Eh bien mes poulets ! Voici le chapitre 7. Merci de m'avoir soutenue jusqu'ici en dépit de la lenteur de mes updates !
Et là, vous vous dites : "Quoi ?! C'est la fin ?! Mais elle a pas prévenu!" Eh bien... c'est la fin de la partie 1. Mais si je continue à ne pas écrire sur cette fic, ce sera la fin tout court, et soyons honnêtes, comme je n'ai pas le temps et pas la motivation en ce moment, si suite il y a, ce ne sera pas pour l'instant. D'où le fait que la fin vous paraîtra sans doute un peu abrupte, je sais, et j'en suis vraiment désolée. J'ai un petit interlude (non, un très long interlude), qui viendra après, mais ensuite cette fic sera en hiatus indéfini. Je m'aplatis au sol dans ma grande honte, je me roule le visage dans la poussière, je m'enterre sous trois mètres de purin.
Je continue à tendrement aimer cette histoire (contrairement à une certaine autre fic que je ne pouvais plus piffrer parce que j'arrivais plus à écrire dessus *regard douloureusement perdu dans le lointain*) et je vous promets que si l'inspiration me revient, elle ne restera pas abandonnée.
Bref, quoi qu'il en soit, merci à vous jusqu'ici, je vous aime très fort ! Merci pour toutes vos adorables reviews, vos favoris, vos alertes ! Et j'espère avoir converti définitivement plusieurs d'entre vous au Hobbit :D
On se voit au prochain chapitre/interlude. ^_^
Oh ! Et le titre de chapitre "No More Running Away" (mfufufufu) vient de la piste 4 de l'album Fractured Life d'Air Traffic !
Sur ce, bonne lecture !
Chapitre 7
Être fâché avec Bilbo amenait bon nombre de problèmes dont Thorin se serait bien passé.
Le premier, et évidemment le plus important, c'était que Bilbo lui manquait affreusement. Thorin lui avait envoyé un milliard de SMS lui jurant ses grands dieux qu'il n'avait pas du tout fait ça pour rendre Thranduil jaloux, qu'il détestait ce connard et qu'il l'aurait fait même s'il n'avait pas été là (c'était la chose la plus proche d'une déclaration qu'il pouvait dire par SMS – il n'allait pas passer à l'artillerie lourde dans un message, fallait pas déconner non plus), et il l'avait appelé un nombre incalculable de fois, allant jusqu'à saturer son répondeur.
Bilbo, évidemment, n'avait ni répondu ni rappelé.
Le deuxième, c'était qu'il était extrêmement difficile d'être fâché avec l'instituteur de ses neveux sans que les enfants en question s'en rendent compte. L'absence de Bilbo le soir de la fête avait été remarquée, et Thorin avait haussé les épaules en répondant vaguement qu'il n'était au courant de rien. Bien entendu, il avait attiré Dwalin dans un coin et lui avait raconté tout ce qui venait de se passer et comment il avait envie de se tirer une balle dans la tête – le moins qu'on puisse dire, c'est que la réaction de Dwalin (un "ouille!" accompagné d'une grimace) ne l'avait pas vraiment réconforté.
- J'ai merdé. Encore, s'était lamenté Thorin, et Dwalin, cette fois-ci, n'avait rien trouvé à répondre.
Le soir, après la fête, Fíli et Kíli lui avaient demandé où était passé Bilbo, et Thorin avait répondu qu'il n'en savait rien du tout, mais qu'il se renseignerait auprès du principal concerné. Le lendemain, il avait dû inventer que Bilbo ne se sentait pas bien et que c'était pour ça qu'il n'était pas venu – ce qui ne voulait pas dire pour autant que les enfants lui lâchèrent la grappe. Ils s'étaient habitués à ce que Bilbo passe la moitié de ses semaines chez eux, et comme il venait pratiquement tous les week-ends à coup sûr, son absence se faisait sentir. Fíli supplia Thorin de l'appeler, et Thorin fut bien obligé de s'exécuter – naturellement, Bilbo ne répondit pas plus qu'il avait répondu la veille.
Thorin était presque anxieux à l'idée de les laisser aller en cours le lundi matin, là où ils verraient Bilbo, et son instinct ne le trompait pas – lorsque les enfants passèrent le pas de la boutique à 17h (déjà que la première journée de travail sans Dwalin n'avait pas été très glorieuse), Kíli paraissait triste et Fíli ne lui décrocha même pas un bonjour.
- Tu t'es fâché avec Bilbo ? demanda Kíli d'un ton qui donna envie à Thorin de se jeter du haut d'un pont.
Thorin le regarda, à court de mots, en se demandant jusqu'où Bilbo avait bien pu leur raconter l'histoire – il croyait Bilbo assez raisonnable pour ne pas discuter des détails de leur histoire d'amour complètement ratée à ses neveux, mais il se trompait peut-être. Heureusement, Kíli vint à sa rescousse, comme toujours.
- C'est Fíli qui dit que tu t'es fâché avec Bilbo, parce que Bilbo lui a dit qu'il ne viendrait plus à la boutique ni à l'appartement parce qu'il n'aurait plus le temps, et Fíli dit que c'est parce que vous vous êtes fâchés et qu'il ne voulait pas nous le dire.
Savoir que Bilbo leur avait dit qu'il ne viendrait plus les voir fut comme un nouveau coup de poignard pour Thorin – il s'y attendait, mais il y avait une différence entre l'imaginer et se l'entendre confirmer par l'intéressé lui-même.
