« Dès qu'il a retrouvé sa fameuse langue d'argent, il m'a répété que notre fils devait porter un prénom digne de lui, sourit Tony.

— Les noms sont importants, mon inestimable Anthony. Mais évidemment, puisque c'est moi qui t'ai appris la signification de ton prénom, je ne pouvais pas m'attendre à ce que tu-

— Quel prénom vouliez-vous me donner, père ? le coupe Einar.

— Devine, intervient Tony avant que Loki ait pu répondre. Pense à un nom difficile à porter. Non, en fait, pense au nom le plus difficile à porter de tous les noms difficiles à porter. »

L'enfant réfléchit silencieusement avant de demander, un peu choqué :

« Père, vous ne vouliez tout de même pas m'appeler Ymir ?

— Dans le mille, gamin, le félicite le milliardaire.

— C'est un beau nom, rétorque le dieu avec hauteur.

— Tu parles ! Le Père de tout, version jötun ! La créature originelle, celle qui donna naissance à la terre, au ciel, aux hommes et peut-être bien aux Starbucks, va savoir.

— Je te prierais d'avoir un peu de respect pour le fondateur de la race des Jötnar, fait Loki, glacial.

— Oh, Loki, je comprends bien que tu voulais faire chier Odin en choisissant ce prénom mais, premièrement, l'existence même d'Ymir est un mythe, tu le sais bien.

— Comme celle de Jörmungand, peut-être ? Ymir est effectivement le père de toute chose, lâchement assassiné par Odin et ses frères, aussi lâches que lui !

— Si tu veux, soupire Tony. Mais, deuxièmement, notre fils n'est pas né pour que tu règles tes comptes avec Odin, par prénom interposé. Il a beau être solide, il était hors de question que tu lui mettes ce fardeau sur les épaules, fait-il d'un ton sans réplique.

— Dit l'homme qui a proposé « Edwin » comme prénom pour notre enfant, réplique tout de même Loki.

— Je ne vois toujours pas quel était le problème, répond le Midgardien.

— Il était hors de question que mon fils porte le nom d'un domestique ou d'une intelligence artificielle !

Notre fils. Et Jarvis n'était pas un simple domestique ! Si j'ai jamais eu un père, alors il ressemblait plus à Jarvis qu'à Howard. C'était lui qui venait me consoler quand mon vieux me hurlait dessus, c'était lui qui essayait de me rassurer-

— Et c'est moi qui aurais essayé de régler mes comptes avec Odin au travers d'Einar ? »

Soucieux d'étouffer dans l'œuf une énième dispute préjudiciable à la suite du récit, Einar fait son sourire le plus charmeur et déclare :

« J'aime bien mon prénom. Il me va bien, non ?

— Oui, « audacieux », ça te va comme un gant, mon grand. Et, après avoir fait le tour des prénoms « dignes », il s'imposait.

— Oui, c'était bien mieux que Thorvald, crache Loki.

— Puisque tu voulais absolument un prénom « avec une forte signification », je me suis plongé dans le dictionnaire des prénoms nordiques, mon amour, ironise Tony. « La puissance de Thor », ça le faisait, non ? Sinon, j'avais Thormod[1]ou Thorgis[2] », continue-t-il.

Il se rappelle que les yeux de Loki avaient lancé des éclairs en entendant ses propositions, avant qu'un sourire mauvais n'étire ses lèvres minces. Il avait attrapé Tony par le bras et l'avait traîné dans leur chambre, en déclarant qu'avant de choisir un prénom pour leur enfant, il fallait faire cet enfant. Le dieu du Mensonge avait toujours aimé avoir le dernier mot.


« Pourquoi étais-tu subitement prêt à fonder une famille, papa ? Ça a été quoi, le déclic ?

