Bonjour/Bonsoir !
J'étais un peu déçue de ne pas avoir plus de commentaires, alors j'ai essayé de m'appliquer pour ce chapitre. En espérant qu'il vous plaise.
Bonne lecture :)
Chapitre 12 : Tu as changé, moi aussi
Liberté. Est-ce vraiment trop compliqué de l'obtenir ? Un cliquetis métallique à mes poignets me ramena à la réalité, j'esquissai un faible sourire. Ce n'est pas la peur qui m'a poussé à fuir cette nuit-là. Il se trompe sur moi.
De la poussière sur le visage et du sang sur les mains. Le canon des fusils pointés vers moi. Leurs uniformes blancs et bleus comme ciel et nuage. Une grande voix me cria des ordres. Pourquoi devrais-je obéir ? Ai-je une raison de le faire ? Il contempla un court instant mes yeux vides, mon esprit perdu dans un autre monde. Moi je n'étais pas comme eux, pas taillée pour affronter le monde entier comme il était. Une balle vint s'enfoncer dans mon épaule, déchirant la chair et les veines. Je criai sous cette douleur. Mais si on a mal, c'est qu'on est encore en vie n'est-ce pas ? Lentement, une lueur violette fit son apparition, juste sous mes pieds. L'ombre factice se projeta sur mes adversaires dans un déferlement, une tornade de noir et d'or. Et je me disais… impossible. Jamais je n'ai pus faire ça. Les ondes de pouvoir semblaient sentir mon inquiétude, ma faiblesse intérieure. Elles foncèrent vers moi comme des prédateurs, toutes griffes sorties et m'entaillèrent de partout. C'est alors que le cauchemar prit fin. Non ! Il était là, accroupi près de mon corps ensanglanté. Et sa main caressait lentement ma joue maculée de poussière. Il murmura quelques mots à mon oreille, et s'en alla comme il était venu. Comme un fantôme. Rêve, cauchemar ou réalité ? Un cauchemar réel incrusté dans un rêve qui s'est terminé trop tôt.
Un courant d'air passa dans la chambre, je frissonnai légèrement tandis que mes deux mains enchaînées l'une à l'autre par du granit marin partaient instinctivement chercher une couverture qui avait visiblement disparue. Je me recroquevillai dans l'espoir de me tenir un peu plus chaud, en vain. Je fus donc forcée d'ouvrir mes paupières. La couverture dont j'avais besoin se trouvait par terre, je soupira et posa les deux pieds au sol avant de me hisser sur mes jambes avec un petit vertige. Les bandages sur mes bras commencèrent à se dérouler comme des fils de soie. Je les enlevai tous, sauf ceux sur ma blessure à l'épaule. Je portai encore cette petite robe noire évasée que l'on m'avait prêtée. Les souvenirs de la veille me revinrent en mémoire… J'ai été trop stupide. Mes genoux me lâchèrent et je tombai sur le lit en m'étirant de partout, avant de me relever aussitôt et ouvrir la porte.
Le couloir était vide. Je suivis le même chemin que celui dans me souvenirs et entra dans un grand bureau luxueux. Pourquoi j'étais là ? Je l'ignore, j'avais juste envie d'y être. Mes ongles glissaient lentement sur le bois ciré, j'ouvris un tiroir. Mon cœur rata un ou deux battements, tandis que je plissais mes paupières. Une vieille image traînait là, dans un coin. Je la pris entre mes doigts tremblants, sans pouvoir détourner mes yeux un seul instant de ceux de cet homme. La main qui se posa soudainement sur mon épaule m'arracha un sursaut. Je lui montra la petite photo froissée en mordant un peu ma lèvre inférieure.
-Je ne pensais pas… revoir son visage.
Une goutte salée dévala le long de ma joue.
-Il était vraiment incroyable, tu ne trouves pas ? demandai-je à l'homme poisson derrière moi.
-Si…
-Ouais, il savait toujours quoi faire.
Comme si une blessure se rouvrait en moi, je sentis mon cœur se déchirer lentement. Les larmes ne cessaient de tomber sur le grand bureau. Mon dos se recourbait progressivement au rythme de mes sanglots, et mes genoux de coton lâchèrent. Je me laissa tomber par terre et continua de pleurer, toutes ces larmes et cette douleur que j'avais retenues. Lui, il me regardait sans un mot. Sa main se posa lentement sur mes cheveux bruns.
-Qu'est-ce qui te donnes le droit de flancher maintenant ?
