Spencer Reid ne possédait pas de bureau et, apparemment, Swift ne voulait pas mener les entretiens dans l'open-space. Il s'était installé dans la salle de conférence, et Reid décida de lui donner quelques minutes avant de l'y rejoindre.

Swift semblait frustré en quittant le bureau de Hotch, et Reid se détendit un peu à cette idée – il serait sans aucun doute perturbé après avoir fait l'expérience de l'Hotchvalanche.

Reid frappa le bois de son poing et, après avoir entendu un « Entrez », poussa la porte.

- Paul Swift, Département de la Continuité, se présenta l'homme assit à la table, sans lever les yeux. Est-ce une coiffure réglementaire pour le FBI ?

Reid cligna des yeux deux fois.

- Les règles du FBI dans cet univers particulier sont fictives, souligna-t-il. Ma coupe de cheveux est sans importance pour l'intrigue.

- Mais cela contribue à la crédibilité de votre personnage.

- Vous pourriez dire la même chose à propos de la majorité des officiers féminins des forces de l'ordre – statistiquement parlant, un personnage féminin a plus de chance d'avoir des cheveux longs et détachés, ce qui, pourrait-on affirmer, pose un problème considérable pour la sécurité. C'est un choix qui a été fait, et suggérer que je ne suis pas autorisé à me coiffer ainsi est discriminatoire pour mon genre.

Il y eut une longue pause embarrassée.

- Trois doctorats ?

Reid acquiesça joyeusement et s'assit sur une des nombreuses chaises libres.

- Doctorats en Chimie, Ingénierie et Mathématiques. Licence en Psychologie et Sociologie.

Swift fit claquer son stylo et griffonna des notes sur son porte-bloc.

- Et vous avez quel âge ?

- Vingt-huit ans.

- Cinq diplômes en l'espace de seize ans, dont trois doctorats. Quel exploit impressionnant.

Son ton était condescendant, ce que Reid n'appréciait absolument pas – il avait travaillé dur pour son éducation, contre toutes attentes.

- J'ai un QI de 187, je lis 20.000 mots par minutes. Cinq diplômes, ce n'est pas si inconcevable.

- Et pourtant je doute qu'un seul de vos collègues en ait plus de deux. Utiliser un génie comme réservoir d'informations me semble être un moyen paresseux de résoudre les affaires.

- Vous pouvez penser cela, fit Reid, mais je suis constamment élu « Meilleur personnage de Criminal Minds » dans les sondages de fans.

- Des sondages internet non représentatifs, rétorqua Swift. Dont les votants sont majoritairement des soi-disant fangirls, ou des femmes entre dix-huit et vingt-cinq ans, lesquelles pensent souvent que vous êtes engagé dans des relations sexuelles avec tous vos collègues, parfois simultanément.

- C'est ridicule, remarqua Reid en fronçant les sourcils. Aucune relation entre les membres de l'équipe n'a jamais été vue à l'écran.

- C'est de toute manière hors-sujet, et relève du Département des Relations, finit-il par dire. J'aimerais qu'on en revienne à vos diplômes, si cela vous va.

Non, cela ne me va pas, eut envie de répliquer Reid. Il s'agissait d'une invasion de sa – certes, fictive – vie privée.

- Bien sûr, dit-il néanmoins avec une fausse politesse.

- Un mot sur vos centres d'intérêts, tout d'abord. Vos licences semblent appropriées dans votre secteur d'activité, en revanche vos travaux de doctorant suggèrent que vous seriez plus fait pour une profession de base scientifique. Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre le FBI ?

- J'ai été approché par l'Agent Gideon après avoir assisté à un de ses séminaires. Et le profilage reste une profession de base scientifique. Cela utilise juste les sciences un peu différemment.

Swift ne sembla pas vouloir argumenter contre lui sur ce point. Reid en fut légèrement déçu, il avait en tête une demi-douzaine d'exemples pour prouver ce qu'il affirmait.

- Vous avez commencé votre cycle de psychologie à douze ans, après avoir terminé le lycée ?

- C'est exact.

- Et vous avez mis votre mère en institution à dix-huit ans ?

- C'est aussi exact.

- Donc, vous avez laissée votre mère schizophrène seule chez vous pendant que vous étiez parti étudier à l'Institute of Technology en Californie ?

