Woah, mais ne serait-ce pas un chapitre seulement un mois et une semaine après la publication du précédent ? Et oui, c'est possible ! Je vous préviens d'avance, j'ai de l'organisation et de la recherche à faire avant le prochain, donc ça sera peut-être un peu plus long, MAIS, pour compenser, ce chapitre fait quasiment deux fois la taille moyenne des précédents. J'espère qu'il vous plaira.

Je tiens une fois de plus à remercier les nouveaux lecteurs et les personnes qui prennent la peine de commenter.

L'univers Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Mathieu Sommet et Antoine Daniel sont des personnes réelles et ont droit sur eux-mêmes ainsi que les éléments non-fictifs leur étant liés que je pourrais ou non inclure dans ces écrits plus tard — je leur ai inventé des parents selon mon imagination, donc on peut dire que ce sont des OC qui m'appartiennent en revanche.


Chapitre 6:

Onde Intérieure

Il n'avait aucune idée d'où il était. D'ailleurs, était-il même quelque part ? Était-il même vraiment ? Il avait conscience de lui-même, mais lorsqu'il tentait d'ouvrir les yeux pour voir quelque chose, ou de les fermer pour ne rien voir, le résultat était le même. Autour de lui, il n'y avait que du blanc. Pas de noir, pas d'obscurité. Juste une pâleur nébuleuse, comme s'il était en suspension dans un nuage évanescent et scintillant. Quelque part, il était persuadé qu'il était ce nuage. Il avait de plus en plus l'impression d'être partout et nulle part à la fois ici, au fur et à mesure qu'il retrouvait sa capacité à réfléchir, une forme de lucidité. Et plus il prenait conscience des choses, plus il réalisait que même s'il était partout, il n'était pas le seul ici. Il sentait des… irrégularités. Des zones du nuage qui étaient lui, mais qu'il n'arrivait pas à atteindre.

Il ne savait pas trop comment il s'y prenait, d'où tout cela lui venait, mais sonder ces lieux lui vint tout à fait naturellement. Il eut l'impression fugace de tomber à toute vitesse dans un puits sans fond, et puis il les vit, ces irrégularités; ces perturbations dans le paysage autrement nacré et immaculé. Il flottait au dessus d'elles.

Un immense nuage noir strié à intervalle régulier d'éclairs mauves tourbillonnait à une vitesse folle en grondant. Il ne l'avait pas entendu jusque-là, mais maintenant qu'il en avait conscience, le son était assourdissant. Et il ressentait une immense colère qui était là, dans chaque particule noire en suspension, et porta son attention sur la cible de cette dernière.

Dans l'oeil du phénomène s'en produisait un autre, plus petit, mais dont la lueur bleue plus concentrée semblait lutter de toutes ses forces pour s'extraire de la tempête qui la ballottait. De temps à autre, un éclair du nuage noir s'échappait du maelström pour venir frapper l'éclat bleuté, mais celui-ci semblait entouré par un champ de force qui le protégeait, bien qu'il semblait faiblir un peu plus à chaque assaut. Si le nuage ténébreux grondait, la lueur, elle, gémissait plaintivement. Un éclair finit par percer sa protection, et un cri retentit. Il voulut se précipiter à son secours malgré son absence de corps, mais il ne savait pas comment il aurait pu lutter contre la sinistre entité.

"Ne le touche PAS !"

L'ordre prononcé par une voix menaçante et légèrement caverneuse mais qui lui sembla pourtant familière résonna avec force dans l'espace blanc infini paré de reflets irisés à proximité des irrégularités, et des particules jusqu'à alors opalescentes virèrent soudainement au rouge écarlate tout autour du nuage sombre et y pénétrèrent sous la forme de traits lumineux. Un hurlement provenant de la masse noire éclata, et il vit soudainement une autre lueur — grisâtre, se confondant presque avec l'environnement étrange dans lequel tout ceci se produisait — plonger dans l'épicentre et se fondre dans la bleue, puis se propulser loin de la présence hostile.

Le nuage menaçant sembla perdre rapidement du volume tandis que les traits rouges en émergeaient à nouveau et se rassemblaient tous en un point. Bientôt, les deux entités visiblement ennemies se condensèrent chacune de façon à ressembler à des êtres humanoïdes, même si elles restaient un amas de couleurs sans traits faciaux ni aucune caractéristique distinctive. La silhouette écarlate fut rejointe par celle ayant entouré la fusion des lueurs grise et bleue, où le bleue se trouvait au centre de l'aura couleur cendre bien plus grande. Face à eux, leur contrepartie sombre semblait avoir du mal à rester dans cet état concentré et était toujours parcourue d'éclairs.

"Vous tenez tant que ça à rester prisonniers !?"

Si la chair avait eu sa place dans cette scène, il était convaincu que ces paroles pleines de rage et de mépris auraient été hurlées à s'en déchirer les cordes vocales.

"Je pourrais nous faire sortir; tous nous faire sortir !" renchérit la voix, qu'il identifia comme celle de la noirceur.

"Il ne veut pas être uni avec toi, et il est hors de question que tu le forces. Nous ne te faisons pas confiance," répondit la voix caverneuse qu'il avait déjà entendu auparavant et qui appartenait à l'entité représentée par la silhouette couleur sang.

"Si je dois tous vous absorber afin d'être libre, j'aurai pas de scrupule à le faire. Il a eu sa chance l'an passé, et ça n'a pas suffi. À mon tour d'essayer. Après tout, nous ne sommes déjà qu'une seule et même personne, n'est-ce pas? Et Nounours et lui ont déjà fusionnés, ça me fera moins de boulot."