— Euh... » Le milliardaire voudrait lui parler de Nathan, de ce qu'il avait ressenti quand Manfred lui avait placé le bébé dans les bras. Il voudrait aussi lui parler de sa discussion avec Pepper, de ses paroles directes et efficaces. Il a peur de s'embrouiller, de ne pas réussir à se faire comprendre et de passer pour un idiot. Il prend une grande respiration et se lance : « Je me suis dit que je ne pouvais pas rester un connard égoïste toute ma vie. J'aimais ton père, j'aime ton père, corrige-t-il en regardant le dieu, et je ne voulais pas le perdre au prétexte que je n'arrivais pas à surmonter mes peurs. Et puis, il fallait bien que je lègue Stark Industries à quelqu'un », conclut-il sur une pirouette.

— Bien sûr, fait le dieu en levant les yeux au ciel.

— Le plus important, c'est que je n'ai jamais regretté ma décision, assène Tony. Comme je n'ai jamais regretté aucune journée passée avec toi, Loki. »

Son compagnon vient l'enlacer, sincèrement ému, tandis qu'Einar, dans le dos de son père, mime un mouvement de violon avant de dresser le pouce en direction de son cher papa. Si Anthony sait comment rendre - provisoirement - Loki muet, Einar n'est pas dupe mais apprécie en connaisseur. Il chuchote tout doucement : « tu m'expliqueras plus tard », l'œil narquois.

Le Midgardien décide que ça suffit.

« Allez, hop, au lit !

— Ah non ! On n'a même pas encore évoqué la grossesse de père !

— Ça, ce n'était pas dans le contrat ! proteste Tony.

— Peut-être, mais ça m'intéresse, sourit l'infernal gamin.

— Il n'y a pas grand chose à en dire, intervient Loki. Ah, si. Ton papa a été stupéfait quand je lui ai dit qu'il serait père en mai. Je crois qu'au fond de lui, il pensait que cela ne fonctionnerait pas, alors que tu t'annonces si vite, cela a dû être un peu difficile à digérer, fait-il avec un sourire indulgent.

— Je... veut-il protester avant de renoncer. Oui, c'est vrai, à ce stade, cela me paraissait encore légèrement surréaliste.

— Je comprends, mon aimé.

— Ce n'était pas une raison pour faire ce que tu as fait. »

Au regard interrogateur de son fils, le dieu se contente de hausser les épaules.

« Disons que j'ai voulu... l'aider un peu, en cachant mes formes. Je me disais que, si je ne changeais pas trop, il serait moins déboussolé. Mais quand il l'a compris - il comprend toujours tout - fait-il avec un gentil sourire, il s'est senti coupable. Il m'a dit qu'il ne voulait pas que je vive cela comme quelque chose de honteux, quelque chose qu'il fallait cacher, sous prétexte qu'il n'avait pas encore tout à fait accepté l'idée que son compagnon pouvait porter des enfants.

— Après ce que tu avais vécu... », commence Tony avant que le regard impérieux de son compagnon l'oblige à s'arrêter. Loki trouve que le moment n'est pas encore venu de faire à Einar le récit de la naissance traumatisante de son grand frère.

« Alors, j'ai défait le sort qui cachait l'avancée de ma grossesse et...

— Ça a été un choc », sourit Tony.


Il se rappelle l'effarement qui l'avait saisi à la vue du petit ventre rond de son compagnon. Il savait que Loki devait en être à son quatrième ou cinquième mois, et il s'était inquiété de ne pas le voir prendre de poids. Le Trickster s'alimentait-il correctement ? Était-il malade ? Le bébé était-il malade ? Même si la seule idée de poser une question « pratique » sur la grossesse de Loki le mettait horriblement mal à l'aise, il avait fini par prendre son courage à deux mains et avait demandé :

« Tout va bien, Loki ?

— Pourquoi me poses-tu la question ?

— Ne devrais-tu pas être un peu plus... dit-il en plaçant les mains devant son ventre pour mimer un bedon imaginaire, un peu plus, euh ?

— Un peu plu gros ?

