B... Bonjour...?

Aaaaah nooon pas tapeeeer !

Oui je sais, je vous ai laissés en plan pendant hyper longtemps, oui je sais c'était horriblement nul de ma part, oui je sais, je me flagelle sur la place publique avec le cul à l'air, non je sais, j'ai toujours pas écrit grand-chose de plus depuis. La culpabilité me dévore autant que moi les plaques de chocolat à la pâte d'amande. (Pour vous donner une idée d'à quel point exactement elle me dévore.) (J'aurais fait une référence au fromage mais malheureusement ma consommation est un peu réduite ces derniers temps.)

Bref donc, merci de votre patience, et merci à Aliena, Maya, Julindy, KyraMB (haha, carrément, le coup de massue!) Flo'w, Nekonya, Melusine, Chocolas, Maeva et Clélia pour leurs reviews !

J'espère que ce chapitre vous plaira ! Le titre, Your Fractured Life, vient de la piste 11 de l'album éponyme !


Chapitre 6

.oOo.

Bilbo était un ami agréable. Surtout, sa proximité (de plus en plus fréquente), donnait à Thorin l'impression qu'il parvenait à mettre ses soucis au second plan, et même si ça ne durait pas éternellement, il n'allait pas cracher dessus – et peu lui importait que Dwalin prenne un plaisir incroyable à se foutre de sa gueule.

- Pour quand le mariage ? répétait-il.

Thorin aurait voulu lui dire qu'il avait compris l'idée, et qu'il n'avait pas besoin d'insister, les blagues les plus courtes étaient toujours les meilleures, mais Dwalin ne semblait pas avoir l'intention d'arrêter de sitôt, et Thorin commençait à se demander s'il n'allait pas le virer de la boutique plus tôt que prévu.

Ils avaient fixé le départ de Dwalin à fin mai, et les jours glissaient petit à petit dans le sablier du compte à rebours. Dwalin avait commencé à chercher un travail, et passait des entretiens – souvent en costume, ce qui jurait énormément avec ses tatouages sur le crâne et son énorme barbe. Plein de tact comme à son habitude, Thorin lui avait suggéré de chercher un boulot de vigile dans un magasin ou de videur d'une boîte de nuit, mais Dwalin s'était contenté de lui frapper la tête sans douceur, et avait envoyé des CV aux banques et aux agences de prêts immobiliers.

Les entretiens n'avaient jusque là rien donné, et Dwalin semblait se consoler en asticotant Thorin sur sa non-relation avec Bilbo – et pire encore, en présence de l'instituteur chaque fois qu'il le pouvait (ce qui signifiait qu'il le pouvait beaucoup, car Bilbo payait régulièrement une petite visite à la boutique, et Thorin l'invitait parfois à passer la soirée chez lui pour regarder les premiers épisodes de Flight of the Conchord avec un saladier de pop-corn à la main).

Dwalin était peut-être jaloux, au fond.

Les soirs où Bilbo était là, il faisait lui-même la lecture de ses livres aux enfants avant qu'ils ne se couchent, ce que Fíli semblait considérer comme un privilège extraordinaire. Thorin s'était d'abord inquiété que leur relation professeur-élève à l'école ne s'en trouve dégradée, mais Fíli avait continué à rendre des notes parfaites, et Thorin avait abdiqué.

Bilbo l'avait énormément aidé pendant les vacances de Pâques, à faire du baby-sitting quand Thorin devait tenir la boutique – il avait proposé, et Thorin avait protesté, mais au final, Bilbo semblait authentiquement heureux de garder les enfants, qui eux-mêmes ne se sentaient plus de joie, et même si Thorin avait l'impression que toute la situation constituait une étape supplémentaire dans leur relation qu'il n'était pas forcément ravi de franchir, au final, comme c'était ce qui l'arrangeait le mieux, il laissa faire. Bilbo écrivait la journée, pendant que les enfants faisaient leurs devoirs et s'occupaient, il mangeait avec eux le soir, et regardait une série sur le canapé avec Thorin ensuite (et parfois, en de très rares occasions, il restait dormir à l'appartement – mais juste dormir, et Thorin lui laissait le clic-clac du salon pour aller dormir sur un matelas gonflable dans la cuisine. Certes, ils avaient passé certaines soirées sur le canapé si proches l'un de l'autre que Thorin n'aurait eu qu'à tourner la tête pour fourrer son nez dans les boucles de Bilbo (et il avait bien failli une fois ou deux) et il avait parfois manqué de lui sauter dessus en découvrant son adorable visage endormi sur le canapé en se relevant la nuit pour aller aux toilettes (même si le salon n'était pas du tout un passage obligé pour aller de la cuisine aux toilettes) mais c'était évidemment en tout bien tout honneur).

En dehors de ces soirées calmes où ils étaient presque blottis l'un contre l'autre (en tant qu'amis, évidemment), il y avait un autre moment que Thorin préférait : c'était quand Bilbo faisait la lecture aux enfants.

