Bonjour/Bonsoir !
Comment vous allez ? Un grand merci pour vos reviews, j'avais des doutes mais c'est toujours rassurant de savoir ce que vous en pensez. Je ferais de mon mieux ! ^^
Pirouette : Ne t'en fais pas je poursuivrais la fic :)
nimra kaeru : Oui je suis comme Oda, j'adore faire mourir des personnages même si c'était son idée à la base (que de cruauté chez toi Oda... mais je t'aime quand même) Encore désolé pour le chapitre 10, j'avais vraiment pas le choix, il fallait que ça arrive malheureusement. En ce qui concerne le 11 je partage totalement ton avis ;)
Manon : Oh si qu'il va l'emmener à East Blue ! Mais je te laisse deviner les conséquences bien sûr...
Plop14 : Merci beaucoup ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira !
Bonne lecture !
Chapitre 13 : Paris lancés
Une odeur de pourriture emplissait l'air déjà étouffant. Le sang était partout. Une mare sous nos pieds comme des gouttelettes ruisselant le long des corps. Ses yeux de menthe glaciale semblaient me transpercer. Il était énervé, déçu, en colère. Contre qui ? Moi ? Sûrement. Mais comme toujours en fait. Effet paradoxal. Des cadavres jonchaient le sol. Cinq en tout. Des femmes humaines. Elles étaient jeunes et belles, peut-être une vingtaine d'année chacune. On les avait bâillonnées avec des linges sales, lacérées de partout et si on en jugeait à ces flaques de sang frais sur le sol, il n'y a pas si longtemps que ça. L'une était même brûlée au niveau des chevilles et une autre, avait la main droite coupée. Les sons métalliques que j'avais entendus, c'était les grosses chaînes brisées nettes à leurs poignets. Et les éclaboussures, les coups de pied lancés sous la colère dans les flaques sanglantes. Le mur derrière ces dépouilles était tout taché de rouge, mais les taches formaient des lettres. Puis des mots. Et enfin une phrase.
Parce que les humains ne sont que nos jouets, je les ai tuées.
Un peu plus loin… deux autres phrases.
Désolé capitaine mais votre jouet est aussi le mien maintenant. Et pas sûr que le jouet en sorte indemne, mieux vaut passer votre tour.
Comme si mon cœur tremblait lui aussi devant ces mots de sang, j'avais peur. De cette blague macabre. Le jouet en question, serait-ce moi ? Une veine battait dangereusement sur la tempe du requin scie. Ses poings lavande étaient si serrés qu'ils blanchissaient à vue d'œil. Un membre de son équipage avait commis ce crime, c'était évident. Mais rien que cette idée le plongeait dans une colère noire. Il se retourna vers l'homme poulpe pour qui lui aussi, le spectacle était juste répugnant.
-Qui a fait ça ?! hurla-t-il en pointant du doigt les corps de femme, les menaces sur le mur.
-Justement, on ne sait pas… Quelqu'un les a peut-être faites monter la semaine dernière ou encore avant mais ce qui est sûr, c'est qu'elles sont mortes aujourd'hui. Personne d'autre à part nous n'a vu… ça.
Octy chuchota quelques paroles à l'oreille de son capitaine, qui me regarda seulement du coin de l'œil. Je m'avançai prudemment vers eux, en faisant attention à ne pas marcher dans le sang de ces femmes. Même les regarder était douloureux, on avait pitié d'elles et cette souffrance sur leurs visages mutilés se ressentait. Octy me lança un triste regard.
-Tu devrais retourner dehors avec les autres Mako, c'est mieux.
Malgré ce pauvre sourire qu'il esquissait dans l'espoir de me rassurer, je n'y croyais pas. L'homme requin grinça des dents.
-Fais ce qu'il t'a dit.