— Si quelque chose ne va pas, tu peux me le dire, tu sais. Oh, merde. Quelque chose ne va pas ? Le bébé se développe mal ? Dis-moi que-

— Tout va bien, Anthony. J'ai juste pensé que tu serais moins embarrassé si mon état était peu visible. »

Le génie l'avait regardé sans comprendre. Quand la lumière s'était finalement faite, il s'était senti honteux que son comportement ait pu amener son compagnon à penser que ce serait mieux ainsi. Il s'était excusé, et avait assuré Loki que ce n'était pas à lui de changer mais bien à lui d'accepter la situation une bonne fois pour toutes.

Le dieu avait eu un petit sourire en coin et lui avait demandé s'il en était bien sûr avant de lever le charme, laissant apparaître un petit renflement sous son t-shirt.

Un petit ventre mais un ventre quand même.

Tony prit le temps de l'observer. La silhouette du dieu n'était pas - pas encore - trop déformée. Il ne serait pas allé jusqu'à dire que cela lui allait bien mais il ne trouvait pas non plus cela horrible. Il avait juste du mal à réaliser que c'était un enfant qui était la cause de ce changement. Son enfant. En fait, il ne savait pas exactement ce qu'il ressentait. Il savait qu'il aurait dû être ravi, fier, heureux... N'était-ce pas l'attitude normale, attendue, d'un futur parent ? S'il voulait être honnête, il se sentait inquiet, plus inquiet qu'heureux. Ses vieilles angoisses sur sa capacité à faire un bon père ressurgissaient et la honte qu'il avait ressentie en découvrant le stratagème de Loki ne le quittait pas. S'il avait éprouvé le besoin de se cacher, n'était-ce pas parce qu'il avait compris que Tony n'était pas prêt, ne le serait jamais ? Et si, contrairement à ce que pensait Pepper, contrairement à ce qu'il avait espéré, il était incapable de s'attacher à cet enfant ? La tête lui tournait à l'idée du désastre qui s'annonçait.

« Tony ? Tony ? »

La voix de Loki l'avait tiré de ses pensées moroses et il avait relevé la tête pour croiser le regard amusé du Trickster.

« Donne-moi ta main, Anthony. »

Il s'était exécuté machinalement. Avant qu'il ait pu poser une question, Loki avait posé sa main sur son ventre. Tony voulut la retirer précipitamment quand il sentit un coup contre le ventre de Loki mais ce dernier la maintint fermement.

« C'est « lui » ? demanda-t-il faiblement.

— C'est lui, répondit-il en soutenant son regard.

— Cela veut dire qu'il va bien ?

— Il est en pleine forme. »

Cette fois, le Midgardien garda la main sur le ventre de Loki tandis que l'enfant semblait s'en donner à cœur joie. Il bougeait. Il allait bien. Il serait là dans quelques mois. Tout irait bien. Loki comprenait. Il le guiderait. Il n'aurait pas voulu d'enfant de lui s'il le pensait incapable de se comporter comme un père. Tout irait bien. À moins que...

« Et toi ?

— Je vais très bien.

— Tu n'as pas de nausées ?

— Non.

— Des remontées acides ?

— Non plus.

— Pas de pieds qui gonflent ?

— Non. Tony, c'est quoi ces questions stupides ?! »


« Quand j'ai posé la main sur son ventre et que je t'ai senti bouger, tu es devenu tellement... réel que je me suis dit que je n'avais plus de temps à perdre en interrogations stériles. Tu serais bientôt là et je devais assurer, fait Tony avec un grand sourire.

— En fait, tu as été rassuré à double titre, répond son fils, perspicace. Ce jour-là, je suis devenu une réalité pour toi et tu as compris que père comprenait tes angoisses et ne les laisserait pas te submerger.

— Bien vu, Sigmund, grimace Tony. Et ton père redevenait chiant, alors j'étais sûr qu'il allait bien.

— Pardon ? fait le dieu, pincé.

Mon thé est trop chaud, trop infusé, je voulais des figues blanches et pas des violettes, le singe Tony en prenant une voix haut perchée. Quand il est comme ça, je sais que tout va bien. C'est quand il ne dit rien que je m'inquiète, fait-il avec un clin d'œil à son fils.