Ils avaient fini Smaug, La Guerre de l'Anneau, et entamaient maintenant Voyage au Bout du Mordor. Bilbo, il fallait le reconnaître, faisait les voix bien mieux que Thorin n'en serait jamais capable, et pendant qu'il lisait, installé sur une chaise à côté du lit des garçons, Thorin profitait de la lecture au même titre que ses neveux, assis au pieds de Kíli. Il n'avait pas encore lu Voyage au Bout du Mordor, et même si, à trente-deux ans, il avait théoriquement passé l'âge d'apprécier qu'on lui lise des histoires à l'heure du coucher (bon, celui des gosses, mais le problème restait le même, n'est-ce pas), il ressentait une impatience toute juvénile à chaque fois que Bilbo venait et reprenait la lecture du livre là où Thorin l'avait arrêté.

Peut-être que c'était juste aussi parce que lorsqu'il lisait, le visage de Bilbo enchaînait les expressions tour-à-tour sérieuses, amusées, horrifiées, à mesure qu'il racontait, et Thorin pouvait le contempler en silence en toute impunité pendant une grosse demi-heure ; et ça, plus encore que l'histoire, c'était ce qu'il attendait avec le plus d'impatience. Il dézonait souvent, dans ces moments-là, et devait le jour suivant revenir en cachette relire les quelques pages du livre qu'il avait complètement zappées, perdu dans sa contemplation de Bilbo.

- C'est ridicule, grogna Dwalin un jour de mai, alors que la date de son départ du magasin se rapprochait de plus en plus.

- Quoi ? marmonna Thorin, distrait.

Bilbo était en train d'aider les garçons à faire leurs devoirs dans l'arrière-boutique, et Thorin avait les yeux fixés sur son visage, qu'on apercevait par la porte entrebâillée.

- Thorin !

Deux doigts claquèrent devant son visage, et Thorin sursauta, avant de froncer les sourcils.

- Fous-moi la paix, lâcha-t-il avant que Dwalin n'ait pu faire une seule remarque.

- Thorin, j'essaie de t'aider, bordel. Je ne sais même pas pourquoi tu continues à résister. T'es dingue de ce type, et il est fou de toi.

- La ferme, Dwalin, grogna Thorin, les dents serrées.

Il ne voulait pas entendre ça. Ils étaient amis, amis, amis. Il ne voulait pas plus, il était parfaitement satisfait de cette situation, et qu'est-ce que ça pouvait faire, si son regard avait tendance à se poser sur Bilbo lorsqu'il dézonait ? Il ne voulait rien de plus que ça.

- Thorin...

- La ferme, Dwalin. Écoute. Je suis content. J'irais pas jusqu'à dire que je suis heureux, mais quand il est là, j'arrive à oublier un peu mes soucis, à avoir l'impression que les choses ne vont pas si mal que ça, au fond, et c'est plus que ce que je n'aurais osé espérer après la mort de Dís. Tu voudrais vraiment que je gâche ça, que je gâche cette illusion d'être à peu près heureux, en me lançant dans une relation avec lui, alors que je sais pertinemment que ça se terminera mal, et qu'au final, j'aurai tout perdu, encore une fois ?

- T'en sais rien, répondit Dwalin, les sourcils froncés (il avait toujours les sourcils froncés, mais Thorin était capable de faire la différence).

- Si, je le sais. Je foire toujours tout – et même quand je ne fais rien, tout foire toujours quand même. J'ai réussi à tout foutre en l'air le premier jour où je l'ai rencontré, et encore la fois d'après, et encore la fois d'après.

- Et pourtant, il est encore là, fit remarquer Dwalin.

- Je ne veux pas prendre le risque. Pas cette fois. Je suis content comme ça. Ça me convient.

Dwalin finit par hausser les épaules, l'air pensif (et ronchon en même temps), et finit par dire :

- Je comprends ce que tu veux dire, Thorin, mais c'est ridicule de penser à la fin d'une histoire avant même qu'elle ait commencé.

- Non. Ce n'est pas ridicule, c'est réaliste. Je n'ai pas à infliger à Bilbo toute ma malchance karmique ; pas si je peux l'éviter. Il ferait une mauvaise affaire en s'engageant dans quelque chose de plus avec moi, et pour son propre bien, je suis décidé à faire en sorte que ça n'arrive pas.

- T'es ridicule, grogna Dwalin. Depuis quand tu crois au karma ? C'est sûr que t'as pas beaucoup de bol, dans la vie, mais c'est pas dit que ça continuera. Pas la peine d'être pessimiste.

- Je préfère être pessimiste et satisfait qu'optimiste et me retrouver comme une loque sur un canapé. Thranduil...

- Thranduil était un connard et je te l'ai toujours dit. Arrête de croire que parce que ça a foiré avec lui, ça ne marchera pas avec Bilbo. Il n'est pas comme ça. Je l'ai observé, Thorin. J'aime bien Bilbo. Il ne te ferait pas de mal.

