Hey! Avant de commencer ce chapitre, je tenais à apporter une précision par rapport à la chronologie. À la fin du chapitre précédent, j'ai fait dire à Azurine que Mathieu avait cinq ans, mais je me rends compte que la formulation que j'ai employée ne met pas l'accent sur le fait qu'elle ne pensait pas à "cinq ans révolus", car pour moi ce n'était pas choquant. Sachez donc que Mathieu EST dans sa cinquième année au moment de l'attaque de Montfaucon, mais qu'il n'a pas encore cinq ans révolus (ce qui signifie, pour ceux qui l'ignoreraient — sait-on jamais — que son cinquième anniversaire n'est pas encore passé).

En dehors de cela, ce chapitre (et/ou quelques suivants) m'aura demandé un certain nombre de recherches pour des détails importants comme plus futiles, mais certains points peuvent être légèrement flous ou ne pas totalement correspondre à la réalité, car j'ai dû chercher, parfois, de vieilles informations. Malgré cela, j'essaye de maintenir une certaine cohérence et j'espère que votre expérience de lecture restera bonne. (Pour être honnête avec vous, je flippais tellement en écrivant ce chapitre que j'ai demandé à une amie de confiance qui a un grand nombre de points communs avec moi de me beta-read d'abord et de me dire si tout cela était acceptable ou non.) Du reste, je tiens à remercier les 32 personnes qui suivent cette fic, les 19 qui l'ont mise en favorite, ainsi que les gens qui review! Mention spéciale pour Sarah à qui je n'ai pas pu répondre: je fais de mon mieux pour ne pas être trop long entre deux chapitres, mais j'ai malheureusement bien trop de choses à faire pour ne me consacrer qu'à écrire, désolé. J'espère que tu apprécieras et suivras quand même cette histoire dorénavant. Et en parlant de review, s'il-vous-plaît, à vous les lecteurs silencieux: laissez-moi savoir ce que vous avez pensé de ce que vous avez lu. Je serai même ravi de ne discuter que d'une petite scène avec vous, mais c'est important pour moi de savoir comment on réagit à ce que j'écris et si mon public est toujours là, pas uniquement un fantôme qui ne fait que supprimer les notifications sans continuer à lire. Vous n'êtes pas obligés de commenter à chaque fois, mais une fois de temps en temps, ça me ferait énormément plaisir et ça me motiverait encore d'avantage. Sur ce, je me tais et vous laisse lire!

Précision: Quand je parle d'école primaire dans ce chapitre, je fais référence à la primary school britannique. Je dis "Hogwarts" et non "Poudlard" car je compte mettre parfois l'accent sur l'interaction entre les pays et les langues dans cette histoire et "Poudlard", ça ne sonne pas anglais du tout. Comme d'habitude: L'univers Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Mathieu Sommet et Antoine Daniel sont des personnes réelles et ont droit sur eux-mêmes ainsi que les éléments non-fictifs leur étant liés que je pourrais ou non inclure dans ces écrits plus tard — je leur ai inventé des parents selon mon imagination, donc on peut dire que ce sont des OC qui m'appartiennent en revanche.


Chapitre 4:

Deus Ex Fele

Son petit maître, ensorcelé dans les règles par sa mère, n'eut pas conscience de ce qui se produisit une fois que cette dernière eût activé la magie qui était censée les mettre hors d'atteinte du mage noir qui convoitait le plus jeune prodige de la famille Chenevier, mais le félin, lui, était alerte et déterminé à le protéger. Alors qu'ils s'engageaient tous deux dans les couloirs ineffables de l'espace-temps — même si le félidé les aurait décrits comme une sorte de siphon où les images de centaines de lieux différents s'écoulaient en se confondant jusqu'à n'être plus qu'une sorte de brume liquide que l'on finissait par percer comme on remonterait à la surface d'un fleuve —, le familier l'avait tout de suite sentie; cette influence néfaste. Une ombre qu'il n'avait encore jamais vue chez aucun sorcier, pas même le sombre Azzo qui avait transformé le père de son maître. D'une façon ou d'une autre, l'intervention de la mère de ce dernier n'avait pas été suffisante — et pourtant, si elle était comme sa mère à elle, la dame aux fils, elle avait dû poser du fil à retordre à cet homme à l'aura atroce. Il n'avait fait que l'entr'apercevoir juste avant leur fuite, mais le pouvoir qui demeurait en lui avait une origine si vile que les dons des élus parmi sa race s'étaient manifestés sans qu'il n'y fasse appel, comme pour le prévenir du danger — comme s'il ne l'avait pas encore compris. Et c'était avec ce même pouvoir que la magie qui les avait suivis dans le vortex était entremêlée. Ici, le temps n'existait pas vraiment, et pourtant, il eut l'impression que tout ralentissait alors que la sombre présence gagnait du terrain. Il n'avait plus réellement conscience de son corps, mais le félin se doutait que tout son pelage devait être hérissé pour signifier à leur ennemi qu'il ne toucherait pas à un cheveu du garçonnet sans l'avoir vaincu auparavant. Il n'avait que peu d'expérience, mais il savait qu'en lui aussi sommeillait une magie ancestrale. Il fallait néanmoins impérativement qu'il agisse sur le champ avant qu'il ne soit trop tard, et il se laissa donc guider par ce flux d'énergie qui sembla émerger des tréfonds de son être. En ce qui ne représenta même pas une milliseconde en réalité, son esprit et sa magie dépassèrent la noirceur qui les menaçait lui et son maître et s'engouffrèrent dans la brèche maintenue ouverte par le sorcier aux gemmes. Il n'eut pas le temps de s'appesantir de tristesse en découvrant que l'esprit de la jeune femme dont il gardait l'enfant avait quitté son corps à l'instar de celui de son compagnon, qui l'avait rejointe, sans doute mû par cet automatisme qui entraîne souvent les morts vers ce qui comptait le plus pour eux. Ni l'un ni l'autre n'avait encore traversé (1), mais ils semblaient figés; sans doute en état de choc face à la brutalité des événements et la réalisation de leur décès. Le familier espéra que les manières cavalières dont il allait faire preuve envers eux pour sauver leurs fils les feraient revenir à eux, car il n'avait pas — ou du moins pas encore — la force nécessaire pour empêcher seul que les griffes de leur ennemi ne se referment sur Mathieu.

