Bonjour !
Désolé pour l'attente mais ne vous en faites pas, ce ne sera pas aussi long pour le onzième :)
Je tiens à vous remercier pour les reviews, c'est très gentil et ça me fait plaisir. Si ce dixième chapitre (ce que ça passe vite...) ne vous plaît pas je comprendrais, car il ne me plaît pas à moi aussi. Mais il fallait que je l'écrive, pour que cette histoire puisse avancer et se poursuivre comme je le voulais.
Bonne lecture.
Chapitre 10 : Adieu Tiger
Une ambiance un peu nostalgique régnait dans la pièce. L'homme dorade se resservit encore un verre d'alcool, il savait bien qu'il n'arrêterait pas jusqu'à ce que la bouteille soit vide. Il but une gorgée et posa brutalement son verre sur le bureau.
-Notre petit frère a grandi tu ne trouves pas ? lança Jimbei en s'asseyant sur le canapé, les coudes posés sur ses genoux.
-Ne le vieillis pas trop non plus, ce n'est encore qu'un gamin.
Les deux hommes poissons rigolèrent en se remémorant chacun leurs vieux souvenirs… trop de choses leurs manquaient aujourd'hui. Jimbei se calma le premier et parut soudainement assez troublé, comme s'il avait raté quelque chose.
-Tu es sûr que c'est une bonne idée de le laisser se rapprocher de cette humaine ? Tu sais à quel point il les déteste, il finira par la blesser inconsciemment.
-Non ça n'arrivera pas, du moins pas pour l'instant.
-Mais comment peux-tu en être sûr ? N'oublie pas qu'on parle d'Arlong aniki…
-Cette haine qu'il a, c'est devenu comme une maladie pour lui et il ne s'en rend pas compte. Je pensais qu'intégrer un être humain dans l'équipage serait une bonne opportunité pour nous tous de réfléchir sur nos actes, j'ai eu tort ?
-Non, c'est une très bonne idée mais as-tu pensé à cette humaine ? Ce genre de vie ne convient pas à tout le monde.
-Mako a connu bien pire qu'une vie de pirate tu peux me croire, la gamine peut comprendre certaines choses. Et puis, elle et Arlong s'entendent très bien et d'ailleurs en parlant de ça je ne me rappelle pas les avoir vus au dîner d'hier soir… ahahaha !
-Quoi ?! Tu veux dire que… !
-Aaah les jeunes, soupira le capitaine en se resservant un autre verre de saké avec un sourire nostalgique.
-Aniki…
L'homme baleine soupira à son tour, pas rassuré pour autant même s'il ne dit rien. Pour lui une amitié entre humain et homme poisson était possible évidemment mais il n'arrivait pas à voir plus loin que ça contrairement à son frère de cœur. Envisager une alliance entre les deux peuples est pour l'instant surréaliste mais peut-être qu'un jour…oui peut-être qu'un jour ça arrivera.
A la même heure et au même moment, se passait une scène complètement différente. La pièce était sombre et des vêtements froissés traînaient au sol. Un filet de bave coulait sur ma joue, j'étais presque recroquevillée sous la fine couverture blanche. Un homme requin dormait lui aussi, il était juste à côté de moi et pourtant il me paraissait vraiment loin. Un petit coup de stress dans ma poitrine me força à me relever, je sortis du lit dans la précipitation et examina l'endroit où je me trouvais. Mes yeux se bloquèrent sur l'homme poisson endormi, je lui secouai violemment les épaules. Ses yeux s'ouvrirent brutalement, je m'écartai de lui en voyant cette aura meurtrière qu'il avait… contrairement à ce que je pensais, il se rendormit et ferma ses yeux comme si rien ne s'était passé. Il doit être un peu schizophrène sur les bords.
-Hé ! Où est-ce qu'on est ?
-Ma chambre et ferme ta bouche sale fille bruyante… marmonna-t-il faiblement.
-Ta chambre… mais alors… pitié dis-moi qu'il ne s'est rien passé de bizarre ! le suppliai-je avec des yeux de chien battu.
