Mes chéris, merciiiii, merciiiii, merci infiniment pour vos adorables reviews, Aliena, Linsy, Mel-chan, Laura, Erika, Nekonya, Flo'w, Bull'rose, Julindy, Dame Marianne, Aku, Glasgow, Clelia, Chocolas, Lewella (hiii que je suis contente de te revoaaar!), vous êtes le saucisson de mon cœur, je vous aime tous à l'infini et au-delà !
J'espère que ce troisième chapitre vous plaira ! Le titre Shooting Star nous vient de l'album Fractured Life d'Air Traffic, comme toujours.
Bonne lecture !
Chapitre 3
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L'anniversaire de Kíli fut un franc succès. Thorin ne l'avait plus vu rire autant depuis des mois, tout comme Fíli, qui avait l'air de bien s'amuser parmi les amis de son frère – Ori était de la partie, et Dwalin, par l'intermédiaire de Balin et Glóin, avait invité Gimli. L'appartement de Dwalin et Balin fut proprement mis à sac, sous le regard bienveillant de Balin et celui légèrement inquiet de Dwalin, le Champomy coula à flot, à la joie délirante de Kíli, et les cadeaux eurent l'air de plaire – Fíli, lui, se jeta aussitôt sur un paquet oblongue que Kíli avait reposé sur le côté après l'avoir vaguement ouvert.
- Enfin ! s'exclama-t-il à l'intention de son oncle. Ce soir, d'accord ?
- Je te l'ai promis, répondit Thorin sérieusement.
Fíli avait régulièrement tenté, pendant toute la semaine précédente, de découvrir la cachette des trois tomes des Aventures de Smaug le Dragon par Bilbo Baggins, et de les subtiliser (sans jamais parvenir à les trouver, Thorin les ayant mis en sécurité, ainsi que les autres cadeaux de Kíli, dans un carton de déménagement à l'air inoffensif, au dessus de sa plus haute armoire) ; mais lorsque Thorin, qui s'en était rendu compte, lui avait proposé de venir leur lire les volumes le soir avant qu'ils aillent se coucher, une fois l'anniversaire de Kíli passé, il avait réfléchi, puis finalement hoché la tête.
- Tu les as déjà lus, toi ? n'avait-il pu s'empêcher de demander.
- Oui, avait admis Thorin un peu honteusement.
- Et alors ? C'était comment ?
- Vraiment génial, avait-il obligé d'avouer. Ton instituteur a un sacré talent.
Fíli s'était mit à rayonner comme si c'était lui qui les avait écrit – il devait vraiment apprécier M. Baggins, avait songé Thorin.
À présent, presque deux semaines s'étaient écoulées depuis qu'il s'était fait la réflexion qu'il devrait présenter ses excuses, et il n'en avait toujours pas eu le courage – il ne savait même pas comment s'y prendre. Il pourrait aller chercher les garçons à la sortie de l'école, mais, a) ses neveux, en particulier Fíli, trouveraient son attitude suspicieuse, puisqu'il ne venait jamais les chercher ; b) difficile de présenter à Bilbo ses excuses pour avoir quitté son appartement comme un voleur après une nuit d'amour passionnée devant la foule de parents d'élèves qui attendraient pour récupérer leur rejeton à la sortie de l'école, et qui n'avaient certainement pas besoin d'apprendre les plus noirs secrets de leur instituteur.
- La Terre appelle Thorin !
Deux doigts furent claqués devant ses yeux, et Thorin sursauta – Dwalin se tenait devant lui avec un sourire.
- Pardon, je...
- Dézonage ?
- ... Ouaip.
- La fête des gosses est finie, annonça Dwalin – et Thorin remarqua que pendant qu'il dézonait, la plupart des enfants étaient rentrés chez eux, ce qui en disait long sur ses capacités de dézonage, puisqu'ils étaient encore tous là tout à l'heure, pendant qu'il parlait à Fíli (conversation dont il ne se rappelait pas la fin, d'ailleurs – à tous les coups, il devait avoir déconnecté en plein milieu, et Fíli était allé s'amuser ailleurs sans prendre la peine de le ramener à la réalité).
- Chiottes, maugréa-t-il. Je devrais vraiment consulter. C'est dingue de perdre le fil comme ça.
Dwalin haussa les épaules d'un air de désintérêt total, et reprit :
- Bref, maintenant que la fête des gosses est finie, celle des adultes peut commencer.
- Celle des adultes ?
- Au cas où tu l'aurais oublié, c'est ton anniversaire aussi, aujourd'hui.
- Je t'ai dit que je ne voulais pas le fêter.
- Depuis quand j'écoute ce que tu me dis ?
Au moment où il terminait sa phrase, Glóin débarquait avec Nori et son grand-frère Dori, suivi de peu par Bofur et Bombur, ce dernier avec un énorme fraisier d'anniversaire dans les bras (Kíli avait eu droit au gâteau au chocolat dans l'après-midi). Thorin eut même l'incroyable surprise de voir arriver, un peu plus tard, son propre cousin Dáin, qu'il n'avait plus revu depuis l'enterrement, et qu'il fut enchanté de retrouver.
