Yo les gens! Vous commenciez sans doute à ne plus y croire, mais voici le chapitre trois! Je tiens à remercier tous ceux qui ont continué à fave et commenter cette fanfic; ça m'a beaucoup aidé à ne pas perdre l'envie de continuer en me disant que je n'aurais plus de public! J'espère avoir été à la hauteur de votre patience. Merci aussi pour tous vos messages privés plein de compréhension quant à ma situation qui m'empêche d'écrire aussi souvent que je le voudrais. J'espère que la "vie d'adulte" ne ressemble pas aux dernières années d'études de façon permanente, sinon, ça risque de pas être la joie, problèmes personnels encore à part. Je publie ce chapitre à deux heures du mat'. A priori, j'ai relu deux fois et pas vu de fautes restantes, mais on est pas à l'abri que j'en aie manquées, du coup ne m'en voulez pas trop et n'hésitez pas à les souligner pour que je les corrige, même si je compte ENCORE relire. Par ailleurs, vous constaterez que je m'inspire d'autres univers en plus de HP pour mon approche de la magie et des créatures magiques. Vous risquez, pour ceux qui connaissent, de reconnaître au moins partiellement des éléments provenant de Charmed ou encore Anita Blake, pour ne citer que cela. Certaines choses sont aussi issues tout droit de mon imagination, mais comme on invente plus rien de nouveau de nos jours, je suis sûr que j'ai été influencé par quelque chose que j'ai lu dans tous les cas. Sur ce, je vous laisse profiter de ce dernier chapitre avec Mathieu version "école maternelle," qui semble avoir fait craquer beaucoup de monde, héhé.
Comme d'habitude: L'univers Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Mathieu Sommet et Antoine Daniel sont des personnes réelles et ont droit sur eux-mêmes ainsi que les éléments non-fictifs leur étant liés que je pourrais ou non inclure dans ces écrits plus tard — je leur ai inventé des parents selon mon imagination, donc on peut dire que ce sont des OC qui m'appartiennent en revanche.
Chapitre 3:
Le Garçon Qu'On Doit Oublier
En France, comme partout de par le monde, là où il y a des montagnes, il y a des zones inhabitées et même impraticables pour les alpinistes. Mais certaines d'entre elles ne sont pas ce qu'elles semblent être. En effet, quoi de plus tranquille et relativement sûr pour les sorciers , sorcières et autres créatures magiques que ces endroits éloignés des foyers de population, au climat souvent peu engageant, à l'air sec, froid et au vent pénétrant? C'était ainsi que, quelque part dans les Pyrénées, était par exemple dissimulée l'Académie de Magie de Beauxbâtons, une des écoles de sorcellerie les plus renommées d'Europe, qui attirait par ailleurs des étudiants venus de beaucoup de pays voisins de la France, ou même parfois un peu plus éloignés. Mais il ne s'agissait pas de l'unique bâtisse cachée au regard des Moldus par la chaîne montagneuse.
Sur un versant à l'apparence accidentée et raide, parsemé de pointes rocailleuses et d'éboulis divers, se trouvait un manoir luxueux. Haut de trois étages incluant le rez-de-chaussée pour une superficie d'au bas mot trois milles mètres carrés, sa façade d'un blanc nacré étincelait au soleil, au point que l'on aurait pu croire le bâtiment sculpté dans le marbre. Les hautes portes d'ébène de l'entrée étaient encadrées par quatre colonnes tout aussi noires, en deux rangs parallèles, qui soutenaient une large terrasse située au dernier étage. Les fenêtres, aux cadres également noirs, étaient hautes et étroites, chacune décorée de moulures semblables à du lierre ou des vignes montantes et surmontée par une sorte d'arche. Arche qui était elle-même surmontée, au dernier étage, par une gargouille à la physionomie toujours différente, et toutes semblaient monter la garde dans chaque direction que leur regard pouvait embrasser. À ses pieds s'étendait un long jardin poussant sur un plateau parfaitement plane, obtenu par le biais de la magie bien entendu, dans lequel on trouvait un potager, mais aussi des bassins remplis d'eau cristalline et assez larges pour s'y baigner, plusieurs variétés d'arbres, y compris des espèces en principe introuvables sous ce climat, des topiaires, un petit labyrinthe constitué de hautes haies taillées en son centre, et bien d'autres choses encore. Naturellement, aucun non-sorcier n'aurait pu le voir même en survolant la zone en hélicoptère ou en parvenant à braver la nature pour parvenir jusqu'à ses pieds après une longue escalade, car un sort Repousse-Moldu englobait le lieu dans son entièreté. Il était également incartable et son emplacement ne pouvait récemment être connu que sous les conditions imposées par le sortilège de Fidelitas, le tout s'ajoutant à toute une batterie de défenses plus originales les unes que les autres: statues ensorcelées, esprits de la nature habitant les arbres et les fontaines, glyphes et pentagrammes piégés… Ajoutez à tout cela l'habileté au combat des nombreux membres de la famille Chenevier et leur résolution farouche à protéger leur famille de quiconque voudrait du mal à un seul de ses membres, et, aux yeux d'Agathe Chenevier, la demeure qu'elle dirigeait en matriarche parfois un tantinet trop sévère était virtuellement imprenable à moins d'avoir affaire à une armée, et de surcroît bien préparée. Et pourtant.
