« Quand je l'ai estimé à point, je suis passé à l'action, reprend le dieu du Mensonge. Un soir, lors d'un banquet organisé en l'honneur de la reine, j'ai évoqué un clone. Ton père, qui avait un peu abusé de la liqueur locale, nous a regardés, ou plutôt a regardé Taeilshi et mon clone, se bécoter. Pauvre chéri, il avait l'air à la fois furieux et perdu. Alors, je me suis glissé à côté de lui pour le réconforter.
— Tu as triché ! s'exclame Tony. Tu n'étais pas « toi », fait-il avec véhémence.
— Mon aimé, depuis le temps, tu devrais savoir que je peux adopter n'importe quelle apparence, mâle ou femelle.
— Pour moi, tu es Loki, un homme, mon compagnon. Pas ma compagne. Penser à toi comme à une femme, c'est... je n'y arrive pas, fait-il en secouant la tête. Aaaahh ! » fait-il, horrifié. Sous ses yeux, son fils a disparu pour laisser place à une adorable fillette aux boucles chocolat et au sourire espiègle.
Loki ricane avant de gronder affectueusement sa fille. Son fils. Son. Fils.
« Einar, tu sais bien que ton papa déteste quand tu fais ça. Regarde-le, il est complètement affolé, le pauvre. »
Le génie s'emploie à respirer calmement pendant que la petite fille lui sourit gentiment avant de reprendre sa forme habituelle. Il a beau savoir que son fils a hérité des facultés de son père, le voir changer de forme à volonté reste très perturbant.
« Pardon, papa, lui dit-il avec une moue adorable. Je n'ai pas pu m'en empêcher. Je suppose que papa ne vous a pas résisté, sous cette forme ? demande-t-il en se tournant vers son père.
— Il était éméché et en colère. Et il était persuadé de me rendre la monnaie de ma pièce en flirtant ouvertement en face de moi. Cela n'a pas été très difficile de l'entraîner dans sa chambre, sourit Loki. Il m'a même adressé un sourire triomphant en quittant la pièce. Enfin, à mon clone. »
Tony fait comme si tout cela ne le concernait pas. L'humiliation cuisante ressentie ce jour là continue de le tourmenter. Il se souvient de la magnifique brune à la taille marquée et aux traits délicats qui était venue s'asseoir à côté de lui. De ses grands yeux verts, de son gentil sourire et de sa voix caressante. Quel con ! Loki s'était présenté à peine masqué mais lui ne s'était douté de rien. À sa décharge, le génie ignorait alors tout de ce pouvoir particulier. Tout ce qu'il avait vu, c'était une belle jeune femme entreprenante à laquelle il n'avait pas eu envie de résister. Une fois dans sa chambre, elle n'avait pas perdu de temps et ses caresses s'étaient révélées expertes et inventives. Quand Tony avait décidé de prendre les choses en main et avait basculé la belle sur le lit, il avait vite été dégrisé.
« Tu aurais vu sa tête quand j'ai repris ma forme habituelle ! Le pauvre amour était complètement perdu.
— Il y avait de quoi, non ? fait hargneusement le milliardaire. Je pensais être avec une belle jeune femme et je réalisais que c'était un autre de tes sales tours.
— Anthony, tu avais cherché à me parler pendant des jours et, quand tu m'avais finalement en face de toi, tu n'étais toujours pas satisfait. Tu es compliqué, mon aimé.
— C'est toi qui dit ça ?! Si tu voulais vraiment me parler, tu ne m'aurais pas délibérément snobé comme tu l'as fait. Non, tout ce que tu voulais, c'était te moquer de moi. Encore une fois, dit-il avec amertume.
— Anthony... soupire le dieu. Je sais que tu ne le crois pas mais je te jure que je ne voulais pas te faire souffrir. Au départ, je voulais juste te sonder un peu, pour savoir si je pouvais éventuellement m'aventurer sur ce terrain. » Devant le regard surpris de Tony, il a un gentil sourire. « Oui, mon aimé. Entre mon séjour forcé à la Tour et les moments que nous avons partagés sur Álfheim, mon opinion sur le grand Anthony E. Stark avait déjà sensiblement évolué. J'étais ravi de nous découvrir de nombreux points communs, d'avoir des conversations intelligentes et passionnées avec toi, et je dois bien reconnaître que je n'étais pas insensible à ton joli petit cu- à ton sourire, se reprend-il après un rapide coup d'œil vers son fils. Pourtant, je n'avais aucune idée de ce que tu pouvais bien ressentir pour moi et, comme je déteste rester dans l'incertitude, je me suis servi de Taeilshi pour en avoir le cœur net. Mais je n'aurais jamais imaginé que tu réagirais si violemment. Je reconnais que tes mots m'avaient blessé, et que je voulais aussi en profiter pour te donner une petite leçon mais... je pensais que tu rirais vite de ma petite plaisanterie et que nous pourrions ensuite, comment dis-tu déjà ? Ah oui, mettre les choses à plat entre nous. Jamais je n'aurais pensé que tu le prendrais si mal. Je jouais ce genre de tour à Thor durant notre enfance et, même s'il râlait souvent, il finissait toujours par en rire. Je pensais vraiment qu'il en serait de même avec toi. Je me suis gravement trompé, fait le dieu en baissant la tête.