Le ton de la silhouette ténébreuse avait légèrement changé; on pouvait y entendre le sourire carnassier que cet être aurait eu s'il avait eu une bouche visible. En réaction à ses paroles, son adversaire disparut et réapparut juste devant lui, un doigt rouge fantomatique planté dans ce qui faisait office de front à son interlocuteur.

"Tant que nous sommes ici, c'est moi le plus puissant. Et s'il faut en arriver là, je suis prêt à t'absorber le temps qu'il faudra pour que tu reviennes dans le droit chemin."

La voix caverneuse avait déclaré cela de la même façon monocorde que tout ce qu'elle avait jusqu'à présent, et pourtant la menace électrifia l'atmosphère et l'alourdit.

"J'aimerais bien te voir essayer," rétorqua le sombre.

Les deux entités commencèrent à nouveau à s'étendre, à retrouver un aspect plus évanescent, mais une nouvelle voix vint s'ajouter au débat. Au dessus d'eux, une silhouette jaunâtre fit son apparition, et affirma d'une voix posée, sereine, voire endormie:

"Les gars, y'a du grabuge et j'crois que le seul à pouvoir s'inviter à la fête est trop occupé à vous écouter, là."

Les autres présences prirent alors toutes conscience de lui autant qu'il avait conscience d'elles, et une sensation de danger imminent l'envahit. Il crut alors qu'elles s'adressaient toutes à lui en même temps, mais ce fut sa propre voix qu'il entendit lui intimer:

"RÉVEILLE-TOI, MATHIEU !"


Matthew ouvrit subitement les yeux. Il ne prit rien en compte de son environnement. Il ne prit pas en compte le fait que le jour déjà bien entamé jetait sur le parquet verni du dortoir des reflets solaires aux couleurs chaudes, que les autres lits étaient vides, que la pièce était sens dessus dessous — draps, oreillers, vêtements éparpillés sur le sol, lits déplacés. Que son propre lit était encore légèrement tremblant. Tout ce qu'il prit en compte, c'était la menace. Il ne savait plus exactement ce dont il venait de rêver, mais il était convaincu d'une chose, c'était que ce rêve avait contenu un avertissement, et il semblait justifié.

Devant lui se tenait une ombre. Non, pas une ombre, juste une personne vêtue de façon très sombre. Il n'enregistra pas vraiment les traits de son visage, ni même son regard; ne nota même pas à quel point son chapeau semblait incongru. Tout ce qu'il nota, c'était cet objet pointé vers lui. L'espace d'un instant, il le prit pour un pistolet, mais il s'agissait en réalité d'une sorte de brindille polie, qui pourtant, il en était convaincu, ne présageait rien de bon pour lui. Avec une agilité surprenante pour un enfant de son âge, résultat d'un besoin d'autodéfense très précoce, il bondit son lit en bousculant l'inconnu qui lâcha l'objet en question tant il fut pris par surprise.

"Attends !" l'entendit s'exclamer le jeune garçon en français, mais il ne se retourna pas — aucune chance.

Sans se soucier du fait qu'il n'était vêtu que d'un T-shirt usé et d'un caleçon et pieds nus, le blondin déboula à toute vitesse dans le couloir, se jetant presque dans les escaliers en direction du premier étage sous les yeux ébahis d'autres hommes et femmes étrangers à Matthew et tous aussi étranges que celui qu'il avait laissé derrière lui dans le dortoir retourné. Son objectif était le bureau d'Esther — c'était le seul choix logique qui s'était imposé à lui. Il fallait qu'il s'assure qu'elle allait bien; qu'il la prévienne, qu'ils appellent la police et se barricadent tous le temps que ces envahisseurs soient neutralisés, mais lorsque le petit Français atteignit le premier étage, il resta figé sur place.

Dans le couloir carré d'environ trois mètres sur cinq, tous les autres enfants étaient réunis, alignés contre le mur, et devant eux, en ligne également, se tenait un autre escadron d'envahisseurs à la tenue identique, armés eux aussi de brindilles étranges pointées droit sur ses "camarades" d'infortune. De l'extrémité de ces dernières, une lueur pâle jaillissait en continu, et semblait beaucoup trop se refléter dans le regard absent des victimes immobiles. Même Anthony, son bourreau le plus dévoué, un garnement roux un peu rondouillard et à l'expression d'ordinaire insolente, de taille imposante bien qu'âgé de quatorze ans, restait les bras ballants, la bave au bord des lèvres.

"What the hell ?!"

Ce furent les seuls mots que le jeune garçon au regard azur parvint à exprimer. Il ne comprenait rien à ce qui était en train de se produire. Tout semblait irréel, et pourtant il avait la certitude totale de ne plus être en train de rêver. Il ressentait tout bien trop précisément et intensément pour qu'il ne s'agisse que d'un rêve, mais son cerveau peinait à accepter qu'il était en train d'évoluer dans un nouveau niveau de sa propre réalité.

"Incarcerem !"

