Un peu appréhensive, JJ se glissa dans la chaise face à l'homme. On ne l'avait pas avertie de cette visite, ce qui l'inquiétait plus que le but lui-même de la présence de Swift. Reid s'était montré anormalement silencieux en ressortant de la salle de conférence, tandis que Morgan et Hotch avaient tous deux l'air d'être sur le point de se lancer dans une tuerie (ce qui était ridicule, vraiment, car ils avaient tous signé des clauses stipulant que cela n'arriverait pas).
Bien sûr, une part de JJ voulait le faire malgré la signature de cette clause.
- Je m'appelle Paul Swift, dit l'homme en tendant une main.
JJ se pencha pour la lui serrer. La description de son travail était d'assurer la liaison entre le BAU et tout parti externe, que ce soit la police, l'équipe créative ou un Agent de la Continuité. La cordialité était la clef.
- Jennifer Jareau, lui dit-elle. Liaison.
Swift fronça les sourcils, retourna la porte-bloc et chercha parti les papiers.
- Il semble qu'il manque quelques pages à votre dossier, dit-il finalement.
JJ grimaça, puis prit une profonde inspiration :
- Non, fit-elle. Non, tout est là.
Pendant une trentaine de secondes, Swift ne dit rien. Puis :
- Êtes-vous sûre ? demanda-t-il finalement, un peu gêné d'être embarrassé d'avoir à seulement poser la question.
- Bienvenue dans ma vie, rétorqua JJ, incapable de réprimer l'acidité de sa voix.
Elle aimait son travail, vraiment, mais parfois c'était comme si les gens ne voyaient en elle qu'un personnage de toile de fond. On parlait toujours de la dernière tragédie de Reid, ou du dernier tacle de Morgan, ou de « quel membre de Hotch pouvons-nous couper cette semaine ? »
- Pas étonnant… commença Swift avant de se taire brusquement.
JJ haussa un sourcil.
- Qu'est-ce qui n'est pas étonnant ?
- Peu importe, fit-il en secouant la tête.
JJ leva les yeux au ciel.
- Je suis ce qu'ils appellent un second violon. Les seuls moments où une intrigue me concerne, c'était pour que quelqu'un d'autre puisse voir son personnage développé. Je pensais d'abord qu'avoir un enfant pourrait peut-être les forcer à me donner quelque chose, mais non, ça a été mis à la fin d'un double épisode de Reid. Personne d'autre que lui n'a de double épisode. Je ne peux même pas avoir un seul épisode.
Swift hocha la tête, mais avec un soupçon d'impatience qui indiquait à JJ qu'elle était en train de s'emporter.
- Je suis désolée, vous devez faire votre inspection.
- J'aimerais en avoir fini le plus rapidement possible, oui, fit Swift en parcourant son document pendant un instant avec son stylo. Avec cette… quantité minime d'informations, la seule contradiction que je vois est que vous êtes allée à la fois à l'université de Pittsburgh, comme indiqué dans l'épisode North Mammon, et Georgetown, dans Zoe's Reprise. Bien que ce soit possible qu'une des deux aient été pour des études post-licence, rien ne l'indique.
- C'est aussi parfaitement possible que j'ai menti pour réconforter Rossi, argua JJ.
Et dieu sait que c'est tout ce à quoi je suis bonne, songea-t-elle.
- Mentir n'est pas en contradiction avec mon personnage, ajouta-t-elle à la place.
- Mais pourquoi auriez-vous besoin de mentir sur le lieu où vous êtes allé à l'université ? En donnant de faux détails, vous lui permettez de découvrir plus facilement que vous lui avez menti, et s'il s'en rendait compte cela le ferait sans nul doute se sentir encore plus mal.
- Est-ce que c'est vraiment important ? questionna JJ avec une certaine exaspération, en réalisant désormais pourquoi Hotch et Morgan étaient autant en colère après leurs entretiens : l'implacabilité de Swift était horripilante.
Peut-être la journée avait-elle juste été longue pour elle. Le travail d'un agent de liaison n'avait pas de fin.
- Je ne vois aucun autre problème, annonça finalement Swift. Comparé à vos collègues, vous êtes pratiquement un personnage crédible. C'est d'autant plus regrettable, vraiment.
JJ fronça les sourcils mais il la fit sortir avant qu'elle ne puisse l'interroger sur cette dernière remarque. Une fois dehors, elle trouva Garcia, Morgan et Reid.
- Salut.
- Salut ma colombe, la salua Garcia. Comment ça s'est passé ?
- Heu… bizarre.
Elle se tourna vers Morgan et Reid, et ajouta :
- Il n'agissait pas… bizarrement, avec vous, si ?
- Si par « bizarre » tu entends qu'il me questionnait sans fin sur mon passé, alors, ouais, fit Morgan d'un ton sarcastique.
Elle secoua la tête :
- Non, c'était… certaines de ses paroles me laissent penser qu'il va se passer quelque chose.
Reid pâlit :
- Je ne vais pas encore être pris en otage, hein ?
- Tu as passé ce marché, tu te souviens, fit Garcia avec un petit coup sur son bras. Ils ne te mettront pas en situation d'otage si tu promets de ne te casser aucun os.
Reid soupira de soulagement, et JJ en aurait presque ri. Elle aurait donné n'importe quoi pour être impliquée dans une prise d'otage. Au moins, dans ce cas, elle aurait un peu de temps d'écran. Tel quel, la majeure partie de son travail était implicite, et hors écran. « Oh, il y a une scène cool où on voit JJ gérer les médias. » « Nan, on a pas besoin de voir ça. »
- Il veut te voir à présent, Garcia, ajouta JJ en se souvenant qu'elle devait laisser ses autres amis être sujets à de telles horreurs. Et si tu es prête à trafiquer son historique bancaire, je pense que je peux arriver à l'humilier au journal national.
L'analyste technique fronça les sourcils :
- C'était à ce point-là ? Ca ne peut pas avoir été à ce point-là.
Morgan grimaça :
- Ouais, c'était à ce point-là.
kateryne1: C'est vrai qu'il était sans doute moins drôle, mais bien que ce soit dans le style "parodie" et qu'il y ait des touches d'humour par-ci par-là, je trouve que le but principal n'est pas toujours de faire rire. Le chapitre avec JJ par exemple, je le trouve plus triste qu'autre chose, même si la réplique de Reid sur la prise d'otage m'a fait pouffer. C'est d'ailleurs pour ça que je ne l'ai pas mise en genre "humour" mais seule en "parodie"