- Fíli, viens, dit Thorin fermement.
Fíli avait filé comme une flèche dans l'arrière-boutique en claquant la porte, et refusa de sortir à la demande de Thorin – qui avait encore douloureusement en mémoire cette sombre période où Fíli ne parlait plus du tout, et qui ne voulait pas la voir recommencer.
- Fíli, ouvre la porte.
Il y eut un long silence, puis la porte s'ouvrit à toute volée, et Fíli en sortit, des traces de larmes brillant sur ses joues.
- Pourquoi tu t'es fâché avec Bilbo ?! Pourquoi il faut toujours que tu gâches tout ?
Cet énième coup de poignard était encore plus douloureux que les autres (Thorin était déjà parfaitement au courant qu'il ne réussissait qu'à tout gâcher, merci bien), mais il tenta de n'en rien laisser paraître, même si le coup était rude.
- J'adore Bilbo, et j'adore qu'il nous fasse la lecture ! continua Fíli. C'est vraiment dégueulasse de ta part de nous priver de ça !
- Langage, Fíli ! s'exclama Thorin. Et crois-moi, ce n'était pas voulu.
- Qu'est-ce que t'as fait, Thorin ? demanda Fíli (c'était tellement rare qu'il l'appelle "Thorin" – et pas du tout agréable, décida Thorin immédiatement). Tu l'as mis en colère ? Qu'est-ce que tu as pu faire pour le mettre en colère ? Bilbo t'adore, il ne se mettrait jamais en colère contre toi...
Pendant un instant, Thorin crut qu'il allait craquer. Il s'effondra contre le mur et enfouit sa tête entre ses genoux, mains dans ses cheveux. (Heureusement qu'il n'y avait pas de client dans la boutique pour le voir dans un tel état, songea-t-il.) Il n'allait pas raconter aux neveux toute l'histoire, mais suffisamment pour leur faire comprendre – il leur devait bien ça.
- Écoute, Fíli. J'ai... fait quelque chose, et Bilbo l'a mal interprété. C'est tout. Je n'ai jamais voulu le mettre en colère, tu sais bien que je l'aime beaucoup.
L'euphémisme du siècle.
- Qu'est-ce que tu as fait ? demanda Kíli, curieux comme toujours.
- Je ne peux pas te le dire, répondit Thorin d'un ton de regret – à la fois parce qu'il avait très envie de leur en parler quand même (parce qu'il avait toujours très envie de parler de Bilbo à tout le monde, de toute façon), et à la fois parce qu'il savait que la réponse attiserait encore plus la curiosité de Kíli.
- Dis-le ! s'exclama aussitôt Kíli d'un ton autoritaire.
Thorin fronça les sourcils, n'appréciant pas trop le ton employé et s'apprêtant à le faire remarquer, lorsque Fíli ajouta d'une petite voix :
- C'est parce que vous êtes amoureux, c'est ça ?
La foudre tombant à ses pieds ne l'aurait pas plus choqué. Il fixa Fíli avec l'impression que sa mâchoire allait se décrocher, et à côté de lui, Kíli avait l'air tout aussi confondu.
- C'est vrai ? demanda-t-il, une lueur de joie tout à fait inattendue apparaissant dans son regard.
- Je...
Thorin était littéralement à court de mots – il se contenta de regarder Fíli, éberlué.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda-t-il enfin lorsqu'il fut capable de parler.
Fíli eut une petite grimace du genre "oh, pitié" et Thorin, presque blasé, envisagea deux possibilités : a) son neveu était terriblement perspicace ; b) il n'avait pas été discret du tout. Ou encore, c) les deux. Probablement, d'ailleurs, même s'il n'avait encore jamais entendu parler d'un garçon de dix ans aussi observateur – et quelque part, au milieu de son désarroi, la pensée lui insuffla une étrange bouffée de fierté. Oh, ses neveux sortaient vraiment du lot, et il n'en était pas mécontent.
Enfin. C'était pas toujours pratique non plus.
- Ça se voit comme le nez au milieu de la figure, continua Fíli d'une voix ferme. Je sais bien que ce n'est pas juste nous que Bilbo vient voir quand il vient à l'appartement. J'ai vu la façon dont il te regarde, je ne suis pas idiot. Et tu le regardes pareil. Tu vérifies ton portable tout le temps. Et vous regardez des films ensemble sur le canapé, je l'ai vu un jour quand je me suis relevé pour aller faire pipi.
- On regarde aussi des films avec Dwalin, protesta faiblement Thorin.
- Oui, mais vous étiez tout proches, insista Fíli. C'est là que je m'en suis rendu compte. Il avait presque sa tête sur ton épaule. Vous sortez ensemble, c'est ça ?
C'était étrange d'avoir une conversation si sérieuse avec un enfant, mais Fíli, comme il le disait, n'était pas un idiot, et de toute façon, il aurait bien fallu qu'ils en passent par là à un moment où à un autre, si Bilbo n'avait pas pris la mouche à son baiser de la veille. Même si la possibilité de voir quelque chose naître entre eux s'était évanouie le vendredi précédent à cause de son incroyable manque de tact, ça ne faisait pas de mal d'en parler aux enfants quand même, au cas où.
- Non, on ne sort pas ensemble, dit-il fermement. Qui t'a appris cette expression, d'ailleurs ? ajouta-t-il un peu surpris. Je ne savais pas qu'on utilisait ça à l'école primaire...
- C'est toi. Quand j'avais quatre ans, et que tu m'as dit que tu sortais avec Thranduil, répondit Fíli d'un ton impassible.