-Y pense même pas ou je te tranche la gorge… répliqua-t-il avec tant de calme que c'en était encore plus effrayant.
-Je suis sauvée… ah non. Travail ! Nan le travail !
Je me mis soudainement à courir dans toute la pièce comme si je cherchais quelque chose avec mon chignon qui semblait avoir été touché par un explosif.
-Travail, travail, travail ! répétai-je comme une possédée en me tenant le crâne avec mes doigts tout crispés.
-Espèce de tarée.
-A la prochaine, là faut que je me tire ! criai-je à Arlong en claquant la porte.
-T'as oublié le t-shirt… bon, tant pis pour elle.
Le soleil m'éblouit les yeux mais seulement un court instant car je partis immédiatement en direction de la cabine de Tiger. J'ouvris la porte en étant toute essoufflée, comme d'habitude le capitaine était assis à son bureau avec une bouteille bientôt vide et il y avait aussi Jimbei sur le canapé. Je dis bonjour à l'homme baleine d'un signe de la main et m'inclinai en face de Tiger. Les deux hommes poissons me regardaient bizarrement.
-Désolé du retard mais promis je travaillerais dur alors me virez pas s'il vous plaît.
-Est-ce que tu as bu hier soir ?
-Quoi ? Heuu non pourquoi ?
Il me tendit un petit miroir, j'examinai mon horrible reflet avec une grimace de dégoût. Mes cheveux ne ressemblait absolument à rien, mon chignon partait dans tous les sens, j'avais des traces de baves aux coins des lèvres mais pire que ça… je portait encore le foutu t-shirt d'Arlong. En gros je me trimballais tout ce temps à moitié nu mais sinon tout va bien et évidemment ce salopard ne me l'a pas dit !
-Toi je te buterais un jour… murmurai-je en pensant à cet imbécile, le poing serré de colère.
-Mako ? Et si tu retournais dans ta chambre ? Je te laisse dix minutes et pas plus.
-Merci capitaine…
Je claquai la porte et courus vers ma chambre. La journée la plus humiliante de toute mon existence, je lui ferais payer ça ! Je retirai cette saleté de t-shirt et l'écrabouillai au sol… il va voir lui… J'ouvris ma commode et pris un jean bleu clair ainsi qu'un top à fines bretelles avec un dessin de panda dessus. Les escarpins que m'avait offert Smack étaient dans le tiroir du dessous, je les enfilai à mes pieds et partis me préparer dans la salle de bain. Plus que cinq minutes, je dois faire vite. Je refis mon chignon vite fait et me passai un coup d'eau froide sur le visage avant de repartir voir avec un grand sourire mon capitaine qui n'était plus avec Jimbei cette fois-ci.
-Me revoilà ! Désolé pour tout à l'heure, j'ai eu… une certaine panne de réveil disons, mentis-je en évitant de préciser que la fameuse « panne de réveil » s'appelait Arlong.
-Très bien, alors tu peux commencer. Il faudrait que tu ranges les dossiers par date.
L'homme dorade m'indiqua du doigt une gigantesque étagère pleine à craquer de documents plus ou moins en état. Et moi qui pensais qu'on me donnerais un boulot comme les autres du genre porter des caisses et des tonneaux ou faire la cuisine pour cette bande de crasseux… je suis minable au point qu'on me refile du papier ou quoi ?
-Oui capitaine…
J'inspectai un peu toutes ces feuilles, c'était que des trucs de dettes mais parmi tout ça je revoyais très souvent le nom de l'autre imbécile. Oh lala, y a trop de zéros pour un seul nombre ! Des millions et des millions… si j'avais su… je me sens un peu larguée là. Mais puisqu'il est aussi riche comment ça se fait qu'il ne veuille pas dépenser un seul billet ? Parce que ce n'est juste pas possible d'être radin à ce point-là quand on a autant ! Quand je pense à tout ce que je pourrais m'acheter avec cet argent… Je reposai le paquet de feuilles avec une grimace et me dirigeai vers un autre côté de l'étagère après avoir mis de l'ordre dans la partie droite.
