« Et cela se finit comme ça ? Vous vous êtes roulés une pelle dans les bois et ça y est, vous étiez un couple ? », proteste Einar avec incrédulité.
Tony soupire.
« Pratiquement, oui. Ton père est parti se présenter devant Odin pendant que je rentrais ici. Cela m'a donné le temps de mettre de l'ordre dans mes idées et de... réaliser que j'avais vraiment envie de le revoir, sourit-il.
— Papa, quand tu souris comme ça, tu ressembles à une fangirl lisant un truc bien guimauve, attaque son fils.
— Il sourit toujours comme ça quand il est amoureux, intervient Loki.
— Beurk, vous êtes répugnants à roucouler comme ça !
— Je crois me souvenir d'une demoiselle Willow qui te faisait ouvrir des yeux comme des soucoupes et baver de manière peu élégante, le titille Tony.
— Et je me souviens d'un jeune garçon qui pleurait toutes les larmes de son corps quand elle a déménagé à Atlanta, ajoute Loki.
— C'est déloyal ! Et j'étais jeune !
— C'était il y a cinq mois.
— C'est bien ce que je dis ! Et cela n'a rien à voir, vous vous êtes vieu... grands, se reprend-il à temps. Et surtout, vous êtes l'Iron Man et le dieu du Chaos, vous devriez être plus forts que ça », bougonne-t-il.
Ses parents rient de bon cœur, ce qui exaspère un peu plus le gamin.
« Tu préfères quand nous nous disputons ?
— Non. Oui... C'est juste que cela fait un peu trop ordinaire comme relation, du coup.
— Tu sais que si nous n'avions pas ces moments ordinaires, comme tu dis, tu ne serais pas là pour nous le reprocher ? »
Einar décide que la conversation a suffisamment dévié.
« Bon, d'accord, père se présente devant le Père de tout avant de venir te retrouver... Vous vous êtes tout de suite mis en couple ?
— Sûrement pas ! ricane Loki. Il lui avait déjà fallu du temps pour m'embrasser, alors tu peux imaginer les trésors de patience que j'ai dû déployer avant qu'il reconnaisse ne plus pouvoir se passer de moi.
— J'étais content de le revoir, dit Tony. Il a repris sa chambre d'amis et-
— Nous avons repris nos balades, termine Loki. Je crois n'avoir jamais autant marché que lorsque je courtisais ton père, s'amuse-t-il. Il m'a fait visiter la ville, découvrir les merveilles culinaires de ce royaume, et a regardé avec moi l'intégrale de Game of Thrones. Une excellente série, j'ai eu l'impression de visionner un reportage sur les coulisses du pouvoir à Asgard, ricane-t-il. Si ce n'était sa basse naissance, Lord Baelish présente des similitudes troublantes avec Lord Frey et Cersei est aussi bouffie d'ambition et de bêtise que notre chère Freyja...
— Et toi, tu serais qui ? Tyrion ? ironise Tony.
— Un personnage intéressant, quoi qu'encore trop tendre. Bien conseillé, il pourrait accomplir de grandes choses, répond très sérieusement le Trickster.
— C'est tout ce que vous avez fait ? Découvrir la ville, manger et regarder HBO ? demande Einar avec effarement.
— Disons que je n'ai jamais laissé passer une occasion de... préciser mes intentions mais dès que je sentais ton père se crisper, je lui laissais... un peu d'air.
— Tu t'es montré très patient, c'est vrai, admet l'ingénieur.
— Le temps jouait pour moi, mon aimé. À chacune de mes approches, je te sentais de moins en moins tendu et de plus en plus réceptif », répond Loki avec un sourire carnassier.
Tony préfère hausser les épaules et sourire intérieurement. Loki s'était montré étonnamment patient, c'est vrai. Tony se demande toujours si c'était parce que le dieu était vraiment amoureux ou parce que son trouble face à Loki était si évident qu'il finirait tôt ou tard par lui céder. Il se souvient en particulier de ce moment où ils s'étaient embrassés passionnément et où Loki en avait profité pour poser une main légère sur ses fesses. Il s'était involontairement tendu et Loki avait immédiatement retiré sa main avant de se reculer et de lui sourire gentiment. Ou de cette fois où, sortant de la douche, il était entré dans la cuisine pour se retrouver face à Loki. La serviette passée autour de sa taille avait glissé et il s'était retrouvé nu comme un ver face à lui. Il n'oublierait jamais le regard affamé du dieu quand il l'avait détaillé des pieds à la tête. Son désir était si manifeste que le playboy était sûr d'avoir horriblement rougi. Loki s'était approché, avait effleuré ses lèvres avant de s'agenouiller. Alors que Tony était partagé entre panique et excitation, Loki s'était lentement redressé avant de replacer la serviette autour des hanches du milliardaire. Tony s'était senti à la fois soulagé et déçu. Avec le recul, il ne sait toujours pas si le dieu a juste respecté ses hésitations ou s'il l'a sciemment chauffé jusqu'au point d'ébullition. Probablement les deux. C'est Loki, après tout.