Pour la première fois de sa vie, Spencer Reid ne sut pas vraiment quoi répondre. C'était son histoire, mais il ne s'était jamais arrêté dessus pour y réfléchir de manière logique – il était trop occupé à s'assurer que sa cravate était suffisamment froissée.

- Tss tss… fit Swift.

Il passa ensuite de longues minutes à compléter ses notes.

- Assez parlé de votre mère, fit-il, je comprends que ce soit un sujet délicat.

Reid pensa que, peut-être, cet homme commençait à montrer un peu de sympathie. Mais cette pensée fut jetée par la fenêtre dès qu'il rouvrit la bouche :

- J'aimerais qu'on parle plutôt de votre père.

- Que voulez-vous dire ?

Il ne parvenait pas à trouver une action de son père qui aurait interféré avec la continuité, mais de toute manière, c'était dans sa personnalité de penser à son père aussi peu que possible.

- Dans l'épisode memoriam, William Reid explique son départ par son inaptitude à gérer la culpabilité concernant la mort de Riley Jenkins et de Gary Brendan Michaels, quand vous aviez quatre ans. Il est parti quand vous aviez dix ans. Six années, cela me semble une période assez longue pour que sa culpabilité se manifeste.

- Je ne peux pas commenter son état d'esprit.

Swift haussa un sourcil.

- Vous êtes un profileur, commenter l'état d'esprit d'un individu, c'est votre travail. En outre, et je dis ceci en réponse à la caractérisation de William Reid, il faudrait être un enfoiré sans cœur pour laisser son enfant de dix ans avec une mère gravement malade.

- La disparition des figures paternelles c'est dans ma caractérisation, fit Reid presque froidement.

Et cette froideur n'était pas exactement dirigée vers Swift.

- Tout comme la disparition des addictions, il semblerait, continua celui-ci.

Il tourna quelques pages, consultant le prochain point de sa liste.

- Mis à part quelques références mineures dans les saisons suivantes, votre addiction à la drogue a presque complètement disparue, sans qu'il soit mentionné quand ou même comment vous êtes parvenu à la surmonter.

- Cela est arrivé en dehors du temps d'écran, affirma Reid, sur la défensive.

Son addiction au Dilaudid n'était pas un moment de sa vie dont il était particulièrement fier, et il n'avait pas envie que cela soit abordé par quelqu'un comme Paul Swift, qui avait l'air de ne jamais avoir expérimenté la plus petite difficulté dans sa vie.

- Je vois… et j'ai une dernière remarque à faire en rapport avec votre niveau de génie inconstant. Dans certains épisodes des premières saisons, vous montrez un niveau de connaissance encyclopédique de la pop culture, que cela concerne des médias de fiction, tels Star Trek, ou l'industrie musicale, comme le montre votre référence à Siouxsie and the Banshees au début de l'épisode Tabula Rasa dans la saison trois. Toutefois, dans l'épisode de la saison cinq The performer, vous n'avez jamais entendu parler de ce qui est peut-être la fiction pour adolescent dont on parle le plus cette dernière décennie, et vous ne connaissez pas une œuvre classique, Orange mécanique, en plus de montrer un certain rejet de la musique non-classique. Ces deux types de génie sont considérablement différents l'un de l'autre. Auriez-vous été, peut-être, remplacé par un changelin cette semaine-là ?

- Si c'est tout, fit Reid en se levant et en ignorant délibérément la question, j'ai une relecture de A la recherche du temps perdu de prévue.

- Si vous pouviez m'envoyer l'Agent Morgan, j'apprécierais beaucoup, fit Swift avant d'ajouter : ce n'est pas juste du point de vue de la continuité, vous gagneriez vraiment a avoir une coiffure décente.


Merci Edeinn et Anthales pour vos reviews, j'espère que la suite vous plaira tout autant !

kateryne1: tout à fait d'accord, j'aurais bien aimé aussi que l'auteur développe plus ce point. Pour ce qui est de l'humour, je me souviens que la lecture m'avait fait pas mal sourire et parfois vraiment rire, mais bon, vu que je ris d'un rien, je peux difficile être juge de la question ^^" j'espère que ça s'arrangera avec les chapitres suivant