Mes bras commençaient déjà à me faire souffrir, je saisis faiblement quelques papiers. Ah tiens il n'y a pas que des dossiers sur les finances en fait, je vois une sorte de livret caché entre deux de documents. Je saisis le petit carnet, sa couverture était en cuir marron. Je défis la sangle qui le maintenait fermé en jetant un coup d'œil vers l'homme dorade qui était en train de lire le journal d'hier, tant mieux. Les trois premières pages étaient blanches, ce qui attira encore plus mon attention. Je feuilleta quelques minutes et me rendis vite compte qu'il n'y avait dedans que des calculs bref, encore des trucs d'argent. Alors que j'allais reposer ce vieux carnet, je distinguai quelques lignes bien cachées vers les dernières pages. L'encre ne paraissait pas très vieille, ça avait du être écrit hier ou dans la semaine.
Rapport de navigation, Foollshout.
Grâce à la force du vent, nous avons pu nous rapprochés énormément de l'île mais il nous faudra encore un jour avant de pouvoir y accoster. Si le temps continue de nous être favorable alors peut-être moins mais je ne compte pas là-dessus. L'enfant pourra bientôt rentrer chez elle, j'aurais alors tenu ma promesse jusqu'au bout.
-Capitaine, est-ce que je peux faire une pause ? Je dois voir quelqu'un…
-Bien, prends ton temps.
Je sortis du bureau, la tête remplie de questions sans réponses. Les escaliers de bois qui menaient aux chambres du dessous grinçaient sous mes talons, une porte était entrouverte au fond du couloir. Je l'ouvris en sachant bien à qui appartenait cette cabine, une fillette en petite robe vert pomme était assise un petit lit aux draps bleus, elle me lança un grand sourire que je lui rendis avec un peu de mal. Je m'assis à côté d'elle et la pris dans mes bras, trop de choses allaient me manquer après son départ. Je ne pus m'empêcher de fermer mes yeux humides, une larme roula sur ma joue.
-Je ne pensais pas que tu t'en irais si vite.
-Pardon nee-chan… j'aimerais rester un peu plus longtemps ici, vous allez me manquer.
-Nos têtes sont mises à prix on ne peut pas se permettre de te garder avec nous, et au moins tu retrouveras ta famille, c'est ce qui compte.
La fillette acquiesça silencieusement. Je pris sa main dans la mienne avec un faible sourire.
-Demain matin tu retrouveras une vie normale alors n'ai aucun regret Koala.
-Mais nee-chan tu comptes beaucoup pour moi, sanglota la petite fille.
Des petites larmes coulaient sur son visage d'enfant, elle reniflait sans cesse et marmonnai des choses incompréhensibles. Je pris délicatement ses mains et l'allongea sur le lit.
-Chuuut… repose-toi un peu.
Elle se glissa sous la couverture, je déposai un petit baiser sur son front et sortis de la chambre. Elle va me manquer… Koala a été la première enfant dont je me suis réellement occupée. Ça m'a fait comprendre que je n'étais plus une adolescente, que j'étais maintenant en âge d'avoir une famille bien que je ne puisse pas vraiment… Je n'ai jamais arrêté de voyager, je n'arrive jamais à me poser quelque part et me dire « C'est ici que je vivrais. », c'est pas facile. Je soupirai en haussant les épaules et remontai l'escalier pour retourner sur le pont. Je marchai vers l'avant du bateau et m'assis sur la proue pour mieux sentir tout le vent. Une voix se fit entendre dans mon dos.
-Je ne t'aurais pas fait travailler si longtemps au final, lança Tiger en s'approchant de moi.
-Hm, je sais que c'est mal de fouiller les affaires de son capitaine mais en même temps vous auriez pu me le dire.
-C'est vrai… mais je n'en ai pas vu l'utilité sur le moment, peut-être parce que c'est toi qui en souffrira le plus.