- Pas consciemment, marmonna Thorin.

- T'es vraiment qu'une poule mouillée, tu sais ? Ça me révolte. Tu pourrais être heureux avec lui et tu choisis de laisser tout ça te passer sous le nez parce que tu as peur que ça finisse par te péter à la gueule. Thorin, bordel ! Tu vas pas rester seul toute ta vie, si ?

- J'ai pas dit ça. J'ai juste envie de profiter de la satisfaction que je ressens et essayer de ne pas la gâcher. Je ne vois pas le mal. Tu peux pas m'enlever ça, Dwalin.

- Raah, mais tu comprends tellement rien que ça me donne envie de te claquer la tête contre cette putain de caisse enregistreuse !

Son éclat de voix attira les regards de Bilbo et des enfants depuis l'arrière-boutique, ainsi que ceux de deux clients qui s'étaient égarés dans le magasin, et Thorin fronça les sourcils.

- On arrête d'en parler, déclara-t-il. Merci de ton avis, mais j'ai pas besoin de ça.

Dwalin lui jeta un regard noir, mais il ne poussa pas la discussion plus loin, heureusement.

.oOo.

Dwalin avait peut-être compris, ou alors il avait juste décidé de garder son avis pour lui ; dans les deux cas, le sujet ne fut plus abordé entre eux, malgré les regards significatifs que lançait Dwalin à son ami quand Bilbo était dans les parages. Néanmoins, depuis la dispute, il y avait une sorte d'imperceptible froideur entre eux (il fallait être Thorin ou Dwalin pour la remarquer, évidemment), qui, même s'il ne le disait pas, dévorait Thorin vivant.

Dwalin disait ça parce qu'il s'inquiétait pour lui, Thorin le savait pertinemment. Ce qui était stupide, car il aurait eu bien plus de raisons de s'inquiéter pour lui si Thorin avait décidé de se lancer dans une relation avec Bilbo – toujours était-il que Thorin ne pouvait pas supporter ce sentiment de réprobation en demi-teinte qui émanait de Dwalin chaque fois qu'ils se voyaient. Ça partait d'une bonne intention, mais l'enfer était pavé de bonnes intentions.

En dehors du fait qu'ils tenaient la boutique ensemble, c'était plus difficile d'être fâché avec Dwalin qu'avec n'importe qui d'autre. Ils se connaissaient depuis le collège, et étaient amis depuis qu'ils s'étaient monumentalement foutus sur la gueule en quatrième, lorsque Thorin, le connard de service à cette époque (et encore actuellement, visiblement), lui avait fait un croche-pied dans un couloir et que Dwalin s'était étalé de tout son long sur le vieux plancher. En guise de rétribution, il avait fait dégringoler Thorin dans les escaliers et lui avait cassé le bras, et bizarrement, depuis ce jour, plus personne n'avait jamais réussi à les séparer. Dwalin rompait avec ses copines lorsqu'elles se plaignaient qu'elles avaient l'impression de sortir avec Thorin en même temps. Thorin larguait ses mecs au premier mot désagréable lâché sur Dwalin.

C'était la relation la plus importante de toute sa vie, et Thorin n'appréciait pas du tout l'idée de la voir ternie par un désaccord sur un sujet aussi stupide que celui d'une relation amoureuse. Ce n'était quand même pas la fin du monde, si ? Il y avait tellement plus important que de se trouver quelqu'un avec qui finir sa vie. Tout le monde avait l'air de penser que c'était une condition sine qua non, mais Thorin était tout à fait capable de s'en passer.

C'est pas pareil. (La petite voix dans sa tête ressemblait beaucoup à celle de Dwalin, parfois.) C'est pas pareil de ne pas chercher à trouver quelqu'un et de repousser ce quelqu'un une fois que tu l'as trouvé.

Oui. Bon. Merde.

Toujours était-il qu'il y avait un léger froid entre lui et Dwalin, et qu'il n'était pas question qu'il dure jusqu'à ce que son meilleur ami démissionne – échéance qui se rapprochait de plus en plus, à mesure que les jours de mai filaient les uns après les autres sans rien de notable (à part les moments où Bilbo lui rendait visite à la boutique, ou ceux où il venait chez lui, ou ceux où ils se croisaient ailleurs par hasard, et ces occasions-surprises étaient celles que Thorin préférait). Les enfants allaient enfin à l'école sans manteau, après que Kíli l'ait longuement supplié, et Thorin aurait presque pu savourer la tranquillité du quotidien, Bilbo, les enfants, les étincelles qu'ils faisaient en cours (Fíli lui rendait des notes excellentes partout, et Kíli crevait le plafond en calcul et en éducation sportive, malgré ses lents progrès en grammaire – progrès uniquement dus à Bilbo, qui passait beaucoup de temps à l'aider ; Thorin commençait même à se demander s'il ne devrait pas le rémunérer pour toute l'aide qu'il lui apportait), si le départ imminent de Dwalin ne pesait pas au dessus de sa tête comme une épée de Damoclès.