Envoyant sa magie vers eux, il les attira de force dans le passage, les faisant remonter jusqu'à leur enfant. Sans qu'aucun échange n'eut lieu entre eux, les défunts parents semblèrent immédiatement se mettre en action, et étendirent leur présence jusqu'à ne laisser d'autre choix à la funeste entité qui en voulait à leur fils que de les consumer pour pouvoir passer. Mais, alors que la force ennemie s'attelait déjà à la tâche, le couloir spatio-temporel explosa, et le corps frêle du petit maître se retrouva soudain allongé dans l'herbe, avec un chat à la robe blanche et aux yeux couleur saphir tout poil hérissé et crachant perché sur son torse.

L'animal mit quelques instants à réaliser leur changement d'environnement, et, déboussolé, sauta du torse de son protégé d'un pas mal assuré pour un chat, scannant les alentours avec méfiance. Vu l'épreuve qu'ils venaient de vivre et l'acharnement féroce dont l'ennemi avait fait preuve, un excès de prudence n'était selon lui pas un luxe. Il put néanmoins constater très vite qu'ils étaient désormais réellement hors de portée du mage noir, et se pencha sur le visage de Mathieu, toujours profondément endormi, lui léchant la joue de sa langue râpeuse. Cependant, en dépit de toute cette agitation, le sommeil magique dans lequel il avait été plongé, et qui était sans doute même augmenté par une potion ou quelque autre invention de la mère de son petit maître, ne cesserait que d'ici plusieurs heures, et il ne pouvait pas le laisser ici, exposé aux dangers du monde moldu, qui n'avait rien à envier à celui des êtres magiques à leur propre façon. Mais ici, où était-ce exactement?

À n'en pas douter, quelque chose était allé de travers, et le félidé avait sa propre théorie à ce sujet. Le sort avait été programmé par la mère de son petit maître pour les envoyer à un endroit précis, mais elle n'avait pas anticipé que l'ennemi serait en mesure de le court-circuiter avec sa propre magie, et, lorsqu'il avait eu l'idée de contraindre les fantômes du couple de leur venir en aide, la jeune femme, qui était à l'origine du sort et en connaissait donc les subtilités, avait dû utiliser sa dernière chance d'influer sur le monde des vivants pour rompre la connexion du cercle et du couloir, sachant très bien que cela aurait pour effet d'éjecter immédiatement quiconque se trouvait à l'intérieur. Que le point d'arrivée s'en retrouve aléatoirement redéfini pour Mathieu n'était qu'un moindre mal comparé à ce qui aurait pu se produire si elle n'avait pas agi de la sorte. Il ignorait tout du lieu où ils auraient dû se retrouver — sans doute car personne qui aurait pu les connaître ne devait être au courant de leur arrivée, et le lieu précis n'était donc pas un élément essentiel en soi —, mais se mit directement à analyser celui qui s'y était substitué.