J'acquiesçai silencieusement… Je sais que ce ne sera pas facile d'oublier et que j'aurais du mal à m'en remettre mais quand la douleur sera passée, je ne regretterais rien de tout ces moments. L'homme poisson posa une main compatissante sur mon épaule.
-Promets-moi de ne pas pleurer, qu'elle puisse partir sans regrets elle aussi.
-Je vous le promets.
On resta ainsi, à regarder l'océan et les vagues comme si c'était la première fois. Le ciel bleu était parsemé de nuages blancs semblables à du coton. On aurait presque envie de sauter le plus haut possible, juste pour les toucher et voir ce que ça fait. Mes paupières devenaient lourdes à force de rester là sans bouger ni penser à quoi que ce soit, je plongeai dans les bras de Morphée.
De l'eau coulait, quelque part… mais je ne sais pas d'où ça vient. J'ouvris mes yeux avec un mal de crâne. J'étais dans ma chambre, dans mon lit. Bref, tout ce qu'il y aurait de plus normal si il n'était pas là, lui. Je retirai la couverture et vis que je portais la même tenue que la veille, Tiger a sûrement dû me ramener dans ma chambre hier. J'enfilai ma paire de talons qui traînait sous le lit et me levai avec des petites douleurs dans les cuisses. Le bruit d'eau cessa et un grand homme poisson à la peau couleur lavande sortit de ma salle de bain, une serviette blanche autour de la taille. Ses cheveux tout mouillés laissaient tomber des petites gouttelettes sur le sol.
-C'est une blague ? D'où tu prends ta douche chez moi ?!
-La mienne est cassée… et je parie que c'est ta faute.
-Mais ça n'explique pas pourquoi c'est ici que tu te ramènes ! criai-je en pointant du doigt ma salle d'eau.
-J'avais envie, un problème avec ça peut-être ?
-Tu m'énerves déjà…
-C'est réciproque, et au fait ta gamine va se barrer dans quelques minutes si tu veux tout savoir, m'avoua sans plus de réaction Arlong.
Nan mais il aurait pas pu le dire avant ?! Je manquai presque de me prendre la porte en sortant de la pièce, le laissant seule dans ma chambre. Tout l'équipage était rassemblé sur le pont, je distingua les têtes d'Octy, Smack, Kuroobi, Macro et Jimbei. Ils étaient tous accoudés à la rambarde, en train de regarder Tiger et Koala marcher sur la terre de Foollshout. Je me frayai un chemin entre tous les hommes poissons. Je criai le nom de la fillette, une dernière fois. Elle se retourna vers moi avec un petit sourire et me fit un grand signe du bras, comme un « adieu ». La petite fille tenta de saisir la main de l'homme dorade, j'eus un rictus en voyant que mon capitaine avait un peu de mal à accepter ce geste d'affection.
En la voyant s'éloigner, partir de plus en plus loin, des larmes montèrent à mes yeux mais j'ai promis… j'ai promis de ne pas pleurer. Tiger avait raison, Koala ne faisait que se retourner vers moi et si elle me voit pleurer, elle n'arrivera pas à rentrer chez elle. Je partis me cacher à l'opposé du bateau et laissa mes émotions se libérer. Mon visage fut rapidement trempé de larmes salées, mes jambes me lâchèrent et je m'affaissai contre un mur. Mon cœur me faisait souffrir, j'avais l'impression qu'on me poignardait de partout. Je ne faisais que renifler et tenter de retenir ces gouttes qui n'arrêtaient pas de tomber… un bruit de pas m'interrompt. Je levai mes yeux vers l'homme poisson au dessus de moi. Il portait une chemise bleue décontractée qu'il avait laissé ouverte sur son torse musclé et un bermuda gris. Le requin scie me lança un regard hautain.
-Sensible à ce point ? C'est vraiment minable.
-C'est dans ces moments-là que j'aimerais te ressembler Arlong… J'avais promis à Tiger de ne pas pleurer tu sais.
-Il va être déçu mais bon, tout le monde sait que t'es qu'une pleurnicharde.