— Je ne suis pas Thor, répond Tony, toujours hargneux.
— Que les Nornes en soient remerciées, sourit Loki.
— Tu voulais vraiment me parler, alors ? demande timidement l'ingénieur. Je pensais que tu avais fait tout ça pour te payer ma tête et... pouvoir en rire avec Taeilshi, avoue-t-il tout bas.
— Encore aujourd'hui, Taeilshi ignore qu'il a diné en compagnie de mon clone, ce fameux soir », lui répond Loki avec un beau sourire.
Tony lui retourne son sourire, soulagé. Il a si longtemps cru que le Trickster avait juste voulu marquer sa supériorité en lui jouant ce tour pendable ! Il s'était senti stupide... et bizarrement déçu.
« Classique ! soupire Einar. Vous ne vous parlez sincèrement qu'en cas d'absolue nécessité, genre crise de couple de niveau 5, autrement vous êtes persuadés que vous montrer sincères l'un envers l'autre vous place en position de faiblesse.
— Jeune homme, depuis quand te sens-tu autorisé à nous critiquer ? fait Loki avec hauteur.
— Depuis un moment, en fait, répond l'enfant sans se troubler. Je vis avec vous, je suis le mieux placé pour savoir comment vous fonctionnez.
— C'est faux, Einar ! intervient Tony. Nous n'hésitons plus à parler de nos problèmes, quand nous en rencontrons un et-
— Bien sûr ! ricane le morveux. Vous parlez quand c'est indispensable. Sinon, tu préfères bouder plusieurs jours parce que tu t'es persuadé que l'attention que père portait à Hymir, l'émissaire de Jötunheim, était « déplacée ». Cela te tuerait d'admettre que tu as peur qu'il en vienne un jour à ne plus t'aimer ? »
Loki glousse. Pas longtemps.
« J'éviterais de rire si j'étais vous, père. Je n'ai que moyennement apprécié l'épisode où vous aviez préparé nos bagages pour partir vivre sur Álfheim parce que vous ne supportiez plus de voir papa prendre tous ces risques en tant qu'Iron Man. Vous auriez pu juste lui dire que vous aviez peur pour lui, mais non ! Vous avez préféré le menacer ! Ce n'est pas drôle tous les jours d'être votre fils, croyez-moi ! »
Les deux adultes échangent un regard interloqué et légèrement embarrassé. Leur fils a évidemment raison mais ils auraient préféré qu'il soit moins lucide.
« Je... se lance Tony. Bon, d'accord, je suis peut-être un peu jaloux. Et je me demande... je ne sais pas comment je réagirais si tu me regardais un jour en te demandant ce que tu as bien pu me trouver, débite-t-il rapidement sans oser regarder son compagnon dans les yeux.
— Mon aimé, ta jalousie me flatte mais tu n'as rien à craindre, personne n'est aussi intéressant que toi dans les Neuf Royaumes. Et personne n'est aussi magnifique, dit-il gentiment. Mais, je t'en conjure, écoute-moi avant de te lancer inconsidérément au devant du danger ! Je ne supporterais pas qu'on vienne m'apprendre que tu as trouvé une mort « glorieuse » au combat. Pour moi, ta mort serait toujours stupide... et inacceptable. »
Sa voix tremble un peu en prononçant ces derniers mots. Tony lui caresse maladroitement la joue avant de poser les lèvres sur celles du dieu.
« Hé, les amoureux ! Vous pourriez peut-être me raconter la suite de votre histoire avant de vous prouver à quel point vous êtes désolés d'être deux idiots ?
— Einar, ton insolence est intolérable. Je vais devoir sévir, assure son père.
— Bien, père », fait le gamin, guère impressionné.
Son père le foudroie du regard en se demandant où est la faille dans l'éducation qu'il lui donne. Cela vient sûrement de Tony, pense-t-il. Tony se contente s'adresser un clin d'œil à son fils, confirmant les doutes de Loki.
« Disons qu'après cet épisode malheureux, reprend finalement Loki, ton papa était tellement furieux qu'il refusait de m'adresser la parole, à part pour me demander de le ramener sur le champ sur Midgard.
— Ce que vous n'avez pas fait, je suppose ?
— Tu me connais bien, répond Loki en lui ébouriffant les cheveux. Je refusais de le laisser partir avant que nous ayons pu nous expliquer. » Il regarde le milliardaire droit dans les yeux, et ses traits affichent une expression résolue. « Qu'il soit d'accord ou pas, cette fois, il allait m'écouter. »