Les garçons n'étaient pas non plus contre un after, surtout qu'Ori et Gimli restaient avec eux, et la deuxième fête d'anniversaire se déroula aussi bien que la première – juste avec un peu plus d'alcool et un peu moins de cris stridents. Kíli offrit à Thorin un dessin élaboré, qui montrait son oncle avec une guitare à la main, et ses neveux à ses côtés avec un piano et un violon, tandis que Dís observait le tout assise sur un nuage en souriant – l'enfant devait avoir été dans les parages à écouter en cachette lorsque Thorin avait exposé son point de vue sur la question à Fíli. Il promit à Kíli qu'il le ferait encadrer et mettre dans le salon, et le garçon rayonna de fierté.
Dwalin et Balin s'étaient cotisés pour lui offrir une tablette tactile – un cadeau très utile (surtout depuis que son seul ordinateur, un vieux portable qui était encore sous Windows XP, l'avait récemment lâché), pour lequel il les remercia chaleureusement.
Il reçut également quelques petits présents de la part de ses autres amis, mais le vrai choc de la soirée (qu'il tenta néanmoins soigneusement de cacher – en vain) eut lieu pour lui lorsque Fíli lui offrit son cadeau. Cachottier, son neveu était allé faire les courses en douce avec Dwalin, et lorsque Thorin ouvrit le petit paquet enveloppé de papier bleu scintillant, il commença sincèrement à se demander, a) si Fíli n'était pas un peu plus perspicace que Thorin ne le croyait, ou b) si Dwalin ne lui avait pas raconté toute l'histoire avec Bilbo.
Comment expliquer, sinon, le livre qu'il tenait dans les mains, La Guerre de l'Anneau, où le nom de Bilbo Baggins coiffait la couverture de sa petite police blanche serrée ? Ah oui ; c) peut-être que Fíli avait apprécié le fait que Thorin ait adoré la série des Smaug, et avait voulu lui faire plaisir.
- Ouvre-le, ouvre-le ! s'exclama Fíli. Regarde à l'intérieur !
Devant son enthousiasme, Thorin sentit son cœur se serrer d'appréhension. Il n'avait quand même pas...?
Délicatement, son doigt tourna la couverture du volume, et son regard tomba sur un petit mot écrit à l'encre bleue, d'une jolie écriture ronde digne d'un professeur des écoles.
« Pour Thorin,
Joyeux anniversaire. Merci beaucoup d'avoir lu et apprécié mes livres. Je souhaite de tout mon cœur que celui-ci vous plaise aussi.
Sincèrement vôtre,
Bilbo Baggins.»
Thorin dézona. Il en avait besoin, pour le coup ; c'était nécessaire pour analyser le mot de Bilbo. Le vouvoiement – les derniers mots que Bilbo lui avait adressés, il ne l'avait pas vouvoyé, oh non. Ceci étant dit, c'était avant que Thorin n'agisse comme le pur crétin qu'il était ; compréhensible donc que Bilbo remette de la distance entre eux.
Pauvre Bilbo. Fíli devait lui avoir demandé de signer cet autographe pour son oncle, et il n'avait probablement pas pu refuser, les requêtes du garçon étant tellement rares et précieuses. Il avait au moins eu la délicatesse d'écrire quelques phrases complètes, qui comptaient plus de mots que "Pour Thorin, merci, B.B.". Il aurait pu, songea Thorin. Mais non, il avait pris le temps d'écrire un mot en entier. Il avait mis "sincèrement vôtre" là où un froid "cordialement" aurait pu faire l'affaire. Toutefois, il avait aussi écrit "pour Thorin" là où il aurait pu mettre "Cher Thorin".
C'était frustrant. Thorin ne parvenait absolument pas à savoir ce à quoi Bilbo avait pensé lorsqu'il avait écrit cet autographe, et c'était horriblement frustrant. Il fallait qu'il aille le voir – cette fois, il n'y avait plus d'alternative. Il irait le voir, et le remercierait pour le petit mot, et peut-être qu'ils parviendraient à s'expliquer, enfin.
- Thorin !
Il cligna des yeux – Dwalin, Balin, Fíli et quelques autres le regardaient d'un air stupéfait.
- T'as raison, mon gars, marmonna Dwalin, ça devient vraiment sérieux, ton truc, là. Ça fait dix fois qu'on t'appelle.
- Tu n'aimes pas mon cadeau ? demanda Fíli.
Thorin sentit aussitôt les affres de la culpabilité se déverser sur lui. Il s'agenouilla promptement devant Fíli.
- Bien sûr que si ! affirma-t-il avec vigueur. C'est un très beau cadeau. J'ai hâte de le lire. Il faudrait que j'aille remercier ton professeur.