-Arrête, je n'ai pas envie de parler… sanglotai-je en cachant mon visage dans mes genoux.
Arlong me jeta sur la tête un petit sachet vert émeraude, je lui lançai un regard curieux et ouvris le sachet. A l'intérieur il y avait un petit bout de papier rose roulé accompagné d'un nœud papillon rose vif.
-Elle voulait te le donner, m'expliqua l'homme poisson.
-Alors pourquoi c'est toi qui l'as ?
-Cette stupide gamine l'a oublié, c'est tout.
Je lui fis un signe de tête et déroula le petit papier, quelques lignes avaient été notées dessus. Je reconnus l'écriture désordonnée de Koala, un petit sourire se forma sur mon visage.
Quand on se reverra nee-chan, je veux que t'ais un copain ou que tu sois mariée avec Arlong parce que je sais que tu l'aimes et en plus tu l'as embrassé.
Au revoir nee-chan !
Je rêve où c'est une gamine qui veut me donner des conseils dans ma vie privée ?! Mon visage et mes doigts devinrent tout crispés, la grimace sur ma tête attira l'attention du requin, il prit le papier rose sans demander mon avis et le lut. Dès les premières lignes je pus constater un changement d'expression, il lâcha la petite lettre et s'en alla sans un mot. C'est bien ce que je pensais : il fuit tout ce qui a rapport avec les mots « relation » ou « engagement ». Tout à coup… il y eut un grand bruit similaire à une explosion puis un silence de mort et enfin, des cris de rage résonnèrent sur tout le pont. Je courus voir d'où cela provenait et fus sous le choc.
Il y avait des marins, énormément. Leurs fusils étaient pointés vers Tiger mais l'homme poisson restait là, sans bouger. Des filets de sang coulaient sur son torse… plus personne n'osait bouger ou dire un mot. J'avais l'impression de pouvoir entendre mon cœur battre, tout devint flou autour de moi. Je sentis mes jambes se ramollir alors je m'appuyai contre un mur, le souffle haletant. Des bruits de balles fusaient de partout et j'entendais des cris de rage tandis que des sabres s'entrechoquaient sans cesse, attendant de désigner un vainqueur. Quelqu'un me jeta sur son épaule, je ne réussis pas à distinguer cette personne mais je n'avais pas la force de me débattre. Je le sentais courir très vite, il descendit du bateau puis remonta sur quelque chose d'autre…
Les bruits du combat entre les pirates et la Marine ne cessaient pas et devenaient même plus fort, c'était plus qu'effrayant. La personne qui me portait me jeta violemment au sol, ma tête se cogna contre quelque chose de très dur. J'eus une grimace de douleur mais retrouva miraculeusement la vue et tout se remit en place. Un liquide tiède toucha ma jambe, je regardai ce que c'était et eus un frisson de dégoût et d'effroi. Une grosse flaque de sang trônait à mes pieds et le corps sans vie d'un homme vêtu d'un uniforme blanc et bleu de marin. Instinctivement, je relevai mes yeux pour voir qui avait bien pu faire une chose pareille… Arlong. Son visage n'affichait aucune expression si ce n'est la colère et la haine.
Je me relevai tout doucement sans lâcher ce regard brûlant de haine qu'il avait. Des membres de l'équipage montèrent précipitamment sur ce grand bateau que je ne reconnaissais pas et derrière eux, Aladin et Jimbei portaient le corps tout ensanglanté de notre capitaine. Mon cœur rata un battement, j'eus comme un sentiment de vulnérabilité et d'inquiétude en les voyant. Ils emmenèrent Tiger dans l'infirmerie de ce bateau, beaucoup les suivirent tandis que je pouvais voir Fullshout s'éloigner lentement de nous. Je ne comprends pas ce qui a pu se passer… juste parce qu'on est des pirates, c'est injuste. Une main attrapa violemment ma gorge, me sortant de mes pensées.
-Qu'est-ce qui t'as pris de t'évanouir comme ça ?!
