Salut tout le monde ! Merci pour vos reviews, Aliena, Linsy, Chocolas, Flo'w, Maya, Erika, Nekonya, Lewella, Mélusine, Clélia, Glasgow, Primitus Victor, Dame Marianne, Laura, Julindy, Hielo (RàR : mais de rien ! Merci d'avoir eu le courage de laisser une review, ça fait très plaisir ! Et contente de savoir que tu ne verras plus jamais le Hobbit pareil, mais OUI Thorin et Bilbo SONT ENSEMBLE ET C'EST TOUT! Hiii tu viens de Landéda, c'est pas possible! J'suis allée passer deux semaines à Lannilis l'an dernier du coup je voulais utiliser l'endroit XD) et Valadrya, et merci pour vos favs, alertes, etc, je vous aiiiiime !
En raison de choses et d'autres, j'ai pas beaucoup progressé sur cette fanfic et ça risque pas beaucoup d'avancer dans les semaines à venir, mais comme je vous ai déjà fait pas mal attendre, je vous balance quand même le chapitre 5, en vous demandant de vous armer de patience pour la suite et en m'inclinant bien bas de honte.
Bonne lecture !
Le titre Times Goes By nous vient de la piste 6 de l'album Fractured Life d'Air Traffic !
Chapitre 5
.oOo.
Dwalin était celui qui partirait. Comme toujours lorsque c'était sérieux, ils en décidèrent assis dans le canapé devant une série télé (cette fois-ci, un épisode de Pushing Daisies qui ne parvenait pas du tout à les concentrer – sans compter que le personnage principal ressemblait assez à l'Ex de Thorin version brun, et que c'était très perturbant), une bière dans la main et un saladier de pop-corn déjà à moitié vide entre eux, alors qu'ils n'en étaient qu'à l'épisode 2.
- C'est moi qui vais partir, lança Dwalin brutalement.
Thorin était en train d'essayer de ne pas se laisser entraîner dans des réflexions désagréables sur son ancienne histoire d'amour, qui déboucheraient inévitablement sur Dís ou sur Bilbo ; il fut servi.
- T'es sûr ?
La boutique avait réussi à boucler le mois de mars un peu plus facilement que d'habitude, pour une certaine raison, mais Thorin n'était pas naïf ; il savait bien qu'il ne pourrait pas compter sur un coup de chance à chaque fois. Il se tourna vers Dwalin, et observa attentivement le visage de son meilleur ami.
Dwalin n'était pas quelqu'un de très expressif. Même lorsqu'il était avec Dís, et que Thorin savait pertinemment qu'il était parfaitement heureux avec elle, il ne souriait que très rarement (et lorsqu'il le faisait, c'était toujours un peu flippant). Toutefois, Thorin pouvait se vanter de compter parmi les rares capables de déchiffrer les subtilités de ses expressions et de ses regards, sous l'aura de brutalité que dégageaient son crâne rasé tatoué et sa barbe fournie. Et son visage, en cet instant, était un mélange de résignation et de résolution.
- C'est la solution la plus logique, dit-il. C'est toi qui as décidé de monter la boutique, c'est toi qui as tout fait pour sa création, c'est toi qui l'as maintenue à flot pendant des années.
- Donc c'est à moi que revient la tâche de la fermer ?
- Tu préfèrerais que je le fasse ?
- ...Non, avoua Thorin après une légère hésitation. C'est vraiment ce que tu veux, alors ?
- Oui. Ce sera plus simple pour toi pour l'instant, avec les gosses et tout ça.
Un peu trop ému pour répondre correctement, Thorin se contenta de hocher la tête. Certes, avec les ennuis de la boutique, il se versait un salaire de misère, et peut-être même que les allocations chômage qu'il toucherait en partant seraient plus élevées que ce qu'il gagnait actuellement – mais c'était bien plus pratique d'être près de l'école des enfants, et si Thorin pouvait garder la boutique à flot le temps que Kíli entre au collège – ou Fíli, dans le pire des cas – c'était déjà ça de pris.
- D'accord, accepta-t-il. Tu vas me manquer, mon pote.
Il n'était pas habitué à exprimer à haute voix ses sentiments, mais il lui semblait important de laisser Dwalin savoir quel trou il creuserait dans sa poitrine en partant. Il ne reçut en réponse qu'une tape sèche à l'arrière de la tête.
- Arrête de faire dans le mélodrame, grogna Dwalin (qui était encore pire que lui pour dire ce qu'il ressentait). Je pars pas à l'autre bout du monde. Et le temps qu'on règle toutes les formalités, on en a bien encore pour deux mois à bosser ensemble.
Thorin hocha la tête, mais la pensée ne parvenait pas à le réconforter – il avait l'impression que c'était encore une pièce du tableau de sa vie qui partait à vau-l'eau, et il commençait à se demander avec quoi il pourrait bien les remplacer, surtout avec la vitesse à laquelle elles commençaient à se défaire.