-Mais Arlong je…
Sans me laisser le temps d'en dire plus, il plaqua ses lèvres contre les miennes. Un léger goût de sel emplit ma bouche, accompagné d'un petit carré de sucre. Sa langue glissa le long de ma lèvre inférieure. Et délicatement, il prit ma taille et la serra contre son torse musclé. Cette douceur dans ses gestes me surprenait, autant que ces beaux yeux qui me dévoraient de haut en bas. L'homme poulpe entre nous se sentait plus que mal à l'aise. Il balbutia quelques mots incompréhensibles et quitta la pièce sans se faire prier. Je ria intérieurement, le pauvre. Les mains du requin scie sur ma peau me donnaient des frissons. Il approcha ses lèvres de mon oreille.
-Jusqu'à ce qu'on trouve le coupable, je veux que tu restes toujours près de moi. Toujours…
Sa voix tremblait. De colère. Il sortit une petite clé de sa poche et prit mes mains. Les épaisses menottes en granit marin s'écrasèrent au sol avec un gros bruit de métallique. J'eus un faible sourire.
-Merci, murmurai-je en palpant mes poignets libres de tout mouvement.
-Y pas de quoi, c'est juste pour que tu puisses te défendre.
-Nan je veux dire… merci de me faire confiance.
J'enroulai mes bras autour de son torse avec un grand sourire, malgré l'horrible scène juste derrière nous. L'homme requin me fit sortir de la pièce avant lui. Il jeta un dernier regard chargé de haine vers le mur derrière les cadavres de femmes, ces menaces lui étaient destinées. Lui et moi. L'image des tortures qu'elles avaient subies trottait sans cesse dans ma mémoire. Je m'arrêta soudainement en plein milieu du couloir, et me retourna vers l'homme-poisson.
-Arlong, j'ai une question à te poser. Tu peux y répondre sincèrement ?
-Vas-y.
-Qu'est-ce que tu ferais si moi aussi, je mourrais comme ces femmes ?
Ses lèvres s'entrouvrirent un court instant, puis se refermèrent aussitôt.
-Avance.
-Répond-moi s'il te plaît ! insistai-je en posant une main sur sa poitrine.
Il m'ignora, et poussa la porte de sa chambre. Je le suivis à l'intérieur malgré toutes les autres questions qui me brûlaient les lèvres. Arlong s'assit sur le matelas confortable en soupirant. Il ouvrit le tiroir de la table de chevet et en sortit une bouteille d'alcool encore pleine. Je vins m'asseoir à côté de lui.
-Tu comptes boire toute la nuit ? demandai-je avec un sourire en coin.
-C'est ça ou j'aurais trop envie de réduire mon bateau en miettes.
-Okay, alors buvons ensemble.
Il retira le bouchon de liège. Avant qu'il ne commence à se soûler, je lui pris la bouteille des mains.
-Attends, on va faire un jeu.
-T'es chiante… maugréa le requin scie.
-On va se poser des questions chacun notre tour et si l'autre refuse de répondre, il doit boire.
Il s'affala contre les gros coussins blancs du lit et moi je m'assis en tailleur à côté, la bouteille ouverte entre mes jambes croisées.
-Je commence. Pourquoi tu voulais que je reste ?
-Smack, Octy… et d'autres. Eux ils voulaient que tu viennes.
-Et toi, qu'est-ce que tu voulais ?
-La même chose que Taï-aniki.
Je n'insistai pas plus. C'était assez pour moi. Il avait répondu, personne ne toucha à la bouteille. Je fis un signe du menton à Arlong et il posa sa question.
-Tu as peur ?
-Nan, je n'ai aucune raison d'avoir peur.
-Pourquoi ?
Un rire cristallin s'échappa de mes petites lèvres.
-On avait dit une seule question, lui rappelai-je avec un clin d'œil malicieux.
Il émit un grognement agacé et je poursuivis.
-Tu es déjà tombé amoureux ?
-… passe.
Comme je m'y attendais. Un rire discret s'échappa de mes lèvres. L'homme requin but une gorgée d'alcool et me rendit la bouteille en verre. A son tour.
-Pourquoi tu n'as pas peur ?