- Bilbo a eu l'air très content de savoir que tu avais dévoré la série des Smaug, lui apprit Fíli l'air de rien. Alors je lui ai demandé s'il ne voulait pas t'écrire un petit mot dans La Guerre de l'Anneau pour ton anniversaire. Je pensais que c'était une bonne idée, termina-t-il d'un ton un peu dépité.
- C'est une très bonne idée, lui assura Thorin fermement. Je te jure, j'adore. Merci infiniment.
Pour prouver son propos, et masquer son embarras en même temps, il serra son neveu dans ses bras, et lança un regard sévère à Dwalin qui pouffait de rire dans le dos de l'enfant.
Bon – dès le lendemain, il irait remercier Bilbo Baggins, et lui présenter ses excuses.
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Du moins, c'était ce qu'il avait prévu. La réalité se mettant dans le chemin de ses plans une fois de plus, il se trouva que le lendemain, lundi 16 février, marquait le début des vacances d'hiver, et qu'il aurait beau attendre des heures devant le portail de l'école, personne n'y viendrait.
- Va le voir chez lui ? suggéra Dwalin, qui semblait ressentir un amusement sans bornes chaque fois que l'histoire était évoquée.
Ce soir-là, ils étaient affalés sur le canapé devant un vieil épisode de Friends, celui du rugby, qu'ils pouvaient se permettre de ne pas suivre avec attention puisqu'ils le connaissaient par cœur.
- Je ne me souviens plus où c'est, grommela Thorin. Je suis parti comme un voleur, tu te souviens ?
Bofur, en vacances lui aussi, en sa qualité de fonctionnaire, et qui était venu garder les enfants dans la journée tandis que Thorin et Dwalin travaillaient, ajouta son grain de sel – ses deux amis l'avaient mis au courant de toute l'histoire devant le premier épisode de Friends (ils en étaient déjà au troisième).
- Il est pas sur Facebook ? demanda-t-il gaiement.
- Peut-être que si, mais moi je n'y suis pas, répondit Thorin, qui n'aimait pas les réseaux sociaux (officiellement – officieusement, c'était surtout parce qu'il n'y comprenait rien, sa maîtrise d'Internet restant relativement limitée).
- Je regarderai pour toi, proposa Dwalin, toujours secourable.
- Peut-être qu'il a laissé un petit papier avec son numéro de téléphone dans le livre ! s'exclama Bofur d'un ton enthousiaste.
- Manquerait plus que ça, grommela Thorin. "Salut, tu m'as laissé tomber comme une vieille chaussette deux fois de suite, mais je te donne quand même mon numéro de téléphone, bisous bisous!". Personne avec un grain de bon sens ne ferait ça.
Lorsque Bofur et Dwalin furent partis, et que Thorin eut pour la première fois l'occasion de se plonger dans La Guerre de l'Anneau, il réalisa que Bilbo Baggins n'avait peut-être pas un grain de bon sens. Car si la page qui comportait l'autographe était vide de tout numéro de téléphone, on ne pouvait pas en dire autant de la toute dernière page du livre, ou dix chiffres étaient inscrits au crayon gris dans le coin de page en bas à gauche. On les distinguait à peine, comme si Bilbo avait hésité, et n'avait pas voulu trop appuyer sur la mine. Le numéro n'était accompagné d'aucun nom, mais Thorin ne voyait pas à qui d'autre il aurait pu appartenir.
- Je rêve, murmura-t-il, incrédule.
Il passa son doigt sur les chiffres inscrits en gris, et le regretta aussitôt lorsque ce simple geste faillit les effacer – il prit aussitôt un stylo, et les recopia précautionneusement sur un bout de papier.
Puis, avec une grande inspiration, il prit son téléphone portable sur la petite table à côté du clic-clac, et composa le numéro.
La sonnerie avait déjà résonné trois fois lorsque Thorin réalisa qu'il était passé minuit, et qu'il réveillerait sans doute Bilbo – et que même si ce n'était pas le cas, ce n'était pas une heure convenable pour appeler. Merde, il en oubliait toutes les convenances !
Il s'apprêtait à raccrocher lorsqu'il y eut un déclic, et qu'une voix très douce se fit entendre à l'autre bout du fil.
- Allô ?
Cette simple voix rappela à Thorin tous les détails de leur nuit ensemble – et pas juste le moment où il avait crié dans ses bras, son front collé au sien (bien qu'il n'aurait pas l'oublier même s'il l'avait voulu), mais aussi la soirée, passée à parler l'un en face de l'autre dans un bar, à propos de petits riens qui l'avaient pourtant réconforté. Bilbo avait une belle voix, avait-il décidé instantanément, une voix qui mettait en confiance, qui pouvait être aussi tendre que du velours lorsqu'il le voulait, et l'entendre à nouveau lui fit l'effet d'un coup de poing dans l'estomac.
- Allô...? répéta la voix, d'un ton un peu déconcerté, et Thorin se maudit – bordel, c'était pas le moment de dézoner !