Dwalin, sans le savoir, lui proposa une nouvelle pièce.
- Faudrait qu'on reprenne le groupe, lança-t-il sans transition.
- Le groupe ?
- Ouais. J'ai vu Nori l'autre fois, et on s'est dit que ça nous ferait du bien à tous.
- Mais...
Thorin n'osa pas continuer plus loin – il détestait aborder le sujet Dís s'il n'y était pas forcé, encore plus avec Dwalin, qui ne s'était pas plus que lui remis de sa mort malgré les cinq mois et demi déjà écoulés ; mais Dwalin, qui le comprenait toujours mieux que lui-même, semblait-il, s'en chargea à sa place.
- Elle serait contente, Thorin. Elle nous manque, c'est certain, elle nous manquera toujours, mais elle serait furieuse de savoir qu'on a arrêté Mahal's Children à cause d'elle.
- Je sais pas si j'aurais le courage, soupira Thorin.
Certes, ne plus faire de guitare lui manquait, mais sa sœur lui manquait encore plus. Il lui semblait impensable de remonter le groupe si elle n'était plus là.
- Même Fíli a repris son violon ! insista Dwalin. Parce que tu lui as fait un speech sur l'importance de continuer à vivre malgré tout – je le sais, il me l'a dit. Il serait temps que tu commences à suivre ton propre conseil, Thorin. Et si on essayait ? Il suffit juste de se réunir, et on voit si ça semble faisable. Ok ?
Maintenant que Dís était partie, Dwalin restait probablement la seule personne au monde à qui Thorin était incapable de dire non. Les yeux fixés sur l'écran, où la copie brune de son ex-petit-ami (encore un à qui il n'avait pas su dire non, mais il pouvait être en train de brûler en enfer pour ce que Thorin en savait) touchait du bout du doigt un cadavre, il finit par hocher la tête lentement.
- Ça marche. Mais où ? On utilisait ma chambre comme salle de répète, avant, mais maintenant, il y a les gosses.
- Hum... Où t'as mis la batterie de Nori ?
- Dans l'arrière-boutique, derrière des cartons.
- Ben voilà, c'est réglé, alors. Il y assez de place. L'acoustique sera pas géniale, mais ça devrait aller.
Peu convaincu, Thorin s'enfonça dans le canapé en s'emparant du reste de popcorn – mais quand il y pensait, c'était peut-être une distraction bienvenue ; en cinq mois, il avait l'impression d'être passé de sémillant jeune homme dans la force de l'âge à trentenaire rabougri et oncle célibataire, sans autre projet d'avenir que celui de veiller sur ses neveux jusqu'à ce qu'ils soient grands.
Charmante perspective.
.oOo.
Avant la première répétition de Mahal's Children, eut lieu quelque chose que Thorin ne pouvait pas repousser plus longtemps.
- Bordel, Thorin. Ça fait six mois, maintenant. Vas-y.
Kíli avait attrapé la grippe au début du mois d'avril, et comme les garçons s'étaient montrés très résistants pendant tout l'hiver, c'était la première fois que Thorin devait faire face à la maladie d'un de ses neveux, et il s'était senti absolument terrorisé. Heureusement, Dwalin avait gardé la boutique toute la semaine, pour qu'il puisse rester à l'appartement pour s'occuper de Kíli.
Si l'enfant s'était remis à rire et à sourire ces derniers mois presque autant qu'avant la mort de sa mère, Thorin se rendit compte très vite que ce n'était pas pour autant que le trou béant que son départ avait laissé s'était refermé ; c'était juste qu'il n'en parlait pas. Sous l'effet de la fièvre, cependant, les yeux brillants et les joues rougies, il n'arrêta pas de pleurnicher et de demander à voir sa maman, et Thorin se retrouva bien en peine de savoir quoi faire. Les pains au chocolat et les Candy'Up n'amélioraient pas son humeur ; lorsque Thorin lui apportait un bol de lait chaud, il se plaignait que ce n'était pas comme ça que Maman faisait, il pleurait qu'il ne voulait pas voir son oncle, et lorsque Thorin quittait la chambre, le cœur en miettes, Kíli hurlait pour qu'il revienne.
Ses caprices avaient diminué à mesure qu'il guérissait, mais il y en avait un sur lequel il ne faiblissait pas : il voulait voir sa mère. Thorin savait qu'il voulait aller lui rendre visite au cimetière, et il avait proposé à Kíli que Dwalin y aille avec lui et Fíli – c'était ce qui se passait depuis le début, car Thorin n'avait encore jamais eu le courage de remettre un pied dans ce cimetière haï. Il n'avait pas besoin de ça pour penser à Dís, et au contraire, poser les yeux sur sa tombe ne serait qu'un rappel cruel du fait qu'elle ne serait plus jamais à ses côtés.
Mais Kíli voulait y aller avec lui, et pas avec Dwalin.
- C'est toi le frère de maman ! s'exclama-t-il le jeudi qui précédait les six mois de sa mort. Tu dois y aller ! Maman aurait envie que tu y ailles !