Son départ était fixé au vendredi 29 mai, et ils avaient décidé de faire un petit pot de départ à la boutique ; de toute façon, il n'y avait jamais de mauvaise occasion pour se saouler, n'est-ce pas ? Thorin et Dwalin passèrent la journée, entre deux clients, à s'occuper des boissons et des chips, en attendant que les premiers invités arrivent (ils n'allaient pas faire un pot de départ à deux, après tout, donc ils avaient invité leurs amis, qui avaient tous répondu présent).

Plus d'une fois, au cours de la journée, Thorin capta le regard que Dwalin posait sur les posters, sur les disques, sur les murs.

- Tu pourras toujours revenir, tu sais ? Si t'as du mal à boucler les fins de mois, je te ferai bosser ici quand je devrai m'occuper des gosses et je te paierai au noir.

- Deal, sourit Dwalin, avec tout de même une certaine mélancolie dans le regard. Je me disais juste qu'on avait passé du bon temps ici. Dommage que toutes les bonnes choses aient une fin.

Thorin préféra ne pas commenter – il était depuis longtemps habitué à voir toutes ses bonnes choses se terminer par une fin abrupte.

- Mais il faudra que je voie si j'ai le temps, dit Dwalin, avant d'ajouter sur un ton presque désinvolte : j'ai trouvé un boulot, tu vois.

Thorin manqua de faire tomber le pack de canettes de bière qu'il était en train de transporter.

- Quoi ?! Pourquoi tu me l'as pas dit plus tôt ?

- J'ai reçu l'appel de confirmation hier soir seulement.

Thorin se demanda fugitivement s'il disait vrai ou s'il avait gardé l'information pour lui à cause du léger froid qui planait entre eux, pas tout à fait dissipé. Ils n'y faisaient plus allusion, et Dwalin ne parlait plus de Bilbo, mais Thorin captait son regard désapprobateur chaque fois que Fíli et Kíli revenaient accompagnés de l'instituteur. En temps normal, Dwalin lui aurait envoyé un sms pour l'avertir, non ?

- C'est quoi, comme boulot ? demanda-t-il en s'efforçant de chasser la vicieuse pensée.

- Téléconseiller chez Sofinco. C'est pas le Pérou, mais ça suffira à payer le loyer, en attendant de voir si je trouve autre chose...

Thorin le regarda d'un air ahuri.

- Téléconseiller ? Tu veux dire que tu vas passer tes journées à répondre au téléphone à des gens qui veulent obtenir des prêts ?

- C'est quoi ce ton dédaigneux ? Puisque c'est mon look qui pose problème, là au moins, les types ne me verront pas en face.

- C'était pas un ton dédaigneux. Je demandais pour être sûr, c'est tout. Mais c'est super, Dwalin, je suis content pour toi. Tu commences quand ?

- À partir de lundi.

- C'est loin d'ici ?

- Ouais, j'ai pas trouvé dans le coin... C'est de l'autre côté de Paris, à une heure de métro, et probablement encore plus en voiture, avec la circulation. Je sais pas si je pourrai garder les gosses aussi souvent qu'avant, tu sais.

- T'inquiète pas. Il était temps que j'arrête de me décharger sur toi et que je prenne mes responsabilités, de toute façon.

Une pensée horrible naquit alors dans l'esprit de Thorin, et il lâcha d'un ton incertain :

- Tu continueras à venir nous voir quand même, pas vrai ?

Tu ne prendras pas ça comme excuse pour arrêter de me fréquenter ?

Dwalin ne serait pas Dwalin s'il n'avait pas capté la nuance d'angoisse qui teintait la phrase, et il observa Thorin avec attention, avant de dire finalement :

- Thorin, désolé pour la fois dernière. C'était pas mon rôle de te dire ça, et tu fais ce que tu veux avec qui tu veux. Je continue à penser que tu rates quelque chose qui pourrait être génial, si tu le voulais bien, mais après tout, c'est toi qui vois, et si tu préfères comme ça, alors d'accord.

- Dwalin, je...

- Non, c'est toi qui avais raison. Je n'ai aucun droit de te pousser à sortir avec quelqu'un, et si ça se trouve, ça ne marcherait pas entre vous, et tu finirais encore comme une loque, et ce serait de ma faute. J'ai réfléchi, et je ne veux pas assumer la responsabilité.

- Alors toi aussi, tu crois que ça risque de foirer ?

- Ça peut foirer tout comme ça peut marcher, qu'est-ce que j'en sais ? Je crois que ça a plus de chances de marcher que de foirer, mais c'est pas à moi de décider. C'est tout. Mon rôle, c'est de te soutenir quoi que tu fasses.

Thorin n'était pas très doué pour ça, pour les grandes discussions où on mettait ses sentiments à nu – et il savait que Dwalin n'était pas plus doué que lui. Un peu ému, et vaguement mal à l'aise en même temps, il se contenta de lui taper sur l'épaule amicalement, et Dwalin hocha la tête. Il comprenait toujours, de toute façon.