Premièrement, autour d'eux s'étendait une large pelouse recouverte de givre, ce qui lui fit immédiatement prendre conscience du froid hivernal qui régnait toujours en cette période de l'année, et il nota avec soulagement que le garçonnet, bien que ne portant ni veste ni écharpe ni gants, était assez chaudement vêtu pour tenir le coup pendant que lui cherchait une solution. Il remarqua ensuite que, à quelques mètres d'eux, la pelouse était parcourue par un chemin de terre battue délimité par ce qui était a priori des petits rondins de bois plantés dans le sol et que le dit chemin était longé par plusieurs bancs. Encore plus loin, il lui semblait percevoir une clôture cachée par des arbres dépouillés de leur feuillage. Selon toute apparence, ils avait atterris dans un parc et, par chance pour eux — enfin, surtout pour Mathieu —, personne ne semblait passer par là à l'instant et leur arrivée plus qu'inhabituelle était donc restée secrète. Néanmoins, une plus grande chance pour son petit maître résidait dans le fait que la journée n'était pas encore finie; en effet, le soleil se couchait lentement, ce qui signifiait qu'il y avait peut-être encore des promeneurs dans les environs. Il lui suffisait de s'arranger pour que l'un d'eux, pour peu que son aura soit nette, découvre le précieux endormi. Et ensuite, il aurait à le laisser pour aller garantir sa sécurité d'une autre façon. L'idée lui était insupportable, mais c'était sa mission et il se devait de l'accomplir. Se penchant une fois de plus sur le visage paisible, il se frotta à son front puis tenta de lui adresser quelques mots par la pensée. Ils n'avaient pas eu l'occasion d'établir un vrai lien télépathique, et l'esprit pour le moins particulier de son protégé avait toujours été de surcroît compliqué à atteindre jusqu'alors, mais il savait aussi que le sommeil pouvait faciliter l'usage de la magie sur l'esprit; peut-être parviendrait-il à laisser une trace. Le petit sorcier ne devait rien savoir de sa vraie nature ni de son passé ou des circonstances qui l'avaient amené ici, mais il était tout seul à présent, et le félin voulait que dans son inconscient demeure toujours l'espoir que quelqu'un se souvenait de lui.

"On se retrouvera, et alors on se connaîtra vraiment, Mathieu."

Ce dernier ne sembla pas réagir, mais son gardien ne pouvait plus retarder plus longtemps leur séparation. Détournant le regard, il s'élança à la recherche d'une bonne âme pour prendre soin de l'être qu'il avait voulu protéger dès la première rencontre de leurs yeux bleus.


Esther Dawkins était assez satisfaite de sa vie de façon générale. Née dans une petite bourgade anglaise dont le nom se perdait sous ceux de tant d'autres dans les années 50, elle s'était très vite démarquée des autres petites filles de son âge. Si comme elles, on lui avait appris — ou plutôt aidé à faire ressortir, car sa propre grand-mère avait toujours dit que toutes ces qualités étaient naturelles chez elle; enfin, presque toutes — à être douce, sage, obéissante et travailleuse, elle avait également toujours eu un fort esprit d'initiative, une curiosité parfois mal placée, de la volonté et surtout le don toujours trop rare en tout temps de remettre en question les établissements de la société et des gens qui la composaient. Ce fut donc ainsi que, dès sa majorité atteinte, elle partit pour Londres afin d'entreprendre des études après avoir décroché une bourse ainsi qu'un petit job de serveuse dans un café afin d'arrondir les fins de mois. Dans un premier temps, elle avait obtenu un diplôme de psychologie, car une chose qui s'était manifestée très tôt chez elle et n'était plus jamais repartie était son envie d'aider et sa capacité à écouter, puis elle s'était spécialisée dans la psychologie infantile, car elle trouvait que l'on n'écoutait que bien trop peu les enfants. Finalement, elle en était arrivée à réaliser que simplement accompagner ces enfants quelques heures par semaine ou par mois n'était pas assez; qu'elle avait envie d'en faire bien plus encore, et c'était pour cette raison qu'elle tenait dans ses mains recouvertes par des gants noirs aux extrémités multicolores une pochette cartonnée qui contenait toute la paperasse relative à son nouveau projet qui était sur le point de démarrer.

Pour commencer, elle avait dû obtenir un prêt de sa banque afin d'acquérir le terrain nécessaire à ses plans, ce qui avait d'entrée de jeu perturbé son organisation, car l'on avait accepté de soutenir son projet que dans la mesure où elle pouvait prouver qu'il soit viable, ce qui lui faisait redouter de se faire coiffer au poteau par un autre acheteur; mais quel autre choix avait-elle? Elle avait donc fait passer la "phase deux" de sa démarche avant la "phase un" et était retournée sur les bancs de l'université pour obtenir son CQSW — son certificat de qualification pour le travail social — et, dans la foulée, une post-qualification en management social et en accueil infantile, ce qui l'habilitait à s'occuper d'enfants orphelins ou retirés de leur foyer. Ceci, combiné à sa formation de psychologue, avait fini par faire pencher la balance en sa faveur, et, une fois son foyer ouvert, elle ne se faisait aucun doute sur la promptitude du gouvernement à la subventionner.

Avec un sourire, elle compulsa les papiers signés, s'assurant une fois de plus pour sa seule satisfaction que tout était en ordre, puis elle fit glisser la pochette refermée dans son sac de cuir brun souple qu'elle posa à côté d'elle sur le banc où elle était installée, prenant bien soin de garder une sangle passée à son épaule — cela aurait quand même été bête de se faire voler tout ça maintenant. Rejetant sa longue chevelure rousse et bouclée en arrière, elle resserra son écharpe autour de son cou et frictionna ses bras à travers son gilet de laine noir, balayant de ses yeux noisette le parc dans lequel elle avait décidé de s'arrêter alors qu'elle faisait route vers sa nouvelle propriété. Elle se réjouissait de constater qu'un tel endroit existait à quelques pas de son futur foyer pour enfants. Elle avait déjà pu y voir plusieurs aires de jeu, un cour de tennis, et bien sûr de nombreuses étendues d'herbe qui, durant les saisons chaudes, devaient être parfaites pour faire des pique-niques. Néanmoins, ce ne fut pas sur une autre commodité que son regard tomba cette fois-ci, mais sur deux saphirs qui la fixaient avec intensité.