Kíli allant mieux, mais pas encore assez en forme pour retourner à l'école, et Thorin ne pouvant pas rater le travail plus longtemps, ils l'avaient installé dans l'arrière-boutique, avec des couvertures pour qu'il ait bien chaud, et ses devoirs pour qu'il ne perde pas trop la main, mais l'enfant passait le plus clair de son temps assis sur le comptoir de la boutique à se faire chouchouter par les rares clients.
«Maman» se fout bien que j'y aille ou non, songea Thorin avec amertume ; mais la petite voix de Kíli l'avait touché au fond de lui, et il commençait à songer qu'il n'aurait peut-être pas d'autre choix que de céder. Dwalin ne tarda pas à ajouter son grain de sel.
- Ça fera six mois demain, Thorin. Vas-y avec les enfants.
Thorin aurait aimé prétendre qu'il ne voulait pas leur faire rater l'école, mais le 11 avril tombait un samedi. Il aurait voulu prétexter que Dwalin ne pouvait pas tenir la boutique à sa place tout le temps, mais Dwalin aurait répondu que ça ne le dérangeait pas et que ce n'était pas plus mal qu'il en profite avant de partir.
Les choses semblèrent foutues pour de bon lorsque Fíli entra sur le coup de cinq heures et demi dans la boutique, accompagné de Bilbo.
Depuis l'anniversaire de Fíli, l'instituteur venait leur rendre visite de temps en temps, raccompagnant Fíli quand celui-ci rentrait de l'école, et il prenait le temps de discuter avec eux de tout et de rien pendant une demi-heure, voire une heure, avant de rentrer chez lui. Thorin n'avait su que penser de ces visites au début, mais Bilbo semblait juste décidé à nouer des liens amicaux avec eux, et qu'est-ce qu'il aurait pu dire, de toute façon ? Il ne pouvait pas le mettre dehors. Il n'en aurait même pas eu envie. Si on mettait de côté le petit (minuscule) pincement au cœur qu'il ressentait chaque fois que Bilbo entrait dans la pièce, et celui (plus minuscule encore) qu'il ressentait quand Bilbo souriait, l'homme était d'un naturel facile, il avait de l'humour, et l'ambiance de la boutique s'égayait quand il était là. Même Dwalin semblait l'apprécier à sa façon, ce qui en disait long sur l'étoffe du personnage : Dwalin n'appréciait pas n'importe qui.
Thorin finit très vite par se retrouver à cours de raisons de se plaindre de sa présence, et haussa les épaules mentalement en acceptant qu'il n'avait plus qu'à s'y habituer. Ce n'était pas encore de la franche amitié, et ce ne serait peut-être jamais le cas, mais ils étaient parfaitement capables de rester dans la même pièce pendant un long moment sans exploser d'embarras (ou de frustration, dans le cas de Thorin).
Ce jour-là, lorsque Fíli entra, en faisant tinter la clochette de la porte, Kíli se jeta instantanément dans ses bras, et le long câlin qu'ils échangèrent pouvait sembler normal entre frères qui s'appréciaient autant – mais Thorin savait qu'il y avait plus que ça.
- Je veux que Thorin vienne voir maman avec nous, finit par murmurer Kíli à son frère lorsqu'il le relâcha.
Thorin souhaita ardemment que la phrase ne soit pas tombée dans les oreilles de Bilbo, mais si lui-même l'avait discernée alors que Kíli et Fíli se trouvaient à l'autre bout de la pièce, il était impossible que Bilbo, qui se tenait à leurs côtés, n'ait rien entendu. Toutefois, il mit un point d'honneur à ne pas lever les yeux vers Thorin, et celui-ci le remercia férocement dans sa tête pour sa délicatesse.
- Ça fera six mois demain, dit Fíli, prouvant qu'il tenait le compte des jours aussi pointilleusement que Thorin. Viens avec nous, tonton.
Tous les regards de la pièce se tournèrent vers Thorin, et celui-ci eut brusquement envie de s'intéresser de très près à un CD de Django Django qui traînait sur son comptoir.
- Tonton ! s'exclama Kíli de sa petite voix fluette. S'il te plaît !
Comment leur expliquer qu'il n'était même pas sûr d'avoir le courage de passer les grilles du cimetière ? Alors, se tenir devant la tombe de Dís – ridicule idée, qui le faisait frémir de terreur rien qu'à y penser. Il jeta un regard impuissant à Dwalin, et son ami, le comprenait aussi bien que d'habitude, haussa les épaules en répondant :
- Tu sais que je ne peux pas y aller avec toi. Je dois tenir la boutique.
Mais il ne pouvait pas y aller seul – c'était certain. D'accord, les enfants seraient là, mais ils passeraient leur temps à pleurer, comme c'était apparemment toujours le cas quand Dwalin les emmenait, et si Thorin n'était pas sûr d'avoir la force de passer les portes du cimetière, il était certain qu'il ne supporterait pas de les voir pleurer.