Je retournai mon visage vers lui. De quoi parlait-il ?
-Parce que t'as perdu quelqu'un, tu dois forcément abandonner ?
-J'ais pas dis ça Arlong…
-Ouais, tu l'as pas dis.
Le requin me força à me relever. Il m'arracha la photo des mains et la rangea dans le tiroir.
-Ne viens plus ici.
-D'accord…
Un frisson me parcourut de la tête aux pieds lorsque l'homme poisson posa une main sur ma nuque, et l'autre dans mon dos. Je me laissai faire, ne cherchant pas non plus la force de résister. J'étais comme morte à l'intérieur. Arlong eut un grognement agacé devant mon manque de réaction. Il tira alors très lentement sur la fermeture de la robe, ce qui m'arracha un hoquet de surprise.
-Arrête !
-Pourquoi ça ?
Je ne dis rien. Je ne trouvais pas la réponse. Il profita de mes poings menottés pour glisser sa main sur mon dos nu. Je sentais mon corps se réchauffer sous ses caresses et mon souffle brûlant se percuter contre son torse. C'était comme des dizaines de papillons dans mon ventre, qui me donnait cette sensation d'en vouloir plus. Mais le pouvais-je vraiment ? Ses lèvres approchèrent soudainement mon oreille, m'arrachant quelques frissons.
-Tu ne m'as même pas dis bonjour ce matin, ce n'est pas très poli tu sais, chuchota l'homme poisson.
-Je ne me souviens que tu ai été une seule fois poli avec moi, lui rappelai-je en arquant un sourcil.
Il soupira bruyamment.
-Je devrais t'apprendre la politesse tu crois ?
Son grand sourire de carnivore me fit presque peur un court instant. Etait-ce une blague ? Ou je devrais prendre ça au sérieux ? Je m'écarta de lui avec un petit rie nerveux.
-Ahahaha ! Ce ne sera vraiment pas la peine ! Te fatigue pas hein !
-Oh… dommage, je m'en serais fait un plaisir.
Non, je le vois sur son visage. Il ne plaisante pas. Plus maintenant. L'homme poisson ébouriffa mes longs cheveux avec un ricanement sournois. Je reculai par prudence mais trop tard, il m'attrapa par la taille et me balança sur son épaule en riant.
-Repose-moi espèce de psychopathe ! Je rejoindrais jamais ton équipage de toute façon !
-T'inquiète je veux pas de naine ici.
Mais qu'est-ce qu'il a encore en tête ce malade… Le requin me trimbala comme un objet sur son épaule, sans prendre en compte mes cris ou tout ce que je voulais lui dire. Arlong me posa sur ce même grand lit aux draps ocre où j'avais passé la nuit. Le requin me jeta dans les mains un petit sac en toile noir.
-Tu pourras remercier Octy, lança-t-il en croisant les bras sur son torse. Va te changer.
Je me frotta discrètement la nuque avec un petit sourire en coin. Il y avait un grand paravent beige foncé pas loin de l'armoire, je partis me cacher derrière et ouvris mon sac. Je n'avais pensé à mettre dedans que la paire de talons que Smack m'avait offerte et quelques robes. J'essayai de mettre mes mains dans mon dos pour me déshabiller, mais c'est seulement à ce moment-là que je me rendis compte que je ne pouvais pas faire grand-chose dans mon état actuel…
-Arlong ? Viens par là s'il te plaît !
Le requin scie passa me rejoindre derrière le paravent, avec un sourire en coin pas très rassurant.
-Hm ?
-Je ne peux pas me changer avec ça sur les mains ! me plaignis-je en agitant les épaisses menottes.
-Alors ça c'est pas mon problème tu vois.
Il s'apprêtait à partir.
-Hé… Attends !
-Quoi encore ?
Je lâcha un faible soupir et baissa mon visage vers le sol.
-Est-ce que tu pourrais… enfin je veux dire… hum, m'aider ?
-Tourne-toi.
Je lui obéis silencieusement et me retourna. Sa main ouvrit lentement la fermeture dans mon dos et la petite robe noire tomba au sol. Mon regard se porta instinctivement par-dessus mon épaule, pour surveiller du coin de l'œil ce que faisait l'homme poisson. Arlong prit une robe bustier assez courte, à motif fleuri sur un fond noir. Bizarrement, ça ne m'étonnerait même pas qu'il l'ait choisie pour sa longueur… pas si longue que ça. Je levai mes poignets vers le plafond et il passa le vêtement sur mon corps presque nu. Je me retourna alors et saisis son débardeur avant qu'il ne cherche à s'en aller.