Sans qu'Esther ne le remarque, un magnifique chat blanc — elle aurait presque été tentée de dire chaton, car il semblait encore jeune — avait fait son arrivée et s'était assis à quelques mètres d'elle, dans l'herbe gelée, et il semblait l'étudier avec beaucoup d'attention. Il ne devait pas s'agir d'un chat errant, car il était exceptionnellement soigné, bien qu'un peu ébouriffé — un fugitif, peut-être? Par ailleurs, il s'agissait, elle en était quasiment certaine, d'un sacré de Birmanie, et non d'une quelconque race bâtarde. Mais tout cela n'était pas ce qui l'étonnait le plus à propos de l'animal.

La quadragénaire se trouvait incapable de décrocher son regard du sien, et elle aurait pu jurer qu'elle y lisait bien plus d'intelligence que ce à quoi l'on pouvait s'attendre venant d'un chat. Elle se sentait mise à nue, comme s'il sondait son âme, et elle n'osait pas bouger. Après une minute qui lui sembla durer une éternité, le félidé se leva et s'approcha d'elle sans cesser une seule seconde de la fixer. Il finit par s'arrêter juste devant elle, et miaula. Un son court mais presque… ferme? Esther n'avait aucune idée de ce qui était en train de se produire, mais il s'agissait définitivement de quelque chose de particulier. Se détournant soudainement, le sacré fila à travers la pelouse en direction d'un amas de végétation devant lequel il s'arrêta, la fixant à nouveau. Intriguée et curieuse comme elle l'avait toujours été, l'ancienne psychologue décida de le suivre — après tout, que pouvait-il bien lui arriver? Ce n'était qu'un chat, aussi intelligent semblait-il être. D'un bon pas, elle entreprit de le rejoindre et l'animal, constatant qu'il était parvenu à ses fins, disparut dans les buissons. À plusieurs reprises, elle crut avoir perdu sa trace dans les fourrés, mais à chaque fois il miaula pour qu'elle le repère, et lorsqu'enfin elle émergea de la végétation en sommeil dans le froid hivernal, la première chose que la quarantenaire constata était qu'elle avait été menée vers une autre partie du parc, qu'elle aurait sans doute mis plus du temps à atteindre en passant par les chemins tracés à cet effet. Et la raison de l'empressement du félin ne tarda pas à lui apparaître.

Étendue à quelques mètres de là se trouvait la petite silhouette immobile d'un enfant ne semblant porter rien d'autre qu'un pullover bleu roi et un pantalon de velours côtelé brun. Échappant un petit cri de surprise, Esther se précipita à ses côtés et s'agenouilla pour l'examiner. Il s'agissait d'un petit garçon blond, encore très jeune, à première vue ayant à peine l'âge d'aller à l'école primaire. Il avait l'air très pâle, sans doute à cause du froid, mais malgré cela, il ne grelottait pas. À vrai dire, si son haleine formant de petits nuages évanescents de condensation n'avait pas été visible, elle aurait pu le croire mort tant il paraissait profondément endormi. Une fois qu'elle se fût rapidement assuré qu'il ne souffrait d'aucune blessure apparente, la femme rousse souleva le garçonnet et le cala contre elle. Il fallait qu'elle l'emmène d'urgence dans un endroit chaud, et son futur foyer n'était pas très loin. Et puis cela tombait bien; après tout, accueillir des enfants était sa raison d'être, alors autant commencer par celui-ci, qui semblait en avoir bien besoin.

Alors qu'elle allait partir, Esther stoppa net son premier pas. Le chat blanc se tenait juste devant elle. Ses orbes saphir demeurèrent un instant fixés sur l'enfant, puis la transpercèrent à nouveau.

"Ce chat n'est pas normal," confirma-t-elle intérieurement.

Elle ne savait pas exactement ce que le félidé attendait, mais il parut satisfait de son examen et finit par repartir d'un pas rapide. Au fond d'elle-même, l'ancienne psychologue était convaincue qu'il n'avait pas trouvé ce petit garçon par hasard, et qu'il ne l'avait pas menée à lui par hasard non plus, mais l'heure n'était pas à ce genre d'élucubrations qui l'auraient sans doute fait passer pour une folle si elle décidait d'en faire part aux autorités au moment de la déposition qu'elle savait qu'elle serait amenée à faire une fois la découverte de l'enfant signalée. Après avoir défait son écharpe, qui représentait tout de même un large carré de laine, pour en envelopper le plus possible son nouveau protégé, elle se mit en route pour de bon, reléguant pour l'instant dans un coin de son esprit le mystérieux animal.