- Vous voulez que je vous accompagne ?
La voix douce sembla sortir de nulle part, et Thorin, Dwalin, Fíli et Kíli jetèrent un regard abasourdi à Bilbo, qui se mit à rougir sous l'attention qu'on lui accordait, ajoutant rapidement d'une voix mal assurée :
- Je propose juste ça comme ça, bien sûr, je ne veux pas jouer les intrus, si vous ne voulez pas de moi, il suffit juste de me le dire, c'est bien naturel, évidemment – oh, je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris, je...
- C'est gentil de proposer, coupa Thorin. J'accepte.
Un long silence suivit ses paroles, mais Thorin n'y prêta pas attention ; ses yeux étaient rivés à ceux de Bilbo, et comme toujours dans ces cas-là (raison pour laquelle il évitait si souvent de le faire), il se sentit instantanément dézoner.
Il fallait dire que le regard de Bilbo, c'était tout un poème, même pour quelqu'un d'aussi peu romantique que Thorin. Leur couleur changeante était déjà fascinante en soi, mais lorsqu'ils se paraient de toutes les nuances d'une subtile émotion, d'un rire qui n'apparaissait pas sur ses lèvres, ou d'un embarras absolument adorable, Thorin avait l'impression que s'il avait le malheur de tomber dedans, il n'en ressortirait plus jamais. Par conséquent, il l'évitait soigneusement, aussi peu poli que ça puisse paraître.
Mais là, il ne pouvait pas s'en empêcher, car il venait de réaliser à quel point il avait besoin que Bilbo soit là, à ses côtés, pour l'aider à faire face à cette épreuve. Il l'avait déjà soutenu cinq mois et demi plus tôt, et voilà qu'il se posait à nouveau en sauveur – il ne faudrait pas que ça devienne une habitude, mais là, il était heureux de savoir que quelqu'un serait à ses côtés dans ce moment difficile.
Personne ne le sortit de son dézonage, et Thorin garda les yeux rivés à ceux de Bilbo jusqu'à ce que celui-ci finisse par détourner le regard – et il continua à le fixer encore après, lorsque Bilbo offrit un sourire à ses neveux, qui essayaient de le serrer contre eux. Il n'aperçut pas Dwalin l'observer un moment et secouer la tête presque imperceptiblement, avec un soupir découragé ; et ce n'était peut-être pas plus mal.
Le lendemain, Bilbo se présenta à leur porte à dix heures du matin, et Thorin remarqua qu'il avait eu la délicatesse (une fois encore) de s'habiller un peu différemment pour la circonstance. Il n'était pas allé jusqu'à se mettre en costume, mais il avait relégué ses habituelles chemises rayées ou à carreaux au fond de son placard, et avait sorti une chemise blanche, accompagnée d'un pantalon bleu foncé. Thorin, en plus de le trouver très beau (et de souhaiter, un bref instant, ne pas lui avoir ouvert la porte avec les cheveux comme un nid d'oiseau, avec un vieux tee-shirt Iron Maiden délavé, et pantalon de jogging troué), fut sensible à l'attention, et réprima de toutes ses forces l'envie de le serrer contre lui pour le remercier ; mais il se contenta de lui offrir un faible sourire, vide de substance, à la place, et le fit entrer dans l'appartement le temps que les enfants soient prêts.
À l'intérieur, c'était le chaos, mais Thorin ne pouvait pas se résoudre à s'en soucier, surtout un jour comme celui-ci. Bilbo s'installa à table avec les enfants qui déjeunaient (ils étaient en retard, mais c'était de la faute de leur oncle, qui n'avait pas pu dormir pendant une bonne partie de la nuit, et n'avait pas réussi à se réveiller à l'heure le matin venu), tandis que Thorin se battait avec son armoire à vêtement pour savoir ce qu'elle avait de mieux à lui offrir – quoiqu'il était certain que Dis ne se serait pas offensée s'il était venu lui rendre visite avec un tee-shirt de rock.
Toutefois, il brossa ses longs cheveux ondulés (ou se discernaient de plus en plus de fils argentés ces derniers temps) et les ramena en tresse derrière son dos, peigna soigneusement sa barbe, sortit l'une des seules chemises noires qu'il possédait, et compléta le tout d'un jean noir qui en avait vu d'autres, mais qui serait suffisant pour l'occasion.
Il n'eut pas le courage d'abandonner ses Converses. Dís comprendrait.
Bilbo ne fit aucune remarque lorsqu'il réapparut dans la cuisine, mais l'éclair d'appréciation dans son regard valait bien le mal qu'il s'était donné pour être présentable. Les enfants, déjà habillés, se brossèrent les dents en vitesse après avoir mis leurs bols de céréales vides dans l'évier, et Thorin ne put repousser plus longtemps le moment.