Thorin grimaça, à la fois à la mention de Thranduil et à la visible indifférence que son alter ego du passé avait manifestée à l'idée de préserver le plus longtemps possible l'innocence de ses neveux.
- Ah oui, c'est moi, hein ? Génial. Bref, non – on ne sort pas ensemble.
- C'est quoi, sortir ensemble ? demanda alors Kíli, et Thorin eut (pour la millième fois de la journée au moins) envie de se taper la tête contre un mur.
Mais il venait de dire qu'il allait tout expliquer à ses neveux, n'est-ce pas, et puisque Dís n'était plus là pour le faire, il faudrait bien qu'il en passe par quelques conversations désagréables à mesure qu'ils allaient grandir. Dieu soit loué, ils n'avaient pas encore atteint le moment délicat où Thorin commençait à les avertir des dangers du sexe sans protection et du reste – il pouvait bien supporter d'expliquer le concept de couple à un enfant curieux.
- C'est comme Papa et Maman, expliqua Fíli, en tentant obligeamment de venir au secours de Thorin.
- Je me souviens pas de Papa, objecta Kíli. J'étais trop petit.
Fíli se tourna vers Thorin, l'air bien embêté, et, voyant que son neveu avait atteint les limites de ses capacités explicatives, décida de prendre le relais.
- Écoute, Kíli. Tu ne te rappelles pas de Papa, mais tu te souviens de Dwalin et de Maman, pas vrai ?
- Oui ! s'exclama Kíli. Ils se faisaient des bisous quand ils croyaient qu'on ne les voyait pas. C'était dégoûtant, ajouta-t-il après réflexion, avec une petite grimace pensive.
- Eh bien, Maman et Dwalin sortaient ensemble.
- Ah ! Mais nous aussi, on sortait ensemble avec eux. On sortait de la maison le dimanche et on allait au Mc Do tous ensemble.
- Mais non, imbécile ! s'exclama Fíli, et Thorin lui jeta un regard d'avertissement qui lui fit baisser les yeux.
Kíli fronça les sourcils, légèrement vexé à l'idée d'être traité d'imbécile, et Thorin reprit d'un ton qu'il voulut apaisant (même s'il commençait à avoir une sacrée migraine) :
- Tu ne comprends pas. Sortir ensemble, ça ne veut pas dire sortir de la maison. Ça veut dire être en couple, tu sais que c'est, un couple ? C'est quand deux personnes décident qu'elles sont assez amoureuses l'une de l'autre pour passer leur vie ensemble. D'abord, elles se mettent à sortir ensemble, elles se font des bisous (Thorin n'arrivait pas à croire que le mot bisous soit réellement sorti de sa bouche), comme Dwalin et ta maman, et ensuite, si elles en ont envie, elles se marient. Ou, si ça ne marche pas, elles se séparent, comme Thranduil et moi. Tu te souviens de Thranduil ?
Kíli hocha la tête, l'air concentré, avant de dire :
- Je pense que je comprends.
- Bon, soupira Thorin, soulagé.
Nom d'un chien – il n'avait vraiment pas signé pour ça. De son côté, Fíli, qui ne perdait jamais le nord, reprit :
- Et donc, tu ne sortais pas avec Bilbo.
- Vous ne vous êtes pas fait de bisous, alors, conclut Kíli.
Thorin décida d'ignorer cette dernière intervention, et répondit à Fíli :
- Non, on ne sortait pas ensemble.
- Mais pourquoi ?
Est-ce qu'il essayait de leur expliquer ? Allez, oui. Fíli avait déjà montré qu'il était brillant pour son âge, et Thorin était certain qu'il était capable de comprendre.
- Parce que déjà, c'est ton instituteur, et que je n'avais pas envie de faire quelque chose qui puisse risquer ton éducation.
- Si vous êtes fâchés, ça revient au même, fit remarquer Fíli avec un discernement hors du commun.
Thorin grimaça à l'idée que son neveu était plus intelligent que lui-même, et continua :
- Et ensuite, je n'avais pas envie que ça se termine comme avec Thranduil.
- Alors tu pensais que ça se terminerait mal avant même d'avoir commencé ?
Fíli s'était donné le mot avec Dwalin, ou quoi ? Thorin le regarda comme s'il le voyait vraiment pour la première fois ; il n'aurait jamais cru que son neveu de dix ans à peine pourrait se révéler un partenaire de conversation aussi sérieux.
- Tu ne serais pas fâché, si je sortais avec Bilbo ? demanda-t-il, un peu étonné – il ne s'était toujours pas débarrassé de cette impression que Fíli était amoureux de son instituteur.
Encore une fois, il fallait croire qu'il avait tort, puisque Fíli répondit d'un air éberlué :
- Tu plaisantes ?! Bilbo serait tout le temps avec nous, on mangerait ensemble, il nous lirait des histoires le soir. Ce serait génial !
Et pas très différent de ce qui s'était passé ces dernières semaines, songea Thorin – sauf que sortir ensemble impliquait une dimension physique qui, bien entendu, échappait totalement à Fíli et Kíli.
- Et alors, reprit Kíli, qui avait lui aussi de la suite dans les idées, qu'est-ce que tu as fait pour le mettre en colère ?
- Je l'ai embrassé, avoua Thorin honteusement.
Kíli se mit à glousser, les mains devant sa bouche, mais Fíli, de son côté, fronça les sourcils.
- Je ne comprends pas, dit-il d'un ton sérieux. Tu l'as embrassé, et il s'est fâché ?