-Avant que tu me traites de fille stupide, laisse-moi au moins te préciser que j'ai plusieurs raisons de penser ça mais… c'est grâce à toi que je n'ai pas peur.
Je m'allongea près du requin scie en buvant moi aussi quelques gorgées de cette liqueur désagréable.
-Tu ne suis pas les règles non ?
-Sauf que c'est moi qui les ai faites alors je peux, mais pas toi.
Il soupira en haussant les épaules.
-Il y a une question que j'aimerais te poser Arlong, depuis très longtemps à vrai dire. Mais à chaque fois la situation changeait et moi je finissais par oublier. Je ne comprenais plus pourquoi je faisais ci ou ça, et pourtant je le faisais. Mais quand je te regarde Arlong, j'ai l'impression que tout va bien pour toi et ça me blesse.
-C'était quoi ta question ?
-Qu'est-ce que je suis à tes yeux ?
Un vide s'installa entre nous suite à mes paroles. J'esquissai un grand sourire, dans l'espoir de me rattraper.
-Ce n'est pas grave si tu refuses de me répondre hein. Et puis, ce n'est pas si important après tout.
-Tu dis ça mais si t'es prête à entendre ma réponse, alors je veux bien te la donner.
-Vraiment ?! m'écriai-je avec un sursaut.
Il hocha la tête en croisant les bras sur sa poitrine. Je le regarda quelques secondes, le temps de peser le pour et le contre.
-Alors ? Tu veux toujours le savoir ?
-Hum… je crois que c'est pas une bonne idée. Tu sais déjà ce je pense de toi Arlong mais moi, je ne sais rien de tout ça.
-Et donc ?
-Et donc je serais patiente.
Le requin esquissa un faible sourire.
-Mouais… c'est comme tu veux.
Il se redressa un peu contre les coussins et m'assit sur ses jambes.
-Je dois aller vérifier quelque chose, tu restes là. Et fais attention.
-Oui… boudai-je en gonflant mes joues d'agacement.
-Tu devrais me remercier au lieu de faire cette tête-là !
-Merchi monchieur pochéchif ! crachai-je en croisant les bras sous ma poitrine.
-Sois sage.
Il déposa un baiser affectueux sur mon cou et sortit de la chambre. Je m'allongeai sur le gigantesque matelas en secouant mes jambes telle une petite fille. Il avait été si gentil avec moi ! Je serrais un gros coussin blanc contre ma poitrine en continuant de me rouler de tous les côtés. Oui, c'était complètement stupide de réagir comme ça mais… J'ai tellement pas l'habitude. Tout à coup, quelqu'un toqua à la porte. Un dilemme affreux s'imposa dans mon esprit. Arlong m'a dit de faire attention et de ne pas sortir de la chambre sauf que là, c'est quelqu'un qui veut y entrer. Logiquement, si ce n'est pas moi qui en sors il n'y a pas de problème. Mais juste au cas où…
-Euh, Arlong est pas là ! criai-je dans le vide.
-Mako-chan ? Justement c'est toi que je voulais voir. Je peux entrer ?
J'eus un grand sourire en reconnaissant la voix de Sean. L'homme-poisson entra dans la pièce luxueuse et m'adressa une petite moue d'enfant.
-Cheese ! Je profite qu'Arlong soit occupé pour venir te voir ! Il est tellement possessif le capitaine… Je sais pas comment tu fais Mako-chan mais en même temps, quand on a une copine aussi mignonne c'est normal de vouloir la garder !
Effectivement, il parle un peu trop. Pour ne pas dire qu'il devrait juste se la fermer. Mais il avait vu Arlong dans les couloirs, il savait que j'étais seule avant de venir. Je mordis ma lèvre inférieure lorsqu'il ouvrit la bouche pour recommencer son baratin interminable.
-Oups ! Je ne devrais pas dire ça hein, c'est peut-être embarrassant pour toi. Et si on allait tous les deux dans la salle à manger ? Ils sont tous dehors alors on pourrait s'amuser un peu toi et moi !