Le familier n'avait plus un instant à perdre. Chaque minute passée sans que la mission que la dame aux fils lui avait confiée ne soit accomplie était une minute de plus rapprochant potentiellement l'ennemi de la nouvelle position de Mathieu. La grand-mère de ce dernier avait implanté dans son esprit tous les détails relatifs à cette dernière, ainsi que tout ce qui pourrait lui être utile pour mener l'opération à bien — dans la mesure de ce qu'elle-même avait à disposition. Dans un premier temps, il fallait qu'il s'assure que le sort, bien qu'ayant connu un dysfonctionnement, les avait au minimum amenés dans le bon pays. En effet, les Chenevier et les Sommet s'étaient accordés sur le fait que, en France, trop de gens étaient susceptibles de retrouver le garçonnet, ou de simplement le reconnaître par hasard. De plus, il s'agissait du territoire que Montfaucon fouillerait de fond en comble en premier, pensant sans doute que la grande famille qu'il avait prise pour cible aurait forcément confié l'un des leurs à une branche plus ou moins éloignée ou à une famille amie. Un Sang-Pur tel que lui n'irait en effet, selon eux, pas penser qu'une famille si étroitement liée à la magie et aux créatures en possédant confierait l'un de ses prodiges au monde moldu, de surcroît dans un pays dont l'enfant ignorait tout. Néanmoins, il finirait par se rendre à l'évidence lorsque ses recherches se seraient montrées infructueuses, et c'était le rôle du sacré de s'assurer que le mage noir ne serait pas en mesure de le localiser via son réseau d'informateurs dans le monde magique.

Dépassant finalement un des portails d'entrée du parc, une construction en fer forgé, peinte en noir, haute mais à peine assez large pour admettre le passage d'une voiture ou d'une petite camionnette, le félin se retourna pour lire le nom découpé dans une plaque du même matériau installée sur une arcade fine en pierre. "Hillside Park." L'animal aux yeux de saphir ressentit un léger soulagement. Les langues des humains n'avaient pas vraiment d'importance pour ses semblables, mais les informations stockées en lui lui permettaient de savoir qu'il s'agissait de l'idiome du pays où Mathieu devait se trouver. Enfin, techniquement, on pouvait le retrouver dans beaucoup d'autres recoins du monde, mais il osait espérer que le peu de chance qu'ils avaient eu dans leur malheur ne les avait pas désertée et que le cercle n'avait pas entièrement changé de destination. S'éloignant de plus en plus de son protégé dont il avait déjà la nostalgie, le familier se retrouva à déambuler dans les rues de ce qu'il espérait être, si ce n'était Londres, au minimum l'Angleterre. Scrutant les alentours avec attention, il passa devant plusieurs petites bâtisses de briques rouges aux toits d'ardoise devant lesquelles patientaient des bennes à ordures vertes montées sur roulettes, pleines à craquer, et fut tenter de s'arrêter pour tenter d'y pécher un petit encas car la faim commençait à lui tirailler le ventre, mais il se retint: le bien de Mathieu passait très loin devant celui de son estomac.

Rasant les murs et se cachant derrière les poubelles ou les clôtures pour éviter les quelques humains qui passaient parfois à pied ou en bicyclette, le félidé finit par changer de stratégie lorsqu'il constata qu'il allait sans doute dans la mauvaise direction — malheureusement, la dame aux fils ne lui avait pas installé un système de guidage dans le cerveau. Prenant un groupe de trois humains — deux adultes et une enfant, sans doute une famille — en filature, il les suivit discrètement jusqu'au sésame qu'il désespérait de trouver: le métro, et avec ce dernier la confirmation qu'ils avaient bel et bien atterri à Londres malgré l'explosion du couloir spatio-temporel.

La station Archway se trouvait sur un croisement qui n'avait plus rien à voir avec le quartier où Mathieu et lui étaient apparus. Les bâtiments étaient plus grands et de couleurs variées, des voitures passaient régulièrement, ainsi que des bus peints en rouge vif. Le félin n'avait pas l'habitude de cet environnement, et il en resta figé sur place, recroquevillé et le poil hérissé pendant quelques instants, mais il se ressaisit très vite: les Moldus, les humains non-sorciers, ne représentaient pour la plupart d'entre eux aucun danger pour lui; ils étaient bien trop lents, leurs sens bien trop peu développés, et ils étaient dans l'incapacité de le pétrifier, de le stupéfixier ou d'induire un quelconque écueil surnaturel. Il fallait qu'il pense à Mathieu, et uniquement à lui.

L'image du petit garçon souriant au moment où ils avaient été présentés flottant devant ses yeux, le familier s'engagea dans les voies souterraines qui menaient au métro à proprement parler.