Il avait l'air d'avoir été trahi par sa connaissance personnelle du Petit Manuel de Compréhension du Bilbo Baggins (dont son oncle lui-même aurait bien eu besoin), et Thorin haussa mentalement les épaules, avant de se décider à expliquer la situation en détails. Après tout ce qu'il avait déjà dit, il n'en était plus à ça près, n'est-ce pas ?
- Thranduil était là, dans la rue, avoua-t-il. Bilbo a cru que je l'embrassais pour rendre Thranduil jaloux. Que je me servais de lui, en gros. Ce qui était bien sûr complètement faux, se hâta-t-il d'ajouter. Il s'est mis en colère, et il est parti. Voilà.
- Mais alors, demanda Fíli d'un ton surpris, si c'est parce qu'il a mal compris, pourquoi tu ne lui expliques pas ?
- J'essaie, bon sang ! Mais il ne répond pas à mes messages et à mes appels. Comment tu veux que je m'explique s'il ne m'écoute pas ?
- Tu veux que je lui dise qu'il se trompe quand je le verrai à l'école demain ?
Sa sollicitude était touchante, même si Thorin soupçonnait que c'était plus parce qu'il voulait que Bilbo revienne leur faire la lecture le soir avant le coucher que pour l'aider dans sa détresse.
- Merci, mais non. On se débrouillera entre nous. Et de toute façon, s'il est fâché contre moi, je ne crois pas qu'il serait très content que j'envoie mon neveu essayer d'arranger les choses. Il se dirait que je n'ai pas le courage de venir moi-même, tu comprends ?
- Bon alors, vas-y toi-même ! s'exclama Kíli d'un ton impatient. Qu'est-ce que tu attends ?
En temps normal, Thorin aurait souri – là, il en avait trop gros sur le cœur.
- J'essaierai d'aller lui parler ce week-end.
- C'est trop long ! s'exclama Fíli. Vas-y avant !
- Et comment ? Je travaille, au cas où tu l'aurais oublié, et Dwalin n'est plus là pour me remplacer, maintenant.
- Nous, on tiendra la boutique pour toi ! proposa Kíli, d'un ton très enthousiaste (Thorin soupçonnait que c'était parce qu'il avait toujours eu très envie de jouer avec sa caisse enregistreuse).
Affectueusement, il ébouriffa les cheveux de son neveu.
- Tu sais bien que c'est impossible, Kíli. Ça attendra dimanche.
- C'est trop long, répéta Fíli d'un ton boudeur. Tu es sûr que tu ne veux pas que j'essaie de vous réconcilier ?
- Oui, je suis sûr, déclara Thorin fermement. Tu risques de faire pire que mieux. Il finira bien par accepter de m'écouter à un moment ou à un autre, de toute façon.
J'espère, ajouta-t-il in petto.
Il n'en était pas tout à fait sûr, toutefois.
.oOo.
Heureusement, Fíli tint promesse, et ne tenta pas de s'immiscer dans les affaires de son oncle et de Bilbo. Lorsqu'il revint à la boutique de disques en compagnie de Kíli, le lendemain après l'école, il fit juste remarquer que Bilbo avait des cernes sous les yeux et que ce serait une meilleure idée d'aller le voir le plus vite possible, et de ne pas attendre dimanche, suggestion que Thorin évacua d'un haussement d'épaules désabusé.
À 18h30 tapantes, Dwalin débarqua à son tour, alors que les enfants faisaient leurs devoirs dans l'arrière-boutique. Il aurait pu dire n'importe quoi, parler de ses deux journées de travail à son nouveau boulot, et demander comment Thorin s'y prenait pour gérer la boutique sans lui, mais c'était Dwalin, son meilleur ami, et son premier mot fut :
- Alors ?
Et Thorin, qui savait bien à quoi il faisait allusion, réprima encore une fois l'envie de se taper la tête contre le mur.
- Alors, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Il n'a toujours pas répondu. J'ai laissé un milliard de messages. J'essayerai de le voir dimanche... De retrouver le chemin de son appart, si j'y arrive.
- Dimanche ?
Dwalin semblait trouver l'idée aussi incongrue que ses neveux, et Thorin haussa les épaules, impuissant.
- Je bosse. Et ton nouveau job, au fait ?
- J'ai plus travaillé là-bas en deux jours qu'ici en sept ans, fit remarqua Dwalin d'un ton désinvolte. Jamais une minute de pause, toujours un client pour te gueuler dessus. Bande de cons.
Thorin savait qu'il était tout de même soulagé d'avoir trouvé de quoi retomber sur ses pattes, mais il ne put s'empêcher de dire d'un ton contrit :
- Désolé que t'aies dû partir.
- C'est moi qui ai proposé, et de toute façon, on n'avait pas le choix. Et tu le sais. Tu veux que j'essaie d'intercéder en ta faveur auprès de Bilbo ? dit-il en sautant spectaculairement du coq à l'âne.
- On dirait Fíli et Kíli. Je leur ai raconté l'histoire, dit-il en baissant d'un ton afin de ne pas être entendu de ses neveux. Depuis quand Fíli est aussi intelligent, d'ailleurs ?
- Toujours plus que toi, ça c'est sûr, admit Dwalin sans sourciller. Il doit tenir ça de sa mère. Qu'est-ce qu'ils ont dit ? Ils ont bien réagi ?