« Il m'a aussi présenté officiellement à ses chers Avengers, continue Loki. Ce fut un grand moment, vraiment. Natasha et Clint m'ont lancé des regards assassins toute la soirée, Bruce a rougi et bredouillé qu'il était ravi de me revoir, le cher homme, et Steve m'a assuré que, tant que je respecterai mes engagements envers sa planète, il me considérait comme étant sous sa protection. Brave petit soldat ! Le colonel Fury fut bien plus amusant. Il a traité ton père de crétin de classe internationale, et m'a promis de me tenir à l'œil. »
Tony rit encore à ce souvenir. Sans se troubler, Loki lui avait répondu « lequel ? », provoquant un fou rire chez le milliardaire pendant que les autres Avengers préféraient regarder ailleurs ou tentaient à grand peine de réprimer un sourire.
« Et comment a réagi oncle Thor ?
— Comme on pouvait s'y attendre, sourit Loki. Il est venu me reprocher de l'avoir trahi en mettant en scène ma mort et en prenant la place du Père de tout. Il a crié, tempêté, bref, il a fait honneur à son surnom de Tonnant. Évidemment, quand il eut fini de donner libre cours à sa colère, il m'a pris dans ses bras en me disant à quel point il était heureux que je ne sois pas mort. C'est mon privilège de petit frère, Thor me pardonnera toujours mes bêtises.
— Hélas ! fait Tony en secouant la tête.
— Ces petits intermèdes mis à part, ma vie sur Midgard était plutôt paisible. Fidèle à mes engagements médiatiques, j'ai continué à venir en aide aux victimes de l'invasion Chitauri, je me suis montré repentant et humble-
— Un vrai rôle de composition, ricane Tony.
— Et dès que je rentrais à la Tour, je mettais tout en œuvre pour séduire ton père, continue-t-il, imperturbable. Il était presque « à point » quand cet idiot s'est approché trop près des nouveaux doombots de son grand ami Victor. »
Tony grimace. C'est impressionnant de voir à quelle vitesse le visage de Loki, si gai quelques secondes auparavant, s'est refermé. En fait, il a l'air positivement furieux. Il n'a toujours pas digéré cet épisode, réalise avec incrédulité et un peu d'effroi l'homme derrière l'Iron Man.
« Je... Je ne pensais pas qu'il les avait améliorés à ce point ! tente-t-il de se justifier.
— C'est bien ce que je te reproche, rétorque Loki, glacial. Tu ne prends pas assez de temps pour analyser les forces en présence, tu te précipites au-devant du danger sans réfléchir aux conséquences. Tu prétends être un génie mais sur le champ de bataille, tu agis avec une impulsivité désolante ! »
Tony baisse les yeux comme un gamin pris en faute. Il sait que la colère de Loki est essentiellement due à la peur qu'il avait alors éprouvé et préfère donc ne pas argumenter.
« Ton père a été blessé ce jour-là. Grièvement blessé... fait-il amèrement. Avant que j'aie pu l'approcher, ils l'avaient évacué dans un hôpital militaire, mais ils le pensaient déjà perdu, soupire-t-il. Ces idiots ne voulaient pas me voir autour de lui alors qu'il... »
Alors que j'étais sur le point d'y passer, pense Tony. Il se sent rétrospectivement honteux.
« Mais Bruce est intervenu, continue doucement le milliardaire. Vu mon état, il a déclaré qu'ils ne perdraient rien à le laisser tenter quelque chose et il leur a rappelé la magie de guérison dont faisait usage Loki sur Terre. À contrecœur, ils l'ont laissé essayer. Je ne sais pas ce qui s'est passé exactement mais Bruce affirme que les plaies se sont rapidement refermées et que mon rythme cardiaque s'est stabilisé...
