« Je lui ai promis de le ramener chez lui mais seulement une fois que j'aurais vu ma fille Hel sur Niflheim. Et j'ai fait mine de quitter Álfheim, fait-il sans quitter Tony des yeux. J'ai attendu trois jours, histoire de lui laisser le temps de se calmer et de réfléchir un peu. Ensuite, j'ai décidé que le moment était venu. J'ai un envoyé un messager le prévenir que le prince Loki avait été gravement blessé par un homme de Surt et qu'il avait été ramené sur Álfheim dans un état désespéré. Et j'ai attendu. Pas longtemps », fait-il avec un petit sourire doux-amer.

Anthony grince des dents. La nouvelle l'avait laissé abasourdi, incrédule... et effrayé. Quelque part, il s'était imaginé que Loki ne pouvait pas mourir. Il était un dieu, non ? À quoi bon être un dieu si c'est pour mourir aussi sûrement et bêtement qu'un humain ? La peur au ventre, il s'était précipité vers les appartements du Trickster. Deux gardes et un mage avaient voulu l'empêcher de le voir mais il avait refusé de partir, tempêtant jusqu'à ce qu'une voix faible s'élève du lit et leur demande de le laisser passer. Il s'était alors approché avec appréhension pour découvrir un Loki affreusement livide. Il avait senti ses entrailles se nouer, s'était assis précautionneusement sur le lit et avait pris la main glacée du dieu dans la sienne, espérant lui communiquer un peu de sa chaleur, de sa vie. Le regard résigné qu'il lui avait adressé avant que sa tête ne retombe sur l'oreiller et qu'il ne ferme les yeux lui avait fait l'effet d'un coup de poignard. Il s'était penché vers lui et avait murmuré avec hésitation :

« Je suis désolé de t'avoir blessé, Reindeer Games. Je ne pensais pas un mot de ce que je t'ai dit. C'est juste que, quand je t'ai vu avec Taeilshi, je me suis senti mal, presque... trahi. C'est con, hein ? Alors, je me suis défendu de la seule manière que je connaisse, en me montrant blessant. » Il soupira. « Merde ! Je ne voulais surtout pas me demander pourquoi te voir avec lui m'avait autant dérangé, non, blessé, je me sentais blessé, fit-il, presque étonné. Cela m'aurait amené à me pencher sur ce que je pouvais bien ressentir pour toi. Putain, Loki ! Tu es un assassin, un criminel en fuite, un menteur, un... un mec, grimaça-t-il en l'admettant enfin. Je n'ai jamais été attiré par les mecs, déclara-t-il. Attends, je ne dis pas que je suis attiré par toi, hein ! Ne va pas te faire un film, Rodolphe. C'est juste que... oh et puis merde ! Je ne sais plus où j'en suis. Je n'éprouve aucune attirance pour les mecs mais j'aime parler avec toi, rigoler avec toi ou juste, ne rien faire, mais avec toi. Tu sais pourquoi, toi ? Parce que moi, je suis paumé, Prancer. Alors, je refuse que tu meures maintenant, bordel ! Comment je vais faire pour comprendre si tu ne m'aides pas un minimum, hein ? Loki, tu es un battant, accroche-toi ! »


« Anthony s'est précipité à mon chevet et m'a soufflé qu'il était désolé, qu'il regrettait ce qu'il avait pu me dire, qu'il n'en pensait pas un mot. Cela a dû lui coûter mais il a fini par avouer qu'il ne voulait pas que je disparaisse avant que nous ayons eu l'opportunité de nous parler, explique Loki à son fils. Alors, je me suis redressé et je l'ai pris dans mes bras, fait-il en souriant.

— Crétin ! Je m'étais fait avoir, une fois de plus... fait tristement le milliardaire.