- Bien réagi ? Si par "bien réagi", tu veux dire qu'ils avaient l'air incroyablement déçus à l'idée que je ne sorte pas avec Bilbo, et très enthousiastes à l'idée qu'on se mette à vivre ensemble un jour, alors oui, ils ont bien réagi.
Un sourire plein de fierté naquit sur le visage de Dwalin (il n'avait été le beau-père officiel des gosses que pendant deux ans, mais officieusement, il s'occupait d'eux depuis que leur père avait disparu dans la nature, à peu près six ans plus tôt).
- Ils sont malins, ces petits. Un peu plus rapides à la comprenette que leur oncle, visiblement. Pourquoi tu l'as embrassé, d'ailleurs ? T'as eu une révélation de la Vierge ? Tu t'es enfin rendu compte à quel point tu étais raide de lui ?
- Ça va, grinça Thorin sans vouloir admettre que c'était exactement ce qui s'était passé. Mais... Tu sais, avant de partir, il m'a dit qu'il... qu'il avait attendu.
- Oui. Et ? demanda Dwalin, impassible.
- Je veux dire, qu'il avait attendu que je fasse quelque chose. Qu'il avait espéré.
- Thorin, si tu essaies de me dire que tu viens seulement de réaliser que ce type est amoureux de toi, je te fous une mandale. Après tout, c'est pas comme si ça faisait dix mille ans que je te le répétais.
- T'as jamais dit qu'il était amoureux ! protesta Thorin en manquant de trébucher verbalement sur le mot embarrassant. T'as dit qu'il était... fou de moi.
- C'est vrai qu'il y a une sacrée différence entre les deux.
- C'est pas pareil, insista Thorin. C'est pas pareil d'être intéressé par quelqu'un et d'être amoureux.
- Thorin, s'il était juste intéressé par toi, il n'aurait certainement pas attendu six putains de mois que tu lui offres une miette de ton attention. Il se serait barré bien avant. D'où mon conseil : ne perds pas de temps et va le voir le plus vite possible. Je peux fermer la boutique à ta place et garder les enfants pour la soirée : dépêche-toi de monter dans un bus et d'aller lui rendre visite. Maintenant.
Thorin le regarda, l'air abasourdi, comme s'il commençait à croire que Dwalin était tombé sur la tête.
- T'es malade ?!
- J'ai juste une question, continua Dwalin comme s'il n'avait rien entendu. Qu'est-ce que tu comptes faire, une fois là-bas ?
- M'excuser ? C'est pas pour ça que je suis sensé y aller ?
- Ce que je veux dire, c'est : est-ce que tu t'es enfin décidé à te lancer dans cette relation ? Malgré toutes tes précédentes objections ? Parce que si ce n'est pas le cas, Thorin, et que tu y vas juste pour t'excuser et merci bonsoir, finalement, il vaut mieux que tu n'y ailles pas.
Ils échangèrent un long regard, puis Thorin poussa un profond soupir, et repêcha les clés de son appartement dans la poche arrière de son jean avant de les lui jeter.
- Je te confie les gosses.
Avec un grand sourire, Dwalin lui claqua énergiquement la main dans le dos, et Thorin prit à peine le temps de saisir sa veste de cuir noir sur le portemanteau avant de sortir de la boutique.
.oOo.
Comme l'avait mentionné Dwalin, ça faisait six mois depuis que Thorin avait passé la nuit chez Bilbo ; une nuit, de plus, qu'il s'était empressé d'oublier – autant dire que sans adresse, ça n'allait pas être simple de retrouver son appartement. Il avait vaguement le souvenir, lorsqu'il était sorti de chez lui ce matin-là, d'avoir trouvé un arrêt de métro à proximité et d'être monté dedans, avant de faire un changement pour la ligne qui desservait son arrêt à lui (Rue des Boulets, à croire qu'il était vraiment prédestiné). Il lui semblait que le trajet n'avait pas été très long, mais il avait la gueule de bois et de mauvais souvenirs en tête, et sa mémoire n'était pas très fiable.
Impuissant, il regarda sur un panneau à l'intérieur de sa station les lignes de métro qui fourmillaient, et scanna les différents noms, espérant en trouver un qui réveille quelque souvenir en lui. Il lui semblait bien qu'il s'agissait de la ligne 2, et un nom en particulier sur la ligne lui paraissait familier, et il décida de jouer le tout pour le tout (de toute façon, il n'avait pas d'autre choix, n'est-ce pas?), et d'aller y jeter un œil.
Le problème de Thorin (enfin... un de ses nombreux problèmes), c'était qu'on ne pouvait pas dire qu'il brillait par son sens de l'orientation. Il n'était pas de ceux à retrouver facilement son chemin après l'avoir parcouru une fois, et il suffisait qu'on le mette en sens inverse pour qu'il perde absolument tous ses repères.
Par conséquent, le fait de se tenir en ce moment même devant la porte d'entrée de l'immeuble qui menait à l'appartement de Bilbo était certainement le signe qu'un Dieu là-haut, ou Dís pourquoi pas, tenait très fortement à ce que les choses s'arrangent entre eux – du moins, c'était comme ça qu'il le prenait, parce qu'il ne voyait pas comment il aurait réussi à retrouver sa route sinon.
Il essaya de ne pas penser au fait qu'il avait l'air minable dans ses vêtements qui avaient connu des jours meilleurs, que ses cheveux étaient mal coiffés, sa barbe mal taillée, et que Bilbo, au fond, n'avait peut-être pas eu tort de s'enfuir, ce soir-là ; il n'avait vraiment pas grand-chose pour plaire, de son propre avis. C'était à se demander ce que l'instituteur voyait (ou avait vu, plutôt, songea-t-il avec une grimace) en lui.