-Je suis un peu fatiguée…
-Allez Mako-chan ! Je voudrais tellement apprendre à te connaître ! insista l'homme poisson avec un sourire qui frôlait l'angélique.
Je céda devant son regard de chien battu et le laissa me conduire jusqu'à une grande salle que plusieurs de tables en bois, collées ensembles de manière à ce que cela forme quatre longues rangées, remplissaient. Un grand bar trônait au fond de la pièce. Sean y prit une dizaine de bouteilles en verre et me les amena.
-Je suis pas d'humeur à boire, mentis-je en m'asseyant face à lui.
En réalité, après ce que je venais de voir, c'était bien la seule chose qui me ferait le plus plaisir. Une grande main rouge pâle se posa sur mon poignet.
-Essaye, ça te fera du bien.
J'en ouvris une et le brun m'imita. On trinqua tous les deux et, après quelques gorgées, reposait nos bouteilles.
-Argh… Ils ont changé les doses, c'est vraiment fort ! s'écria Sean.
-Ouais, je me sens déjà mal…
-Oï ! Pas maintenant Mako-chan !
J'eus un petit éclat de rire. Malgré cette sensation de marteau piqueur dans le crâne, je repris ma bouteille en main et continua de me soûler. C'était comme si on m'enfonçait peu à peu des clous dans la tête et pourtant, je n'arrêtais pas. Quand la bouteille était vide, je passais simplement à une autre. Ainsi jusqu'à ce que son bras me stoppe.
-Mako-chan ! Tu vas tomber dans les pommes là… murmura le brun d'un air endormi.
Sean était presque aussi soûl que moi, quoiqu'un peu plus sobre. Lui il avait encore toute sa tête. Je monta lentement sur la table, et brandit une bouteille d'alcool vers le plafond avec un grand sourire béat.
-Qu'est-ce que tu fais ? s'inquiéta l'homme poisson.
Il posa ses coudes sur la table et je m'assis en tailleur sur la grande surface de bois.
-J'en sais vraiment rien… Tu ne trouves pas ça horrible de se détester soi-même ?
-Quoi ? Tu te détestes ?
-Nan, je me hais.
-Mais pourquoi ? T'es si gentille et mignonne.
-C'est à cause de ce que j'ai fait. J'ai menti. Je me suis tirée comme une lâche alors qu'en fait, je voulais rester. Je voulais juste être avec lui un peu plus longtemps…
Je passai une main sur mes yeux larmoyants, avec un faible sourire en coin. Sean ébouriffa un peu ses courts cheveux noirs.
-Je comprends pas du tout ! Pourquoi nous avoir quittés si tu voulais tant venir avec nous ? C'est trop bizarre !
-Parce qu'il a raison, je suis stupide ! Je suis une trouillarde ! J'avais trop peur qu'il me haïsse alors je suis partie, mais lui, il voulait seulement me protéger de ce qui m'attendait dehors !
Sean arqua un sourcil inquisiteur mais pour une fois, il n'en dit pas plus.
-On était… des amis je crois, murmurai-je faiblement.
-Et maintenant, qu'est-ce que vous êtes ?
-Je croyais le savoir mais je m'étais trompé. Arlong n'est pas qu'un ami pour moi, il est bien plus que ça.
Je vis la bouche du brun se tordre légèrement.
-Mako-chan, tu ne serais quand même pas amoureuse du capitaine ?
-Tais-toi ! J'entends rien du tout ! Je suis sourde !
Il faillit sursauter devant mon petit excès de colère. Je me calma un peu et finis les dernières gouttes au fond de ma bouteille. Petit à petit, c'était comme un incendie qui se déclarait dans tout mon corps. J'avais chaud et je me sentais plus que mal. Je pris ma tête entre mes mains et souffla l'air brûlant dans ma gorge.
-J'y vais Sean…
-Attends ! Je te raccompagne, t'es complètement soûl !
-Nan ! C'est toit le bourré ! criai-je en vacillant de tous les côtés.
L'homme poisson me fit descendre de la table et passa son bras autour de ma taille avec un bruyant soupir.