-Je n'en sais rien, le choc je crois…
-Et ils ont failli te tuer imbécile ! hurla-t-il.
Il lâcha ma gorge pour saisir mon bras et me faire entrer dans l'infirmerie, là où une foule était rassemblée autour d'un lit. Tiger était allongé là, du sang de partout et une perfusion dans le bras. Je pouvais voir la douleur qu'il endurait rien que sur son visage qui se tordait sous la souffrance. Arlong nous fraya un chemin jusqu'à notre capitaine et me poussa devant lui. Aladin restait près de Tiger, vérifiant sans arrêt son rythme cardiaque et sa tension.
-Aladin, est-ce qu'il va survivre ? osai-je demander en tortillant mes doigts entre eux.
Le regard désespéré du triton me donna la réponse. Tout à coup, l'homme poisson cracha du sang et ses muscles se contractèrent brusquement. Arlong me poussa en arrière pour s'approcher de son frère de cœur, des larmes sur son visage lavande. Jamais… jamais il n'a pleuré. C'est à ce moment-là que je me rendis compte qu'il n'était pas le seul. Je n'ai jamais vu pleurer Octy ou Smack, ni Kuroobi et les autres. Oui, ils n'ont jamais pleuré peu importe ce à quoi on faisait face et ce jusqu'à maintenant. Au début je ne comprenais pas pourquoi j'étais la seule qui n'arrivait pas à verser une seule larme mais en fait je me trompais, moi aussi je pleurais. Mon visage était trempé de larmes, je ne l'ai juste pas senti tellement j'étais triste. J'entendis la voix de Tiger, il s'adressait à Jimbei et Arlong puis ce dernier attrapa mon poignet pour me ramener près de l'homme dorade.
-Mako… les humains… je les ai détestés. Ils sont... complètement fous...
Il eut une violente toux puis reprit.
-J'ai été un esclave tu sais, jamais je ne pourrais aimer les humains.
-Je comprends Tiger… je comprends, sanglotai-je en essuyant ces larmes qui revenaient toujours.
Arlong serrait ses poings si forts qu'ils blanchissaient à vue d'œil, on était tous en colère… et choqués d'apprendre ça. Soudainement, Tiger ne dit plus un mot. Il se remit à tousser brutalement puis eut un faible sourire… et plus rien. Il y eut un silence affreux, on se posait tous la même question : est-il mort ? Puis les sanglots et les pleurs reprirent, je sentis un immense vide se former dans mon cœur. Il a été comme un père pour moi… Voir le corps sans vie d'un être qu'on a aimé, c'est juste insupportable. En à peine quelques heures j'ai perdu deux personnes qui m'étaient chères. Mes jambes tachées de sang me lâchèrent, je m'effondrai au sol en pleurant des flots de larmes. Des cris de colères s'échappaient de temps à autre, je n'arrivais même plus à me contenir. Les petites gouttes salées tombaient sur mes genoux, je posa une main sur mes yeux pour ne pas voir la réalité. Je ne voulais pas voir tout le monde pleurer autour de ce corps tout ensanglanté, je ne veux pas voir ça.
Les deux grandes portes de pierre s'ouvrirent sur lui. Sous nos yeux, on lui retira ses chaînes comme promis. Il ne paraissait même pas heureux ou soulagé d'avoir été libéré de cette infâme prison. Je ne les entendis pas mais Jimbei et lui se disputèrent, puis ils commencèrent à se frapper violemment. Mon coeur se serra un peu plus contre ma poitrine, bientôt... tout ça sera terminé. L'homme baleine restait très calme pour une telle situation, il tourna le dos à son frère et monta sur le navire que lui avait offert la Marine. Je voyais Arlong grogner des insultes, Smack l'aida à se relever. Ils partirent vers un grand bateau rouge avec des motifs de crocs sur les côtés, le Superb Shark, Arlong m'en avait déjà parlé. La figure de proue était un requin scie et il y avait plusieurs voiles, toutes accrochées sur le même mât. J'imagine qu'il va s'en aller loin avec ceux qui voudront le suivre… les autres resteront avec Jimbei. J'entendis la voix de ce dernier dans mon dos.