Et pourtant voilà qu'elle se tenait sur le gazon retourné par les impacts de maléfices, des flashs de lumière fusant partout autour d'elle, le son du verre et de la pierre brisés retentissant à intervalle régulier, des rugissements et des sifflements résonnants contre les flancs de la montagne. Sa chevelure argentée, d'ordinaire retenue par un chignon accentuant son attitude par moment rigide, ballotta quelques instants dans le souffle provoqué par le passage rapide d'une créature massive à quelques centimètres d'elle; créature qui s'empara d'un individu vêtu d'une robe noire à capuchon qui semblait encore quelques instants auparavant prêt à lancer un sort à la dame de haut rang et le projeta au loin sans le moindre effort, l'envoyant se fracasser contre une fontaine.
"Ce n'était pas nécessaire, mais merci, mon gendre," déclara cette dernière sur un ton égal, mais en marquant une pause avant d'énoncer les deux derniers mots.
Les oreilles pointues et dressées de l'imposant être à la fourrure noir de jais tiquèrent, et elle tourna son regard écarlate à la sclère à peine visible qui reflétait pourtant un étonnement tout à fait humain vers celle qui était apparemment sa belle-mère, et, à l'identique de cette dernière, sa gueule se para d'un sourire en coin que seul un loup-garou ou un familier pouvait savoir former, ses oreilles se penchant légèrement vers l'avant. Tournant brusquement la tête, le canidé anthropomorphe se changea subitement en un nuage vaporeux qu'un être décharné et pourrissant traversa en bondissant, puis se rematérialisa et s'en saisit pour lui arracher la tête d'un coup de patte massive, avant de s'éloigner à toute vitesse pour se relancer dans la bataille en poussant un grondement lupin des plus intimidants. L'imitant, la maîtresse des lieux s'avança également d'un pas décidé, mais sa progression fut stoppée rapidement par l'arrivée de deux nouveaux adversaires identiques à celui dont elle avait été "sauvée" par le lycanthrope, du moins dans leur habillement. Ses yeux s'écarquillèrent cependant en voyant la créature qui les accompagnait, et elle leur adressa un regard assez évocateur quant au sort qui les attendait. Levant les mains devant elle, elle révéla des fils et cordelettes de différentes couleurs ou porteurs de motifs occultes. En voyant cela, les deux hommes en face d'elle éclatèrent de rire et la raillèrent d'une voix où l'on discernait un léger accent étranger:
" Qu'est-ce que tu comptes faire, mamie? Nous tricoter un pull-over?"
À ces mots, les lèvres d'Agathe se retroussèrent en un rictus carnassier des plus effrayants.
"Des Britanniques, je suppose?" leur lança-t-elle d'un ton goguenard.
L'un d'entre eux sembla très peu apprécier la répartie et, se débarrassant de son capuchon pour révéler un faciès aux traits burinés et une crinière rousse à l'aspect sale et assortie à sa barbe, l'invectiva dans sa langue natale, avec un accent typiquement irlandais.
"So what, Froggy hag?"