-J'avais peur que tu profites de la situation mais t'es plutôt gentleman en fait, le complimentais-je avec un faible sourire, tout en passant une mèche brune derrière mon oreille.
-Que veux-tu ? Je prends mes responsabilités mais plus sérieusement, je t'aurais bien laissé à moitié nue. T'es pas trop mal tu sais…
Ma mâchoire se serra de colère. Ce sale pervers ! Je me détourna de l'homme poisson en levant mon menton d'un air hautain et enfila à mes pieds la paire de talons hauts qui traînait près de mon sac en toile. J'eus une petite douleur dans les orteils mais essaya quand même de marcher avec ces chaussures. Lorsque je faillis trébucher, Arlong enroula son bras autour de ma taille et m'attira près de son torse.
-Retire ça avant de te casser la figure débile !
-Je sais encore marcher, merci ! rétorquai-je en m'écartant du requin scie.
Pour lui prouver qu'il avait tort, je fis de mon mieux et avança jusqu'au mur d'en face, mais ce n'était vraiment pas facile. On franchit tous les deux la porte de la chambre. Quelques hommes poissons se baladaient dans les couloirs du Superb Shark. Ceux qui passaient près de nous saluaient Arlong et faisaient comme si je n'existais pas, c'était un peu vexant mais je ne dis rien. Le requin scie m'emmena jusqu'à un petit escalier de bois, que l'on remonta. Des rayons solaires m'éblouirent les yeux, tandis que je voyais un grand ciel bleu parsemé de petits nuages aussi blancs que du lait. Partout sur le pont, des hommes poissons faisant des aller-retour interminables. Je sentis alors une espèce de secousse qui me fit vaciller en arrière, je tombai contre le torse du requin qui ne se gêna pas pour en profiter et enrouler deux bras très musclés sur mon petit ventre.
-On vient d'accoster, lança-t-il.
-Ah bon ? Vite lâche-moi ! Je veux voir à quoi ça ressemble ! m'écriai-je en me débattant, pleine d'énergie tout à coup.
-Du calme petite, on a tout notre temps !
Arlong céda, et je fonçai vers la rambarde à l'avant du bateau en manquant de peu la chute. Mes yeux se mirent à pétiller d'excitation. Une gigantesque jungle sauvage, emplie d'une végétation luxuriante s'étendait devant nous. Je vis des hommes poissons faire descendre une grande passerelle jusqu'à un vieux ponton de bois menant à la plage. Je voulus y aller discrètement, mais une grande main saisit mon épaule.
-Pas si vite, tu n'iras pas toute seule, me prévint Arlong.
-Allez quoi ! Je suis menottée, je peux rien faire de mal !
Il soupira bruyamment et descendit la passerelle rejoindre ses hommes qui préparaient déjà un espace délimité sur la plage. Je courus voir Arlong et le trouva en pleine discussion avec un grand homme poisson à la peau rouge pâle, et avec des cheveux noirs tout ébouriffés.
-… mais on sait pas ce qu'y a là-dedans Arlong-san ! cria l'inconnu en pointant du doigt la jungle.
-Ben justement. Je pars l'explorer et je reviens au plus tard cette nuit, occupe-toi du reste.
-D'accord.
Le type paraissait un peu inquiet, il me lança un faible sourire que je lui rendis discrètement avant de suivre le pas du requin scie.
-Attends Arlong ! Je veux venir avec toi !
-T'as pas fini de me soûler ?
-Je ne te soûle pas, j'essaie de m'amuser comme je peux, insistai-je avec un regard de chien battu.
-C'est tout sauf amusant d'explorer un tas de verdure…
-Je prends ça comme un oui ! Allez on y va !
Je courus vers les premiers arbres en sautillant comme une petite fille, avec derrière moi un Arlong plus que maussade. Les rayons du soleil perçaient entre les feuilles des arbres tropicaux, créant plein de petites taches sombres au sol. Je faisais des petits bonds par-dessus chaque racine qui se dressait sur mon chemin, tandis qu'Arlong les piétinait en grognant son ennui. Des lianes enroulaient les troncs couverts de mousse épaisse et d'étranges fleurs de toutes les teintures possibles commençaient à apparaître. J'accélérai un peu la cadence, malgré les menottes à mes poignets. Des gazouillements d'oiseaux parvenaient à mes oreilles, un sourire s'imprima sur mon visage.
