Bonjour. J'espère que vos proches et vous vous portez bien. Je ne vais pas faire de long discours, je ne suis pas douée pour ça mais je vous encourage toutes à parler si vous en éprouvez le besoin. Personnellement, parler avec ma famille, mes proches et les personnes avec qui je peux échanger sur ce site m'a fait du bien et m'a convaincue que j'allais continuer à lire, à écrire, et à discuter avec qui voudra bien engager la conversation avec moi.

Prenez soin de vous.

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« Tu as toujours été un bel enf- une vraie canaille, rectifie Tony après un regard à son fils.

— Merci, Tony, fait modestement le dieu. Après avoir convaincu le bon peuple de Midgard que je n'étais plus une menace, j'ai attendu patiemment le jugement du vieux fou. Pas qu'il avait le choix mais, allons, il fallait bien que le Père de tout sauve les apparences en feignant de réfléchir à sa décision. En attendant, j'ai proposé à ton papa un petit séjour découverte à Álfheim », sourit Loki en se tournant vers son compagnon.

Tony sourit en retour. Álfheim... ce seul nom lui met des étoiles plein les yeux. Ses paysages grandioses, ses habitants brillants et désireux de transmettre leurs connaissances, Loki qui lui sourit et l'embrasse... Oh non, il n'ira pas sur ce terrain, pas tout de suite.

« Vous ne m'avez pas encore emmené à Álfheim, intervient Einar. Vous n'arrêtez pas d'en parler mais je ne sais même pas à quoi cela ressemble, dit-il en boudant.

— C'est magnifique, souffle Tony. Presque trop. Quand j'y suis arrivé la première fois, j'ai cru que Peter Jackson tournait son dernier film et j'ai cherché les caméras, rigole-t-il. C'est vraiment superbe, grandiose, ces montagnes, ces torrents, ces trucs là, ah, comment cela s'appelle-t-il, déjà ?

— Des arbres ? propose Loki.

— C'est ça, fous-toi de moi, fait le milliardaire en haussant les épaules. C'est vrai que je ne suis pas exactement un enfant de la campagne. » Loki ricane. « Quoi ! J'ai toujours vécu à New York ou à Malibu, alors je suis infoutu de différencier un frêne d'un bouleau. Remarque, les arbres sur Álfheim ne ressemblent à rien de connu sur Terre, alors cela ne m'aurait pas été d'une grande aide.

— Après cette brillante description, tu dois te faire une idée assez précise du royaume d'Álfheim, sourit Loki à son fils.

— C'est toi l'enfant d'Yggdrasil, explique-lui, Reindeer Games, fait Tony en levant les yeux au ciel.

— Álfheim est le gracieux royaume de la lumière et de la beauté, ses habitants y sont plus beaux que tous les soleils des Neuf Royaumes. Sa capitale, Yadaï, est la perle des mondes, blottie dans une vallée verdoyante où coule l'eau la plus cristalline et la plus pure que tu aies jamais bue. La magie la protège des fous qui voudraient l'assaillir et son palais se dresse majestueusement sur une corniche...

— C'est Fondcombe, quoi ! s'exclame Einar en coupant l'envolée lyrique de son poète de père.

— Yadaï n'a rien de commun avec les délires d'un vieux professeur d'anglais ! proteste le dieu avec véhémence.

— Il faudrait que j'y aille pour trancher », fait malicieusement l'enfant.

Tony admire en connaisseur le talent de son fils pour toujours parvenir à ses fins. Einar semble avoir hérité du meilleur de ses pères. Ou du pire, frissonne-t-il. Mais il ne peut nier qu'il serait ravi de retourner sur Álfheim, avec enfant et compagnon. Les voyages forment la jeunesse, après tout.

« Oui, Loki, nous devrions envisager d'y aller tous les trois, il serait très profitable à cet enfant de découvrir un autre monde, une autre façon de penser-

— Profitable à Einar ou à toi ? le coupe le dieu. Je crois que Taeilshi serait ravi de te revoir. »

Tony grince des dents en entendant ce nom. Il a détesté l'elfe dès qu'il l'a vu. Une haine farouche et sincère, quoiqu'irraisonnée. Sois honnête, Tony, que Taeilshi se colle sans pudeur à Loki était une bonne raison, fait la petite voix narquoise cachée dans un recoin de sa tête. Je n'étais pas amoureux de Reindeer Games quand j'ai posé le pied sur Álfheim, réplique silencieusement le milliardaire. Vraiment ? ricane la voix. Alors, en quoi le comportement de Taeilshi envers Loki te dérangeait-il tellement ?