Prenant une expression mortellement sérieuse, la matriarche se mit à lier ses fils à une vitesse tellement impressionnante que ses mains devinrent un amas flou et indiscernable. Lorsqu'elle s'arrêta, une figure complexe apparaissait entre ses deux mains, et le centre de celle-ci semblait plus épaisse que le reste. Dans un anglais absolument parfait, elle déclama:
"You come to my house. Wreck my properties, attack my family. Threaten my own flesh and blood. That as such is already unforgivable. But to have the nerves to subvert and try and turn my friends of the Mountains against us…"
En réaction à ses paroles, le barbu eut un sourire mauvais et une lueur lubrique éclaira sombrement son regard. Se décalant pour se trouver presque sous la créature, il leva sa main libre et se saisit avec rudesse d'un sein partiellement recouvert de fourrure dorée sur lequel tombaient quelques mèches blondes, presque blanches. L'être auquel ils appartenaient était deux fois plus grand qu'un humain adulte moyen, mais si son corps velu rappelait un grand primate, la ressemblance s'arrêtait là: ses membres et surtout son visage étaient bien humains, et ce dernier était même d'une grande beauté. Un teint de porcelaine, des sourcils fins, de longs cils, un nez parfaitement droit et une petite bouche aux lèvres rosées; l'humanoïde de sexe féminin était magnifique, mais son expression était stoïque et ses yeux, d'ordinaire aussi bleus qu'un ciel d'été, semblaient ternis à l'oeil attentif. Pour Agathe, il n'y avait aucun doute: le sortilège de l'Imperium était à l'oeuvre.
"You like our big Basandere friend here? After we're done here, maybe me and my friend will have a bit of— Gaaaah!"
L'ennemi n'eut pas le temps de terminer sa phrase. La main puissante de la Basandere se referma autour de son cou et le broya littéralement. Son partenaire, abasourdi, recula d'un pas et articula avec peine:
"But… the Imperius…"
Il tourna la tête vers la sorcière aux fils, et constata que ceux qui étaient liés entre ses deux mains il y a quelques secondes encore étaient à présent revenus à leur position initiale, et que cette dernière semblait très satisfaite de son coup — car cela ne pouvait venir que d'elle!
"A wand isn't the only way to perform magic, you fools," confirma-t-elle.
Puis la Basandere le saisit par la taille et, le levant bien haut au dessus de sa tête, le projeta avec force sur son genou, lui brisant la colonne vertébrale en poussant un hurlement bestial, avant de le jeter sur feu son complice. Puis elle se mit à pleurer. Tandis que la sauvageonne tombait à genoux en poussant des plaintes déchirantes, Agathe s'approcha et laissa tomber son masque de sévérité et ses traits s'adoucirent. Prudemment, en restant à l'affût d'un ennemi en approche, elle se plaça sous le visage de son amie — car elle la connaissait, comme elle connaissait la plupart des êtres magiques peuplant ces reliefs — et, en posant une main sur un de ses bras ballants, lui demanda:
"Vous ont-ils fait du mal?"
Le visage crispé et les yeux fermés mais déversant toujours un flot de larmes, la semi-géante secoua faiblement la tête de droite à gauche pour lui signifier qu'elle se trompait.
"Ils ont fait bien pire, Agathe," lui souffla-t-elle de sa voix rauque entre deux sanglots. "Mon — Mon Basajaun…"
Sans pouvoir en dire plus, la Basandere échappa une nouvelle plainte et se recroquevilla sur elle-même, s'enveloppant elle-même de ses bras tandis que la matriache Chenevier réalisait le sens de ses paroles. Le Basajaun était l'équivalent masculin de la Basandere, une espèce devenue si rare que même les sorciers avaient commencé à croire les mythes moldus selon lesquels ils étaient uniques et d'essence divine, et dont la population peinait à se reformer du fait de la faible fécondité des femelles, mais aussi et surtout parce que les Baxajaun, malgré leur ressemblance avec les êtres humains, ne s'accouplaient qu'avec un seul individu de toute leur vie et se trouvaient dans l'incapacité de procréer avec qui que ce fût d'autre. Que la Basandere semble si dévastée ne pouvait signifier qu'une chose.
"Mon mari et moi résistions au sortilège de l'Impérium, alors il — il leur a dit que l'un de nous deux suffiraient, qu'ils avaient déjà recrutés bien assez de 'vermine' pour s'attaquer à vous et que le lien qui unit les Baxajaun était leur faiblesse. Un instant plus tard, ils ont fait pleuvoir leurs maléfices sur lui, et je l'ai senti s'éteindre sans rien pouvoir faire. Puis tout est devenu blanc."