— L'hôpital qui se moque de la charité, soupire Loki en regardant ses ongles. Qui n'a pas arrêté de me persécuter pour que je consomme des brocolis, des choux de Bruxelles ou des lentilles, au motif que ces aliments étaient riches en acide folique, bénéfiques au développement du fœtus ? Ou pour que je prenne une ampoule de vitamine D pour fixer le calcium sur les os du bébé ? C'est bien simple, je ne pouvais plus rien manger sans que cet imbécile analyse l'apport vitaminique de mes aliments. Je déteste les choux de Bruxelles !

— C'est important d'avoir une alimentation équilibrée quand on attend un enfant, fait Tony sans se démonter pendant qu'Einar se tord de rire.

— Vous avez supporté cela longtemps, père ? finit-il par demander entre deux hoquets.

— Il a fini par appeler Pepper pour se plaindre de mon comportement ! répond Tony à sa place. La pauvre a tellement ri qu'elle a failli s'étouffer. Manfred nous a rappelés un peu plus tard pour nous rassurer mais Pep avait encore mal aux côtes quand elle m'a demandé de « laisser un peu d'air » à ton père.

— Il l'a fait, j'espère ?

— Il a continué à hausser le sourcil quand je buvais du thé et, même s'il ne disait rien, je l'entendais penser la théine, c'est mauvais pour le bébé. »

Einar s'essuie les yeux où des larmes de rire ont fini par couler.

« Cela partait d'un bon sentiment, non ? fait-il, magnanime.

— C'est vrai, sourit l'Asgardien. Il était mignon... à sa façon. Et encore plus quand il te parlait, la bouche contre mon ventre, quand il pensait que je dormais, assène-t-il.

— Tu ne dormais pas ?!

— Comment aurais-je pu entendre, sinon ? fait Loki avec un sourire amusé.

— Que disait-il, père ?

— Cela ne-

— Il n'y a pas de honte à avoir, Anthony. C'était touchant, tu sais. Moi, ça m'a touché.

— Tu aurais pu me le dire ! bougonne Tony. Je devais avoir l'air d'un idiot.

— Je dirais, ni plus ni moins que tous les futurs pères », répond Loki, impitoyable. Se tournant vers son fils, il continue : « il disait qu'il t'attendait, qu'il espérait que tu allais bien, qu'il ferait tout ce qu'il pourrait pour être un bon père, qu'il t'apprendrait à faire de la boxe et à construire des robots et que-

— C'est bon, je crois qu'il a compris l'idée générale, pas besoin de me ridiculiser davantage.

— Je ne trouve pas ça ridicule, papa. Au contraire. Pour la boxe, on commence quand ?

— Quand tu te seras remplumé un peu, Einar.

— Je crois que tu as aussi dit que j'aurais une McLaren P1 orange pour mes 16 ans. Si, si, je m'en rappelle très bien !

— Ah, ah. Allez-y, moquez-vous de moi, j'ai l'habitude ! »

Son compagnon sourit. « Je ne me moque pas de toi, mon aimé. Tu étais adorable et tu as fini de me rassurer. Je ne t'ai jamais trouvé ridicule, juste émouvant. »

Alors que Tony lui retourne son sourire, la voix narquoise du gamin s'élève à nouveau.

« Et l'accouchement ? Cela n'a pas été trop difficile à vivre pour papa ? »

Le milliardaire peste entre ses dents et fusille son fils du regard.

« Il est très tard, tu dois te coucher maintenant.

— Je n'ai pas école demain, répond tranquillement l'enfant.

— Tu risques d'être déçu. Ce fut une naissance comme une autre ou presque. Avec ton papa, nous avions décidé que j'accoucherais dans une antenne spécialisée du Shield puisqu'il était hors de question que j'accouche sur Asgard, soupire Loki. Bien sûr, tu aurais pu venir au monde dans une maternité midgardienne mais, même sous une forme féminine, nous craignions que ta naissance ne suscite quelques... interrogations. Alors, c'est avec l'aide de Bruce Banner que je t'ai mis au monde.

— Il a dit oui tout de suite ?