-Cet équipage ne sera plus le même sans Aniki, je peux vous déposer quelque part si vous le souhaitez.
-Non merci, je préfère me débrouiller seule. Adieu Jimbei.
Il m'adressa un hochement de tête silencieux, je descendis du bateau et ils remontèrent l'ancre. L'homme baleine repartit ainsi sur les mers en tant Shichibukai, une décision que certains avaient beaucoup du mal à accepter. Je les regardai s'en aller puis tourna mes yeux vers le deuxième bateau, celui d'Arlong. Ils se préparaient à partir eux aussi, j'allais me retrouver seule, une fois de plus je crois. J'ai mal au cœur en me disant que tout est fini, que j'ai tout perdu en à peine quelques jours. A la base je n'avais pas eu le choix, j''étais entrée dans cet équipage pour survivre, puis c'est devenu sentimental.
Si je restais c'était pour les gens que j'appréciais mais aussi parce que cet équipage était comme une famille pour moi, je m'y sentais juste en sécurité. Toutefois après ce qu'il s'est passé j'ai peur que les autres ne me voit que comme… un être humain, les assassins de Tiger. Je préfère m'en aller avant qu'ils gardent un mauvais souvenir de moi. Je ramassai mon sac en toile noir contenant les dernières affaires qu'il me restait et de vieux souvenirs que je finirais sûrement par jeter avec le temps.
Alors que j'allais commencer ma longue route, une main se posa sur mon épaule, je me retournai vers l'homme poulpe.
-Qu'est-ce qu'il y a Octy ? Il faut que tu retournes au bateau je crois, Arlong t'attend.
-Non, ce n'est pas moi qu'il attend. Viens avec nous Mako. Il y a encore une place pour toi, tu ne peux pas rester ici.
-Je ne peux pas ! C'est impossible !
Sans un mot de plus, l'homme poisson me jeta sur son épaule à l'aide de ses trois bras gauches. Je commençai alors à me débattre sans vraiment réussir à poser un seul pied à terre. Octy me fit monter sur le grand bateau rouge avant de me balancer aux pieds d'Arlong. La colère m'envahit, ça ne m'étonnerait même pas qu'il ait fait exprès d'attendre que Jimbei s'en aille pour me kidnapper. Je lançai un regard haineux au requin scie.
-Tu n'as pas le droit de faire ça ! Laisse-moi partir !
-Et qu'est-ce qui t'attends dehors hein ?!
Je lui donnai le silence pour seule réponse, ce qui lui arracha un grognement. Mais il a raison, ce n'est pas comme si j'avais des amis ou une famille à rejoindre, il ne me reste qu'eux. Je me relevai lentement pour lui faire face. Il plongea une main dans sa poche avec un sourire au coin de ses lèvres.
-Pars d'ici et tu finiras par crever, me prévint l'homme poisson.
-Et alors ? C'est pas comme si tu t'en souciais !
Sons sourire s'effaça lentement. Derrière mon dos, Octy attrapa soudainement mes poignets qu'il menotta. Sous le coup de la surprise je n'eus même pas le temps de protester ou me défendre. Je mordis ma lèvre inférieure pour contenir ma rage. Je le hais ! Le requin scie lança un signe de tête à Octy qui me fit alors descendre à contrecoeur des escaliers menant à une petite prison. L'homme poulpe me poussa dans un des cellules avec un triste regard.
-Désolé Mako, n'en veut pas à Arlong s'il te plaît… murmura-t-il en refermant la porte.
-Pourquoi tu le défends ?! Il vient de me kidnapper bordel !
-Non ce n'est pas ça, essaie juste de le comprendre au moins un fois.
Octy serra un des barreaux de fer nous séparant dans une de ses main palmées. Mes sourcils se froncèrent.
-Et y a quoi à comprendre là-dedans au juste ?
-Hé bien… Même s'il ne s'y prend peut-être pas de la bonne façon, il s'inquiète pour toi.