Malgré la dureté de ce qui venait de lui être révélé et la peine immense de la femme sauvage, Agathe avait immédiatement enregistré l'élément le plus important des propos de cette dernière par rapport à la situation actuelle: elle avait peut-être trouvé quelqu'un en mesure de lui révéler qui avait commandité cette attaque dont le but ne laissait que peu de doute dans son esprit.
"Vous parlez de celui qui les dirige, n'est-ce pas? Navrée de vous brusquer, mais nous sommes dans l'urgence, et j'ai besoin de savoir à qui nous faisons face. Avez-vous entendu un nom?" la questionna-t-elle.
"Oh, mais toutes ces questions sont inutiles, ma chère Agathe. Le commanditaire brûlait justement de se présenter devant vous," déclama avec force une voix doucereuse mais emplie de fiel.
Les deux femmes pointèrent aussitôt leur regard sur la source de cette voix qui se tenait à quelques mètres derrière la sorcière en la personne d'un homme de stature moyenne mais au corps plutôt musculeux pour un sorcier, fait qui se trouvait souligné par les vêtements près du corps qu'il portait et lui donnait une apparence paradoxalement moderne et en même temps très "vieille France": une chemise à jabot d'un blanc immaculé, surmontée d'une jaquette noire ouverte et rentrée dans un pantalon de cuir noir à taille haute dont l'une des poches laissait apparaître une chaîne dorée et dont les jambes étaient rentrées dans des bottes montantes, également faites de cuir. Les traits de son visage étaient fins, et son port altier, ce qui lui conférait un aspect évident de noblesse — mais uniquement au sens social du terme, car son attitude ne suggérait que le mépris le plus total pour les autres; mépris par ailleurs bien lisible dans ses yeux d'un bleu glacial. Il portait une moustache et un bouc soigneusement taillés, et ses cheveux noir corbeau étaient coupés courts, ajoutant encore un peu plus de sévérité calculée à son apparence générale. Ses mains à l'aspect soigné et parfaitement manucuré étaient décorées d'un nombre impressionnant de chevalières et de bagues serties de pierres précieuses, et il fit mine de les contempler en bougeant légèrement les doigts tout en poursuivant avec un flegme exagéré:
"La petite sauterie que j'ai organisée vous plaît?"
"Montfaucon," cracha la manipulatrice de fils pour toute réponse.
Elle n'eut même pas le temps d'initier un sort que la Basandere poussa un hurlement sauvage avant de se précipiter sur le nouvel arrivant, toute raison oubliée. Alors que son poing allait s'abattre sur le visage du dénommé Montfaucon, il y eut un flash de lumière grise et, lorsqu'il se dissipa, la main de la semi-géante, pourtant plus grande et que l'on aurait pensé plus forte, était bloquée par celle du sorcier. En voyant le choc se peindre sur le visage de la femme sauvage, le lithophiliste eut un léger rictus puis, de son autre main, il dégaina sa baguette tout en commençant à articuler un maléfice.
"Non!" s'opposa Agathe en déliant le motif qu'elle était parvenue à composer, ce qui eut pour effet de faire sauter l'instrument de la main de son propriétaire à la sienne. L'homme échappa un grognement mécontent mais tordit à la place le bras de la Basandere, la forçant à s'abaisser devant lui.
"Comme si j'avais besoin de ça," déclara-t-il avec dédain.
Puis il attrapa la tête de la créature à deux mains et lui tordit le cou. Tandis qu'Agathe, masquant son horreur pour redevenir la guerrière froide qu'elle pouvait être, articulait les mots "Spero Patronum," son ennemi arqua un sourcil en prenant un air narquois.
"Un Patronus? Je me demande bien pourquoi," annonça-t-il sur un ton qui laissait entendre qu'il saisissait parfaitement les intentions de la matriarche. "Oh, et je vous en prie, ma chère Agathe, appellez-moi Mordred," la pria-t-il avec un faux affect.
Le Patronus corporel de la sorcière, une hyène de taille imposante, fixa l'adversaire de ses yeux luminescents un court instant, puis s'élança en direction du manoir.
"SUIVEZ LE PATRONUS!" tonna immédiatement la voix magiquement amplifiée de Montfaucon.