Il y avait une sonnette qui annonçait le nom "Baggins" sur l'étiquette. Ce n'était pas comme ça que Thorin aurait souhaité annoncer sa présence, parce qu'il lui semblait évident que Bilbo le laisserait moisir sur le pas de la porte s'il le pouvait, et pour ne rien arranger, une fine pluie commençait déjà à tomber – comme si son look n'était déjà pas assez affreux comme ça. Mais il n'avait pas le choix, et au bout de quelques instants d'hésitation, l'estomac contracté, il appuya sur le bouton. Il n'attendit pas très longtemps avant que la voix mélodieuse de Bilbo ne sorte en crachotant de l'interphone.
- Oui ?
- C'est Thorin, annonça celui-ci d'une voix qu'il fit de son mieux pour rendre la plus lisse possible, afin de ne pas éveiller la fureur de Bilbo, mais qui sonnait finalement assez rauque. Tu veux bien m'ouvrir ?
Il y eut un long silence, et Thorin faillit jurer, persuadé que Bilbo avait raccroché l'interphone (quoique celui-ci continuait à crachoter très doucement), puis la grande porte de bois finit par s'ouvrir avec un déclic, et Thorin poussa dessus sans attendre.
- Merci ! lança-t-il à l'interphone avant d'entrer.
Pour se rendre compte trois secondes plus tard, face à l'ascenseur, qu'il ne se souvenait absolument plus à quel étage habitait Bilbo. Il lui semblait, à l'époque, avoir descendu trois étages par l'escalier, mais il pouvait très bien se tromper ; arrivé au troisième, qu'il atteignit en dix secondes en montant quatre à quatre les marches, ses pas étouffés par le gros tapis rouge qui les ornait sur le milieu, il découvrit avec dépit les quatre lourdes portes de bois sombre sur le palier, et aucun nom à côté des sonnettes.
Il allait se résoudre à envoyer un message honteux à Bilbo pour lui demander son aide, quand la porte la plus éloignée de l'escalier s'ouvrit, et Bilbo apparut dans l'encadrement.
- Bilbo ! s'exclama Thorin, soulagé, en se précipitant vers lui.
Il avait relégué au placard ses chemises traditionnelles (et vaguement passées de mode, si Thorin devait être très honnête) pour un sweat-shirt à capuche gris et un jean qui lui donnaient dix ans de moins, et Thorin eut terriblement envie de glisser ses mains sur ses hanches, de le pousser contre le mur et de dévorer ses lèvres sur-le-champ, dissuadé seulement par l'expression distante de son regard.
- Je n'ai pas le souvenir de t'avoir demandé de venir.
Toutes ses douces rêveries de baisers s'écroulèrent d'un coup. Oh, qu'il n'aimait pas cette voix éteinte ! Il préférait tellement celle qui riait de bon cœur à ses blagues pourries, ou celle qui tremblotait quand le film qu'ils regardaient ensemble sur le canapé était trop triste pour lui, ou celle qui brillait de fierté quand il lui racontait les exploits de Fíli et Kíli. Elle ne lui allait pas, cette voix – Bilbo n'était pas fait pour être en colère, et surtout pas contre lui.
- Il a bien fallu, puisque tu ne voulais pas répondre à mes appels, fit remarquer Thorin.
Ce n'était peut-être pas ce qu'il y avait de plus diplomatique à faire, reporter la faute sur lui alors qu'il venait pour s'excuser. Bilbo plissa légèrement les yeux, et Thorin crut qu'il allait lui claquer la porte au nez – il se dépêcha de poser la main sur le battant pour l'empêcher de la fermer, et ajouta :
- Bilbo, écoute-moi. Laisse-moi m'expliquer, et si tu n'es pas satisfait de mes explications, tu pourras toujours me mettre à la porte ensuite. Qu'est-ce que tu en dis ?
Bilbo sembla considérer ses options, un bref instant, puis hocha rapidement la tête, et se recula pour laisser entrer Thorin.
C'était son odeur, à l'intérieur de l'appartement – la seule chose qui lui était familière, à vrai dire, puisque Thorin n'avait pas vraiment fait attention ni à la disposition, ni à la décoration de la pièce quand il était arrivé la première fois, jetant ses vêtements et ceux de Bilbo sur le sol à mesure qu'ils approchaient de la chambre, ou quand il était reparti avec la queue entre les jambes. Il jeta un coup d'œil curieux au salon – bien plus mal rangé que ce à quoi il se serait attendu de la part d'un professeur d'école primaire, avec ses habits en désordre sur le vieux canapé ocre, ses coussins par terre, ses magazines qui traînaient sur la table basse et ses tasses de thé oubliées sur le large rebord de la grande fenêtre arquée, à côté d'un livre posé sur ses pages ouvertes – jusqu'à ce qu'il découvre le regard de Bilbo posé sur lui, farouche, comme s'il le défiait de porter un jugement sur l'état de la pièce.
Bon. Soit. Il était temps de passer aux choses sérieuses.
- Bilbo...
Ce fut en prononçant le prénom qu'il se rendit compte qu'il ne savait pas comment continuer. Il y avait trop de choses qu'il n'était pas habitué à dire, mais il faudrait bien qu'il essaie quand même, s'il voulait faire comprendre à Bilbo ce qu'il ressentait.
- Thorin, écoute, pas la peine de t'embêter. J'ai bien compris de quoi il s'agissait.