Matthew sursauta en attendant le cri dont il ne parvint pas à saisir le sens, mais il ne put pas se remettre en mouvement en réaction à celui-ci. En effet, autour de lui venait d'apparaître une corde épaisse et rêche qui se resserra solidement autour de lui, piégeant ses bras et son torse mais aussi ses jambes, ce qui le fit basculer au sol. Par chance, il tomba sur le flanc sans réellement se faire mal, mais se mit aussitôt à se débattre. En voyant plusieurs silhouettes jaillir à sa suite des escaliers, il sentit l'adrénaline enflammer ses veines. Ses yeux s'écarquillèrent tandis que la panique faisait éclore dans sa gorge un cri terrifié, et lorsqu'il vibra dans l'air, les cordes se délitèrent et il bondit sur ses jambes, se précipitant vers la porte du bureau d'Esther qu'il se sentait la force de défoncer s'il l'avait fallu.

Mais il ne fallut pas.

La porte en question s'ouvrit subitement, et la directrice du foyer pour enfants apparut dans l'encadrement, les yeux aussi écarquillés que ceux de son petit protégé, sa chevelure rousse relevée négligemment en un chignon désorganisé, lui donnant un air échevelé.

"Matthew !" s'exclama-t-elle en portant une main à sa bouche, comme si son apparition la choquait profondément.

"Esther !" lui fit écho ce dernier.

Le petit blondin était sur le point de se jeter sur elle pour qu'ils s'enferment à double tour dans le bureau, mais il se stoppa net dans son élan quand un homme semblant appartenir à la même tranche d'âge que sa bienfaitrice et arborant un air austère apparut à côté de cette dernière et fixa sur lui un regard froid et distant malgré leur couleur marron. De toute évidence, au vu de sa tenue accordée à celle des autres, il appartenait aux camps de ceux qu'il avait mentalement surnommé "les envahisseurs," qui étaient en train de faire subir une quelconque expérience bizarre aux autres enfants, dont il savait qu'ils étaient tous chers à Esther. Pourtant, celle-ci semblait ne pas être leur prisonnière. Elle ne lui cria pas de s'enfuir, n'esquissa aucun geste pour protéger "ses" enfants. Au lieu de cela, elle se contenta de le fixer, et dans son regard gris d'ordinaire protecteur et réconfortant comme celui d'une mère louve, il ne lut que de l'incertitude et une sorte de… peur, dirigées vers lui. Avant même qu'il eut pu s'en étonner, le jeune garçon sentit la pointe rugueuse d'un objet en bois s'enfoncer dans sa chevelure et se coller contre la peau de son crâne.

"Plus un geste, ou je serai contraint de te stupéfixier, mon garçon," annonça une voix féminine ferme, autoritaire et dénuée d'émotion, qui lui rappela les fois où il avait été raccompagné au foyer par des policières londoniennes. Sauf que les policières londoniennes ne s'adressaient jamais à lui dans la langue de Molière. Que venaient faire ces gens étranges, armés d'objets étranges, vêtus d'habits étranges, et proférant des menaces étranges — what the fuck did "stupéfixier" even mean ?! — dans sa seconde langue, dans un foyer pour enfants sans histoires, et que lui voulaient-ils à lui en particulier ? Car il était clair dans sa tête qu'il était leur cible — autrement, il aurait déjà été aligné contre le mur avec les autres selon toute vraisemblance. Cependant, il avait un doute sur le fait qu'il obtiendrait une réponse en posant poliment la question dans sa situation actuelle.

"Vous m'avez juré que vous ne lui vouliez aucun mal !" s'indigna Esther en s'avançant et en le saisissant par le bras pour l'amener dos contre elle dans une étreinte protectrice. Le petit Français esquissa un sourire; bien entendu qu'elle ne les aurait jamais trahis, ni lui ni les autres.

La femme qui l'avait menacé, à qui il faisait à présent face, abaissa son singulier morceau de bois que Matthew décida de dénommer "baguette", car il lui évoquait une baguette de magicien d'une certaine façon, et envoya un regard noir — au sens propre comme figuré — et accusateur à la quarantenaire.

"Et vous nous avez assuré qu'il ne savait utiliser aucun pouvoir, pourtant il a dissipé notre Sortilège d'Incarcération en état de pleine conscience," rétorqua-t-elle en passant à l'anglais, avec un accent français à couper au couteau.

"Sortilège d'Incarcération ?" répéta le garçon au regard azuré, incrédule. Cette femme venait-elle de faire allusion à de la… sorcellerie ?

Cette dernière sembla sur le point de l'invectiver quand l'homme se tenant près d'Esther leva une main

"Ça suffit. Maintenant que le garçon est réveillé et ne pose a priori plus de menace pour la sécurité des Moldus, allez vous assurer de la bonne application du Sortilège d'Amnésie. Dupont nous a déjà attiré des ennuis en y mettant un peu trop d'enthousiasme… Je prends le relais. Missis Dawkins, if the boy and yourself would please come sit with me... "

La femme, dont la peau noire n'avait rien à envier à son regard, perdit toute expression au profit d'un stoïcisme des plus professionnels et acquiesça d'un "bien, monsieur" avant de leur tourner le dos. Matthew se laissa entraîner par sa bienfaitrice à l'intérieur du bureau en gardant aussi longtemps que possible les yeux rivés sur l'étrange scène qui se déroulait dans le couloir, puis la porte se referma, et le jeune garçon reporta son attention sur l'homme qui s'était assis à la place ordinairement occupée par Esther comme si cela était tout à fait naturel. En dehors du fait qu'il était apparemment le chef des envahisseurs, Matthew décida qu'il lui était très antipathique. Sa bienfaitrice, qui était allée s'asseoir sur un des sièges généralement réservés aux visiteurs, lui fit signe de prendre place sur celui qui était situé juste à côté d'elle. Il constata qu'elle tremblait légèrement, et son regard incertain sautait sans cesse du garçon qu'elle avait pris sous son aile à l'inconnu qui s'était accaparé son bureau sans que cette incertitude ne la quitte. Le blondin sentit sa propre expression se durcir tandis qu'il prenait place à son tour en face de leur interlocuteur. Il ne savait pas qui cet homme était, mais non seulement il semblait représenter une menace pour eux tous, en plus d'avoir réussi, d'une façon ou d'une autre, à faire passer Matthew pour quelqu'un de suspicieux aux yeux de celle qui l'avait toujours aimé malgré ses différences et les difficultés qu'elles avaient pu poser. Et à ses yeux, cela était impardonnable. S'asseyant, il le dévisagea sans même s'en cacher, comme s'il était en train de tenter de graver chaque détail de son physique dans sa mémoire.