Aussitôt, une foultitude de sbires, humains ou créatures, ensorcelés ou non, délaissèrent le champ de bataille pour s'élancer à la suite de l'entité évanescente, mais les premiers furent coupés net dans leur élan par un nuage noir qui passa sur eux à toute vitesse et dont ils ressortirent pour la plupart inconscients ou réduits en lambeaux, avant qu'il ne se matérialise sous la forme d'un grand loup-garou noir qui grogna en direction de la horde. Aucun ennemi ne semblait de taille, car la créature pouvait se rendre immatérielle à volonté et disposait d'une force colossale. Pendant ce temps, Agathe faisait pleuvoir ses assauts sur son ennemi sans lui laisser de répit, mais celui-ci semblait disposer de protections infranchissables. La matriarche savait très bien que la spécialité du mage noir était la lithomancie — la magie des pierres —, mais il devait y avoir quelque chose d'autre, car le pouvoir conféré par les gemmes aurait dû finir par se décharger sous ses attaques malgré leur grand nombre.
"Un hybride de lycanthrope et de vampire, n'est-ce pas?" lui lança-t-il en déviant une nouvelle tentative de maléfice. "J'ignorais que vous en comptiez un parmi vos rangs. Vous l'avez créé spécialement pour l'occasion, je me trompe? Moi qui pensais que votre famille ne pouvait pas s'enfoncer encore plus dans la bâtardise."
Agathe fit un léger sourire en coin. Elle venait de percevoir dans ces propos empreints du dégoût que leur portait une certaine catégorie de Sangs-Purs une occasion de peut-être reprendre l'avantage.
"Vous dîtes cela, mais je ne me souviens pas que vous ayez jamais eu les oreilles pointues, Messire de Montfaucon. Vous seriez vous aussi acoquiné avec ces non-humains qui vous révulsent tant?" répliqua-t-elle sur un ton plein de sous-entendus.
Le sorcier plaqua brusquement une main sur une de ses oreilles en serrant les dents, laissant transparaître dans ses iris glacés toute la haine qu'il portait à la femme qui le tenait tête. Et ce fut à ce moment que plusieurs de ses bijoux se mirent subitement à luire comme si on les avait chauffés à blanc. Poussant un hurlement, il s'en débarrassa avant que ceux-ci ne s'accrochent à sa peau et les vit fondre, les pierres les sertissant détruites. Le mage noir contempla un instant les marques de brûlure sur sa main, se doutant que son ennemie avait par la même endommagé son visage, et, alors qu'elle s'apprêtait à frapper derechef, il poussa un hurlement bestial.
"ASSEZ!"
Tendant une main en avant, une légère aura sombre sembla l'entourer un instant et il produisit une onde de choc qui projeta Agathe au sol, avant de se disparaître. À peine quelques secondes plus tard, un hurlement déchirant — la plainte d'un loup — s'éleva dans les airs. Étendue au sol, la matriarche tourna la tête et vit au loin la forme noire de son gendre métamorphosé poser un genou un terre, avant que celui-ci ne se dissolve à nouveau pour foncer à toute vitesse à l'intérieur du manoir, et les larmes lui montèrent instantanément aux yeux tandis que son souffle se faisait court sans même qu'elle ne le réalise. Qu'un loup pousse un tel cri ne pouvait signifier qu'une chose: la mort d'un être important. Son petit-fils… ou sa fille? Son Patronus avait-il eu le temps de délivrer son message?
Dans ses derniers instants de lucidité, Agathe Chenevier remarqua que ce qui aura eu raison d'elle était un bête débris de fontaine brisée un peu trop pointu ayant été projeté au mauvais endroit au mauvais moment, et, alors que l'obscurité envahissait peu à peu sa vision, elle vit un lion aux yeux emplis de larmes se pencher sur elle en prenant peu à peu des traits humains et murmura en souriant: "Périclès…"
Puis tout devint noir.