- Non, justement ! s'exclama Thorin avec une force qui fit sursauter Bilbo. Tu n'as rien compris ! Écoute. J'admets que je n'ai pas extrêmement bien choisi mon timing. J'ai jamais été très doué pour ça, de toute façon, autant que tu le saches, mais quand tu es arrivé, j'étais en train d'essayer de ne pas assassiner Thranduil, ou de me tirer une balle dans la tête, et... il fallait que je t'embrasse, parce que sinon j'allais devenir dingue.
- Alors je suis ta... soupape de sécurité, c'est ça ? demanda Bilbo les sourcils froncés, comme s'il était incapable de dire si c'était une insulte ou un compliment.
- Euh...
Tout bien considéré, ça ressemblait plus à une insulte, et Thorin, qui n'avait pas envie d'aggraver son cas, se hâta d'ajouter :
- Ce que je veux dire, c'est que ce n'était absolument pas pour rendre Thranduil jaloux, comme tu as l'air de le penser. Pas du tout. C'est parce que c'était toi que... Bilbo, je...
On ne pouvait pas dire que Bilbo l'aidait beaucoup. La lueur de franche hostilité qu'il avait montrée le vendredi soir avait heureusement disparu de son regard, mais il restait les bras croisés, à le regarder d'un air de défi, et Thorin manqua de se décourager et de partir en courant – doux Jésus. C'était tellement plus facile quand on avait un petit verre dans le nez. Il aurait dû au moins boire une ou deux bières (ou plutôt une ou deux dizaines) avant de venir.
- Je...
Décidément, les mots ne voulaient pas sortir. Dépêche-toi, Oakenshield, où il va finir par perdre patience.
- Je...
Bilbo perdit patience.
- C'est bon, Thorin. J'en ai assez entendu.
Et voilà. Merde.
Thorin se voyait déjà reconduit hors de l'appartement, jeté comme un misérable dans la rue, et toute la détresse qui suivrait indubitablement s'il devait retourner à l'appartement sans que les choses se soient arrangées entre lui et Bilbo, quand subitement, des bras s'enroulèrent autour de son cou, et des lèvres chaudes trouvèrent leur chemin jusqu'aux siennes, et le cerveau de Thorin court-circuita instantanément.
Bilbo l'embrassait.
Il aimait embrasser Bilbo. Il l'avait toujours su, depuis leur première nuit ensemble, mais il n'avait jamais eu tant de temps à disposition pour s'en rendre compte. Il aimait la texture de ses lèvres, le goût de sa langue, l'odeur de sa peau, il aimait perdre ses mains dans ses cheveux ou les glisser le long de son dos, sentir la chaleur de son corps qui émanait à travers le tissu. C'était encore plus agréable que de dézoner, encore plus saisissant, et Thorin songea que si ça ne dépendait que de lui, il se voyait très bien embrasser ces lèvres jusqu'à la fin de ses jours.
Toutefois, le visage de Bilbo se recula du sien beaucoup, beaucoup trop tôt, et Thorin ne put s'empêcher d'avancer la tête pour essayer de garder le contact de ses lèvres le plus longtemps possible – en vain. Mais Bilbo appuya son front contre le sien, et murmura :
- Puisque tu es incapable de dire ce que tu veux, c'est moi qui vais parler.
- Bilbo...
- Chut, Thorin, écoute-moi. Quand je me suis mis en colère contre toi, vendredi soir, c'était parce que j'étais furieux. J'étais furieux qu'il ait fallu que ton ex soit là pour que tu te décides enfin à m'embrasser. Mais surtout, j'étais jaloux, Thorin. Horriblement jaloux. Je suis rentré chez moi, furieux et jaloux, et j'ai passé une soirée de merde, alors que j'aurais pu la passer avec toi et les enfants, et peut-être le lendemain aussi. Et j'ai réfléchi. Je commence à te connaître, tu vois. Et malgré tout ce que tu ne dis pas, je ne suis pas idiot ; je sais ce que tu ressens.
« Le problème, c'est que ce n'est pas suffisant de savoir que tu m'apprécies – ou que tu me considères comme quelqu'un de spécial. Le vrai problème, c'est que tu es un trouillard – pas la peine de faire cette tête, c'est vrai – et vu ta réaction de vendredi soir en face de ton ex, je crois que je comprends d'où ça vient ; toujours est-il que je ne peux pas te forcer à aller là où je veux que tu ailles. Pendant six mois, j'ai essayé de me rapprocher de toi petit à petit, mais tu fais des pas de fourmi là où je voudrais que tu fasses des bonds de géant, et j'avais l'impression que si je brusquais les choses, tu t'enfuirais comme un lapin – ça a manqué plusieurs fois, au début.
On ne pouvait pas dire qu'il avait tort, songea Thorin amèrement – toutefois, il ne songea pas à protester et l'écouta religieusement, fasciné par la musique des mots incroyables qui sortaient de sa bouche.
- Ce soir-là, quand tu m'as embrassé, on aurait pu croire que la situation se dénouait enfin, mais il y avait ton ex, et j'ai cru que tu faisais ça à cause de lui, pour lui prouver que tu pouvais être heureux sans lui, et j'étais jaloux. Quand je suis rentré chez moi, j'ai décidé de quelque chose ; si tu ne venais pas me voir en personne pour t'expliquer, je laisserais tomber.
- Tu ne pouvais pas être certain que je me rappellerais de ton adresse, ne put s'empêcher de faire remarquer Thorin.