L'étranger, apparemment français, avait le crâne déjà passablement dégarni. L'implantation de ses cheveux était haute, et ces derniers devaient déjà avoir été très fins lorsqu'il était plus jeune car sa chevelure poivre et sel semblait clairsemée. Sa peau, déjà relativement ridée, révélait que son expression faciale la plus fréquente devait arborée un air de sévérité très autoritaire, ce qui était renforcé par ses sourcils épais, presque broussailleux. Il avait dû travailler cette attitude pour compenser son manque de présence physique, car, même assis, on pouvait remarquer qu'il était d'assez petite taille et pas très large d'épaule. Cet ensemble austère était sublimé par l'uniforme qu'il avait en commun avec son… unité ? De quelque organisme obscur qu'il put être. Ce dernier était composé d'un blouson en velours noir à col droit rigide et montant fermé de la naissance du cou jusqu'au bas-ventre par de gros boutons dorés et surmontait des pantalons de la même matière, tout aussi noirs, assortis à des chaussures de cuir noir d'apparence somme toute assez sobre.

De son côté, l'étranger parut aussi le dévisager pendant un moment de silence court mais pourtant extrêmement tendu et malaisé, en particulier pour Esther. Matthew comme elle eurent l'impression qu'il tentait de déterminer s'il fallait qu'il s'adresse au blondin comme un policier se serait adressé à un accusé ou un simple témoin. Finalement, il arqua les sourcils en abaissant légèrement le regard, semblant s'être décidé, et prit une bruyante inspiration avant d'entamer la discussion, en français — ce qui fit tiquer Matthew, car c'était une façon d'exclure Esther de l'entretien.

"Je pense que nous sommes partis du mauvais pied, mon garçon," déclara-t-il d'une voix légèrement rauque.

"Matthew. And I'm not your boy, whoever you might be," répliqua le blondin en utilisant délibérément l'anglais.

Un rictus redressa le coin des lèvres de l'étranger, mais il sembla cependant apprécier la rebuffade contre toute attente. En vérité, il avait espéré que le garçon serait revêche, qu'il opposerait de la résistance. Cela faisait deux ans que son travail n'était plus aussi stimulant qu'il avait pu l'être. Depuis la mort du mage noir s'étant autoproclamé Seigneur des Ténèbres, le Britannique Lord Voldemort — qui avait eu le mauvais goût de choisir un pseudonyme à consonance française. La disparation de la menace magique du siècle numéro un en Europe, voire mondiale, avait provoqué une baisse drastique de la criminalité, car les forces de l'ordre magique de chaque pays avaient peu à peu pu reporter leur attention sur tous les autres crimes magiques qui passaient jusque-là souvent à la trappe car considérés comme d'importance moindre comparés aux exactions des Mangemorts et autres partisans du funeste Fourchelang, et l'action se faisait rare. Oh, certes, il n'allait pas ouvertement provoquer le garçon; il n'était pas stupide. Mais s'il parvenait à le faire sortir de ses gonds d'une façon ou d'une autre, il pourrait peut-être se frotter à cette puissance immense qui semblait sommeiller en lui. Qui sait, il pourrait peut-être en faire la nouvelle figure d'élite de son unité d'intervention spéciale au sein du Bureau National des Aurors Français… ou la nouvelle menace à neutraliser. Dans tous les cas, cela pouvait se révéler très intéressant.

"Très bien, Matthew. Bien que cela ne soit pas trop nom, mais je vais y venir," reprit-il, toujours en français, ayant décidé de maintenir cette espèce de petit bras de fer verbal entre eux. Sa remarque suscita une réaction d'étonnement très notable chez le garçon, qui reprit néanmoins rapidement une contenance.

"Comment ça ?" l'interrogea-t-il, en français cette fois-ci, signe qu'il avait tout de même réussi à le déstabiliser. Que ce fût aussi rapide et aisé le déçut quelque peu.

Posant ses mains sur le bureau, les doigts d'une main bien symétriquement apposés sur leurs homologues de l'autre, ne prenant pas la peine de cacher sa satisfaction, l'Auror poursuivit.

"Permets-moi dans un premier temps de me présenter. Je suis le commissaire Sergius Barbarin du BNAF, une autorité importante dans le monde magique français. Je vois à ton sourire en coin et ton sourcil légèrement levé que tu penses peut-être que tout ceci est une blague, mais je peux t'assurer que je suis on ne peut plus sérieux. Si nous sommes ici, mon garçon, c'est parce que tu es un sorcier."

Le dénommé Sergius Barbarin marqua une pause pour laisser le temps à Matthew de réagir, et ce dernier le fixa comme s'il était fou pendant une bonne demi-minute, avant de se tourner vers la dame qui l'avait recueilli lorsqu'il était encore tout jeune, en quête d'un signe que tout ceci était en réalité une vaste farce des plus élaborées.