Au fin fond des sous-sols de l'imposante demeure des Chenevier, une jeune femme aux longs cheveux blonds serrait contre elle un garçonnet qui partageait avec elle les mêmes iris azurés dont l'habituelle clarté semblait voilée par l'inquiétude chez l'un comme chez l'autre. En arrivant dans ce qui semblait être un atelier de confection de potions, Mathieu avait pourtant été très enthousiaste et émerveillé: tant de formes et de couleurs différentes, tant d'objets émettant des clapotis et autres sons amusants! Il n'avait pas bien compris pourquoi lui et Maman étaient descendus tous seuls. Son grand-tonton Azzo, un bonhomme tout pâle et effrayant mais qui avait l'air de particulièrement apprécier son père, avait fait irruption dans le salon alors que Mamie — euh non, elle voulait qu'il dise Mère-Grand — lui apprenait à parler à son familier, un joli chat blanc pas très grand mais au poil long et tout doux dont elle disait qu'il serait son ami pour la vie, et dont il n'avait pas encore trouvé le nom. Il avait dit quelque chose comme "l'ennemi est en approche," et d'un seul coup, tout le monde s'était agité et beaucoup de monde était sorti de la maison, le laissant avec Maman. Papa était venu lui dire d'être sage et lui avait fait un câlin, et Mathieu n'avait plus voulu le lâcher, car depuis qu'ils étaient arrivés, ses câlins étaient devenus encore plus chauds et réconfortants. La magie, c'était vraiment trop cool!
Mais là, tout de suite, il avait peur. Des grands bruits avaient éclatés dehors. Il entendait des gens crier dans la maison, et sa maman regardait la porte avec appréhension. Dès qu'il y avait eu du grabuge, elle avait commencé à rassembler des affaires un peu partout dans l'atelier, puis un animal transparent étrange avait traversé la porte et la voix de Mère-Grand avait dit: "C'est Montfaucon. N'hésite pas. Je t'aime." Rapidement, elle avait dessiné des trucs bizarres sur le sol, avant de revenir vers lui. Son petit chat, qui les avait suivis, semblait monter la garde, le regard fixe, quand soudain, son poil se hérissa tandis qu'il sautait sur ses quatre pattes en feulant. Du petit interstice séparant la porte du sol, une sorte de fumée noire se répandit devant l'animal, avant de prendre la forme d'un énorme loup noir sur deux pattes, la langue pendante et l'air épuisé. Lorsqu'il le reconnut, le familier de Mathieu se calma.
"Papa!" s'écria celui-ci en s'extirpant des bras de sa mère pour se précipiter vers la créature, dont la masse sembla se résorber en même temps que sa fourrure disparaissait jusqu'à laisser apparaître la silhouette de Marc Sommet dans son plus simple appareil, qui lui fit signe de rester en arrière en lui lançant un regard désolé de ses yeux écarlates.
"Ça ne serait pas une bonne idée, fiston. Papa a très faim," expliqua-t-il d'une voix rauque entre deux souffles qui semblèrent lui demander beaucoup d'effort.
"Oh mon Dieu, Marc, qu'est-ce qu'il t'arrive?" s'exclama Azurine en rejoignant leur fils.
Malgré sa "nouvelle condition," son mari semblait en grande difficulté physique. Il suait à grosses gouttes et avait l'air sur le point de s'évanouir.
"J'ai — j'ai besoin de ton sang, Az. Azzo est — je n'ai plus de sourdre, tu sais ce que ça veut dire," annonça-t-il très rapidement.
Sa femme ne put retenir une légère plainte tandis qu'elle plaquait sa main sur sa bouche, ses yeux clairs embués de larmes. Remarquant cela, le garçonnet, qui observait l'échange d'un air confus, tira légèrement sur sa robe en demandant: "Qu'est-ce qui va pas, M'man?"
"C'est rien, mon bonhomme. Maman et Papa ont juste quelques problèmes de grands à régler. Tu veux bien fermer les yeux un petit moment et me promettre de ne regarder que quand on dira que c'est bon?" lui dit Marc d'une voix un peu plus douce.
"D'accord," répondit simplement l'enfant après un court moment d'hésitation. Et, s'exécutant, il ferma les yeux et s'assit par terre.