Les garçons restèrent silencieux pendant tout le trajet – Kíli eut parfois un sourire à leur offrir, mais son petit visage restait grave la plupart du temps. Il tenait fermement la main de Fíli, dont l'expression s'était fermée avant même qu'ils ne quittent l'appartement, et marchait devant les deux adultes le long du trottoir, sous un soleil aussi radieux que celui qui avait accompagné l'enterrement de Dís.
- Merci d'être venu, murmura Thorin à Bilbo lorsqu'il fut certain que les enfants, un peu plus loin dans la rue, ne pourraient pas l'entendre. Je n'aurais pas eu le courage d'y aller tout seul.
- Je comprends, répondit Bilbo prudemment. J'avais peur d'être allé un peu loin en te proposant de t'accompagner, hier.
Thorin lui adressa un faible petit sourire, et répondit pensivement :
- Peut-être, au fond ? Mais tu as bien fait. Sinon, je crois que je n'y serais pas allé. C'est la première fois que je vais au cimetière depuis l'enterrement, si tu veux savoir. C'est ridicule, mais j'ai l'impression que quand je serai devant la tombe, tout deviendra réel. De temps en temps, je peux me dire qu'elle est juste partie en vacances et qu'elle m'a laissé les garçons pour quelques temps... Si je revois sa tombe, je crois que je n'arriverai plus à maintenir l'illusion.
Il se demanda un instant pourquoi il se confiait autant – ce n'était pas dans sa nature, et Bilbo, entre tous, était celui à qui l'idée de raconter ses faiblesses lui était la plus désagréable ; mais l'instituteur se contenta de hocher la tête d'un air compréhensif, et Thorin se sentit vaguement plus léger, quelque part au fond de son cœur.
Il y eut un long silence qu'ils passèrent à regarder les enfants, qui attiraient tous les regards sur eux dans la rue, et Bilbo finit par dire, d'un ton encore plus bas :
- Je... C'est pareil pour moi. Enfin – pas vraiment pareil, mais... J'ai perdu ma mère en octobre dernier. J'étais très proche d'elle, et sa perte... Enfin. Je n'ai pas réussi à aller rendre visite à sa tombe pendant un certain temps non plus. Tu sais, Thorin , je voulais te dire... quand on s'est rencontrés... je ne fais pas ça tout le temps. C... Coucher avec un inconnu, je veux dire... Mais, c'est juste que... tu avais l'air d'avoir besoin de quelqu'un, et j'avais besoin de quelqu'un, et... Mais... je ne fais pas ça tout le temps.
Bilbo était si rouge que Thorin avait l'impression de pouvoir sentir la chaleur émaner de ses joues – il était adorable, et Thorin dut vraiment prendre sur lui pour ne pas faire quelque chose de stupide, comme le serrer contre lui, lui prendre la main, ou l'embrasser. Il avait terriblement envie de faire les trois, mais il se contenta de hocher la tête et de répondre :
- Je m'en doutais un peu.
Bilbo garda son regard prudemment rivé sur le trottoir, et Thorin inspira profondément avant d'ajouter :
- Moi non plus. Je ne suis pas comme ça.
Il espérait que Bilbo n'ait peut-être pas entendu, mais ses yeux se levèrent timidement vers lui, et Thorin s'efforça de garder son regard fixé sur les enfants, sinon c'était la fin de tout. Du coin de l'œil, il vit Bilbo hocher la tête, et il réprima un soupir mi-satisfait, mi-découragé. En quoi le fait que Bilbo sache qu'il n'était pas un Don Juan allait-il l'avancer ? Peut-être aurait-il mieux valu pour lui qu'il le croie, mais Thorin ne pouvait se résoudre à ce que Bilbo garde de lui une image si peu flatteuse.
Dézonant à nouveau, il ne s'aperçut pas qu'il avait parcouru tout le trajet jusqu'à ce que l'horrible grille du cimetière se dresse devant ses yeux, et il eut l'impression de recevoir une décharge électrique dans tout le corps.
Les enfants étaient déjà entrés dans le cimetière, mais Thorin s'arrêta juste devant la grille, incapable de faire un pas supplémentaire. Bilbo, qui allait continuer, le vit s'arrêter, et se retourna vers lui.
- Thorin ?
Il sentait ses jambes trembler. C'était ridicule. Ce n'était qu'une tombe, bon sang.
- Ça va aller, dit-il d'une voix qui lui parut étonnamment posée comparée à la détresse qui le ravageait de l'intérieur. Va rejoindre les garçons, j'arrive tout de suite.
- Les garçons n'ont pas besoin de moi, répliqua Bilbo. Toi oui.
Il lui tendit la main, et Thorin hésita longuement à la prendre – ça annonçait les problèmes à des kilomètres. Il hésita si longuement, en fait, que c'était un miracle que Bilbo ne finisse pas par laisser tomber ; mais non, il la gardait la main tendue, et Thorin finit par la saisir.
Les doigts de Bilbo étaient froids, et le contact était suffisamment rafraîchissant pour apaiser le tumulte de ses pensées, et assez troublant pour l'empêcher de trop se concentrer sur le fait qu'il allait visiter la tombe de sa sœur pour la première fois.