"Esther, je ne trouve vraiment pas ça drôle," finit-il par asséner sévèrement à cette dernière, les sourcils froncés, avant de se lever dans le but de passer la porte.

En réaction, Sergius révéla tranquillement sa baguette, un instrument d'apparence sobre et lisse, rangée dans ce qui ressemblait un peu à un holster cousu au flanc de son blouson.

"Porta Firmata," énonça-t-il en pointant l'objet vers la poignée que Matthew était sur le d'ouvrir.

Un son de verrou qui s'enclenche retentit, et le blondin n'eut que peu de succès lorsqu'il tenta de quitter la pièce. Se retournant vers l'autre Français, il lui jeta un regard noir et affirma avec humeur: "This doesn't prove anything. Try harder."

L'homme ricana et pointa sa baguette sur la tasse d'Esther, qu'elle avait laissé vide, sans doute la veille, sur le bord du bureau.

"Accio tasse."

Sous le regard ébahi du jeune homme, et d'une Esther qui semblait au bord de l'évanouissement, la porcelaine se mit à trembler légèrement, puis glissa du bord du bureau jusqu'à s'arrêter devant la pointe de la baguette de l'étranger. Ce dernier, lui, arbora un sourire satisfait, mais prit la décision d'en rajouter encore une petite couche pour la forme. Plaçant l'extrémité de sa baguette au dessous de la tasse, il prononça une nouvelle incantation.

"Aguamenti."

Aussitôt, le contenant, dont Matthew ne pouvait nier qu'il était tout ce qu'il y avait de plus normal, se remplit d'eau claire. Sans voix, le garçon s'approcha et se rassit sans faire d'histoire. Mais, contrairement à ce que l'Auror pensait, l'objet de sa mission ici ne se mit pas à lui poser des questions à propos de sa propre identité. Sur son visage transparaissait toujours une méfiance inchangée ainsi qu'une forte antipathie, et ce fut sur un ton agressif qu'il reprit la conversation.

"What are you doing to the others ? Leave them alone if it's me you want !" cracha-t-il presque.

Barbarin pouffa en rangeant sa baguette, fermant les yeux un petit instant en secouant la tête.

"Ah, nous avons donc un petit héros. Rien d'étonnant, tu corresponds bien au schéma Harry Potter, le héros local. C'est très noble de ta part de t'inquiéter pour eux, mais en vérité, nous sommes en train de leur rendre service, ainsi qu'à toi. Ils subissent tous un effacement sélectif de leur mémoire à court terme afin d'oublier que tu aurais très bien pu les blesser dans ton sommeil."

Le petit Français sursauta sur sa chaise. Que venait-il de dire, cet allumé? Il n'avait attaqué personne, et surtout pas dans son sommeil ! Il n'était pas somnambule; la preuve, il était dans son lit lorsqu'un des collègues de ce Barbarin avait sans doute voulu lui jeter un sort à lui aussi.

"You're lying," rétorqua-t-il en faisant de son mieux pour rester stoïque, car il détestait l'air triomphant qui ne cessait de grandir de son interlocuteur à chaque fois qu'il parvenait à le surprendre ou à provoquer sa confusion. Celui-ci secoua la tête et répondit avec un affect exagéré.

"Tu n'en as donc absolument pas conscience ? Missis Dawkins, please tell your protegé what was happening when we arrived here."

Le blondin se tourna vers la quarantenaire, le regard plein d'interrogation, mais aussi d'espoir qu'elle lui dise que l'homme se trompait. Elle put voir ses émotions se refléter dans ses iris céruléens; à quel point il espérait que ce soit faux, lui qui essayait tellement d'être normal, de ne laisser sa différence ne faire de mal à personne, qui avait même appris à ne pas s'en vouloir d'être différent à force de persévérance. Elle voulait lui mentir, faire en sorte qu'il ne s'en veuille pas, d'autant qu'il n'avait dans les faits causé aucun dégât au final, mais tout ce qui était en train de se produire était bien trop gros, annonçait bien trop de changements importants dans la vie de Matthew pour qu'elle puisse se permettre de masquer la vérité. Elle commença donc à corroborer les dires de Barbarin, avec un peu d'hésitation.

"Il était environ huit heures quand ça a commencé. Certains d'entre nous prenions déjà notre petit-déjeuner quand tout s'est mis à trembler; les meubles, les lampes, les murs… Nous avons regardé par la fenêtre, pensant qu'il s'agissait d'un tremblement de terre, et même les clôtures tremblaient. J'ai voulu demander à tout le monde de se mettre à l'abri sous les tables, quand ceux qui étaient encore en haut sont descendus en courant, en disant qu'à l'étage des objets s'envolaient dans tous les sens, se fracassaient contre les murs. Au début, personne ne parlait de toi. Je suis montée pour aller chercher ceux qui n'étaient pas venus, toi compris, et des affaires en tout genre ont failli me finir dans la figure. Les autres étaient prostrés contre le mur devant la chambre et criaient tous "c'est Matthew, c'est Matthew," et moi je ne comprenais pas. Je suis rentrée dans la chambre pensant que tu étais en danger, mais ton lit tremblait à peine. Tu étais comme l'oeil du cyclone; il y avait cette… onde, cette énergie qui pulsait hors et autour de toi et attirait des choses avant de violemment les repousser, et cela devenait pire de minute en minute. J'ai voulu m'approcher pour te réveiller, car tu gémissais dans ton sommeil; tu te tordais un peu, tu haletais comme si tu subissais un effort intense, mais c'était impossible de te toucher. Nous avons voulu quitter les lieux, et c'est là qu'ils sont arrivés, comme ça, d'un coup, en se matérialisant de nulle part. J'ai d'abord cru que je devenais folle, j'ai même hurlé, et tes camarades ont dû être... ensorcelés, pour les empêcher de fuir dans toutes les directions, mais Monsieur Barbarin m'a calmé et m'a tout expliqué pendant que son unité s'affairait autour de toi. Ils n'ont pas eu plus de succès pour te réveiller que moi; leurs — leurs sorts ricochaient sur une espèce de barrière, ont-ils dit, mais, au fur et à mesure, très lentement, tout s'est calmé, jusqu'à ce que tu te réveilles. Il dit la vérité, Matthew, tu… tu es plus différent qu'on ne l'imaginait. Et ton vrai nom n'est pas Matthew. Tu as même un nom de famille. Ton vrai nom, c'est Mathieu Sommet."