Il secoue la tête et refuse de croiser le regard narquois de son compagnon. Il choisit de s'adresser à son fils.

« Tu vois, Einar, Álfheim est très différent d'Asgard. Les Ases valorisent le courage, l'honneur, les vertus guerrières... toutes ces valeurs censées leur ouvrir les portes du Valhalla. Les habitants d' Álfheim... ce ne sont pas des lâches mais plutôt que de gagner l'univers, ils préfèrent l'étudier. S'ils doivent se battre, ils ne se dérobent pas mais ils font plus confiance à leur magie et à leur technologie qu'aux armes pour assurer leur sécurité. Dès leur plus jeune âge, les citoyens d'Álfheim sont encouragés à s'interroger, à réfléchir et à chercher des réponses, que leurs questions concernent la philosophie ou les sciences. L'atmosphère de ce royaume est propice à la réflexion et à l'émulation et ses plus grands esprits se penchent déjà sur des problèmes dont les gens de Midgard ou d'Asgard n'ont seulement pas encore conscience. »

Tony se tait, les yeux brillants. Loki sourit. Lors de son séjour sur Álfheim, Tony lui a fait penser à un gamin en visite dans son magasin de jouets préféré. Il allait d'un scientifique à un autre, les noyant sous les questions, voulant tout savoir, tout comprendre. Les joues rouges, les yeux écarquillés, les cheveux en bataille et le sourire béat, tout en lui évoquait un bambin surexcité et ravi. Le dieu se souvient du nombre de fois où il avait dû rappeler au mortel qu'il était l'heure de manger ou qu'il n'avait pas dormi depuis vingt-six heures. Souvent, pour s'entendre répondre « Pas le temps, Jarvis » par un Tony passé en mode génie indifférent aux basses contingences humaines. Quand il estimait qu'il y avait vraiment urgence, Loki usait de sa magie pour endormir le Midgardien ou pour le forcer à se nourrir. Quand les effets de la magie se dissipaient, Tony adressait un regard méfiant au dieu, qui y répondait par un sourire innocent.

Loki se souvient également des longues promenades aux côtés du génie, promenades pendant lesquelles il avait essayé d'éveiller son intérêt pour la nature et l'histoire d'Álfheim. D'abord réticent, l'enfant des villes avait fini par se laisser convaincre et par le suivre. Il faut dire que le dieu avait eu raison de ses réticences initiales en lui proposant de lui faire rencontrer Dorion le Sage. Tony avait poussé une exclamation horrifiée quand Loki lui avait appris que le vieil érudit habitait à une heure du palais, à pied.

« Une heure ! Et pourquoi pas trois jours ! avait-il maugréé.

— Si tu le désires, à trois jours de marche du palais, réside Sirond. Il connaît tout de la formation des étoiles mais, à part son barat, il ne supporte la présence d'aucune créature.

— Son barat ?

— C'est un animal qui ressemble au croisement d'un écureuil et d'un lion, pour parler d'animaux que tu connais. Allons, Anthony, une heure de marche, ce n'est rien. La balade est magnifique et Dorion compte parmi les esprits les plus étonnants de ce monde. Crois-moi, tu ne le regretteras pas », conclut-il avec un sourire enjôleur.

Tony avait donc suivi le dieu jusqu'à une cabane perdue dans les bois. Il dut bien s'avouer que la promenade était effectivement magnifique, même s'il était plus habitué à jauger la beauté de la jungle urbaine midgardienne que celle des forêts extraterrestres. Quand le dieu appela doucement Dorion, le Terrien vit arriver un vieil homme débraillé. Il avait un visage rond, une barbe qui avait dû être brune autrefois, et se déplaçait en s'appuyant sur un bâton. Radagast ! s'amusa intérieurement Tony.

« Bonjour, Dorion, fit Loki d'une voix douce, comme s'il s'adressait à un enfant.

— Bonjour, mon petit, répondit l'autre. Tu m'as apporté mes fruits ?