Ils franchirent le seuil du cimetière main dans la main, et Thorin se sentait balloté entre les deux extrêmes, les doigts de Bilbo contre les siens, et la tombe de Dís, là-bas, où l'attendaient déjà les deux enfants.
Lorsqu'il arriva à côté d'eux, il lâcha la main de Bilbo (inutile de susciter des questions embarrassantes), et le regretta instantanément lorsque ses yeux se posèrent sa la pierre tombale, qu'il n'avait vue jusque là que lorsqu'il avait fallu l'acheter aux pompes funèbres et la faire graver, puisqu'elle n'avait été installée qu'après la mise en terre. C'était lui-même qui avait choisi une tombe où la photo de Dís, incrustée dessus, leur sourirait pour l'éternité, et il cligna des yeux devant l'éclair de douleur soudain qui lui transperça le cœur.
La photo avait été prise par Thorin lui-même, un jour où il déjeunait chez eux, quelques années avant sa mort, et l'espace d'un instant, il lui sembla qu'il serait incapable de connaître à nouveau le bonheur qu'il avait ressenti cet après-midi là, le bonheur qui se lisait sur le visage en noir et blanc de Dís. Ils avaient déjà perdu Frerin et leur père lorsque cette photo avait été prise, mais ils avaient surmonté l'épreuve de leur mieux à deux, et avaient retrouvé le sourire. Qui l'aiderait, cette fois, si Dís n'était plus là pour le faire ?
Il sentit le bras de Bilbo frôler le sien, comme pour répondre à sa question, et saisit à nouveau sa main, presque automatiquement. Les enfants ne faisaient pas attention, de toute façon. Fíli fixait la tombe d'un air terne, et des larmes silencieuses à fendre le cœur roulaient sur les joues de Kíli.
Il imagina Dís, immobile dans son cercueil, là sous leurs pieds, et se demanda ce qu'elle penserait d'eux si elle était capable de les voir – et ce qu'elle leur dirait si elle pouvait parler.
Thorin, les garçons doivent aller coucher à neuf heures du soir ! Pas neuf heures et demi ! Mais j'admets que tu ne te débrouilles pas trop mal avec eux, sinon, hein.
Thorin, ça me fait de la peine que tu ne joues plus de guitare. Quand est-ce que tu reprends le groupe ? J'aimerais bien vous entendre faire une reprise de Shiny Happy People.
Thorin, est-ce que Dwalin se sent seul ? Tu sais comment il est, à ne jamais dire ce qu'il ressent. Prends soin de lui.
Thorin, même si la boutique coule, je sais que tu sauras rebondir et que tu prendras soin de mes enfants. Arrête de t'inquiéter autant.
Thorin, si un type t'accompagne au cimetière rendre visite à la tombe de ta sœur après n'avoir passé en tout et pour tout qu'une seule nuit avec toi, c'est que c'est un bon. Ne fais pas l'idiot, d'accord ?
Bon. Il n'était peut-être pas obligé de suivre à la lettre ce qu'elle disait, songea-t-il en glissant une nouvelle fois la main hors de celle de Bilbo. Il y avait des choses flippantes dans la vie, comme l'idée de devoir fermer la boutique et de se retrouver au chômage avec deux garçons à charge, et ensuite, il y avait les choses carrément terrifiantes, comme l'idée d'entamer une relation amoureuse avec quelqu'un comme Bilbo.
Et puis, si c'était pour que ça se termine comme la dernière, ce n'était pas la peine de commencer. Thorin n'avait jamais été très doué pour garder quelqu'un à ses côtés, si ses trois relations sérieuses ratées étaient d'aucune indication. Il ne se considérait pas comme quelqu'un de particulièrement sensible, mais les ruptures l'avaient assez miné pour qu'il n'ait pas envie de retenter le coup.
Et il y avait les garçons. La boutique. Le reste. La vie.
Donc, non.
- Tonton ?
Il réalisa qu'il avait dézoné lorsque Kíli lui tira la manche, des traces de larmes séchées sur les joues.
- Dis, tu crois que maman nous voit ?
- Je ne sais pas, répondit Thorin d'une voix prudente. Peut-être.
En tout cas, j'espère qu'elle ne voit pas le désastre ambulant que je suis devenu.
- Il suffit d'y croire, répondit Fíli à son tour. Moi, je l'imagine là-haut en train de nous regarder. Peut-être que ce n'est pas vrai, mais personne ne viendra me dire que c'est faux de toute façon, pas vrai ?
Thorin le fixa longuement, et Bilbo, visiblement ému, ébouriffa les cheveux dorés du garçon.
- Exactement, répondit-il doucement. C'est à toi de décider. Toi aussi, Kíli. Si tu veux croire que ta maman est là-haut, personne ne pourra te dire le contraire.