- Allô, euh..., bafouilla-t-il. Je... Je suis désolé de te... de vous... déranger, c'est... c'est Thorin. Thorin Oakenshield. Euh… L'oncle de Fíli…
Waouh. Alors là, excellente entrée en matière. Dís devait hurler de rire, là où elle se trouvait, et il était férocement heureux que Dwalin n'assiste pas à cette pitoyable conversation.
Il y eut un silence à l'autre bout du fil, et Thorin enchaîna :
- Je... Merde, il est super tard, je suis désolé, mais je... je ne te... vous dérange pas ? Tu… Vous vous souvenez de moi ? Je... Je suis bien sur le portable de Bilbo Baggins, au fait ?
Oh doux Jésus. Il avait très très envie de se tirer une balle dans la tête, là, et il était à ça de raccrocher le téléphone, quitte à passer à nouveau pour un gros connard (il pourrait toujours sortir l'excuse du passage sous un tunnel ou d'une batterie en rade au besoin), mais un rire léger l'arrêta dans ses sombres pensées.
- Oui, c'est bien moi. Bonsoir, Thorin.
- Je... J'espère que je ne te... ne vous... dérange pas ? Il est tard, désolé, je…
- Ne t'inquiète pas, tu ne me déranges pas du tout, répondit Bilbo, tranchant pour lui la délicate question du vouvoiement.
- J'ai eu ton livre... Enfin, ton autographe. Sur ton livre. Pour mon anniversaire, c'est Fíli qui me l'a offert, et...
- Je sais, il m'en a parlé. Ça t'a plu ?
- Le livre ? Ou l'autographe ? Parce que je n'ai pas encore eu le temps de lire le livre, mais l'autographe m'a plu, oui, je... C'est pour ça que j'appelais. Pour te remercier.
Il prit une profonde inspiration.
- Et puis... pour m'excuser.
- T'excuser de quoi ?
De quoi ? Il en avait de bonnes, lui !
- Ben, de mon attitude envers toi... (À ton avis, rajouta-t-il mentalement). D'avoir filé à l'anglaise. C'était... pas glorieux. Je suis désolé. Je n'aurais pas dû...
- Je ne t'en veux pas, dit Bilbo avec un petit rire. Je ne m'attendais pas à ce que tu prépares des pancakes pour le petit déjeuner.
Gros silence.
- Tu... Tu ne m'en veux pas ?
- Je ne vois pas pourquoi je t'en voudrais, répondit Bilbo – toujours de sa voix si douce, bordel. Je veux dire...
Il hésita un peu, et ajouta d'un ton prudent :
- On n'a pas passé de contrat t'obligeant à rester. Tu étais libre de partir à l'heure que tu voulais, ou de ne pas attendre que je me réveille.
- Mais... Quand je t'ai revu, à l'école... je t'ai ignoré...
- Tu étais avec tes neveux. Tu pouvais difficilement venir me voir et me parler de notre nuit passée ensemble, pas vrai ?
Amusant comme il trouvait des excuses pour lui. Thorin en restait sans voix.
- Je...
- Ne t'en fais pas, Thorin, je ne t'en veux pas.
- Je continue à penser que j'ai agi comme un connard, marmonna Thorin, mal à l'aise. Je suis vraiment désolé. Je ne suis pas aussi odieux, en temps normal, mais là, j'étais au trente-sixième dessous, pour des tas de raisons, et...
- Oui, je sais, répondit Bilbo doucement.
- Tu sais ? Comment ?
- Je connais la situation de Fíli, Gandalf m'en a parlé. Et tu es son oncle... J'imagine que tu traverses les mêmes épreuves que lui.
Oh. Oui. Logique.
- Effectivement, marmonna Thorin. Bon. Ben... d'accord. Je... Je ne vais pas te déranger plus longtemps, alors. Merci d'avoir répondu (aaah, mais qu'est-ce que je raconte encore ?) et euh, à la fois prochaine, alors ?
Le sourire pouvait littéralement s'entendre dans la voix de Bilbo.
- À la fois prochaine. Merci d'avoir appelé, Thorin. Bonne nuit.
Seigneur Jésus, ça devrait être interdit par la loi d'avoir une voix aussi douce. Thorin en resta bouche bée pendant un instant, et le temps qu'il reprenne ses esprits, Bilbo avait déjà raccroché.
Oh. Génial.
Ce ne fut que longtemps après avoir reposé le portable sur sa petite table de chevet, et après avoir repassé la conversation en boucle dans sa tête (du moins, tous les passages les moins craignos, ce qui voulait dire qu'il laissait de côté toutes les fois où il avait pris la parole) qu'il réalisa que Bilbo lui avait peut-être donné son numéro de téléphone dans un tout autre but – et peut-être pas juste pour l'entendre le remercier de l'autographe et s'excuser.
Thorin, encore une fois, venait peut-être de tout gâcher.
- Oh bordel, marmonna-t-il.
Il récupéra paresseusement son portable sur la table de chevet. Il fallait qu'il partage sa connerie avec quelqu'un.