Dans les couloirs de béton nu et aux murs carrelés de blanc, grâce aux informations implantées en lui, le félin parvint assez rapidement à trouver la rame qu'il lui fallait prendre pour se rapprocher au maximum de sa destination dans un temps acceptable, mais un obstacle se présenta sous la forme d'un employé de la compagnie des transports à la bedaine proéminente qui se lança à sa poursuite. Par chance, l'animal parvint rapidement à semer son poursuivant qui, contrairement à lui, n'était pas en mesure de passer sous les tourniquets, et ce fut sous les invectives furieuses de l'humain qu'il passa in extremis entre les portes rouges du long véhicule, se réfugiant directement sous les sièges les plus proches en espérant qu'aucun autre bipède énervé ne noterait sa présence. Sur ce point, il fut chanceux.

De tout le trajet, seuls de très jeunes enfants à peine en âge de tenir debout par eux-mêmes et se raccrochant de ce fait fermement à leurs parents le remarquèrent, car leurs yeux se rapprochaient de son niveau, et il parvint très facilement à les dissuader de le faire remarquer en usant de ses pouvoirs mentaux, leur esprit encore neuf et non-protégé n'offrant que peu de résistance.

Au fil des quelques cahotements qui rythmèrent le cheminement du familier, le stress monta progressivement en lui. Comment allait-il pénétrer dans le lieu qu'il cherchait à atteindre sans se faire prendre? Il avait beau retourner le problème dans tous les sens, il n'y trouvait pas de solution. Il ignorait s'il avait le pouvoir de se transporter magiquement vers sa destination — au quel cas, il l'aurait fait depuis longtemps —, et il allait en conséquence devoir emprunter une entrée conventionnelle, pour autant qu'une quelconque création magique pût l'être. Sauf que pour utiliser une telle entrée, il lui fallait l'aide d'un sorcier ou d'une sorcière, qui aurait tôt fait de le chasser car il n'avait pas de collier et n'avait rien à faire à l'intérieur. Ce fut donc désespéré que le félin passa avec indifférence devant les reproductions démesurées de ses cousins de la savane trônant sur Trafalgar Square tandis qu'il sortait de la station Charring Cross. Se postant à l'angle de Scotland Place après avoir évité quelques touristes qui semblaient vouloir l'adopter qu'il le veuille ou non, le familier se mit à observer les gens qui se dirigeaient vers l'unique cabine téléphonique rouge.

Certains d'entre eux — les Moldus — semblaient prêts à y entrer, avant de soudainement se figer devant puis repartir en arrière ou passer à côté, poursuivant leur chemin, tandis que d'autres — les sorciers — s'engageaient à l'intérieur, composaient un numéro sur le cadran, et disparaissaient ensuite petit à petit sous terre. Le félidé rejeta rapidement l'idée de tenter d'entrer et composer seul le numéro en question, car il lui aurait fallu bien trop de temps après chaque chiffre pour atteindre le suivant, ce qui laisserait le temps au mécanisme de repartir à zéro. L'animal était sur le point de renoncer et de tenter de passer par l'autre entrée, celle se situant dans des toilettes publiques — rien que de se les imaginer, il faillit en vomir —, lorsque la chance lui sourit à nouveau. Mais d'un sourire mesquin, n'inspirant pas confiance et s'étalant sur le large visage d'une sorcière trapue vêtue d'un atroce cardigan rose vif pelucheux. De prime abord, le félin n'avait absolument aucune envie d'établir un contact avec cette femme aux allures de crapaud, avec ces gros yeux ronds et son cou inexistant, car son aura était absolument répugnante — fait qu'il avait deviné avant même de véritablement la lire pour confirmer ses impressions —, mais il put constater qu'elle avait l'air de particulièrement apprécier les chats. En effet, le bandeau qui couvrait son front et se perdait dans ses courtes boucles châtain, à l'instar de son sac à main, rose lui aussi, était couvert de motifs représentant des chatons assis sur leur arrière-train ou encore jouant avec une pelote de laine. Peu importaient les actes qui avaient assombri son aura, s'il parvenait à se faire apprécier par elle, elle pouvait devenir son ticket d'entrée.

En quelques bonds gracieux, le sacré la rejoignit et s'infiltra dans l'embrasure de la porte qui était sur le point de se fermer et fit aussitôt connaître sa présence en se mettant à miauler.

"Mais qu'est-ce que —"

La sorcière à l'aspect batracien baissa les yeux et recula subitement, comme effrayée — non, plutôt révulsée —, puis sembla enregistrer que devant elle ne se trouvait pas un de ces vulgaires chats de gouttière crasseux, qu'elle devait sans doute avoir en horreur malgré son obsession pour les félidés, mais un magnifique spécimen à la robe sans tâche et douce au toucher.

"Que voilà un exquis intrus," minauda-t-elle d'une voix criarde en se penchant vers lui.

Le familier se laissa caresser sans protester, même si l'énergie dégagée par cette affreuse personne lui donnait envie de cracher et de sortir les griffes, et se mit même à ronronner lorsqu'elle le prit dans ses bras.

"Pas de collier. On dirait bien que tu n'as pas de propriétaire, même si tu as du standing. Je vais te garder," décida-t-elle en gloussant légèrement, ce qui se trouvait être, venant de sa part, aussi agréable que le son d'une craie crissant sur un tableau noir.