— Oh non ! intervient le génie. Il nous a rappelé qu'il n'était pas « ce genre de docteur », que son truc, c'était plutôt la recherche et que, de toute façon, il avait peur de perdre le contrôle et que le Hulk débarque en salle d'accouchement... Je lui ai remis en mémoire son séjour en Inde, où il n'avait pas hésité à assister de futures mères. Au temps pour la recherche. Et, depuis que le Hulk avait refait le plancher de la Tour avec ton père, il s'était écoulé de l'eau sous les ponts, les relations entre Bruce et Loki s'étaient normalisées, alors je ne voyais pas pourquoi le Géant Vert aurait fait son apparition.

— Finalement, il l'a supplié, sourit Loki. Il en a appelé à son amitié, lui disant qu'il n'avait confiance en personne d'autre que lui pour mettre son enfant au monde, que s'il refusait, il n'osait imaginer ce qui pourrait se passer... Finalement, le pauvre homme a cédé. Pour que Tony lui fiche la paix, ricane-t-il. Ton papa était rassuré, mon ventre grossissait, Virginia passait régulièrement voir si tout allait bien, ta chambre était prête, il ne manquait plus que toi, mais tu es arrivé un peu plus tôt que prévu.

— Ça... soupire Tony. Je pensais être prêt mais je n'aurais jamais imaginé que cela irait si vite. Je revenais de mission quand on m'a demandé de rejoindre au plus vite l'antenne du Shield où j'ai trouvé ton père en plein travail. Il souffrait et moi, je ne savais pas quoi faire pour l'aider, dit-il, la mine sombre.

— Tu es arrivé très vite, explique Loki. Entre le moment où j'ai appelé le Dr Banner et celui où j'ai été transféré en salle d'accouchement, il ne s'est pas écoulé plus d'une demi heure mais le travail était trop rapide, et-

— Il avait mal et je ne pouvais rien faire », répète son compagnon, désolé.

Dès qu'il l'avait vu, l'image d'un Loki plus jeune s'était imposée devant ses yeux. Un Loki condamné à affronter seul une naissance difficile. Son cœur avait manqué un battement.

« Tu étais là, fait Loki, compréhensif. Et il y avait une équipe médicale près de moi, je ne risquais rien.

— Je me suis senti tellement inutile, c'était affreux. Tout le monde savait quoi faire et moi, je restais là, les bras ballants.

— Anthony, souffle doucement le dieu, je t'assure que ta présence était la seule chose dont j'avais besoin. Même si Bruce n'a pas eu le temps nécessaire pour une péridurale, je n'avais pas si mal que tu semblais le croire. Et surtout, à aucun moment, je n'ai eu peur ce jour-là. Pas comme... Ôte-toi ça de la tête, mon aimé. Moins de quarante minutes après mon arrivée, reprend-il pour Einar, Bruce a déclaré que le col était presque complètement effacé et que la naissance était imminente. J'ai vu que ton papa était sur le point de défaillir, alors je lui ai suggéré d'aller s'asseoir avant de s'évanouir.

— Je- », Tony se rappelle Loki, le visage crispé par l'effort et la douleur, qui avait quand même pris le temps de lui ordonner d'aller s'asseoir et de ne surtout, surtout pas se placer en face, s'il ne voulait pas que cela affecte leur vie sexuelle future !

« Du coup, il s'est ressaisi, il m'a soutenu le dos et il m'a aidé à pousser. Il bloquait sa respiration et soufflait en même temps que moi. Cela me faisait de l'air sur le visage, comme j'étais en sueur, ce n'était pas désagréable, ironise-t-il.

— Cela me donnait l'impression de servir à quelque chose, fait Tony en haussant les épaules. Bruce vérifiait que tout avançait bien et moi je soufflais avec ton père. Et puis, juste avant de dégager la tête et les épaules, Bruce m'a demandé si je voulais sortir le bébé moi-même et, avant que j'aie pu répondre, ton père m'avait poussé en avant. Bruce m'a pris les mains, les a posées sous tes bras. J'ai tiré sans réfléchir et, tout à coup, tu étais là, hurlant et humide. Je t'ai amené contre moi et je t'ai regardé. »

Une petite tête couronnée d'une masse impressionnante de cheveux noirs. Une bouche ouverte pour hurler à pleins poumons. Une expression à la fois furieuse et perdue. Objectivement, cette petite chose fripée et hurlante aurait du mal à concourir pour le prix de la plus belle créature des Neuf Royaumes. Ou même de New York. Mais... un petit sourire s'était formé sur les lèvres de Tony.