Fort heureusement, Fíli et Kíli entrèrent dans la boutique, et coupèrent court au moment embarrassant, Kíli en se jetant dans les bras de Dwalin, et Fíli en présentant avec fierté son 20 en dictée, apostillé d'un "Excellent!" de l'écriture fine et ronde de Bilbo – dont Thorin ne put s'empêcher de remarquer l'absence. Il avait envie de faire une remarque à ce sujet (Bilbo avait été invité à la fête aussi, après tout), mais Dwalin était à côté, et malgré la discussion qu'ils venaient d'avoir, il n'avait pas envie de parler de Bilbo devant lui.

Heureusement, Kíli, secourable comme toujours, lança de sa petite voix :

- Bilbo est resté à l'école pour travailler, il arrive plus tard !

C'était une habitude qu'il avait prise depuis quelques temps – il travaillait là-bas, rejoignait Thorin vers 19h quand celui-ci fermait, et ils rentraient ensemble chez Thorin pour manger et lire une histoire aux enfants (et il restait le plus souvent le soir après dîner). Toutefois, comme aujourd'hui était un jour de fête, Thorin avait espéré le voir venir plus tôt... Tant pis.

Il hocha la tête, l'air de ne pas trouver cette information capitale (Dwalin était toujours à côté), et emmena les enfants goûter dans l'arrière-boutique, avec interdiction expresse de toucher aux snacks avant que le premier invité ne soit arrivé.

Ce fut Bofur qui démarra le cortège, à dix-huit heures trente – la soirée était censée commencer à dix-neuf heures, mais qui s'en souciait ? Il aida à installer les tables, les assiettes de chips et les en-cas, et sortit quelques-unes des bières que Thorin avait placées dans la glacière qu'il avait ramenée.

Nori, Dori et le petit Ori furent les suivants, et Kíli et Fíli accueillirent avec joie leur ami tandis que les adultes parlaient ensemble – avec déjà un volume sonore un peu trop élevé pour seulement cinq personnes (mais Dwalin comptait bien pour trois).

Bofur et Bombur arrivèrent avec leur cousin Bifur à 19h15, et Thorin ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil fréquents à la porte en espérant voir apparaître Bilbo, sans que son espoir soit jamais récompensé. Discrètement, il alla retrouver Kíli, et lui demanda :

- Tu as dit que Bilbo restait un peu à l'école ?

- Oui !

- Il sait qu'on fait une fête, pourtant, non ?

- Oui, Fíli lui a rappelé tout à l'heure.

Il n'avait pas l'air d'en savoir plus, malheureusement, et Thorin abandonna l'idée d'obtenir des informations par ce moyen. Il vérifia rapidement son portable, mais Bilbo ne lui avait pas envoyé de message, et Thorin n'avait pas envie de jouer les stalkers en l'inondant de SMS – il n'était que 19h30. L'école était encore ouverte à 19h30 ? Intrigué, il jeta un coup d'œil par la porte ; au bout de la rue, l'école semblait complètement éteinte.

Et Bilbo n'était pas là.

- Thorin, une clope ?

C'était Nori qui était sorti avec Dwalin pour s'en griller une, et même si Thorin avait arrêté de fumer depuis au moins deux ans, il accepta sans discuter la cigarette tendue, si ça pouvait lui permettre de rester un peu dehors pour guetter l'arrivée de Bilbo.

- T'as entendu ? dit Nori en lui tendant une bière fraîchement décapsulée. Il a été engagé chez Sofinco. Si ta boutique coule, tu pourras toujours lui demander de l'argent pour essayer de t'en sortir !

- Tu parles, il refuserait de m'en prêter, grogna Thorin avant de boire une gorgée de bière.

C'était déjà sa troisième, et Bilbo n'était même pas encore là.

- C'est pas moi qui m'occupe de ces trucs-là, de toute façon, répondit Dwalin. Moi, je suis juste là pour répondre au téléphone aux gens, pour les écouter se plaindre, ce genre de truc. C'est moi qu'ils viendront engueuler quand leur prêt n'aura pas été accepté, ou quand leur virement n'aura pas été fait, et c'est moi qui les relancerai quand ils n'auront pas remboursé à temps.

- Le job de rêve, ironisa Nori.

Toutefois, l'expression presque tendre du regard qu'il dirigea vers Dwalin détourna temporairement Thorin de ses pensées. Intrigué, il les observa – Dwalin ne semblait pas du tout s'en rendre compte, mais il y avait quelque chose, ou Thorin était la reine d'Angleterre.

Nori ne tarda pas à rentrer, et Dwalin fit mine de le suivre, mais Thorin le retint par le bras – en plus, ça lui donnait une excuse pour rester dehors et attendre Bilbo.

- C'était quoi, ça ?

- Quoi ? demanda Dwalin d'un air confus.