"Gagné," se dit le familier, prévoyant de lui échapper à l'instant même où il aurait trouvé ce qu'il cherchait.

Alors que sa victime, manipulée avec succès, s'apprêtait à enclencher le mécanisme qui les ferait s'enfoncer dans le sol, une seconde personne vint occuper ce qu'il restait d'espace dans la cabine. Il s'agissait d'un homme, qui haussa légèrement les sourcils en constatant qu'il allait devoir partager les lieux avec quelqu'un.

"Dolores, je ne vous avais pas vue en arrivant," déclara-t-il en guise de salut d'une voix exagérément caressante et flegmatique.

"Lucius, quelle surprise. Je vois que vous êtes aussi incommodé par la maintenance du réseau de cheminées du Ministère, qui tombe bien entendu au même moment où le service de sécurité a interdit les transplanages pour actualiser les procédures. Je suis navrée que nous ayons à faire usage de ce vulgaire clapier moldu.

- En effet. Écourtons donc ce moment autant que possible, je vous prie," répondit stoïquement le dénommé Lucius en rejetant en arrière sa longue chevelure platine qui lui tombait sur les épaules et contrastait radicalement avec sa redingote d'un noir profond.

L'homme semblait être âgé d'une quarantaine d'années, et un certain nombre de choses à son propos déplurent immédiatement au familier — en dehors du fait qu'il lui accorda à peine un regard chargé de suffisance, pensant sans doute que ses animaux le surclassaient sans conteste. Il partageait avec celle dont il savait désormais qu'elle se nommait Dolores une aura pernicieuse qui lui piquait la surface de la peau comme une centaine de fourmis voraces, mais son apparence générale lui rappelait celui qui avait failli mettre la main sur son petit maître: un regard glacial, bien que tenant plus de l'acier que de l'iceberg, une apparence faussement noble où la richesse se ressentait de façon évidente mais inexplicable comme de la vanité, particulièrement lorsque l'on remarquait sa canne en ébène dont la poignée était recouverte d'argent ouvragé pour représenter un serpent, tous crochets découverts, prêt à mordre quiconque se trouverait sur son chemin. Par ailleurs, sans que cela ne suscite l'étonnement du familier, la sincérité ne devait pas figurer sur la liste de ses qualités, car, tandis que celle qui s'était auto-proclamée sa propriétaire se tournait pour initier leur descente, le mépris le plus pur envers elle passa sur le visage du sorcier, mais fut immédiatement remplacé par un sourire mielleux lorsqu'elle lui refit face.

"Il commence à se faire bien tard pour vous rendre au bureau. Vous étiez en déplacement au nom de Cornelius?" s'enquit-il avec un intérêt feint, ce que la femme au physique d'amphibien ne sembla pas remarquer.

"Tout à fait. Je revenais juste déposer quelques dossiers et lui faire mon rapport," expliqua-t-elle.

"Du progrès concernant cette loi de contrôle des loups-garous?

- C'était justement l'objet de mon déplacement. Grâce aux nouveaux éléments que j'ai réunis, j'ai bon espoir de réussir à la faire passer dans les semaines à venir," annonça l'affreuse sorcière avec satisfaction en tapotant le contenu de son sac à main.

"Voilà une bonne nouvelle. De penser que l'on autorise certains de ces dangers publics; de ces bêtes sauvages! à évoluer au milieu des honnêtes gens… Vous êtes un cadeau pour notre société, Dolores.

- Vil flatteur que vous êtes," se contenta de répondre la concernée en gloussant derechef.

Après un temps qui parut interminable au félin qui observait l'échange en silence mais sans avoir l'air d'y prêter attention, car un sorcier était plus enclin à se méfier d'un animal au comportement inhabituel qu'un Moldu, la cabine finit par s'arrêter sur le sol d'un immense hall d'entrée à l'architecture et à la décoration fastueuse. Les murs étaient recouverts de lambris en bois sombre et vernis, dans lesquels s'imbriquaient deux rangées de cheminées aux manteaux dorés. Le sol était quant à lui revêtu d'un parquet sombre, ciré jusqu'à en devenir luisant. Tandis que le sorcier vaniteux prenait congé de la femme-crapaud en affirmant qu'ils se recroiseraient sans doute devant le bureau du ministre après qu'il lui aurait exprimé son avis concernant les récents incidents ayant affecté "Hogwarts", le sacré contempla de ses yeux semblables à des pierres précieuses le plafond où se déplaçaient une multitude de symboles dorées dont il ne connaissait pas la signification. Au centre de cette immense pièce se trouvaient de toutes aussi immenses statues, faites d'or également, posées sur un bassin circulaire à deux niveaux dans lequel elles déversaient de l'eau par diverses buses en un clapotis régulier. La plus grande représentait un sorcier à l'air fier et au port altier, sa baguette levée vers le ciel, et directement à ses côtés, semblant lui être subordonnée, se tenait la représentation d'une sorcière, rendu parfait du stéréotype de la femme parfaite avant toute chose — belle et muette d'adoration devant l'individu mâle. Sur ce dernier point, elle n'avait cependant rien à envier aux autres sculptures: un centaure, un gobelin et un elfe de maison, tous éperdus d'adoration pour l'humain; et lui seul. Si les notions de sexisme et de racisme n'étaient pas encore quelque chose de très clair ni même défini pour le félin, il y avait bien une chose dont il était certain, c'était que cette oeuvre était bien loin de la réalité des choses et respirait l'hypocrisie. D'ailleurs, ils lisaient le dégoût, le malaise ou même la colère dans plusieurs auras réagissant à ces effigies, mais il n'eut pas le temps de s'attarder à analyser tout cela plus en détails.