-Oui bien sûr et j'imagine que ça c'est une solution ! répliquai-je en lui montrant mes poings menottés.
Il déglutit tant bien que mal en se frottant la nuque.
-Tu sais, Arlong n'avait pas tout à fait tort quand il disait que tu pourrais mourir dehors. Je ne dis pas que tu es faible mais tu vois les humains sont... plus fragiles. On s'inquiète de te laisser partir. J'aimerais bien te libérer Mako mais là, Arlong a raison. Ta tête est mise à prix, tu ne peux juste pas te permettre ce genre de chose.
-Parce qu'en plus t'es d'accord avec lui ?!
-C'est mon capitaine et il veut seulement te protéger de tout ça, j'en suis persuadé.
Octy soupira longuement avant de remonter les escaliers et partir pour de bon. Je laissai ma tête retomber lentement contre un barreau de la cellule. Si seulement je m'étais barrée vite fait… sans attendre quoique ce soit. Et si seulement ce n'était pas tombé sur lui.
Incapable de savoir quelle heure il était. Tout ce que je savais c'est que cela faisait maintenant très longtemps que j'étais assise là, à moitié somnolente contre ce mur. Des bruits de pas me réveillèrent, j'ouvris mes yeux pour distinguer la personne devant moi. Un grand homme poisson aux longs cheveux bruns ébouriffés et à la peau presque grise ouvrit la porte de ma cellule.
-Lève-toi, le dîner a été servi, marmonna-t-il avec un tel ennui qu'on avait presque envie de s'endormir en l'écoutant.
-Et je reçois même une invitation pour le dîner ! Comme c'est sympathique de votre part… Et devine quoi ? Tu pourras lui dire d'aller se faire foutre !
Il émit un léger grognement et commença alors à venir vers moi, un trousseau de clés dans la main. C'est précisément à ce moment-là qu'une idée me vint à l'esprit.
-N'approche pas ! criai-je.
Son corps se stoppa instantanément rien qu'au son de ma voix. Je pris appui contre le mur et me releva avec méfiance devant son regard vide de toute émotion. Quelle chance qu'Arlong n'ait pas pensé à me mettre du granit marin.
-Enlève-moi ces menottes, lui ordonnai-je en me retournant.
Il m'obéit, complètement sous contrôle. L'homme poisson était comme paralysé, seule ma voix pouvait le faire bouger.
-Conduis-moi jusqu'à une barque.
Il sortit de la prison et remonta l'escalier, je l'imitai. Sur le pont, il n'y avait absolument personne et de la lumière provenait de la salle à manger, où tous les autres étaient rassemblés. Des rires et cris s'échappaient de cette porte, que j'évitai soigneusement. L'homme poisson me ramena à l'autre bout et souleva un grand drap sous lequel était caché une petite barque en bois. Je lui ordonnai de la mettre à l'eau pour moi ainsi que de me faire descendre une échelle et encore une fois, il m'obéit sans poser de question. Je descendis la petite échelle et m'assis dans la petite embarcation. Je ne relâchai pas pour autant mon contrôle sur l'esprit de l'homme poisson, il pourrait aller prévenir les autres et c'est bien trop tôt pour ça. Deux rames accrochées de part et d'autre de la barque m'aidaient à avancer. En une dizaine de minutes, j'étais déjà assez loin d'eux alors j'annulai le pouvoir de mon fruit du démon. Il ne se souviendra de rien et croira encore qu'il était en train d'aller me chercher pour le dîner.
Chaque mouvement me faisait un peu plus mal aux bras. Il faisait nuit noire et ne pas distinguer ce qu'il pouvait y avoir dans l'eau me perturbait un peu mais je continuai ma route. Qui sait, je trouverais peut-être de l'aide quelque part dans ce monde. Et peu importe ce qu'Arlong en pense, il n'avait pas le droit de choisir à ma place comme il l'a fait. Tiger, lui, il ne m'aurait jamais fait ça.
Il me manque.
Voilà... Merci d'avoir lu et à bientôt.