- Ça ! T'as pas vu ? La façon dont il t'a regardé ?

Dwalin haussa les sourcils si haut qu'ils manquèrent de lui passer derrière le crâne.

- De quoi tu parles ? De Nori ?

- Oui ! Il y a un truc entre vous ?

- T'es malade ? pouffa Dwalin. Je ne suis même pas gay. Et Nori sort avec une fille, apparemment. Tu commences à devenir sénile, mon pauvre vieux.

- C'est ça. Tu regarderas toi-même. Je suis peut-être une tanche en relations amoureuses, mais ça m'empêche pas de repérer les signaux. Chez les autres, ajouta-t-il lorsque Dwalin ouvrit la bouche avec l'intention très claire de faire une remarque sur ses propres signaux. Regarde, tu verras.

Dwalin lui jeta un regard dubitatif, mais n'insista pas, et rentra dans la boutique en haussant les épaules.

Resté seul, Thorin tira pensivement une longue bouffée de sa cigarette, quand il entendit quelqu'un l'appeler par son prénom. Avec un grand sourire, il se tourna vers Bilbo, car dans son esprit qui tournait en boucle sur lui, ça ne pouvait être personne d'autre.

Mais son sourire trouva un tout autre destinataire, et la bouteille de bière que Thorin tenait à la main se fracassa en mille morceaux sur le trottoir lorsqu'il découvrit en face de lui le visage redouté de l'Ex.

- T... Thranduil ?

- Bonsoir, Thorin. Je me disais bien que c'était toi.

Oh, merde. Il était pas préparé à ça. Pas du tout.

Thranduil et lui s'étaient quittés en très mauvais termes. Ils s'étaient séparés presque quatre ans plus tôt, après une relation qui avait duré trois ans, et que Thorin aurait bien vu continuer toute la vie, si Thranduil ne lui avait pas brutalement annoncé qu'il le quittait pour une fille, qu'il allait épouser trois mois plus tard, et à qui (cerise sur le gâteau) il avait fait un petit bébé, déjà âgé de deux mois (autrement dit, il trompait Thorin depuis plus d'un an au moins, et ce n'était que la partie émergée de l'iceberg). Thorin avait eu l'impression que son monde s'écroulait, et ce n'était qu'au moment de la rupture brutale qu'il s'était rendu compte à quel point il avait encore une fois pris pour acquis ce qui ne l'était absolument pas. Comme Maître Corbeau, il avait juré, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus, et c'était Bilbo qui en faisait les frais.

Il avait mis du temps à s'en remettre. Thorin n'était pas d'un tempérament sentimental, mais ça ne voulait pas dire que son amour était moins sincère ou moins fort qu'un autre, et la rouste que lui avait infligée Thranduil était restée gravée dans son cœur un très long moment, avant que Dwalin et Dís, à force de patience, ne finissent par arriver à le sortir un peu du trou (ou caverne à ce niveau) dans lequel il s'était enfoncé.

Là, voir l'homme en question surgir du néant pour réapparaître devant lui s'apparentait quelque peu à un coup de poignard en plein cœur. Il n'était pas prêt.

- Qu'est-ce que tu fais là ? continuait Thranduil d'un ton de conversation. Ah oui, c'est ta boutique ! Je n'avais même pas remarqué. Tu bosses toujours ici ?

Comment pouvait-il ? Comment pouvait-il lui parler comme si de rien n'était ? Peut-être que pour lui, quatre ans était une période suffisante pour mettre le passé de côté, mais Thorin n'était pas comme ça. Le regard posé sur son visage, sur ses yeux bleu glacier dans lesquels il avait dézoné de si nombreuses fois, sur ses cheveux blonds nettement moins longs qu'avant, mais qui encadraient toujours son visage avant de retomber dans son cou, il était partagé entre l'envie de vomir et celle de lui mettre un poing dans la gueule et lui faire sauter toutes les dents.

Non. Calme. Il était passé à autre chose, maintenant, il avait Bilbo, et (quoi ? J'ai pas Bilbo. On n'est pas ensemble, Bilbo n'est pas à moi, ce n'est qu'un ami, pourquoi je dis que "j'ai" Bilbo?) ce n'était pas la peine de s'énerver pour ça. Thorin s'enveloppa de la carapace de froideur la plus épaisse qu'il put trouver, et chercha tout au fond de lui le courage de lui répondre sur un ton plus ou moins normal :

- Oui, c'est ma boutique.

T'as déjà oublié ? T'y es venu souvent, pourtant. On a fait l'amour dans l'arrière-boutique un nombre incalculable de fois. T'as oublié, ça ?

- Comment va ton fils, Thranduil ?

Leurs regards s'affrontèrent un instant, et Thorin se demanda comment quelque chose d'aussi moche avait pu naître de l'amour qu'ils s'étaient portés à une époque.

- Très bien, répondit sèchement Thranduil. Figure-toi que j'envisage de le mettre dans l'école au coin de ta rue à partir de septembre.

Thorin manqua de s'étouffer.