-Hé Arlong, tu… hein ?
Personne. Rien que la jungle et sa végétation incroyable. Il m'a comme même pas abandonné ? Je criai son nom, un nombre incalculable de fois. Mais ma seule réponse était le bruissement des feuilles et le chant des oiseaux. Je sentis une boule d'angoisse et de peur se former au creux de ma gorge. S'il avait voulu me laisser tomber, il ne m'aurait pas ramenée sur son bateau… Je fis quelques pas en avant. Le moindre petit bruit me mettait en alerte, j'avais vraiment peur. Surtout que j'étais menottée alors là, impossible de me défendre. Je m'affaissa contre un grand arbre au tronc plus épais que les autres et attendis. Plus le temps passait, et plus j'avais envie de m'enfuir. Courir loin de cette peur qui me paralysait.
La jungle devenait sombre, et les bruits plus forts et insistants. Une petite larme roula le long de ma joue tandis que je serrais mes jambes contre ma poitrine. Tout à coup, un gros buisson derrière l'arbre où je me trouvais se mit à bouger. Je me releva en vitesse, sans prendre le temps d'épousseter un peu ma robe et courus sans réfléchir où j'allais. Dans ma fuite, je vis beaucoup d'animaux de la forêt comme des lièvres ou des hérissons, courir eux aussi. L'inquiétude me gagnait, je cessa de m'enfuir et regarda les animaux passer devant moi sans aucune peur. Ils fuyaient quelque chose, mais quoi ? Un grognement bestial atteint alors mes oreilles et je vis se dresser devant moi, un gigantesque reptile.
Des crocs aiguisés comme des couteaux dépassaient de sa puissant mâchoire, tandis que de longues griffes terminaient ses pattes. Les écailles sur son dos étaient vertes et celle de son ventre, marrons. Ses grands yeux jaunes reflétaient son désir de sang et de chair. Je porta mes deux mains enchaînées à mes petites lèvres toutes tremblantes. Le monstre qui me faisait face poussa un affreux cri strident avant de foncer sur moi, gueule grande ouverte. C'était comme si tout se mélangeait, la peur me brouillait la vue. Mes jambes me lâchèrent sous le choc, je tombai par terre yeux fermés. Le bruit des rongeurs en fuite, le cri de ce monstre, j'entendais absolument tout. Un enregistrement qui se répétait en boucle, me rappelant dans quelle situation de peur je me trouvais. Mes paupières se rouvrirent et mon cœur rata un battement.
Comme si un éclair passait juste sous mes yeux, son coup plaqua le reptile assoiffé de sang contre le sol. Mes sourcils se froncèrent d'un air soucieux tandis que je reculai par prudence. En à peine quelques minutes, le monstre qui m'avait attaqué gisait au sol dans une mare de sang. Il vint vers moi et m'aida à me relever. Je me sentis plus que soulagée à ce moment-là, et mon front partit s'appuyer contre le torse de l'homme poisson avec un long soupir.
-Merci Arlong, merci…
Le requin scie entoura mon corps tremblant de ses bras musclés. Je me lovai contre lui sans aucune crainte, le sentir près de moi était toujours aussi rassurant, peu importe ce qui arrivait. Je plaçai mes mains enchaînées entre nos deux corps.
-Je t'en supplie, enlève-les moi. J'ai cru que j'allais mourir.
-Ben c'est peut-être pour ça que je te disais de rester sur le bateau. Ne me fais plus perdre mon temps.
Je serra les dents de colère.
-Quoi ?! Comment tu peux dire ça ? C'est ta faute ! Si tu me les enlevais je pourrais me défendre, t'aurais pas à t'occuper de moi !
-Tu vas me casser les oreilles encore longtemps avec ça ? Je te les enlèverais quand j'en aurais envie ! Espèce de gamine stupide !
Il se détourna de moi en continuant de grogner comme si ça pouvait le calmer mais non, il était toujours plus agressif. Je le suivais sans dire un mot, de peur de l'énerver encore plus. J'eus un sursaut quand tout à coup, il se plante devant moi avec un air inquiet sur le visage.
-Hey, tu vas bien ?
Son regard me parcourait de haut en bas, comme s'il cherchait quelque chose.
-Hum… oui, enfin je crois, murmurai-je d'une toute petite voix.
-Tu vas bien oui ou non ?! s'énerva soudainement le requin scie en continuant de m'inspecter.
-Oui, oui….