Bientôt, la sculpture à la gloire du Sorcier — avec un grand S — et des autres fut derrière lui tandis que Dolores leur faisait franchir deux grandes portes d'or qui s'ouvraient sur un hall plus petit, constitué essentiellement d'ascenseurs de style ancien — une simple grille tirée sur une cabine en bois ouvragé, avec un levier mécanique surveillé par le même modèle à quelques variations près d'un jeune homme aux traits tirés habillé d'un uniforme grisâtre à l'exception de la bande dorée de son chapeau, surmontée d'un large M stylisé cerclé par les mots "Ministry of Magic".

Le moment approchait. Il le sentait. La voix magique retentissant dans l'élévateur allait bientôt annoncer l'objectif implanté en lui. Les niveaux s'enchaînaient: Département des Jeux et Sports Magiques, Département des Transports Magiques, de la Coopération Magique Internationale. Contrôle et Régulation des Créatures Magiques. Catastrophes Magiques… Tout son corps se tendit. Le moment était arrivé.

"Département de la Justice Magique," tonna la voix artificielle et vide d'émotion.

Il fusa.

Sous les invectives surprises et outrées de la petite sorcière vêtue de rose, le familier se dégagea de ses bras avec la vivacité et l'agilité propre à ses semblables et se laissa guider par son instinct et l'aide laissée par la dame aux fils. Il ne pouvait que réussir. Dès l'instant même où il était parvenu à pénétrer dans le Ministère, le dernier acte magique de la grand-mère de son protégé était entré en action: quelques gouttes de Felix Felicis, la Potion de Chance Liquide, préparée pour n'agir qu'une fois en présence d'une grande concentration de magie, afin que personne ne puisse l'arrêter dans la dernière ligne droite.

Passant à toute vitesse entre les jambes d'Aurors et de policiers magiques surpris de voir un chat cavaler dans leur département, il finit par s'introduire dans le saint des saints: une pièce aux dimensions relativement raisonnables, d'environ une vingtaine de mètres carrés, mais dont les murs étaient intégralement constitués de tiroirs d'une profondeur indéterminée et peut-être indéterminable, comme en témoignait celui qui atteignait presque le mur lui faisant face et était resté ouvert lorsque l'employé grisonnant qui occupait l'unique bureau se trouvant à l'intérieur était sorti "voir ce que c'était que tout ce tintouin", laissant l'animal qui s'était caché derrière la porte libre d'accomplir sa tâche.

D'un bond, le sacré fut sur le siège de cuir rembourré puis sur le bureau, un vieux meuble d'acajou branlant et passé de mode même pour des sorciers britanniques sur lequel trônait ce qui semblait être une machine à écrire qui, de temps à autre, se mettait à taper toute seule. D'ailleurs, alors que le familier s'en approchait pour l'examiner, elle se mit à furieusement enchaîner les noms, les affublant de remarques écrites en rouge telles que "Sortilège de Stupéfixion sur un Moldu". Cependant, le nom dont il était à la recherche avait déjà été tapé il y avait un petit moment, aussi se tourna-t-il vers la pile de parchemin disposée dans un petit bac en fer sur lequel était accroché un papier signalant "À traiter". Le poussant au sol pour en déverser le contenu, ce qui provoqua un vacarme sans doute suffisant pour alerter l'employé qu'il n'avait pas eu à distraire quelques instants plus tôt et signifiait donc qu'il allait devoir accélérer la cadence, il ressauta sur le parquet et parcourut aussi vite que félinement possible les documents éparpillés. Non, non, encore non…

Il était là.

De nouvelles informations se présentèrent à lui en l'espace de quelques centièmes de seconde. Les dernières révélations d'Agathe Chenevier. Une faible lueur sembla éclairer ses yeux de l'intérieur. Peu à peu, les mots s'effacèrent, et le reste du texte, ce qui ne concernait pas Mathieu, parut glisser pour combler le vide qui remplaçait progressivement le seul indice de l'arrivée du garçonnet en terre anglaise.

"Mathieu Sommet. Ressortissant français. 4 ans, 2 mois, 16 jours. Sortilège de Téléportation dans un lieu fréquenté par des Moldus."

"Mathieu Sommet. Ressortissant français. 4 ans, 2 mois, 16 jours."

"Mathieu Sommet. Ressortissant français."

"Mathieu"

Plus rien.

Mission accomplie.


(1) Ici, "traverser" veut naturellement dire "passer dans l'au-delà, dans la mort."