Kíli hocha la tête gravement, et avec son sens de la transition habituel, déclara :
- J'ai envie d'un pain au chocolat !
La remarque eut le mérite d'attirer un sourire sur les trois autres visages, et ils sortirent tous du cimetière pour aller acheter des pains au chocolat dans une petite boulangerie voisine.
.oOo.
T : je crois qu'on va reformer le groupe. Dwalin insiste.
B : Le groupe de rock ? Je serais curieux de voir ça.
T : tu veux venir ?
B : Je peux ?
T : je ne pense pas que les autres y verront de problème
B : Vous répétez où ?
T : dans l'arrière-boutique. on répétait chez moi avant, mais maintenant, les gosses dorment dans la pièce. si tu veux venir, tu es le bienvenu
B : D'accord. Tu me donneras la date de la répétition.
Thorin n'avait strictement aucune idée de pourquoi, au juste, il avait invité Bilbo à assister à la reformation de leur groupe, mais depuis le cimetière, Bilbo lui semblait être devenu quelqu'un d'indispensable lorsqu'il s'agissait de passer une étape significative de sa vie.
Ils avaient commencé à s'échanger des SMS régulièrement. Tout à fait amicalement, évidemment – rien de différent des SMS qu'il échangeait avec Dwalin, sauf que ces petites conversations anodines l'aidaient bizarrement à tenir le coup. Thorin l'avait remercié de l'avoir accompagné au cimetière, et Bilbo lui avait dit que c'était la moindre des choses qu'il puisse faire pour un ami, et ils avaient enfin eu un mot à poser sur leur relation, un mot stable, rassurant, sans sous-entendus et sans ambiguïtés, et Thorin avait l'intention de s'y tenir un maximum. Voilà. Ils étaient amis. Des amis, ça s'échangeait des SMS, ça discutait de tout et de rien, et ça s'invitait à la première répétition d'un groupe de rock abandonné.
Évidemment, des amis, ça ne se réveillait pas le matin en vérifiant son portable avec empressement, mais si Thorin décidait que c'était juste parce qu'il avait envie de savoir l'heure (et pas du tout dans le cas où un message serait arrivé pendant la nuit), il pouvait continuer à croire que sa réaction restait normale. Il avait toujours été très doué pour ignorer ce qui ne lui plaisait pas.
Le jour de la répétition, Bilbo arriva à la boutique avec un tee-shirt Nirvana qu'il ne devait certainement pas avoir porté depuis ses quatorze ans au moins, et Thorin retint de toutes ses forces le rire qui sonnerait indubitablement moqueur s'il lui échappait. Toutefois, Bilbo lut ce qu'il y avait à lire dans son regard.
- Je pensais que j'allais essayer de coller au thème, dit-il d'un ton boudeur qui le rendait juste adorable.
- C'est parfait, dit Thorin avec un sourire (lui-même avait enfilé un vieux sweat-shirt des Ramones et un jean troué aux genoux). C'est juste que je ne suis pas habitué à te voir porter ça.
- Moi non plus, admit Bilbo en souriant largement. Ça me rappelle mon adolescence. J'ai l'impression d'être un vieux croûton en disant ça, mais c'est rafraîchissant, quelque part.
- Quel âge tu as, déjà ? Vingt-neuf ans ?
- C'est ça.
- Pff ! Et tu te considères comme un vieux croûton ? T'as même pas encore dépassé la trentaine. Si c'est le cas, je suis Mathusalem, moi.
- Et quel âge avez-vous, papy ?
- Trente-deux ans.
- Ça va, je crois que tu rentres encore dans la catégorie du "vieux croûton".
- Quel soulagement.
Bilbo se mit à rire, et Thorin ne put s'empêcher de capter l'expression de Dwalin, à côté des garçons de l'autre côté de la pièce, qui levait les yeux au ciel d'un air de dire "arrêtez de flirter et embrassez-vous une bonne fois pour toutes!" mais du diable s'il allait laisser son meilleur ami lui gâcher ce qui était un de ses rares authentiques moments de plaisir. Quel mal y avait-il à rire avec Bilbo, après tout ? L'absence de Dís était suffisamment cruelle pour qu'il n'ait pas en plus à se sentir coupable de partager un instant agréable avec un ami.
Nori et Bofur arrivèrent peu après, et s'ils semblèrent surpris de voir Bilbo, les trois hommes ne tardèrent pas à faire connaissance et à rire ensemble. Bofur, surtout, semblait parfaitement à son aise partout où il allait, et semblait mettre à l'aise tous ceux qu'il rencontrait. Thorin supposait que c'était en grande partie grâce à lui si leur groupe d'amis était ce qu'il était actuellement, mais Bofur n'avait pas l'air d'en avoir conscience. Il avait un perpétuel sourire sur le visage, encadré d'un bouc et d'une moustache dont les extrémités rebiquaient vers le haut, et ses grands yeux marron pleins de jovialité lui attiraient toujours une sympathie instantanée. Thorin s'efforça de ne pas prêter attention au fait que Bilbo semblait prendre beaucoup de plaisir à lui parler – heureusement, Nori vint le distraire à temps.