« Il t'a regardé longtemps, sans parler. J'ai commencé à paniquer. J'ai cru qu'il était horrifié parce que tu étais bleu - je lui avais pourtant expliqué que tu pourrais être un peu... « différent », étant donné mes origines - et j'ai voulu-

— Tu étais magnifique, sourit Tony. En parfaite santé, en colère, et bleu. Je n'avais jamais rien vu d'aussi beau. J'avais un fils et il était magnifique. Je n'en revenais pas. Je t'avais imaginé mais je ne pensais pas que tu serais si...

— Si magnifique ? sourit Einar.

— Oui. Je t'ai finalement placé dans les bras de ton père et nous t'avons admiré de longues minutes avant que Bruce ne t'emmène pour les premiers soins.

— Pendant ce temps là, il m'a dit que ta couleur lui faisait penser au réacteur ark, dit Loki en secouant la tête, et il a presque été déçu quand tu as stabilisé ton apparence quelques heures après.

— Vraiment ? demande Einar en prenant la teinte bleu-ark chère à son papa.

— Tu es beau quelle que soit ta forme, Einar, lui sourit le milliardaire.

— Comme ça aussi ? fait-il en reprenant l'apparence d'une petite fille.

— Ah non, pas comme ça ! sursaute Tony.

— Je vais finir par croire que tu n'aimes pas les filles, papa, rigole son fils.

— Continue comme ça et on te fait une petite sœur, menace Tony.

— Oh oui ! Sérieux, j'adorerais. Ou un petit frère. Ou les deux, tiens.

— On verra, petit démon, sourit Loki. Maintenant, redeviens un gentil garçon et couche-toi. »

Une fois Einar Nikola Stark redevenu un gentil petit garçon, une fois bordé et embrassé, ses parents s'apprêtent à fermer la lumière avant de quitter la chambre quand l'enfant dit d'une voix ensommeillée :

« Je ne suis pas idiot, vous savez ? Je sais bien que vous m'avez caché des choses. Mais ce n'est pas grave, c'était une super histoire quand même. Même si c'était parfois un peu sirupeux. Il va en faire une tête, Curtis Bailey, quand il va apprendre que papa a fait fuir Volstagg et que père a gouverné Asgard... »

Il pousse un bâillement, se retourne dans son lit et s'endort enfin, un sourire heureux sur le visage.


[1] Le courage de Thor

[2] Voué à Thor

OoO


OoO

Voilà, j'ai réussi à mener cette histoire à son terme sans tuer personne, sans même blesser personne, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Dit comme ça, cela n'a l'air de rien mais celles qui me lisent depuis longtemps savent que, même si je n'écris pas systématiquement des drames, mes goûts s'orientent quand même davantage vers l'angst que vers le fluff, alors il a été très difficile de garder le cap du tout rose. Je me suis littéralement fait violence pour que tout se passe bien - alors que cela m'a plusieurs fois démangée d'ajouter une ou deux touches d'angst - et je ne suis pas loin d'être fière de moi : au moment où je les quitte, mes personnages sont tous aussi heureux qu'on peut l'être. :)

Cette histoire m'aura permis de vérifier une chose dont je n'avais jamais douté : écrire du fluff, c'est très difficile et je suis vraiment admirative de celles qui y arrivent. Je dois reconnaître aussi que je me suis attachée au petit Einar et que j'écrirai peut-être une suite, mais pas immédiatement. Merci à toutes celles qui ont suivi cette histoire et qui m'ont encouragée et soutenue quand l'envie de zigouiller un personnage se faisait trop pressante. :D

Pour rester dans l'esprit de cette fic : peace et plein de bisous !