Au fur et à mesure que ce petit récit avançait, Matthew — non, Mathieu; il allait devoir s'y habituer… — passa par plusieurs émotions, mais majoritairement de la surprise, et surtout de la résignation et de la tristesse. C'était donc la vérité. Tout cela était vrai. Y compris la raison qui avait attiré ces gens ici. Il aurait dû être heureux, extatique même. Depuis qu'il avait commencé à lire les romans qu'il affectionnait tant, à jouer aux jeux vidéo qui lui permettaient de s'évader dans des mondes imaginaires, il avait toujours rêvé que, quelque part, un autre Matthew, plus chanceux que lui, était parti à l'aventure armé seulement d'une épée et de son bâton de sorcier et sauvait des villages isolés d'attaques d'orcs après avoir passé la nuit à la belle étoile et la journée à chevaucher dans des plaines verdoyantes emplies de créatures fantastiques. Mais voilà, comme toujours, c'était le mauvais qui avait été souligné chez lui par cette capacité exceptionnelle qu'il possédait apparemment.. Barbarin dut percevoir immédiatement sa mélancolie, qu'il choisit comme angle d'attaque.

"Je vois que tu commences à saisir les implications de tout ceci, Mathieu. Car il s'agit bien de ton nom. Tu es un sorcier issu d'une famille française qui fut un jour fort puissante, mais qui a malheureusement dû te cacher au monde en t'envoyant ici et en bridant tes pouvoirs, du moins c'est ce que nous pensons. Mais tu te révèles à la hauteur de tes ancêtres, puisque ta magie semble avoir défait ses entraves petit à petit malgré ton jeune âge, ce qui cependant a donné un résultat un peu… imprévisible."

Arquant légèrement un sourcil sur ce dernier mot, il marqua une pause afin de jauger la façon dont le jeune Sommet réagissait à cette avalanche de révélations. Le petit sorcier nouvellement révélé profita de cet arrêt pour poser une question qui lui avait immédiatement brûlé les lèvres à la mention de sa famille — sa famille biologique, même si Esther était la seule vraie famille dont il avait jamais eu la connaissance.

"Est-ce que je vais les rencontrer ?"

Il avait essayé de ne pas avoir l'air trop empressé ni trop excité en demandant cela, car il ne voulait pas blesser sa bienfaitrice, dont l'amour ne lui avait jamais fait défaut, mais il ne pouvait pas s'empêcher de vouloir savoir. Lorsqu'il était encore tout jeune, cette question était souvent revenue; encore plus lorsque ses différences avaient commencé à vraiment se faire sentir, et surtout à ce qu'on commence à lui les faire sentir. Savoir d'où il venait, à qui il devait ce qu'il était, trouver quelqu'un à qui il aurait pu bien plus s'identifier; toutes ces envies étaient normales, mais elles avaient fini par diminuer jusqu'à ne plus être qu'un petit bourdonnement sourd dans le fond de son esprit qui ne se faisait plus vraiment entendre sans totalement disparaître. Mais voilà qu'il retrouvait une occasion de crier, de sortir, et peut-être de trouver une réponse.

L'espoir fut tué dans l'oeuf.

"Ta famille a été décimée lors de la dernière guerre qui a éclaté dans le monde des sorciers. Désolé, mon garçon," répondit l'Auror, sans la moindre émotion.

"Oh."

Le garçon se laissa retomber dans son siège, sur lequel il s'était un peu avancé dans une attitude expectative. Cela aurait été trop beau, bien entendu. Néanmoins, il avait fait le deuil de cette famille qu'il n'avait jamais connue depuis longtemps; il parvint de ce fait à ne ressentir qu'une légère déception plutôt qu'une tristesse énorme, mais cette déception s'accompagna aussi d'une énorme lassitude qui l'emporta sans prévenir, le rendant complètement silencieux et le déconnectant presque de la situation dans laquelle il se trouvait. Il resta là, à fixer le vide, sans rien dire, indifférent à la main réconfortante qu'Esther posa sur la sienne, et ce fut une fois de plus l'austère sorcier français qui reprit la parole. Se levant, les mains croisées dans le dos, il se dirigea vers la fenêtre et regarda d'un air très intéressé à l'extérieur.