Je vis alors ses muscles se décontracter un peu tandis qu'il haussait les épaules, avant de me pousser devant lui.
-Reste pas derrière gamine, sinon tu vas encore te perdre.
-Je suis une adulte moi aussi, ne me traite pas comme une enfant !
-Si tu te comportes comme tel j'y peux rien… gamine va.
Je lui tirai la langue et il m'ébouriffa les cheveux avec un sourire carnassier. Mon cœur fit un petit bond contre ma poitrine lorsqu'il approcha son visage du mien, en posant une de ses mains sur ma nuque chaude. Le sang me monta aux joues.
-Arlong, c'est un peu embarrassant…
-Ben vas-t'en alors, enfuis-toi comme tu le fais toujours.
-Pourquoi tu dis ça ?
-Ce n'est pas ce que tu fais sans cesse ? Tu t'enfuis à chaque fois. Dès que je veux te toucher un peu plus, tu trouves le moyen de t'en aller.
Mon regard se baissa lentement vers le sol, il saisit mon petit menton dans sa main lavande et plongea ses yeux sombres dans les miens.
-Mais maintenant tu ne pourras plus jamais faire ça, c'est terminé ton petit jeu, chuchota le requin.
Sentir son souffle brûlant sur ma peau me donnait des frissons. Je voulus reculer instinctivement mais il me serra contre lui, et ma poitrine se retrouva plaquée contre son torse.
-Je ne joue pas Arlong, j'essaie seulement de fixer des limites entre nous ! rétorquai-je en me dégageant un peu de son étreinte. Tu me traites comme un animal de compagnie et j'en ai assez ! Il n'y a que toi que ça amuse !
-Un animal de compagnie ? Tu disjonctes…
-Nan ! Je sais ce que je dis ! Sinon pourquoi tu tiendrais tant à ce que je reste hein ? Parce que tu t'ennuis et qu'avoir une petite distraction menottée et sans défense c'est amusant pour toi ! Tu te fiches pas mal de ce que je ressens Arlong !
Ses dents pointues grincèrent et il me lança un regard noir.
-La ferme.
Je lui obéis à contrecœur et me tus. Ce que j'ai dit, je ne le pensais pas vraiment mais il y a un peu de vérité là-dedans. Il ne fait que jouer sur mes réactions et mes sentiments, parce que lui il n'en a aucun. Et pourtant je m'en veux d'avoir dit ça. On arriva en quelques dizaines de minutes au campement que l'équipage avait installé sur la plage. Un grand feu au centre les éclairait. Ils étaient assis soit sur des caisses, des tonneaux ou alors à même le sable. Certains se retournèrent vers moi, je continua de suivre Arlong et les ignora. L'homme poisson me ramena à l'intérieur du Superb Shark, puis dans la même chambre que celle où je m'étais réveillée ce matin. Seules quelques bougies de cire éclairaient la pièce, qui restait donc assez sombre. Il referma la porte derrière moi et se laissa tomber avec un léger soupir sur le grand lit ocre. Il me fit signe d'approcher et j'avançai prudemment de quelques pas.
-Hum… je suis désolée pour ce que j'ai dis tout à l'heure, m'excusai-je en mordillant un peu ma lèvre inférieure.
-Est-ce que tu sais au moins comment on traite un animal de compagnie ? Imagine juste comment serait ta vie si je te voyais comme ça ! Mais comment ça peut exister une fille aussi stupide ?!
-Je me suis excusée…
Je vins m'asseoir doucement à côté du requin, qui poussa un grognement agacé en sentant ma peau contre la sienne. Mes épaisses menottes de granit marin passèrent par-dessus son chapeau feutre pour atteindre sa nuque. Il haussa un sourcil inquisiteur et pour seule réponse, je plaquai soudainement mes lèvres contre les siennes. La surprise ne lui laissa pas le temps de réagir et j'en profita pour l'allonger sur le matelas, ce qui lui arracha un étrange sourire.
-Mais depuis quand tu fais ça gamine ?
-Je crois que c'est toi qui m'a appris, ricanai-je en posant un chaste baiser sur la joue lavande.
Je sentis alors sa main glisser le long de ma cuisse. J'eus un petit frisson et me glissa sous la couverture.
-Bonne nuit, lançai-je en lui tournant le dos.
-Fais ça et tu peux me croire que tu vas passer une nuit blanche !