- Et si on ne faisait que des reprises aujourd'hui, qu'est-ce que t'en dis ?
Thorin leva les yeux vers lui. Nori était l'élément le plus insaisissable du groupe, avec un sourire toujours un peu en demi-teinte, des paroles évasives, même une apparence qui, en dehors de ses cheveux un peu fous, n'avait rien de particulièrement remarquable. Il avait trempé dans des petites affaires louches, à ce que Thorin avait cru comprendre, mais comme Nori le lui avait fait remarquer avec un sourire amical, moins il en saurait, mieux ça vaudrait.
Dwalin savait, sans doute. Il avait l'air plus proche de Nori que de tous les autres (Thorin excepté, évidemment), et avec le don qu'il avait de lire dans la tête des gens, il devait probablement avoir deviné tout ce que Nori avait jamais voulu cacher (ou alors, il l'avait forcé à avouer. Possible aussi).
Toutefois, même s'il donnait l'air d'être d'un tempérament assez fuyant, Nori était assez attentif pour comprendre quand ça n'allait pas chez les autres. Et chez Thorin, ça n'allait pas souvent, et la délicatesse discrète de Nori était toujours la bienvenue.
- Ok pour les reprises, répondit celui-ci en s'efforçant de masquer son soulagement (reprendre leurs chansons originales aurait juste été un crève-cœur supplémentaire, vu les circonstances). Des idées ?
- On peut commencer par les basiques, intervint Dwalin qui se tenait à côté. Led Zep, AC/DC...
- Bon Jovi, pour un petit démarrage tranquille ? proposa Nori.
- Van Halen, ça nous motivera ! s'exclama Bofur.
- Ou Aerosmith, répondit Thorin, dont c'était le groupe préféré.
- Nirvana ? suggéra enfin Bilbo d'une voix timide, les pouces pointés sur son tee-shirt.
Bofur éclata de rire et lui claqua la main dans le dos d'un geste que Thorin décréta instantanément trop familier à son goût – et qui manqua de faire trébucher Bilbo.
- Nirvana ! Nirvana ! brailla Kíli – c'était le seul groupe de rock qu'il connaissait vraiment, parce que Thorin lui avait offert l'album Nevermind pour son sixième anniversaire et qu'il l'avait écouté en boucle.
- Va pour Nirvana ! approuva-t-il. C'est bien pour reprendre après une si longue pause. On serait bien emmerdés si on commençait directement par Stairway To Heaven.
Ils portèrent leur choix sur All apologies, pas très compliquée, et que Thorin aimait bien – il avait la voix plus grave que celle de Kurt Cobain, mais le résultat n'était pas désagréable, songea-t-il (et Bilbo, de l'autre côté de la pièce, les enfants accrochés à ses bras, semblait être d'accord avec lui, si son regard fasciné fixé sur Thorin était d'aucune indication).
C'était étrange pour Thorin de reprendre la guitare alors que Dís n'était pas à ses côtés pour l'accompagner de son violon, mais il réalisa que tant qu'ils faisaient des reprises et qu'il gardait les yeux fixés sur Bilbo pour empêcher son esprit de voguer vers des contrées moins agréables, ce n'était pas aussi douloureux qu'il ne l'aurait cru.
De All Apologies, ils passèrent à Pennyroyal Tea, puis de Nirvana, ils passèrent à Love In An Elevator d'Aerosmith, qui était probablement la chanson préférée de Thorin, puis à Love Me Two Times des Doors, qui collait assez bien avec son timbre grave, en passant par Kashmir et Trampled Underfoot de Led Zeppelin, qui était un groupe unanimement apprécié dans leur petit cercle. Les garçons frétillaient de plaisir en face d'eux, et Thorin était certain qu'il n'aurait pas dû autant apprécier la nette admiration qui perçait dans le regard que Bilbo lui adressait. Il avait commencé la guitare par réelle passion, et pas dans un but de séduction, mais si les deux étaient compatibles...
Non. Non. Ne pas penser comme ça. Il ne voulait pas séduire Bilbo. Ils étaient amis.
- C'était génial, lui assura Bilbo après la répétition, des étoiles dans les yeux. Je me sens privilégié d'avoir pu assister à ça.
- Tu es le bienvenu si tu as envie d'assister aux prochaines. Parce que j'imagine qu'il y en aura, connaissant les gars.
Et, somme toute, considérant le fait qu'il avait réussi à laisser ses souvenirs de Dís à la porte d'entrée suffisamment longtemps pour pouvoir tirer du plaisir dans la répétition.
- Avec joie ! s'exclama Bilbo, l'air enchanté.
Amis, se rappela Thorin, qui se faisait violence pour ne pas répondre à son sourire lumineux en lui prenant les mains ou en faisant glisser entre ses doigts une des boucles rebelles de ses cheveux.
Amis.