"Les premières ondes de ton pouvoir ont même affecté d'autres habitations dans le quartier — c'est dire si tu as de la ressource ! Les autorités magiques britanniques ont sans doute dû arriver entretemps pour mettre de l'ordre dans tout ça elles aussi. Toutefois, puisque tu es en réalité un ressortissant français, et pas des moindres, ton cas est d'un intérêt tout particulier pour notre pays. Je pense que tu comprendras qu'il est nécessaire que tu nous suives le temps que tu saches maîtriser tes dons — ou que nous trouvions une façon d'éviter qu'ils t'échappent de cette façon — pour le bien de tous, n'est-ce pas?"

L'antipathique étranger mit une emphase particulière sur ces trois derniers mots, les prononçant d'une voix légèrement plus haute et lente, presque comme une menace. Et Mathieu — ou Matthew; il n'était plus sûr de savoir exactement qui il était à cet instant — se doutait très bien que sa réponse importait peu. S'il refusait, il trouverait un moyen légal de le forcer à venir avec lui, mais le jeune homme ne comptait pas le mener à de telles extrémités. Il était d'accord avec lui. Il fallait que les autres soient à l'abri… de lui. Doucement, il opina du chef.

"À la bonne heure. Missis Dawkins, as Mathieu will need a very special kind of attention for an undetermined period of time, I think it would be best for all of us if we erased your memory—"

"NO!"

Le cri retentit, bouillonnant d'émotions: panique, agitation, et surtout colère. Esther sursauta et retira précipitamment sa main. Autour de Matthew, l'air sembla se troubler et bouillonner également, avant d'exploser en ondes concentriques qui projetèrent tout ce qui trouvait devant le jeune homme vers l'extérieur, brisant la fenêtre au passage. Barbarin, un rictus qu'il peinait à cacher aux lèvres, eut tout juste le temps de prononcer une quelconque incantation qui le garda d'être percuté par le bureau, qui retomba lourdement sur le sol, renversé sur le côté. Il riposta aussitôt sous les hurlements perçants d'Esther qui tenta bien trop lentement de s'interposer pour les réflexes dont l'étranger fit preuve. Fendant horizontalement l'air de sa baguette, il s'exclama: "Impedimenta!"

Toutes les réactions du blondin semblèrent ralentir à l'extrême, et la panique fut la seule émotion encore lisible dans son expression. Des comparses de Barbarin, y compris la jeune femme qui avait précédemment légèrement menacé Matthew, firent irruption dans la pièce, la baguette levée, mais celui-ci leur fit signe qu'il avait les choses sous contrôle. Esther, dont la furie provoquée par le désarroi de celui qui était comme un fils pour elle avait effacé la crainte des pouvoirs surnaturels de leurs opposants, voulut se jeter sur leur chef, mais celui-ci la maîtrisa facilement et la retint fermement par les poignets.

"Laissez-le tranquille!" s'époumona-t-elle en tentant de le frapper. Barbarin se contenta de rire de sa tentative. Dans son anglais à l'accent français prononcé, il déclara posément:

"Détendez-vous, Madame. Il ne souffre pas, mais il est nécessaire de le contenir. Et vous aussi. Célestine, veuillez appliquer un Sortilège d'Amnésie sur —"

L'ordre fut interrompu par un craquement qui retentit dans le bureau.

"Finite Incantatem!"

Matthew fut immédiatement à nouveau totalement libre de ses mouvements et, comme tous les autres individus présents dans la pièce, son regard se porta immédiatement sur la source de cette voix qui lui était venue en aide — britannique vu l'accent que la formule avait pris dans sa bouche. Elle appartenait à une femme de haute stature qui semblait très âgée, comme en témoignait les nombreuses rides sur son visage à peine maquillé — un peu de fard à paupières, tout au plus. Son expression sévère était d'une certaine façon accentuée par son visage pointu et fin, sans parler de son chignon serré et ses lunettes carrées qui la rapprochait d'un cliché d'institutrice austère. Stoïque, elle se contenta de lever un sourcil face à la scène qu'elle venait d'interrompre, rangea sa baguette dans les plis de ses robes couleur émeraude, et s'adressa sur un ton nonobstant légèrement cassant au chef des Aurors français.

"Monsieur, auriez-vous l'amabilité de m'expliquer ce que le Bureau des Aurors Français veut à mon élève ?"

Différents degrés de surprise furent éveiller par ses paroles. Sur le visage de Barbarin, on lisait une surprise mêlée de contrariété. Sur ceux de certains de ses subordonnés, on lisait juste un étonnement sincère accompagné pour certains d'une forme de respect craintif. Sur celui d'Esther ne régnait que l'incompréhension totale et la stupeur entière d'avoir vu une personne se matérialiser hors du vide, malgré les évènements qu'elle avait déjà dû assimiler plus tôt. Le plus troublé restait tout de même et de loin Matthew. Les sourcils froncés, alors qu'il venait à peine d'être libéré d'un second sortilège destiné à le neutraliser en moins d'une heure, le garçon à l'identité actuellement incertaine se demandait bien d'où cette femme pouvait bien le connaître et prétendre qu'il était son élève. Il avait eu un certain nombre de professeurs dans sa vie et se rappelait de chacun de leur visage et de leur nom — il avait toujours eu une excellente mémoire —, et cette dame n'en faisait aucunement partie.

"Minerva McGonagall. La directrice de Hogwarts en personne qui se déplace, quel honneur. Néanmoins, je constate que le concerné n'a pas l'air de vous connaître. Serait-ce un coup de bluff pour éviter à votre pays de vous faire souffler un prodige ? Vous avez déjà eu Harry Potter, vous pourriez être un peu plus partageurs... " répondit Barbarin sur le ton de la plaisanterie, même si on pouvait sentir la provocation et la moquerie sous-jacente, dont il ne tentait pas vraiment de se cacher.