- Quoi ? Pourquoi ?

- J'ai déménagé récemment, j'habite par ici.

Oh. Shit. Il n'était définitivement pas prêt pour ça. Il faudrait qu'il change Fíli et Kíli d'école, et très vite. Ah, mais Bilbo... Merde. Comment faisait Thranduil pour toujours réussir à tout gâcher ? Il devait avoir un don.

- Ah bon. Je croyais que tu aurais pris un appartement duplex avec ta femme en plein centre-ville.

- Elle est décédée. Il y a un an.

Il ne semblait rien ressentir de particulier à l'idée que son ex-copine soit morte, et Thorin le fixa un instant, en se demandant s'il était juste très doué pour cacher ses sentiments, ou si c'était un monstre d'insensibilité qui se tenait devant lui. Il penchait plutôt pour la deuxième solution, vu son expérience personnelle.

Toujours était-il qu'il était célibataire. Le Thorin qu'il était deux ou trois ans plus tôt aurait, sinon pris la nouvelle avec joie, du moins espéré un retour aux choses telles qu'elles étaient avant que la gêneuse ne se manifeste. À présent, il ne ressentait plus qu'un vague dégoût lorsqu'il posait les yeux sur ce visage qu'il avait tant aimé. Il ne réussit pas à se résoudre à lui offrir des condoléances (qui n'auraient pas été sincères de toute façon, puisqu'il avait haï cette fille de toute son âme pendant des années), et se contenta de rester silencieux. Thranduil ne sembla pas s'en troubler.

- Et toi, alors, Thorin ? Vous faites une fête, à ce que je vois ?

Ça ne te regarde pas, eut envie de répondre Thorin – mais ses lèvres bougèrent bien malgré lui.

- C'est un pot de départ pour Dwalin.

Dwalin. Thranduil et lui s'étaient toujours cordialement haïs, et rien n'avait changé de ce côté-là, s'il fallait en croire le froncement de nez dédaigneux de son ex.

- Il démissionne ? demanda-t-il malgré tout, l'air de dire qu'il faisait un effort de politesse en s'y intéressant.

Thorin n'avait pas envie de répondre, et Thranduil n'avait de toute façon pas l'air d'avoir envie d'entendre la réponse, puisqu'il ajouta rapidement :

- Comment va ta sœur ?

Comment faisait-il pour toujours taper où ça faisait le plus mal ? Peut-être qu'il ne le disait pas dans une mauvaise intention (Thranduil et Dís, sans aller jusqu'à s'apprécier, ne s'étaient jamais vraiment trop mal entendus), mais chaque coup lui tombait dessus comme un couperet tranchant.

- Elle est morte, déclara Thorin brutalement.

La nouvelle sembla tout de même (enfin) faire un choc à Thranduil, qui fronça légèrement ses sourcils fournis, avant de dire :

- Je suis désolé de l'entendre. J'aimais bien Dís.

La tournure de la phrase mit Thorin hors de lui, et il crut un instant qu'il allait se jeter sur lui et le tabasser jusqu'à ce que mort s'ensuive. Il voyait déjà la scène, le visage délicat de Thranduil couvert de sang, amoché par ses poings (dieu que c'était jouissif), quand une autre voix s'éleva derrière eux.

- Thorin ?

Cette fois-ci, c'était Bilbo, à ne pas s'y tromper, et lorsque Thorin se détourna et posa les yeux sur son expression étonnée, il ressentit pour la première fois, avec la force d'une vague contre un mur un jour de tempête, à quel point il avait besoin de Bilbo à ses côtés. Bilbo était le seul à pouvoir le sauver de tout ce qui ne marchait pas dans sa vie. Là, avec Thranduil à côté, ça devenait d'une évidence presque douloureuse.

Sans y penser, sans même s'en rendre compte, presque, il s'avança vers lui, posa la main sur sa joue, et se pencha pour l'embrasser, avec d'autant plus de ferveur que ça faisait des mois (il pouvait bien se l'avouer, maintenant) qu'il en avait envie. Les lèvres de Bilbo étaient terriblement douces contre les siennes, il avait oublié à quel point, et il s'y accrocha comme un noyé à sa bouée – et Bilbo, quoique surpris, ne tarda pas à y répondre avec ardeur, ses bras se glissant autour du fin tissu de son tee-shirt, les mains dans son dos, tandis que Thorin glissait les siennes dans ses boucles de cheveux.

Ils y auraient sans doute passé la nuit, perdus dans leur baiser, si Thranduil n'avait pas toussoté derrière eux ; Bilbo le lâcha d'un coup, comme s'il se rappelait seulement maintenant qu'il avait un public. Maudissant son ex pour la millième fois au moins de la soirée, Thorin se retourna, et Thranduil l'observa, un léger sourire narquois au coin des lèvres, mais le regard glacial.

- Je vois que tu es occupé. Je vais te laisser.

- Avec joie, répliqua Thorin d'une voix qui charriait des glaçons. Bien le bonjour à ton fils.