- Je te signale que je travaille au coin de ta rue. Et en plus, tu t'en rappelles, puisque tu es là.
Thorin haussa les épaules doucement, et se pencha à nouveau pour l'embrasser, comme tiré par un fil irrésistible – et Bilbo, malgré le ton sec qu'il venait d'employer, glissa tendrement ses mains dans ses longs cheveux humides de pluie, envoyant des frissons dans l'épine dorsale de Thorin.
Il y avait sérieusement de quoi devenir accro à ses lèvres, songea-t-il fugitivement – et il manqua de grogner de dépit lorsque Bilbo se recula une nouvelle fois, encore beaucoup trop tôt.
- J'ai pas fini, murmura-t-il. Ne me déconcentre pas.
Ses doigts tremblaient, remarqua Thorin, qui sentit son cœur se serrer, submergé par vague de tendresse soudaine.
- Puisque tu es venu, continua Bilbo, et que tu as retrouvé tout seul le chemin de mon appart, je vais te le dire. Je pourrais me contenter de ne t'embrasser que lorsque tu veux faire enrager tes ex-copains, ou de ne coucher avec toi que lorsque tu es bourré, je pourrais me contenter d'être simplement ton sex-friend, si tu veux, mais au cas où il y aurait la possibilité que tu acceptes d'aller plus loin avec moi, que tu trouves le courage de te lancer dans quelque chose d'un peu plus sérieux, je te le demande quand même... Sors avec moi, pour de bon.
La voix de Bilbo n'était plus qu'un murmure, et Thorin sentit son ventre se contracter alors que les paroles tombaient dans ses oreilles – Dwalin ne mentait pas, Bilbo était vraiment amoureux de lui.
Avec n'importe qui d'autre, Thorin se serait déjà enfui depuis longtemps, parce qu'il n'était pas prêt, pas prêt, pas prêt, mais c'était Bilbo, et bordel – il semblait bien que Bilbo n'était pas le seul à être amoureux, et même si Thorin mourait de trouille, après les quatre jours qu'il avait passés, mieux valait avoir la trouille avec Bilbo qu'être en sécurité sans lui.
Pour toute réponse, il l'embrassa encore, et encore, et encore, et Bilbo semblait fondre sous ses lèvres, et il n'était pas beaucoup mieux lui-même, avec l'incapacité de former une seule pensée cohérente – à peine formées, elles éclataient toutes comme des bulles de savon.
- Ok, murmura enfin Thorin, ses mots tombant directement de ses lèvres contre celles de Bilbo. Je continue à croire que tu fais une mauvaise affaire avec moi, pauvre comme Job, avec mes neveux et mes névroses, mais...
- Ça m'est égal, coupa Bilbo. Tu pourrais être à la rue avec une dizaine de fils cachés et complètement taré que je ne changerais pas d'avis.
C'était probablement la plus jolie déclaration d'amour (et la plus tordue) qu'on lui ait jamais faite, songea Thorin confusément, le nez dans les boucles de cheveux de Bilbo – qui, en plus d'en avoir la couleur, sentaient le miel.
Ils décidèrent de se passer de mots pour la suite, et Bilbo l'entraîna dans la chambre qu'il n'avait qu'entraperçu la première fois, et pour être franc, il n'y fit pas plus attention la deuxième fois, bien trop occupé à dézipper le sweat-shirt de Bilbo et à déboutonner son pantalon.
Il avait presque oublié ce que ça faisait, de faire l'amour à Bilbo, et s'il n'avait pas été aussi éméché la première fois et qu'il s'en était rappelé avec plus de précisions, peut-être qu'il n'aurait pas attendu autant de temps avant de recommencer.
En tout cas, il n'était plus question de laisser passer six autres mois avant la prochaine fois, ça, c'était certain, pensa-t-il férocement après-coup, alors que Bilbo, couché contre lui, la tête alourdie de fatigue sur son épaule, passait distraitement ses doigts dans les poils de sa poitrine.
- Et les enfants ? murmura-t-il au bout d'un moment, lorsqu'il eut fini de dézoner (comme quoi, Thorin n'était pas le seul à qui ça arrivait). Ils sont tout seuls ?
- Avec Dwalin, répondit Thorin, la voix étouffée par les cheveux de Bilbo, dans lesquels il avait à nouveau enfoui son nez. Mais il travaille demain, alors je ferais mieux de ne pas rater le dernier métro.
Bilbo poussa un grognement contrarié à l'idée de le laisser partir.
- C'est pas si loin, murmura-t-il. Il n'y pas plus d'une demi-heure à pied d'ici à chez toi. Reste, Thorin...
Pour appuyer son propos, il le serra plus fort contre lui, et Thorin sentit son visage se fendre d'un rare et authentique sourire – Bilbo était là, tout contre lui, et il avait l'impression que Dís était en train de leur sourire depuis le plafond, ou au dessus, et que le monde entier allait dans son sens au lieu d'aller contre lui comme à son habitude, et pour la première fois depuis très, très longtemps, il se sentait heureux.
Et il n'était pas contre l'idée que ça dure encore un peu. Quelques mois, peut-être. Quelques années.
Doucement, il glissa sa main dans les boucles de cheveux de Bilbo.
.oOo.
FIN.
(Temporaire.)
Et voilà mes amis :)
Merci d'avoir lu jusqu'ici !
On se voit pour l'interlude, et ensuite on ne se revoit plus pendant un certain temps ! (Mais si vous voulez causer, je suis toujours dispo par MP ou sur FB!)
Des bisous sur vous tous.