Je me redressa à contrecœur et retira la couverture sur mon corps. Quand il parlait de « passer une nuit blanche », j'ignore à quoi il faisait référence et je préfère ne pas le savoir. Le requin passa au-dessus de mes jambes avec un sourire carnassier. Je lui fis une petite moue boudeuse en tournant mon visage de côté.
-C'est quoi cette tête ? ricana Arlong en pointant d'un doigt moqueur mon visage.
-J'ai faim…
Il se rassit au bord du matelas et ouvrit le tiroir de la petite table de chevet pour en sortir un truc fin emballé dans du papier d'aluminium. Je le pris et retira l'emballage, mon ventre émit alors un gargouillement affamé.
-Du chocolat, ça te dit ? lança l'homme poisson avec un petit sourire en coin.
-Et comment !
Je croqua dans la tablette avec plaisir et en mangea la moitié en à peine quelques minutes avant qu'il ne me l'arrache des mains.
-Hé ! J'ai faim !
L'homme poisson prit toute une rangée de carrés de chocolat entre ses dents pointues.
-Ché à moi ch'te rappelle.
Je ramena mes bras sous ma poitrine généreuse et attrapa avec mes dents le morceau chocolaté qui dépassait encore de ses lèvres, l'embrassant au passage. Il esquissa un sourire tandis que j'avalais mon bout de chocolat volé avec un regard pétillant de malice.
-Ne me dis pas que c'est moi qui t'ai appris à faire ça aussi ? demanda Arlong en me dévorant du regard.
-Et si c'était le cas ?
Sa main lavande attrapa mon menton et me prenant par surprise, il posa ses lèvres sur les miennes puis me chuchota quelques mots à l'oreille. Sa voix me donna des frissons dans tout le corps.
-Alors je suis le meilleur des profs.
J'esquissa un petit sourire et le requin m'embrassa encore. Il captura mes lèvres tant de fois que je n'arrivais plus à suivre le rythme, je me perdais dans ses baisers. L'homme poisson finit par s'arrêter avec un sourire satisfait en voyant les rougeurs sur mon visage. Il me tendit alors la dernière rangée de la tablette mais lorsque je voulus la prendre, il croqua dedans.
-Arlong, t'en as déjà eu plus que moi !
-Parce que t'es naine, c'est du calcium qui te faut gamine, se moqua le requin scie en me tapotant la tête.
-Mais je veux du chocolat moi ! insistai-je en fronçant les sourcils.
-Voyons un peu si t'as grandi tiens.
Son bras lavande se dressa vers le plafond, j'émis un grognement agacé et pris appui sur mes genoux. Sans m'en rendre compte, je collais ma poitrine à son torse en essayant de lui prendre le morceau de chocolat entre ses doigts. Il en profita pour embrasser mon cou, ce qui m'arracha sous la surprise un petit cri dont il se délecta. Je ramenai mes deux poings menottés vers moi, en cachant mon visage rouge de gêne.
-Chocolat s'il te plaît… marmonnai-je d'une petite voix toute timide.
-Je devrais te faire ça plus souvent, ricana Arlong en faisant référence au cri que j'avais poussé quand il embrassait mon cou.
-Arrête, je m'attendais vraiment pas à ce que tu fasses un truc pareil !
Il se moqua encore un peu de ma réaction et finit par me donner la sucrerie que je convoitais depuis maintenant dix bonnes minutes. Je la dégustai lentement avec un grand sourire, pendant que le requin scie me fixait du regard sans un mot.
-Qu'est-ce qu'il y a ? lui demandai-je en léchant les dernières traces de chocolat fondu sur mes doigts.
-Rien…
Je m'assis sur mes mollets en lui lançant un regard de défi.
-Tu savais que ton chapeau m'allait mieux à moi ?
-Ah, vraiment ? répondit l'homme poisson, sans être plus intéressé que ça pour autant.
-Yep ! Regarde !
Je lui pris son chapeau feutre noir et le posa sur mes longs cheveux bruns, il se mit soudainement à rigoler. Je me sentis un peu vexée et lui rendis alors le chapeau en fronçant les sourcils.
-Ben quoi ?! Il m'allait très bien !
-Mais oui, mais oui !
Arlong me prit par la taille et m'allongea sur lui. Je fourrai ma tête au creux de son cou avec un petit sourire d'enfant gâté. Le requin ferma ses paupières en gardant ses bras autour de mon corps. L'odeur de sa peau contre la mienne était très agréable, je me blottis un peu plus sur son torse musclé. On resta ainsi quelques instants, juste pour profiter de cette rare tranquillité entre nous. La chaleur de son corps me faisait du bien, je n'aurais voulu m'en détacher pour rien au monde. Tout à coup, je sentis sa main glisser le long de ma nuque puis la caresser doucement.