La nouvelle venue arqua encore un peu les sourcils et, pinçant légèrement les lèvres, sorti de ses robes… un épais grimoire entier, sous les yeux ébahis de Matthew et Esther, une fois encore. Celui-ci semblait contenir, en guise de marqueur, une plume, et la dame à l'air sévère l'ouvrit à la page marquée à son aide. Elle reprit ensuite sa baguette et prononça les mots "Wingardium Leviosa" en désignant de son bout le tome, qui resta en suspension dans l'air, tandis que la plume se mettait à se mouvoir seule sur le papier. Elle reprit les paroles d'une voix emprunte de dignité à l'instar de son maintien.

"Ayant anticipé ce que j'allais découvrir ici, voici de quoi réfuter cette accusation. Je vous invite à venir vous-même vérifier l'apparition du nom de Monsieur Sommet dans le Livre des Admissions de notre école qui continue à se remplir en ce moment-même. Par ailleurs, j'ai également avec moi une copie conforme et authentique du parchemin signé de la main de feus Azurine et Marc Sommet demandant à ce que leur enfant étudie la sorcellerie à Hogwarts — et non en France. En vertu du contrat magique ainsi scellé, légalement parlant, vous n'avez aucun droit de faire sortir ce jeune homme du Royaume-Uni, ni de l'empêcher d'assister à nos cours. Il est évident que vous ne souhaitez pas causer un accident diplomatique — d'autant que le Ministère de la Magie n'a pas été informé de cette opération dans notre pays, aussi violente ces premières manifestations de magie eussent pu être, ce dont vous allez sans doute devoir répondre. Dois-je poursuivre ?" déclama la sorcière — il devait se rendre à l'évidence, c'était ce que ces gens étaient; ce qu'il était — avec un léger sourire en coin marquant sa satisfaction et une certaine espièglerie sous son masque d'austérité.

Son interlocuteur ne répondit rien, mais à la façon dont il carra la mâchoire, il était évident qu'il était très en colère de ne rien pouvoir faire pour la contrer.

"Cette affaire n'est pas terminée," se contenta-t-il de presque cracher. Puis il fit un signe de tête à ses acolytes, et tous disparurent de la même manière que Minerva McGonagall était apparue.

Cette dernière s'avança vers Esther et lui parla sur un ton désormais plus réconfortant, et soudainement elle sembla être une femme très chaleureuse — et cette ambivalence permit immédiatement à Matthew — non, Mathieu — de savoir qu'il allait l'apprécier. Car il comptait la suivre. Pour la première fois, il avait entendu les noms de ses parents, et les preuves que cette dame avait présentées, si lui ne pouvait juger de leur authenticité, semblaient avoir convaincu les envahisseurs de déguerpir, le sauvant par la même occasion — car il était convaincu que ce Barbarin ne l'aurait pas emmené vers une école, mais plutôt vers une cellule. Si ses parents biologiques, qui semblaient l'avoir abandonné uniquement pour le protéger de ce qui leur avait fait perdre la vie, avaient formulé le souhait qu'il aille étudier cette part de lui qu'il venait de découvrir, alors c'était là qu'il irait. Et pas uniquement pour respecter la mémoire de parents qu'il n'avait pas connus et qu'il lui était auparavant arrivé de maudire, lorsqu'il ne savait rien, mais aussi parce qu'il était nécessaire qu'il puisse maîtriser ce pouvoir qui demeurait en lui, car il se refusait de blesser par accident celle qu'il considérerait toujours comme une mère, et à laquelle il avait attiré suffisamment d'ennuis.

"Madame Dawkins, je suis navrée que vous ayez eu à subir tout cela. Nos propres Aurors vont à présent prendre la situation en main, vous ne craignez plus rien. Et en tant que tuteur légal de Monsieur Sommet, nous n'autoriserons pas que votre mémoire soit effacée, sauf si vous veniez à rompre la loi sur le Secret Magique. Les dégâts occasionnés seront aussi pris en charge par le Ministère de la Magie."

L'ancienne psychologue, qui semblait avoir atteint les limites de ce qu'elle pouvait supporter pour la journée, acquiesça, avant de commencer à sangloter en se dirigeant vers le couloir, non sans avoir auparavant serré Mathieu dans ses bras en lui assurant que tout allait bien aller. La voir dans cet état lui serra le coeur, et il se promit d'avoir une discussion avec elle dans un cadre plus calme avant de partir.

"Vous concernant, Monsieur Sommet, je ne souhaite pas vous forcer la main. Si vous ne désirez pas me suivre pour commencer vos études à Hogwarts, vous pouvez révoquer le contrat, vos parents n'étant malheureusement plus en mesure d'exercer leur veto sur ce sujet."

Contrairement à l'Auror, la directrice de cette école de sorcellerie au nom étrange ne semblait animée que de bonnes intentions à son égard, et il ne sentait aucune agressivité ni aucune menace émaner d'elle. Aussi n'hésita-t-il pas une seule seconde. L'air résolu, il répondit:

"Je vais vous suivre."

La sorcière le regarda de haut en bas, ses lèvres arborant un nouveau sourire en coin, et constata:

"Dans ce cas, il me semblerait approprié que vous enfiliez quelque chose de plus socialement acceptable."

Le blondin fronça les sourcils, perplexe, puis regarda vers le bas, avant de relever la tête en haussant les épaules, l'air à peine décontenancé.

Il était toujours en sous-vêtements.