Avec un dernier regard mauvais, Thranduil s'éloigna, et Thorin poussa un soupir à faire trembler les fondations de sa boutique. Il commençait déjà à dézoner, quand la voix douce de Bilbo s'éleva.

- C'était qui ?

Oh, il n'avait pas envie de répondre à ça. Tellement, tellement pas envie. Il aurait voulu nier l'existence de Thranduil jusqu'à la fin de sa vie, si c'était possible.

- Mon ex, répondit-il tout de même, les lèvres encore brûlantes du baiser avec Bilbo.

Il y eut un silence, que Thorin prit pour interrogateur, et il ajouta :

- Ça s'est mal terminé. Il a fait un bébé à une fille pendant qu'on sortait ensemble, et il m'a quitté pour se marier avec elle après la naissance du bébé.

Chaque fois qu'il avait raconté cette histoire aux gens (assez rarement, toutefois, car l'humiliation qu'il avait vécue ce jour-là n'était pas de celles à être partagée avec tout un chacun), il avait reçu le même genre de réaction, de la sympathie et de l'horreur à l'idée que quelqu'un ait pu le trahir aussi profondément.

Toutefois, Bilbo resta silencieux, et Thorin perçut dans son silence une note d'hostilité qui le surprit assez pour qu'il détourne les yeux de la silhouette de Thranduil, qui tournait au coin de la rue, pour les poser sur lui.

- Bilbo ?

- Alors, murmura celui d'une voix douce – mais d'une douceur différente de celle de d'habitude ; d'une douceur qui, à la grande surprise de Thorin, recelait des bords tranchants et une nuance de danger qui ne disait pas son nom. Alors, c'était pour ça. Je comprends mieux.

- Qu'est-ce qui était pour quoi ?

Le regard de Bilbo était glacial, et Thorin se demanda fugitivement s'il était jaloux de l'entendre parler de son ex (et auquel cas, devrait-il s'en réjouir?), mais les paroles qui suivirent lui montrèrent qu'il se plantait (une nouvelle fois) complètement.

- C'était pour le faire enrager que tu m'as embrassé. Pour le rendre jaloux. Je me demandais ce qui te prenait, d'un coup.

- Q... Quoi ? bafouilla Thorin, ses yeux s'écarquillant de surprise lorsqu'il comprit la portée du malentendu. Pas du tout ! Je...

- La ferme, Thorin !

La voix de Bilbo claqua dans l'air de la soirée comme un coup de fouet, et maintenant qu'il y pensait, Thorin ne croyait pas l'avoir déjà vu se mettre en colère – Bilbo semblait toujours d'une patience à toute épreuve (ce qui était peut-être un pré-requis lorsqu'on travaillait en école primaire). Mais là, la lueur de colère dans ses yeux était suffisante pour glacer les sangs de Thorin.

- Arrête de te foutre de moi, gronda Bilbo. J'ai été patient, et j'ai été compréhensif, mais même moi, j'ai des limites, tu vois. Et te servir de moi pour rendre ton ex jaloux, je ne peux pas l'accepter.

- Bilbo ! Je te jure que...

- J'ai attendu, Thorin. Je me disais que tu finirais bien par te décider, et que ça ne servait à rien de te presser, mais si c'est tout ce à quoi j'ai droit, que tu m'embrasses pour faire enrager quelqu'un d'autre, désolé, mais je démissionne. Pour qui tu te prends ? Pour qui tu me prends, moi ? Pour une machine sans sentiments ?! Tu t'imagines que je vais dire amen à tout ce que tu fais, que je me contenterai de me taire et de te laisser me marcher dessus, comme ça, sans rien dire ?

- Mais je...

- La ferme ! J'en ai marre, Thorin, et je crois que je mérite mieux que ça. Alors voilà, je laisse tomber.

Sans un autre mot, il se détourna, et reprit la route d'où il était venu, et Thorin fut obligé de lui courir après – le malentendu était trop monstrueux pour qu'il le laisse partir sans rien dire.

- Bilbo, attends ! Je te promets que c'était pas pour ça !

- Fous-moi la paix ! s'époumona Bilbo en rejetant brutalement la main que Thorin avait posée sur son bras. Ne me suis pas ! Laisse-moi tranquille ! J'ai pas envie de te parler, et j'espère sincèrement ne plus jamais te recroiser !

Il se mit à courir, et Thorin, éberlué, le regarda s'éloigner et disparaître au bout de la rue, l'esprit toujours incapable de saisir ce qui venait de se passer – à part une chose : il venait encore de tout faire foirer. Il venait de perdre Bilbo. Avant même de l'avoir eu.

Dommage que la rue soit piétonne. Il se serait bien jeté sous les roues d'un bus, là.

.oOo.


Oh, oui, je sais que vous me haïssez...

:D *cœur*

À dans un certain temps pour le prochain chapitre ! (Moins longtemps que cette fois-ci, espérons-le...)