— Bien sûr », répondit Loki en lui tendant un petit paquet. Le vieil homme se jeta sur les figues comme s'il n'avait rien mangé depuis cinq jours. Pendant qu'il s'empiffrait, l'Asgardien expliquait aimablement à Tony : « Il adore les figues mais les figuiers ne poussent pas près de sa cabane. »

Après avoir mangé, Rada- Dorion s'essuya la bouche d'un revers de main, rota et, sans prêter plus d'attention à ses invités, alla s'allonger sous un arbre. Il ronfla bientôt bruyamment. Au regard interloqué que lui lança Tony, Loki répondit en haussant les épaules.

« Il n'est pas très versé dans les mondanités, dit-il comme si cela expliquait tout.

— C'est « ça », l'esprit le plus brillant de ce monde ? s'exclama Tony, indigné.

— J'ai dit « étonnant », pas « brillant », corrigea Loki d'un ton de maître d'école.

— Mais...

— Tony, l'interrompit Loki. Dorion a effectivement été l'un des esprits les plus brillants d'Álfheim. Il l'est peut-être encore, qui sait, malgré ses manières un peu... frustres, précisa-t-il avec un gentil sourire en direction de l'homme qui dormait comme un bienheureux. Malheureusement, il s'est tellement dévoué à la science, et uniquement à elle, qu'il a perdu tout contact avec nous. Quand les habitants de cette planète se sont inquiétés de ne plus le voir, il était trop tard. L'esprit de Dorion avait sombré, consumé par son amour pour la science.

— Pourquoi ai-je l'impression que tu vas tirer une morale désagréable de cette histoire et dresser un parallèle guère flatteur pour moi ? fit Tony avec hargne.

— Si tu as cette impression, je n'ai peut-être pas besoin de t'enseigner la morale de cette histoire, sourit Loki. Mais oui, je m'inquiète de te voir tellement plongé dans tes expériences que tu en oublies de manger ou de dormir.

— Je fais ça depuis que j'ai huit ans ! protesta le génie.

— Justement, il serait peut-être tant de lever le pied, comme vous dites sur Midgard. À moins que tu ne veuilles que je t'apporte des figues dans une cabane au milieu de la forêt.

— Ah, ah, très drôle. Tu vas me dire qu'à part la conquête de Midgard ou d'Asgard, tu as d'autres centres intérêt, peut-être ?

— Bien sûr. Je m'intéresse à l'histoire, à la philosophie... et je sers occasionnellement de guide à des inventeurs midgardiens loin de chez eux.

— Un vrai enfant de chœur, en somme. Capsicle n'a qu'à bien se tenir. »

À partir de ce moment, ils prirent l'habitude de s'éloigner régulièrement de Yadaï pour s'enfoncer un peu plus à l'intérieur des terres du royaume. Tony s'avouait intérieurement qu'il appréciait de plus en plus ces moments partagés avec Loki et qu'il avait même fini par les attendre avec impatience. Il avait découvert que le Trickster pouvait se montrer très drôle, surtout quand son humour ne s'exerçait pas à ses dépens. Loki savait se montrer charmant et son esprit vif ravissait le génie. Jusqu'au jour où, passant chercher Loki dans ses appartements pour leur promenade rituelle, Tony l'avait trouvé occupé à glousser comme un adolescent avec Taeilshi.

« C'est qui, Taeilshi ? demande Einar, ramenant Tony à la réalité.

— C'est le fils de la reine des abeilles, répond le génie avec dédain.

— C'est le fils d'Idríll, glousse Loki. La reine des Elfes. Ton papa en a été jaloux au premier regard, un vrai coup de foudre inversé.

— Je n'étais pas jaloux, répond le milliardaire avec hauteur. C'est juste qu'il se montrait tellement sûr de lui, arrogant et suffisant... je ne vois toujours pas ce qui a pu te plaire chez lui.

— Je suis sûr qu'il se pose la même question à ton sujet », rétorque Loki avec ironie.

Le regard de Tony se voile. Il se souvient de ce qu'il a ressenti, ce mélange incompréhensible de colère et de déception. Il avait bredouillé une vague excuse avant de retourner à sa chambre sous les regards narquois des deux hommes. Là, il avait cherché à comprendre le sens de sa réaction. Cela ne pouvait pas venir du fait qu'il était-

« Tu étais jaloux, papa ? Tu étais déjà amoureux de père, alors ? »