« J'ai téléphoné à Bilbo. Il m'avait laissé son numéro dans le livre.»
La réponse de Dwalin ne se fit pas attendre.
« Sans dec ! Alors ? »
« Alors je suis un triple crétin qui restera encore longtemps célibataire. »
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Non qu'il souhaitait que la situation change, il fallait bien l'admettre. Entre la boutique et ses neveux, il était surbooké, et il ne voyait pas comment il aurait le temps de caser un petit-ami là-dedans – et si le petit-ami était en plus l'instituteur de l'un des gosses, les choses risquaient vite de devenir trop compliquées à gérer. Certes, il n'avait jamais fait de secret sur sa sexualité, et de toute façon, les garçons (Fíli, en tout cas, Thorin était moins sûr pour Kíli) se rappelaient de sa dernière relation amoureuse, celle qui avait duré trois ans (et qui s'était si mal terminée qu'il était resté un mois comme une larve dans son canapé à se repasser en boucle l'intégrale de Breaking Bad avec une bière (ou plutôt une dizaine) à la main) et ils étaient parfaitement au courant qu'il préférait les hommes ; le problème n'était pas là.
Le problème, en fait, tenait principalement au fait que Bilbo soit le professeur de Fíli. Thorin ne voulait pas compromettre l'éducation de Fíli, ce qui serait forcément le cas s'il se mettait à ramener son instituteur à la maison. Et d'abord, la simple idée de ramener quelqu'un, qui que ce soit, à la maison, semblait incongrue, puisqu'il y avait les garçons ; et allez donc construire une relation avec quelqu'un sans le ramener chez vous. Ou sans aller chez lui, d'ailleurs, car le problème se posait dans les deux sens : il ne pouvait pas laisser les garçons seuls à la maison.
Thorin cligna des yeux lorsqu'il s'aperçut qu'il était déjà en train de réfléchir à la façon dont il devrait gérer sa vie si Bilbo venait à en faire partie, et poussa un grognement devant le ridicule de cette idée. Bilbo n'en ferait pas partie, il ne pouvait pas se le permettre ; c'était simple comme de l'eau de roche.
Pour étouffer ses divagations sur le sujet, Thorin se plongea dans La Guerre de l'Anneau. C'était un gros bouquin, et dès les premières pages, Thorin fut absolument captivé. Le scénario de base était assez simple : dans un monde alternatif heroic fantasy, hommes, nains, elfes et orques se battaient pour un anneau magique qui permettait, si on n'était pas regardant sur les détails, de gouverner le monde. La trilogie était nettement destinée à un public plus âgé que ne l'étaient les Aventures de Smaug, et Thorin, qui avait déjà adoré les histoires du dragon, se retrouva enchanté.
Il songea à envoyer un sms à Bilbo, deux jours plus tard, pour lui dire qu'il avait dévoré La Guerre de l'Anneau et qu'il avait adoré, mais a) il ne voulait pas le déranger, et, b) c'était toujours comme ça que ça commençait, on s'envoyait des sms, on flirtait un peu, et les choses s'engageaient sur une pente définitive. Si Thorin ne voulait pas d'une relation avec Bilbo, autant ne pas commencer du tout.
Il décida donc de partager son excitation à propos du bouquin avec quelqu'un d'autre, et trouva ce qu'il cherchait en la personne de Fíli, qui se jeta à son tour sur le livre pour pallier à la frustration que créait chez lui la trop lente lecture (un chapitre par jour, deux dans les jours fastes) des Aventures de Smaug le Dragon récitée par Thorin le soir au moment du coucher.
Fíli se retrouva en trois jours tout aussi captivé que son oncle, et somma Thorin d'organiser un commando sur une librairie en ville pour aller acheter tous les autres bouquins de Bilbo Baggins.
L'expédition fut prévue pour le premier samedi des vacances d'hiver, et tandis que Dwalin tenait la boutique tout seul, Thorin se dirigea d'un pas conquérant vers la librairie Majuscule, la plus grande de son quartier, un neveu juché sur son bras gauche et l'autre au bout de sa main droite. Ils devaient former une vision plutôt étrange (ou adorable, si on croyait les sourires attendris des passants), car les gens s'arrêtaient presque pour les regarder – et Kíli augmentait leur capital mignonnerie en souriant à tout va, ses grands yeux noirs brillant sous ses boucles brunes, ses bras enroulés autour du cou de son oncle. Sur le chemin, Thorin se vit abordé pour une conversation (voire carrément dragué) plus souvent en vingt minutes que toutes les fois réunies où il avait marché seul ces trois dernières années.
Néanmoins, son esprit était fixé ailleurs – à savoir, acquérir l'intégrale des œuvres de Bilbo. Il prit tout ce que la librairie et ses deux étages eurent à lui offrir, à savoir La Conquête d'Erebor, en trois tomes, Voyage au bout du Mordor, les Contes et Légendes Oubliés, et Les Elfes de Rivendell. Avec les trois aventures de Smaug et La Guerre de l'Anneau, il s'agissait de tout ce que Bilbo avait publié, selon la vendeuse. Thorin songea qu'il faudrait qu'il aille regarder sur Internet si elle disait vrai, mais cinq minutes plus tard à peine, il eut l'occasion de prendre ses informations d'une source de première main.
