.
– Non, non, je vais y arriver. Merci Dada!
Un air d'intense concentration sur le visage, la petite parcourait les lignes superbement calligraphiées. Elle avait encore du mal à déchiffrer certains kanji mais ça ne l'empêchait pas d'essayer. Elle demandait rarement d'aide et essayait toujours de parvenir à son but par elle même. L'effort et les échecs ne lui faisaient pas peur. Du reste, la petite savait déjà ce qu'elle voulait, elle vérifiait simplement que son thé favori était servit dans ce salon.
– Dada? Interrogea Ukitake.
Sôsuke sentit qu'une veille question n'allait pas tarder à refaire surface.
– Elle m'a toujours appelé comme ça, fit-il avec un sourire. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu'elle pensait que j'étais son père. Après tout, je pense être la seule figure paternelle qu'elle ai jamais connue.
Il laissa passer un instant avant d'ajouter:
– Vous savez, après la naissance de Kyoko, je suis le premier que Tsukishima ait fait prévenir. Le premier a être allé les voir toutes les deux. J'ai toujours fait parti de la vie de Kyoko.
Tous les deux regardèrent la fillette si concentrée sur sa lecture qu'elle ne faisait même pas attention à leur conversation.
– Et son père?
Ils y étaient. Sôsuke secoua la tête en soupirant.
– Je n'ai jamais su qui il était. Tsukishima-chan n'a jamais voulu le dire. Et lui-même ne s'est jamais manifesté. Soit il ignore qu'il est le père de Kyoko, soit il sait et s'en moque. A moins qu'il ne soit mort. Vous allez probablement me trouver cruel, Jûshirô, mais j'estime qu'il ne mérite pas faire partie de la vie de Kyoko. Elle est mieux avec moi qu'avec un père qui l'ignore.
Ukitake le regarda un instant en silence. Contrairement à ce que Sôsuke pensait, il semblait parfaitement comprendre son point de vue.
– Tu sais, Sôsuke-kun, j'étais décidé à demander la garde de Kyoko si tu ne l'avais pas acceptée. Je ne voulais pas la laisser au clan Tsukishima. Pas après tout ce qu'ils avaient fait à sa mère.
Pour la première fois depuis longtemps, Sôsuke fut réellement surpris.
– Je suis content de voir qu'elle se soit si bien habituée à toi. Pendant un moment j'ai crains qu'elle ne se remette jamais de la mort de sa mère.
– Peut-on réellement s'en remettre?
– Non, tu as raison. Mais sa souffrance semble s'être atténuée. Elle rit et sourit de nouveau. Elle est heureuse de vivre. Je ne pense pas qu'elle s'en serait si bien remis sans toi.
La serveuse revint à ce moment prendre leur commande, ce qui évita à Sôsuke de trouver quelque chose à répondre. Quand elle s'éloigna de nouveau, Ukitake repris la parole, l'air pensif et vaguement honteux:
– Il faut que je te dise, Sôsuke. Pendant toutes ces années, j'ai toujours gardé un œil sur vous. Je voulais m'assurer que Kyoko était bien, protégée, aimée. Tu es un père formidable pour elle. Je te demande de bien vouloir me pardonner ma méfiance.
Ukitake s'inclina par dessus la table.
– Je vous en pris, Jûshirô, vous n'avez pas besoin de vous excuser. Je ne vous en veux pas. Après tout je n'avais jamais eu à prendre soin de quelqu'un d'autre avant Kyoko, ni frères, ni sœurs, ni enfants. Votre observation partait d'un bon sentiment, je peux comprendre que vous vous inquiétiez. Ce n'était malheureusement pas le cas de tous ceux qui essayaient de nous espionner, Kyoko et moi, après la mort de Tsukishima-chan.
Ils restèrent silencieux un long moment. Ukitake semblait perdu dans ses pensées, visiblement toujours honteux de sa méfiance. Tandis qu'il réfléchissait, ses doigts pliait machinalement la feuille de vélin sur laquelle la carte avait été écrite. Quand la serveuse revint avec leur commande, la carte avait été plié en un origami complexe représentant un cheval.
– Ooooooooh, c'est beau! s'écria Kyoko découvrant l'objet. Je peux l'avoir?
Sôsuke faillit s'étrangler avec son thé, mais Ukitake semblait ravi de l'enthousiasme de la fillette.
– Bien sûr, tiens.
La fillette s'empara du cheval de papier et s'amusa à le faire galoper sur la table.
– Elle a de l'imagination, elle peut jouer avec n'importe quoi, remarqua Sôsuke.
Pour une fois, la douceur et l'amour que Ukitake vit dans ses yeux n'avaient rien de feints.
– Je me mêle probablement de ce qui ne me regarde pas, Sôsuke-kun mais … as-tu déjà pensé à envoyer Kyoko-chan à l'Académie? Son reiatsu est supérieur à celui des enfants de son âge.
Sôsuke s'attendait à beaucoup de choses venant du capitaine de la treizième division, mais sûrement pas à ça. Pendant un instant, il le regarda avec des yeux ronds derrière ses lunettes avant de soupirer, se tournant à nouveau vers sa fille qui jouait toute seule sans faire attention à eux.
– Le capitaine Hirako m'a posé la même question, il y a quelque années, admit-il. Je lui avait répondu qu'elle était encore trop jeune. Je ne suis pas sûr de vouloir qu'elle devienne une shinigami. Cependant, vous avez raison. On ne peut pas ignorer son reiatsu. Il est encore brut et, sans maîtrise, il risque de devenir un danger pour elle et pour son entourage. Et puis … Kyoko me demande souvent quand elle pourra y aller. Il est certainement temps que je me fasse une raison. Même si ça ne me plaît pas.
Ukitake lui adressa un sourire.
– La prochaine session pour l'examen d'entrée a lieu en Mars. Tu devrait peut-être la laisser s'y inscrire. Même si elle n'est pas prise tout de suite, ça pourrait lui être profitable. Ça vous laisse cinq mois pour vous préparer, l'un comme l'autre.
Sôsuke ne répondit pas tout de suite. Son regard ne quittait pas Kyoko qui continuait son jeu sans faire attention à eux. Il savait déjà qu'elle entrerait à l'académie et deviendrait une shinigami, mais il ne s'attendait pas à ce que e soit si tôt. Toutefois, Ukitake avait raison. Le reiatsu de la fillette commençait à attirer l'attention. Sôsuke ne voulait pas qu'on s'intéresse trop à elle. Il allait devoir lui apprendre à cacher son reiatsu et à le garder sous contrôle. Il ne fallait surtout pas que quelqu'un s'imagine que la petite pouvait être un danger, sous peine qu'elle subisse le sort de sa mère. Il refusait que ça arrive et si, pour éviter ça, il devait l'envoyer à l'académie dès l'année suivante, qu'il en soit ainsi.
– Je vais y réfléchir, répondit-il enfin, sans quitter sa fille du regard.