-C'est calme tu trouves pas ? lui chuchotai-je à l'oreille.
-Sûr que quand tu te la fermes…
-Hé !
Il ria un peu pendant que je dessinais des ronds imaginaires sur son débardeur. L'homme poisson se redressa contre le gros coussin blanc derrière lui et j'embrassai sa joue lavande avec un mignon sourire.
-Je peux descendre aller voir les autres ?
-Nan, reste ici.
-Sois gentil Arlong, insistai-je avec une petite voix d'enfant.
Ma main partit caresser ses longs cheveux noirs, et il céda devant mon regard de chien battu.
-Mouais, je viens aussi…
-Possessif !
-Je veille seulement sur ce qui m'appartient gamine. Ce serait embêtant s'ils s'intéressaient trop à toi alors il faut bien que je marque mon territoire, grogna le requin en se levant du lit.
-Vraiment trop possessif… ajoutai-je avec une grimace.
Je suivis Arlong dans les couloirs du navire, jusqu'à ce qu'on aille sur le pont. Des grands bruits provenant de la plage attirèrent mon attention. Je passa devant l'homme poisson et descendit la passerelle, puis le ponton de bois avant lui. Le type qui discutait avec Arlong la dernière fois était en train de jouer de la guitare à côté du grand feu au centre, pendant que les autres buvaient du saké tout en l'écoutant. Lorsqu'il me vit arriver, il déposa son instrument contre un tonneau et me lança un grand sourire que je lui rendis bien.
-Mako-chan ! Bienvenue parmi nous ! cria le brun, attirant l'attention de tous les autres sur moi.
Arlong me donna une petite tape dans le dos et j'avançai vers l'homme poisson qui me salua de sa main rouge pâle. Une grande chaîne aux maillons d'or habillait son cou et une chemise noire très simple couvrait ses larges épaules. Il n'était pas aussi musclé que les autres hommes poissons mais son corps restait quand même bien fait. Un grand sourire joyeux marquait ses fines lèvres. Il me lança un signe de main amical.
-Salut ! Je m'appelle Sean !
-Je suis Mako, enchanté.
Il serra la main que je lui tendais avec plaisir, ce qui arracha un grognement au requin derrière moi, qui se sentit obligé de passer son bras lavande autour de mes fêles épaules. Je lançai un regard suspicieux à Arlong mais il ne retira pas sa main pour autant. Les yeux de Sean dérivèrent du requin scie jusqu'à mon visage, et ainsi de suite.
-Heuu… Mako-chan est avec Arlong-san ? s'interrogea l'homme poisson d'une voix pleine d'innocence.
Je mordis ma lèvre inférieure avec un regard mauvais pour le requin, qui me répondit un sourire en coin très satisfait.
-Sean, je t'ai déjà dis que tu parlais trop non ? lui rappela son capitaine.
-Ah pardon… Mais tu sais, je suis pas le seul à me demander ça hein ! Mais bon si vous ne voulez rien me dire alors c'est pas grave ! répondit-il en haussant les épaules avec un sourire malicieux.
Je ne pus m'empêcher de déglutir devant cet étrange type. Il nous regarda partir, sans lâcher cet horrible sourire de fouine. Une fumée grise s'échappait des grandes flammes rougeoyantes, on contourna le groupe d'hommes poissons autour du feu pour s'asseoir un peu à l'écart. Ma petite robe fleurie ne me protégeait pas du tout, je frissonna au premier courant d'air et serra mes genoux contre ma poitrine.
-Par East Blue, qu'est-ce que tu voulais dire Arlong ? Pourquoi on irait là-bas ?
-Sois patiente, tu ne le regretteras pas.
-Si tu le dis…
Je bâilla d'épuisement et vis un grand homme poulpe s'avancer. Il paraissait plutôt stressé et frottait nerveusement sa nuque d'une de ses nombreuses mains.
-Octy, est-ce que ça va ? m'inquiétais-je.
-Hein ? Heu oui, oui bien sûr !
Il se tourna vers le requin scie à mes côtés.
-C'est urgent ! Il faut que tu viennes voir ça ! Dans la cale… il y a…
-Okay. Pars devant, je te rejoins.