Ils sortaient juste de la libraire, les bras chargés de livres – même ceux des enfants étaient mis à contribution – quand Thorin, distraitement, percuta de façon spectaculaire Bilbo Baggins en personne.
- Oh pardon, désolé, je ne regardais pas... Oh. Bilbo.
- Bilbo ! s'exclama Fíli, l'air absolument ravi. On a acheté tous tes livres !
Ok. Merci, Fíli. Il aurait de loin préféré que Bilbo ignore ce petit détail – leur situation était déjà assez gravement nulle pour qu'il n'ajoute pas stalker à la liste de ce que Bilbo avait à lui reprocher (quoi qu'il ait pu lui trouver comme excuses jusque là).
- Vraiment ? sourit Bilbo, et ni pour la première fois, ni sans doute pour la dernière, Thorin songea que le sourire de cet homme possédait quelque chose de magique qui avait le don d'arrêter de lui faire battre le cœur.
(Enfin. Le don ou le défaut, c'était selon. Et aux yeux de Thorin, c'était plutôt le dernier. Ce n'était pas très pratique d'avoir le cœur qui ne battait plus.)
- On a adoré La Guerre de l'Anneau ! s'exclama Fíli, plus bavard avec un étranger que Thorin ne l'avait jamais vu.
Enfin, non – Bilbo n'était pas un étranger pour Fíli : c'était son instituteur, et à voir la façon dont le garçon le regardait avec des yeux pleins d'admiration, c'était quelqu'un en qui il avait visiblement confiance ; et ça, songea Thorin, ça ne courait pas les rues.
- Thorin l'a lu en deux jours ! ajouta Fíli avec excitation. Et moi en trois.
À cet instant, Bilbo leva les yeux sur Thorin, et bon sang, il ferait mieux d'arrêter de sourire, parce que Thorin avait du mal à faire tourner son cerveau correctement, là. Il n'avait pas l'air de lui en vouloir pour sa conduite passée, si son expression pleine de douceur était d'aucune indication (de toute façon, il le lui avait dit au téléphone), mais Thorin se sentait toujours mal à l'aise. Sensation qui se retrouva décuplée lorsqu'il réalisa que c'était la première fois qu'il adressait la parole à Bilbo en face depuis leur Nuit (qui avait petit à petit gagné une majuscule dans la tête de Thorin).
- Vraiment, répéta Bilbo, les yeux toujours posés sur Thorin.
Celui-ci se sentit obligé de hocher la tête, comme pris à parti.
- Oui. C'était vraiment génial. J'ai adoré d'un bout à l'autre. Ça fait longtemps que...
Le tutoyer ? Le vouvoyer ? En face des neveux, que faire ?
- Ça fait longtemps que vous écrivez ?
Vouvoyer. Mieux valait préserver l'innocence de Fíli, et Bilbo comprendrait sans doute – et s'il ne comprenait pas, eh bien, ce n'était pas comme si Thorin avait des projets avec lui, de toute façon. (Ridicule. Ridicule.)
Bilbo ne sembla pas déconcerté par l'emploi du "vous", et répondit calmement :
- Oh, ça commence à dater, oui. Je crois bien que ça fait bientôt dix ans maintenant.
- Dix ans ! s'exclama Fíli. Mais tu as quel âge ?
Légitime question, dont Thorin était curieux de savoir la réponse (un peu trop curieux pour son bien, d'ailleurs).
- Vingt-neuf ans, répondit Bilbo.
Trois de moins que lui, donc. Intéressant. Enfin, pas intéressant, mais... c'était toujours bon à savoir.
- Tu as commencé à... dix... dix-neuf ans, alors ? intervint Kíli de sa petite voix fluette – ne voyant visiblement aucun problème à tutoyer un professeur qui n'était pas le sien et qu'il connaissait à peine (quoique Thorin était plus impressionné par ses prouesses de calcul mental – Kíli était à peine en CP, après tout).
- Oui, vers dix-neuf, vingt ans, répondit Bilbo.
- Mais pourquoi tu as deux métiers, alors ? reprit Kíli, sincèrement intrigué.
Bilbo eut un sourire, amusé par le feu nourri des questions, et échangea un rapide regard avec Thorin avant de répondre :
- Parce que j'aimais bien les deux, et que je ne voulais pas arrêter l'un pour l'autre. Heureusement, ils sont plutôt compatibles, donc j'ai de la chance.
- Ça veut dire quoi, compatible ? demanda Kíli.
Avant que Thorin ne puisse lui répondre, Bilbo s'agenouilla devant Kíli et lui sourit.
- Ça veut dire que l'un ne m'empêche pas de faire l'autre. À l'école, je suis instituteur, et à la maison, quand j'ai du temps, j'écris des livres.