Alors, sanglotant toujours le plus silencieusement possible, Azurine découvrit son cou gracile, et Marc, son regard sanglant se fixant immédiatement sur les veines qui lui apparaissaient avec une précision inhumaine, l'entraîna dans une étreinte ferme et impérieuse en plongeant ses canines anormalement longues dans sa chair. La jeune femme ne sembla pas avoir mal, et pressa un peu plus la tête de son bien-aimé contre son cou tandis que ce dernier absorbait goulûment son fluide vital. C'était leur dernier recours. Un vampire, qu'il s'agisse d'un hybride lycanthrope ou non, était lié par le sang à son créateur, son sourdre de sang, du moins tant qu'il n'avait pas assez de puissance en tant qu'individu pour produire et maintenir sa propre magie. Marc n'ayant été transformé que très récemment et ne possédant aucune magie de base, sa seule solution pour perdurer encore quelques temps, même diminué, en l'absence de son parent vampirique était d'extraire la magie du sang d'une autre créature magique; en l'occurrence, une sorcière. Lorsqu'il sentit qu'il avait récupéré suffisamment de pouvoir, il s'arracha de force de sa femme avant de se laisser emporter par la soif de sang qui rongeait les nouveaux-nés et partagea avec elle un dernier baiser passionné au goût métallique, puis il se dirigea vers son fils en s'essuyant la bouche d'un revers de main pour ne pas lui faire peur. S'agenouillant, il posa une main sur son épaule.
"Mathieu, c'est bon, tu peux ouvrir les yeux."
Aussitôt, le petit garçon ouvrit les yeux, l'air confus et effrayé.
"Je comprends rien, P'pa. Qu'est-ce qui se passe?
Tu sais que Maman et moi, on t'aime très fort, n'est-ce pas?" demanda l'hybride tandis que sa femme approchait et s'agenouillait également.
"Mais moi aussi je vous aime!" répliqua l'enfant, comme s'il avait peur qu'on ne le croit pas. Ses parents eurent tous les deux un sourire triste.
"Nous le savons, mon chéri," répondit Azurine. "Garde ça tout au fond de toi. Tu vas nous oublier, et sans doute ne plus jamais nous revoir, mais tout le temps que nous avons eu avec toi aura été la plus belle période de notre vie, et ça, aucun sort ne peut l'effacer. Deviens un bon garçon, sois gentil et essaye de bien étudier; le spectre de ta grand-mère risque de venir te hanter sinon."
Son père sembla sur le point d'ajouter quelque chose, puis il tourna soudainement la tête comme s'il avait entendu quelque chose.
"On nous a trouvés, on a plus le temps," déclara-t-il avec regret.
Il les serra tous les deux très fort contre lui, puis disparu comme il était arrivé, et des hurlements retentirent tout près de là où ils se trouvaient. Azurine se releva alors et se saisit d'une fiole pleine d'un liquide turquoise qu'elle présenta à son fils.
"Il faut que tu boives ça, Mathieu.
- Ça sent bizarre," fit le petit sur un ton récalcitrant en portant le contenant à son nez.
"Mais c'est sucré, tu verras," lui assura sa mère.
"Bon d'accord," capitula-t-il.
Il but la mixture d'une traite, puis tira la langue en prenant un air dégoûté.
"Bwark, t'as menti, Maman!"
Pouffant légèrement malgré l'urgence de la situation, Azurine caressa la joue de son fils.
"Désolé mon chéri, il fallait que tu boives ça rapidement. Je t'aime."
Puis, avant même qu'il ait eu le temps de répondre, elle pointa sa baguette vers son front et murmura: "Somnus." Aussitôt, le garçonnet s'effondra sur elle, les yeux fermés. "Oubliettes," ajouta-t-elle après un court instant à le contempler avec des yeux plein de regrets. Mais tout cela valait mieux. Il n'était pas encore assez fort, il n'avait que cinq ans, et si Montfaucon avait réussi à venir jusqu'ici, cela voulait dire que même ses parents n'avaient pas résisté aux forces du mage noir. Pour sa propre sécurité et celle du monde magique, il valait mieux qu'il disparaisse et grandisse parmi les Moldus. Alors qu'elle le plaçait dans le pentagramme parcouru par divers symboles ésotériques qu'elle avait tracé sur le sol, le chat dont Agathe avait décrété qu'il serait son familier — et elle avait souvent de bonnes intuitions dans ce domaine — vint se lover contre le petit corps et la fixa droit dans les yeux. Dans le regard du félin, elle eut l'impression de lire comme la promesse de veiller sur son fils, et elle caressa l'animal. À ce moment, la porte vola en éclats. D'une simple pensée, la sorcière activa le cercle, sous le regard médusé puis enragé de Mordred de Montfaucon, qui vit sa cible se volatiser sous ses yeux.
Puis elle se jeta corps et âme dans sa dernière bataille, avec l'énergie du désespoir.