-Allez, il faut que je te ramène avant que le capitaine te voie dans cet état.
-Ahahaha… il va rigoler !
-Ben pas avec moi.
Sean me traîna dans les couloirs sans jamais se taire. Il n'arrêtait pas de raconter des trucs que j'écoutais à moitié et ça me donnait mal au crâne. Je poussai un soupir de soulagement lorsqu'il me déposa sur le gigantesque lit dans la chambre de l'homme requin scie. Le brun m'adressa un petit signe de main en guise de bonne nuit et s'en alla en quatrième vitesse. Hm, ça aurait été amusant si Arlong nous avait trouvé tous les deux dans la salle à manger, en train de se soûler en cachette. J'émis un petit ricanement. Il se serait énervé je crois… ou pas. Déjà qu'avant il m'engueulait pour tout et n'importe quoi mais alors là, avec un tueur dans son propre équipage, ça va être une catastrophe. N'empêche qu'il faut vraiment être un vrai psychopathe pour faire ce genre de chose.
Je les revois encore dans mon esprit, ces corps mutilés de partout et ces menaces écrites de leur propre sang. Le frisson qui parcourut mes jambes m'arracha un battement de cœur. Je me souviens maintenant. D'un seul bond, je me levai du lit et au même moment, la porte s'ouvrit sur Arlong.
-Tu ne dors pas ? me demanda l'homme requin.
-Non… heu… je…
-Qu'est-ce qui t'arrives ?
Je posai deux mains tremblantes de par et d'autre de mon crâne. Il plissa ses paupières et vint doucement près de moi.
-Les mots… les menaces… j'ai tout vu Arlong.
L'homme poisson me fit m'asseoir avec lui sur le matelas.
-Explique.
-Je crois que c'est l'alcool parce que d'un coup, je me rappelle de ce qui s'est passé… Les mots sur le mur, il me les a dit avant tout ça ! criai-je en me recroquevillant un peu plus.
Son bras lavande passa tout autour de mon corps, et il me serra doucement contre lui.
-Qui t'as dit ça ?
-Avant que Smack vienne me sauver, il était là… il me parlait…
Mes yeux bleus ne fixaient que ce point invisible dans le mur. Le requin scie prit mon menton dans sa main et le releva.
-Hé, tu dois me dire qui c'était !
Je sursauta légèrement et m'écarta à un mètre de l'homme-poisson.
-N'approche… pas…
-Mais tu deviens complètement tarée ou quoi ?
-N'approche pas ! hurlai-je encore, les larmes aux yeux.
C'était comme un déferlement de peur et rage mélangées dans ma tête. Les souvenirs resurgissaient à chaque seconde, mais des choses dont je ne connaissais même pas l'existence. Du premier jour jusqu'à la fin de tout, il avait été l'unique responsable de ma souffrance. Tout est arrivé par sa faute. Je le sais !
-Je vais te tuer Arlong la scie…
-J'aimerais bien voir ça ! ricana l'homme requin.
Ce sourire sur ses lèvres. Lui aussi était dans ma mémoire. Quand moi j'avais mal, lui il avait ce sourire. Pendant que mon cœur se détruisait, le sien n'était que mieux encore. Mon regard meurtrier se porta par-dessus mon épaule. Sur la table de chevet, une bouteille vide. Je la saisis d'une main hésitante et la brisa contre le mur. Des éclats volèrent de partout, scintillants comme des petites étoiles. Ne restait plus entre mes mains qu'une arme aux dents acérées. Il abandonna enfin ce sourire qui me dégoûtait tant.
-Lâche ça gamine, tu vas te blesser.
-Je te pardonnerai jamais !