— Comme tu peux l'imaginer, ton papa était furieux, continue Loki en l'ignorant. Il m'a hurlé dessus qu'on ne pouvait décidément pas me faire confiance et qu'il était un idiot pour avoir pensé le contraire, même cinq minutes. Il a voulu sortir de ma chambre mais je l'ai attrapé et je ne l'ai plus lâché. Je lui ai rappelé ses paroles : il voulait discuter avec moi de ce qui s'était passé, alors il allait rester là et parler. Il a crié, il a essayé de me frapper mais il a vite réalisé que c'était inutile. Alors, il a boudé. Mais je ne l'ai toujours pas lâché. Quand la nuit est tombée, il a commencé à réaliser que je pourrais rester ainsi, à le tenir contre moi dans mon lit pendant trèèès longtemps. Alors, il a eu peur et nous avons parlé.

Tu as parlé ! Tu parles tout le temps, bougonne le mortel.

— Tu avais tellement de mal à mettre des mots sur ce que tu ressentais, mon aimé. Je t'ai juste aidé un peu, sourit le dieu. Il en est ressorti qu'il ne m'aimait pas, ou plutôt qu'il n'en savait rien, ou plus justement, qu'il avait la frousse de réaliser qu'il était en train de tomber amoureux de moi, fait Loki avec un sourire narquois.

— Ce n'était pas facile pour moi, se défend le génie. Je savais que je ne voulais pas te voir disparaître mais, t'aimer ? C'était vraiment dérangeant comme concept. »

Loki sourit avec indulgence.

« Je sais, mon aimé. Nous avons donc décidé d'y aller doucement et de reprendre là où nous nous étions arrêtés. Nous sommes repartis à la découverte d'Álfheim et nous avons repris nos conversations.

— C'est tout ? fait dédaigneusement Einar. J'aurais pensé que vous l'auriez enfermé dans votre chambre jusqu'à ce qu'il vous cède et-

— Einar, je suis ton père et je suis dans la pièce ! Arrête de parler de moi comme si je n'étais pas là ! s'exclame Tony.

— Il avait besoin de temps, sourit affectueusement Loki. Après tout, ton père était pour ainsi dire, « vierge » - Tony lève les yeux au ciel - et je ne force jamais la biche aux abois - Tony fait semblant de se taper la tête contre le mur - et, après tout, nous avions discuté, il avait été assez honnête pour reconnaître qu'il ressentait quelque chose pour moi, tout comme moi je lui avais avoué qu'il me plaisait. Tôt ou tard, l'inéluctable allait se produire... le temps n'a pas beaucoup d'importance pour un dieu, fait-il en haussant les épaules.

— Je dois reconnaître que j'ai été étonné que tu ne te montres pas plus entreprenant, fait le Midgardien, d'un ton soupçonneux. Attends ! Cela faisait partie de ton plan, ça aussi ?!

— Anthony, rigole Loki, tu penses vraiment que je calcule tout, tout le temps ? Il s'agissait juste de psychologie élémentaire. Si je m'étais montré trop pressé, tu serais rentré dans ta coquille. J'ai préféré te laisser venir. C'est ce que je fais toujours quand je veux apprivoiser un animal rétif.

— Tu sais ce qu'il te dit, l'animal ?

— J'en ai une petite idée, oui, fait Loki, clairement amusé.

— Beurk, on se croirait dans une bluette pour gamines, fait Einar. J'espérais un peu plus de passion, toute cette guimauve va me rendre malade.

— C'est toi qui a voulu connaître notre véritable histoire, s'amuse Tony. Quoi ? Tu croyais que ton père m'avait kidnappé et enfermé dans un sombre donjon ? Qu'il m'avait envouté et forcé à faire des choses que la morale réprouve ?

— Bien sûr que non ! Mais là, tout ce que j'ai, ce sont des promenades dans les bois et deux grands dadais qui se tiennent par la main en soupirant. À ce stade de l'histoire, vous ne vous êtes même pas encore embrassés. Vu votre légende, je suis déçu, normal. »

Loki fait les gros yeux pendant qu'Anthony a du mal à réprimer un fou rire.

« En fait, nous nous sommes embrassés pour la première fois sur Álfheim, déclare Tony avec nostalgie. Le Père de Tout avait enfin rendu sa décision et Loki était attendu sur Asgard pour être rétabli dans tous ses titres. Il me l'a annoncé lors de l'une de nos promenades dans les bois, comme tu les appelles. Et c'est à ce moment là que nous nous sommes embrassés.