Je fronçai mes sourcils d'un air soucieux en regardant Octy courir vers le Superb Shark. Et si c'était important ? La cale du bateau, qu'est-ce qu'il s'y passe ?Arlong se releva en époussetant les grains de sable sur ses vêtements et m'adressa un regard très sévère.
-Tu ne bouges d'ici sous aucun prétexte, compris ?
-J'ai pas trop envie de me retrouver face à un autre monstre avec des menottes sur les mains si tu veux tout savoir.
-Hm, on est d'accord.
Je lui tirai la langue comme une gamine et il suivit le même chemin que l'homme poulpe. J'espère qu'il ne s'est rien passé de grave sur le navire, ce serait problématique qu'on ne puisse pas quitter cette île. Enfin, surtout pour moi. Une voix dans mon dos me fit sursauter.
-Mako-chan ! J'aimerais te parler seule à seule, tu veux bien ? me demanda Sean avec un sourire très agréable.
J'acquiesça d'un hochement de tête singulier et le suivit jusqu'à l'orée de la jungle. Il enroula entre ses doigts la chaîne à son cou, en penchant légèrement sa tête de côté d'un air curieux.
-Désolé si je te dérange Mako-chan mais il fallait que je discute avec toi… enfin, sans qu'Arlong garde un œil sur moi, ricana le brun. J'ai toujours eu un faible pour les choses mignonnes tu sais, et toi tu es de loin l'humaine la plus mignonne que j'ai jamais vu !
-Merci beaucoup, murmurai-je doucement en regardant ailleurs.
L'homme poisson eut un adorable sourire.
-Chez les Pirates du Soleil je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de te connaître, je savais juste que les jours où tu étais de corvée de cuisine je me régalais. Je comprends pourquoi Arlong te garde avec nous, t'es vraiment drôle pour une humaine !
J'arquai un sourcil sévère devant ses propos.
-Et comment sont les humains d'après toi ? lui demandai-je d'une voix glaciale.
-Hé ne t'énerve pas ! Je déteste pas votre peuple contrairement au capitaine, moi je vous aime bien même si vous êtes un peu trop fragiles à mon goût.
J'ouvris deux grands yeux ronds et il hocha la tête, comme pour me pousser à croire ce qu'il venait de dire.
-Tu… aimes les humains ?
-Ben ouais, pourquoi pas ? C'est pas encore un crime que je sache ! lança-t-il ironiquement.
Sean posa soudainement sa main palmée au sommet de mon crâne.
-Et si on devenait amis Mako-chan ?
-Hein ? Mais je… enfin…
-Hey, je me fiche pas mal du regard des autres. Je suis persuadé qu'on ferait une super équipe toi et moi !
-Ouais, pourquoi pas.
J'esquissai un faible sourire et il me prit soudainement dans ses bras musclés. Je laissai échapper un cri de douleur. L'homme poisson se recula immédiatement, très inquiet.
-Oh excuse-moi ! J'avais oublié ton épaule ! Est-ce que ça va ? Je voulais vraiment pas te faire de mal !
-Nan…ça va.
Intérieurement j'aurais bien voulu m'énerver contre lui mais ses excuses me semblaient sincères. Soudain, un grand cri provenant du Superb Shark retentit jusqu'à nos oreilles. Je jeta mes chaussures à talons dans le sable et m'élança vers le bateau malgré les avertissements de Sean. Il faut que je sache. J'ignore pourquoi mais juste là, je voulais savoir. Je pouvais presque sentir mon cœur battre plus fort contre ma poitrine et à chacun de mes pas, un nœud se resserrer dans mon ventre. Mes pieds nus parcouraient tous les couloirs du navire à la recherche de cette voix, ce cri que j'avais entendu. Un escalier que je n'avais pas vu tout à l'heure attira mon attention. Je le descendis tout doucement jusqu'à entendre des sons. Des coups, des éclaboussures et le bruit métallique des sabres s'entrechoquant. La peur au fond de moi me disait de retirer ma main sur cette poignée, et de m'enfuir avant de regretter ce geste. Mais sa voix a lui, elle était présente dans ce chaos. Alors j'ouvris.
Merci d'avoir lu !
Comme je n'ai pas eu de reviews pour le précédent chapitre, j'aimerais savoir si vous pensez que je devrais continuer sur cette voie ou arrêter cette fic. Bon vous allez peut-être penser que je dramatise trop là mais si j'ai pas de commentaires, je peux pas savoir si ça vous plaît ou pas. Si vous me dîtes rien moi j'en conclu que c'était mauvais et donc voilà, j'étais un peu déçue de mon travail ^^