L'homme-poisson me plaqua contre le lit d'un simple mouvement de bras, et jeta loin de moi ce qu'il restait de la bouteille en verre. Je me débattais violemment contre lui, animée par une rage qui m'était étrangère. Pourquoi je lui en voulais comme ça ? Comme si mon corps agissait seule, il continuait de se défendre malgré la fatigue que je ressentais dans mes muscles. L'homme requin contempla quelques instants mon regard presque mort avant de m'infliger un grand coup derrière la nuque. Je cessai de me débattre. Complètement vide de toute énergie. Et inconsciente. Il se passa une main désespérée sur le visage.
-Nan mais qu'est-ce qu'il lui a prit… murmura l'homme requin pour lui-même.
Soudain, la porte de la grande chambre s'ouvrit en trombe. Un grand homme-poisson aux courts cheveux noirs électrique entra dans la pièce. Son regard inquiet et affolé dériva du corps immobile sur le lit jusqu'à son capitaine.
-Arlong ! Il faut que tu viennes !
-Quoi encore ?!
-C'est… c'est comme une émeute ! Ils sont tous en train de se battre sur la plage ! Et ils se reprochent des meurtres et des crimes que personne n'a jamais commis, c'est horrible !
La peur se lisait dans les yeux du brun, qui entortillait nerveusement son doigt avec les maillons d'or de la chaîne à son cou. Le requin scie hocha la tête et le suivit au pas de course à travers les nombreux couloirs du Superb Shark. Une fois arrivé sur le pont, son sang ne fit qu'un tour. La plage était devenue un véritable champ de bataille. De tous les côtés, il voyait ses hommes, ses frères s'entretuer sauvagement. Entre les coups de poings et pieds, il n'y avait que des hurlements bestiaux. Toujours une haine profonde dans des yeux vides de bons sentiments.
-Qu'est-ce qu'on fait Arlong ?! s'empressa de demander Sean.
-Assomme-les tous.
-Hein ? Mais je veux pas leur faire de mal !
-Et tu crois qu'on a le temps ?! C'est le seul moyen de les calmer !
Sans attendre l'avis du brun, il redescendit aussitôt les escaliers de bois et se dirigea vers la chambre où il avait laissé la jeune femme. Mais lorsqu'il rouvrit la porte, plus aucune trace d'elle. Enfin… à peu près.
-Je t'attendais Arlong la scie, susurrai-je d'une voix fluide.
Je pointais le canon d'un grand pistolet à silex vers la tempe du requin scie. Un sourire à la limite du sadisme marquait mes lèvres. L'homme-poisson tourna seulement ses yeux vers moi. Il émit alors un grognement énervé.
-Là ça ne m'amuse plus…
-T'inquiète, t'auras droit à un enterrement digne de ce nom.
Il soupira longuement.
-C'est pas comme si t'allais tirer j'imagine...
-Ah ouais ? Et pourquoi ?! m'énervai-je soudainement.
Me prenant par surprise, l'homme requin prit délicatement mon visage entre ses mains lavande et embrassa mes lèvres. Ce bruit métallique lui arracha un petit sourire, je venais de lâcher le pistolet. Mais il le savait bien, je n'aurais jamais eu la force de tirer. Pour tuer quelqu'un il ne suffit pas d'appuyer sur la gâchette. J'avais encore l'impression de fondre dans cette chaleur absorbante, et cette haine qui m'habitait cinq minutes plus tôt s'était comme évaporée. Mes yeux bleu océan se plantèrent dans ceux de l'homme-poisson. Les mains tremblant au rythme saccadé de mes battements de cœur, je reculai encore de quelques pas. Des larmes coulaient le long de mes petites pommettes, jusqu'à mon menton.
-Je t'ai vu me faire du mal, me pousser jusqu'à la haine ! Alors pourquoi ?!
L'homme requin déposa un baiser dans mon cou et me sentit frissonner sous lui.
-Cette fois tu dois me dire ce qui t'est arrivé, tout de suite.
Je baissai les yeux devant ce regard trop perçant qu'il me lançait mais lui répondit tout de même par quelques chuchotements.
-Je n'en sais rien… j'étais dans la chambre, tu es entré et c'est pile à ce moment-là que j'ai cru me souvenir de plein de choses. Mais en fait, rien de tout ça n'était vrai apparemment.