— C'était bien ? demande Einar, l'air de ne pas y toucher.

— Ça, mon grand, c'est entre ton père et moi, sourit Tony.

— Oui, cela ne regarde que nous, mon fils, confirme Loki en prenant la main de Tony dans la sienne.

— Vous n'êtes vraiment pas drôles, boude Einar.

— Tu voulais, je te cite, « une vraie histoire, avec de l'action, des péripéties, des rebondissements », je crois que nous avons amplement rempli notre part du contrat.

Il peut bien bouder tout ce qu'il veut, ni Loki ni Tony ne partageront jamais ce moment avec quiconque. Ils se regardent, se sourient, et la scène défile dans leurs têtes, si nette et si précise qu'ils sentent presque les feuilles frémir sous le vent d'Álfheim.


« Alors, tu vas libérer la chambre d'invités à la Tour, Prancer ?

— Tu me chasses, Anthony ?

— Tu redeviens un prince d'Asgard. Que ferais-tu chez un misérable mortel ?

— Bien des choses me viennent en tête, Anthony. Mais si tu en as assez de ma compagnie et que tu souhaites reprendre ta vie sur Midgard comme elle était avant que je n'arrive, je respecterai ta décision. »

Le génie se tourna vers le dieu, indécis.

« J'aimerais que tu viennes me voir sur Terre, fit-il d'une petite voix timide qui l'étonna lui-même.

— Vraiment ? »

Anthony releva la tête pour planter le regard dans celui de Loki. Il s'attendait à y découvrir une lueur moqueuse mais tout ce qu'il lit dans ces yeux verts fut une réelle curiosité. Alors, avec la gorge sèche et le sentiment de se jeter à l'eau, il se dressa sur la pointe des pieds et vint effleurer les lèvres du dieu. Sentir son souffle chaud contre sa bouche le troubla et il hésita. Le dieu le laissa faire, sans chercher à le décourager ou à l'encourager. Comme s'il était curieux de voir jusqu'où le mortel irait. Ou peut-être ne voulait-il pas l'effaroucher, Tony n'aurait su dire. Tout ce qu'il savait, c'était que, pour une fois, il aurait aimé laisser l'initiative de ce qui allait arriver à quelqu'un d'autre. Même pour son premier baiser, il s'était senti moins intimidé. Il releva encore la tête pour voir Loki lui sourire gentiment.

Le sourire du dieu l'enhardit et il vint doucement poser les lèvres sur les siennes. Surpris de les découvrir si douces, il en traça délicatement le contour du bout de la langue avant de glisser timidement entre ses lèvres. J'embrasse Loki. J'embrasse un mec. Moi, Tony Stark, j'embrasse un mec. Finalement, ce n'est pas si différent que d'embrasser une femme. Il faut juste que je me fasse à l'idée. Oh, putain. Il eut le sentiment que le flou se faisait dans sa tête, comme une légère ivresse. Loki dut comprendre que le mortel commençait à perdre pied, car il vint poser les mains sur les hanches de Tony et l'attira gentiment plus près, prenant enfin le contrôle, au grand soulagement du génie. Quand il approfondit le baiser, le goûtant pour la première fois, Tony ferma les yeux. Il s'était toujours demandé pourquoi les femmes fermaient les yeux quand il les embrassait. Il croyait comprendre, maintenant. La sensation le submergeait, s'il avait gardé les yeux ouverts, il s'y serait noyé.

Quand ils se séparèrent enfin, Tony tremblait un peu mais choisit de le cacher en repassant très vite en mode Stark.

« Cela te va, comme réponse, Reindeer Games ?

— Tu aurais peut-être pu l'approfondir un peu plus.

— Je- commence le milliardaire mais le dieu l'interrompit en lui déposant un gentil baiser au coin des lèvres.

— Je vais m'en contenter pour l'instant, Anthony. Mais nous reprendrons cette conversation dès que je pourrais échapper à mes obligations sur Asgard. »