— C'est magique, Anthony, sourit Loki. Même si j'avais voulu l'expliquer à tes ânes de médecins, ils n'auraient rien compris. Au moins n'ont-ils plus protesté contre ma présence à tes côtés après ça.
— Ton père est resté à mon chevet jusqu'à ce que je me réveille. Bruce dit qu'il montait la garde comme une lionne défend ses petits, rit Tony pour cacher son émotion.
— Étant donné que tes équipiers étaient incapables de te protéger et tes médecins, inaptes à te soigner, j'étais le seul être sur Midgard à pouvoir prendre soin de toi, mon aimé.
— Ça, pour prendre soin de moi, il a pris soin de moi, dit Tony à Einar. Il m'a obligé à manger les ignobles choses que l'hôpital osait qualifier de « repas équilibré », forcé à dormir douze heures par jour et à prendre mes médicaments. L'infirmière en chef l'adorait !
— Je veille toujours attentivement sur ce qui est à moi, Anthony. Je n'allais pas te laisser mourir, du moins pas avant d'avoir eu un minimum de « retour sur investissement », comme tu le dis si bien », fait Loki avec un sourire sardonique.
Tony fait une grimace avant de sourire. Il sait que le sarcasme du dieu dissimule mal l'inquiétude que Loki avait éprouvé face à l'état du milliardaire. Et il a été plus touché qu'il ne veut l'admettre par la sollicitude de Loki.
« Merci d'avoir porté atteinte à ta réputation de dieu du Chaos pour t'occuper de moi, chéri, fait-il avec un clin d'œil.
— Mais je t'en prie. Pour ce que j'envisageais de faire de toi, il valait mieux que tu sois en bonne santé, mon bel Anthony. »
Cette fois, le génie rit franchement.
« Je suppose que d'avoir failli le perdre a constitué un tournant décisif dans votre relation, s'élève la voix d'Einar.
— En effet. Peu de temps après sa sortie de l'hôpital, les choses se sont « précisées » entre nous. C'est fou comme passer près de la mort aide à relativiser les choses », sourit ironiquement Loki.
Exactement, pense Tony. Après la fausse agression contre Loki et son vrai passage près de la Grande Faucheuse, le génie avait eu le temps de cogiter. Il avait beaucoup de mal à mettre un nom sur ce qu'il éprouvait alors pour Loki. La seule idée d'être amoureux de lui le laissait perplexe et légèrement mal à l'aise. Amoureux ? Comme il avait été amoureux de Pepper ? La seule femme qui l'avait plaqué ? C'était risible. Il avait été amoureux de Pepper parce qu'elle était forte, intelligente et qu'elle n'hésitait pas à lui dire ses quatre vérités.
— Comme Loki, alors ? ricana sa part de ténèbres.
— Rien à voir. Pepper n'a jamais cherché à causer de tort à quiconque, il n'y a pas une once de méchanceté en elle.
— N'est-ce pas aussi ce qui t'attire chez Loki ? reprit la voix. Ce danger constant qu'il incarne, n'est-ce pas ce après quoi tu as couru toute ta vie ? Des bolides à l'Iron Man, tous ces risques inconsidérés que tu prends, que cherches-tu vraiment ? Et Pepper était peut-être forte, mais pas assez. À force de toujours la pousser, elle a fini par craquer et partir. Penses-tu pouvoir faire craquer Loki ?
— Je n'aime pas Loki. Je suis juste... troublé.
— Tu es complètement paumé, oui ! ricana son autre lui-même. Si tu veux te retrouver, il va falloir que tu prennes des risques. Habituellement, cela te plaît, de prendre des risques...
— Et si...
— Et si quoi ? S'il veut juste tirer un coup avant de disparaître ? La belle affaire ! Combien de filles as-tu baisées alors que leur nom même t'indifférait ? Tu crois qu'elles ne s'en sont jamais remises ? Ou peut-être as-tu peur de prendre trop de plaisir entre les bras de Loki ? Ou as-tu juste peur de t'avouer que tu pourrais être plus que « troublé » ? C'est cela, Tony ? Tu crèves de trouille à l'idée d'aimer quelqu'un ?
— Oh, la ferme !
La voix avait ricané avant de se taire provisoirement.
Quand Loki était entré dans sa chambre, ce soir-là, Tony était dans son lit.