- Tu en écris un, en ce moment ? demanda Fíli avec curiosité. J'espère que oui !
Bilbo se mit à rire en se relevant, sincèrement amusé, et Thorin, qui l'observait, eut l'impression qu'une cascade d'eau glacée se déversait sur ses entrailles. Ça devrait être interdit de rire comme ça.
- Oui, si tu veux vraiment savoir, je suis en pleine rédaction du tome 2 des Elfes de Rivendell.
- On vient de l'acheter ! s'exclama Kíli en brandissant le sachet. Tonton Thorin nous fera la lecture quand il ira nous coucher, une fois qu'il aura terminé de lire les chapitres des aventures de Smoke.
- Smaug, corrigea Fíli automatiquement.
Kíli avait toujours un mal fou à prononcer le nom du dragon. Bilbo ne parut pas en prendre ombrage, car son sourire s'élargit – ce qui n'arrangeait pas la torture de Thorin. Et avec tout ça, les garçons avaient monopolisé la conversation, et il avait à peine eu le temps d'échanger un mot avec Bilbo directement.
Non qu'il en ait envie. Non non.
- Qu'est-ce que tu faisais ? demanda Kíli, d'un ton curieux. Tu allais à la librairie ? Tu veux venir goûter à la maison avec nous ?
- Kíli ! ne put s'empêcher de s'exclamer Thorin, paniqué. Bilbo a sans doute des choses à faire.
Et surtout, l'appartement était dans un tel état que Thorin passerait le reste de sa vie à gémir de honte sous sa couette si Bilbo ne jetait ne serait-ce qu'un coup d'œil dessus.
En attendant, c'était sur Thorin lui-même que Bilbo était en train de jeter un coup d'œil, là. Après un instant qui sembla passé à peser le pour et le contre, Bilbo finit par répondre d'une voix prudente :
- Je crains que votre oncle n'ait raison. Il va falloir que je rentre chez moi – après tout, le livre ne va pas s'écrire tout seul, pas vrai ?
- Oooh, s'exclamèrent tristement les deux garçons en chœur.
Leur détresse était si insupportable pour son pauvre petit cœur d'oncle sensible que Thorin ne put s'empêcher de proposer :
- M. Baggins n'a peut-être pas le temps de venir chez nous, mais peut-être qu'il pourrait nous accompagner prendre un chocolat chaud et un pain au chocolat à la Croustillante, qu'est-ce que vous en dites ?
- Oh oui ! s'écrièrent les enfants avec un regain de vitalité – qui confinait presque à l'hystérie pour Kíli, comme à chaque fois qu'on mentionnait un pain au chocolat. Tu veux bien, Bilbo ?
Il aurait fallu avoir un cœur de pierre pour résister au double regard suppliant, et Bilbo, visiblement, n'en avait pas. Il décerna un petit sourire rapide à Thorin, et hocha la tête.
- Je pense que ça ne posera pas de problème de retarder un peu les aventures de ces pauvres elfes.
- Alors en avant ! s'exclama Kíli en brandissant le poing, d'un ton si enthousiaste qu'ils éclatèrent tous de rire.
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Thorin avait un très net souvenir de la seule fois où il était allé boire un verre avec Bilbo. (Ou plutôt, il avait un très net souvenir du début de la soirée, s'il fallait être honnête, parce que le reste s'était fondu dans un flou coloré – ah, et la fin de soirée, aussi, il s'en rappelait bien. Il aurait fallu être Dieu pour oublier le corps de Bilbo contre le sien.) Toujours était-il que la conversation, ce soir-là, lui avait parue facile et agréable ; mais c'était Avant, avant la Nuit, avant le tout, et alors qu'ils se dirigeaient vers leur petite boulangerie préférée, la Croustillante, Thorin redoutait légèrement la suite des évènements.
À tort, semblait-il : lorsqu'ils furent attablés, chocolat chaud et pain au chocolat devant eux, les enfants se montrèrent d'une verve sans fin (même Fíli, étonnamment), et leur conversation avec Bilbo était si fournie que Thorin pouvait à peine en placer une. (Et comme il n'y tenait pas particulièrement, il restait silencieux et observait Bilbo en silence.)
Il était beau. C'était un fait qui ne l'avait pas marqué la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, du moins pas avant qu'il se mette à sourire – mais là, il souriait sans cesse aux enfants, la façon dont il retroussait parfois son joli nez comme un petit lapin était juste adorable, ses yeux bleus-gris foncés semblaient éclairés par une sorte de lumière intérieure (ok, songea Thorin, si je pars sur des trucs de spiritualité, on est mal barrés. Toujours est-il que c'était l'impression que ça lui faisait), et Thorin le trouvait beau. Pire, il le trouvait craquant. Pire encore, il songeait qu'en d'autres circonstances, il n'aurait eu aucun mal à franchir la distance qui les séparait pour capturer ces lèvres qui bougeaient vivement au rythme des réponses qu'il faisait aux enfants.