Tony soupire. Il avait bien cherché à se convaincre que sa réaction n'avait rien d'anormal, mais il avait commencé à s'interroger sur ce qu'il pouvait bien ressentir pour le Trickster. Avant de le voir en compagnie de Taeilshi, il pensait juste apprécier sa conversation, son esprit, son sarcasme, mais il ne pensait pas être attiré physiquement par Loki. Putain ! Il était Tony Stark, bordel ! Génie, philanthrope, milliardaire et playboy. Playboy. Il était célèbre pour ses conquêtes féminines. Blondes, brunes, rousses, mariées, célibataires, célèbres ou illustres inconnues, elles étaient peu nombreuses à lui avoir résisté. Mais, un homme ? Bon d'accord, un extraterrestre. Un dieu, selon les anciens habitants d'Europe du Nord. Voilà, un dieu, c'était déjà plus acceptable. Mais cela ne changeait rien, Tony Stark n'avait aucun goût pour les hommes, qu'ils soient mortels ou divins.

« Il ne voulait pas se l'avouer, répond Loki. Quand ils nous a vus ensemble, il a tourné les talons sans prendre la peine de me parler.

— Tu étais occupé, je ne voulais pas te déranger, réplique amèrement Tony.

— Oh, mon aimé, cela te blesse encore, après tout ce temps ? », demande doucement le dieu en voulant l'enlacer. Mais le génie se dégage, clairement mal à l'aise.

« Quand j'ai voulu en discuter avec lui, il m'a repoussé. Je lui ai alors demandé si le fait que j'ai pu avoir une relation physique avec un homme le dérangeait.

— Cela me dérangeait pas, c'était juste que j'ignorais complètement que tu étais homosexuel ! Tu m'avais dit que tu avais été marié et-

— Tony, soupire son compagnon. Vous autres Midgardiens avez une vision de l'amour si réductrice ! J'aime qui je veux, indépendamment de sa race ou de son genre. » Il se tait un instant avant de reprendre. « Comme ton papa m'avait assuré qu'il n'était en rien rebuté par l'homosexualité, je lui ai alors demandé si sa réaction aurait été différente si je n'avais pas été concerné. En clair, je lui ai demandé s'il était attiré par moi, déclare Loki avec un sourire en coin.

— Et qu'a-t-il répondu ? demande Einar.

— Qu'il gèlerait en enfer avant qu'il fantasme sur une relation physique avec moi, répond Loki d'un air glacial. Qu'il préférait encore faire preuve d'abstinence jusqu'à la fin de sa vie plutôt que de me toucher.

— Non !? Papa, dis-moi que tu ne lui as pas dit ça ! »

Tony se tortille, embarrassé. L'image de Taeilshi pratiquement collé à Loki, l'attitude nonchalante et moqueuse du Trickster, la remise en question de sa sexualité, tout avait contribué à le faire sortir de ses gonds, jusqu'à se montrer blessant. Il avait presque instantanément regretté ses paroles, mais le mal était fait. Le visage de Loki s'était fermé et il était sorti de la chambre de Tony. Une sortie digne d'un prince, avait pensé Tony sans la moindre trace d'humour.

« Je... bredouille-t-il. J'étais en colère, mes mots ont dépassé ma pensée, fait-il piteusement. Je suis désolé de t'avoir dit ça, Loki. Vraiment désolé.

— Je sais, mon aimé, sourit le dieu.

— Qu'avez-vous fait, père ? Moi, je lui aurais envoyé un sort bien désagréable, comme celui qui fait pousser des furoncles sur tout le corps ou celui qui rend impuissant-

— Einar ! s'exclame son géniteur.

— J'ai relevé le défi », fait son père. Cette fois, son sourire a quelque chose de diabolique. Tony en frémit rétrospectivement. « Il avait déclaré préférer l'abstinence à une relation avec moi, j'ai voulu vérifier jusqu'à quel point monsieur pouvait se montrer chaste. J'ai évité tout contact avec lui. Quand je le croisais, j'étais en compagnie de Taeilshi, ce qui le décourageait de venir me parler. »

Le génie se passe une main dans les cheveux. Cet épisode fut l'un des plus désagréables de son existence. Il avait cherché à présenter ses excuses à Loki mais ce dernier le snobait délibérément. Au contraire, il se montrait de plus en plus intime avec Taeilshi. Tony les avait, trop souvent à son goût, croisés au détour d'un couloir, dans une attitude qui laissait peu de place à l'imagination. Il s'était senti de plus en plus en colère, de plus en plus amer. Jusqu'à se laisser tenter par les redoutables alcools du royaume des Elfes. Tout pour éviter de réfléchir aux raisons de sa colère et de son amertume.