Ça n'allait pas le faire. Il en était certain à présent. Bilbo exerçait une attraction dangereuse sur lui, et s'il écoutait sa raison, il ferait de son mieux pour ne plus jamais le revoir. Il commençait à réaliser que ce n'était pas tant parce qu'il était beurré ou parce qu'il avait besoin de compagnie ce soir-là qu'il s'était retrouvé à coucher avec Bilbo – c'était probablement surtout parce qu'il le trouvait terriblement attirant, et que son self-control finissait toujours par descendre dans les négatifs quand il avait trop bu. Au moins, il comprenait maintenant ce qui l'avait poussé à passer la nuit avec nuit ; c'était lui, tout simplement. Si c'était quelqu'un d'autre qui lui avait tiré le bras, ce jour-là dans la rue, les choses auraient sans doute été très différentes.
Bilbo l'attirait. Pire encore, comme il ne s'était plus senti attiré depuis très, très longtemps. Ça n'allait pas le faire.
- Thorin ?
Thorin cligna des yeux – il avait dézoné, encore une fois. Ça allait tant qu'on ne lui parlait pas, mais évidemment, c'était toujours quand il dézonait qu'on lui adressait la parole. Surpris, il réalisa que lui et Bilbo n'étaient plus que deux à table – Fíli et Kíli avaient disparu.
- Où sont les enfants ? s'exclama-t-il, aussitôt submergé par une vague de panique.
- Aux toilettes, répondit Bilbo avec un sourire qui eut le don de le tranquilliser immédiatement. Ils ont dit qu'ils y allaient, mais tu n'as rien répondu, et ils ont dit "ah, il dézone encore", et ils sont partis.
Oh. Fantastique.
- Je dézone souvent, marmonna-t-il avec l'impression que l'embarras allait l'avaler tout cru. Désolé.
- Comme la fois où tu as manqué de traverser sans regarder ?
- Oui. Je n'étais vraiment pas suicidaire.
- Je me suis demandé, admit Bilbo avec un petit rire. Après avoir appris l'histoire de Fíli et le reste... Mais c'était vrai, alors. Tu dézones. C'est ça ?
- C'est ça.
Doux Jésus. Il aurait voulu pouvoir s'enfoncer dans un trou de souris. Heureusement, le regard de Bilbo ne le jugeait absolument pas, et son sourire ne se déparait pas de sa douceur. Thorin estima toutefois préférable de vite changer de sujet.
- Comment ça marche pour Fíli, à l'école ?
- Très bien, répondit Bilbo. Il est brillant et sérieux, c'est un élève extraordinaire. Tu sais, quand je t'ai passé mon numéro de téléphone, la fois dernière...
Wow, ça, c'était ce qui s'appelait passer du coq à l'âne. Et vu l'âne, Thorin préférait de loin rester au coq. Il grimaça.
- Quel sens de la transition.
- Pardon, répondit Bilbo avec un petit rire nerveux.
Oh, non. Si même lui était nerveux, ça voulait dire que les choses s'embarquaient sur un chemin que Thorin n'était pas pressé de suivre.
- Je voulais juste te dire que... je ne l'ai pas laissé uniquement pour que tu puisses me remercier. Enfin... Bien sûr, si tu ne...
C'était à la fois amusant et navrant de le regarder se débattre avec les mots, tandis que des marques rouges commençaient à apparaître sur son cou et ses oreilles – et Thorin se détesta, se détesta d'avoir à prononcer ça, mais il le fallait, parce que ça n'allait pas être possible.
- Bilbo, coupa-t-il. Je... je me suis douté. C'est juste que... ne va pas croire que je ne t'apprécie pas ou quoi que ce soit (oh, splendide, Thorin Oakenshield!), mais... je... la vie est un peu compliquée pour moi en ce moment, avec les gosses, et la boutique, et je ne crois pas...
- Oh. Bien sûr. Je comprends.
Il avait l'air mortifié, les joues cramoisies de honte, et Thorin eut désespérément envie de lui prendre les mains, ou de se pencher par-dessus la table pour l'embrasser. Sauf qu'en faisant ça, il contredirait tout ce qu'il avait eu le courage de prononcer, et ce ne serait pas malin. Heureusement, Bilbo vint à sa rescousse en changeant de sujet au bon moment.
- Tu... Tu tiens une boutique, tu dis ?
- Oui... Une boutique de disques, dans la rue à gauche en sortant de l'école... Si tu veux venir la visiter avant qu'elle ne fasse faillite – ce qui devrait arriver d'un jour à l'autre selon mes prévisions – n'hésite pas.
- J'y penserai, répondit Bilbo avec un sourire.
Le silence n'eut pas le temps de devenir embarrassant, car les garçons firent leur retour des toilettes à ce moment-là, mais longtemps après être rentré chez lui, ce soir-là, Thorin repensa aux paroles de Bilbo, et aux siennes.
Il ne put s'empêcher de se sentir affreusement stupide.
.oOo.
TBC !