-Non ! T'avais parlé des menaces !
-Ah… je ne m'en souviens plus, lançai-je d'une voix pleine d'innocence, avec un petit sourire d'ange.
Sans lui laisser le temps de réagir, je me jetai dans ses bras telle une petite fille.
-Pardonne-moi, j'étais à deux doigts de me dire que c'était la vérité. Mais je n'aurais jamais pu te tuer, j'ai sentis que je n'en avais pas le courage…
Il posa une main lavande sur mes longs cheveux bruns avec un sourire moqueur.
-Rappelle-moi quand même de plaquer tous les pistolet au cas où.
-Très drôle !
Je me dressa sur la pointe des pieds et posa mes doigts fins de par d'autre du visage de l'homme requin scie.
-Est-ce que tout le monde va bien ? demandai-je à voix basse en voyant l'air soucieux qu'affichait Arlong.
-Justement, viens voir.
Je le suivis sagement dans ces couloirs qui m'étaient encore inconnus et remonta sur le pont. Mes yeux bleu s'écarquillèrent de surprise lorsque je vis sur la plage, tous les hommes-poissons inconscients et ligotés entre eux par des cordes.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?! hurlai-je, sous le choc.
-Exactement comme toi, ils ont imaginé de faux souvenirs. Quand Sean m'a appelé ils étaient déjà en train de s'entretuer.
-Mais Arlong ! Qu'est-ce que ça veut dire tout ça ?!
-J'en sais pas plus que toi. Je pensais que t'étais la seule à pouvoir contrôler les gens mais on dirait bien que je me suis trompé.
Je laissai échapper un long soupir.
-Permets-moi juste de te rappeler qu'il n'existe pas de fruits du démon identiques et que moi, je n'exerce qu'une pression sur le mental.
-M'en fous, c'est là même chose, lança-t-il d'un ton ennuyé.
-Ah ouais ? Tu veux que je te fasse une démonstration ?
Il ricana devant mon sourire provocateur. L'homme-poisson arqua un sourcil interrogateur en voyant cette petite bulle noire et opaque apparaître au-dessus de paume mise à plat. Des zébrures violettes la parcouraient tandis que des petits points d'or grésillaient de chaque côté de la sphère.
-C'est une zone de contrôle. Ce qui est à l'intérieur devient objet animé uniquement par mes ordres si je le souhaite. Là je l'ai rendue visible mais normalement, elle n'a pas de couleur.
-Hm, alors c'est comme ça que tu t'es barrée. J'en tiendrais compte la prochaine fois.
Je lui tira la langue avec une grimace et il m'ébouriffa les cheveux avant de descendre la passerelle jusqu'au ponton en bois. L'étrange bulle de pouvoir s'éteignit lentement et je suivis le requin jusqu'à la plage, où nous attendait un grand homme-poisson à la peau rouge pâle. Derrière lui, tout les autres membres de l'équipage d'Arlong, assis et ligotés dans le sable. Sean nous adressa un petit signe de main.
-J'ai fait comme tu m'as dit mais pas sûr qu'ils seront contents à leur réveil…
-Hm. Et à part toi, il n'y en avait pas un seul encore sain d'esprit ? demanda l'homme requin en fronçant les sourcils.
-Nop ! Pas un !
Je mordillai un peu ma lèvre inférieure tandis qu'Arlong serrait les poings de colère. Je pris délicatement son poignet et l'emmena avec moi, loin des oreilles trop attentives de Sean. Il arqua un sourcil inquisiteur et je répondis à sa question silencieuse.
-Tu crois que ça a un lien avec ce qui s'est passé dans le bateau ? Parce que si c'est le cas on ferait mieux de partir. Pour la sécurité de tes hommes, précisai-je.
-Nan, on reste là.
-Quoi ?! Mais t'as bien vu ce qu'il s'est passé Arlong ! Quelqu'un ici possède de toute évidence un fruit du démon, a tué ces femmes, écrites ces menaces avec leur sang et nous a tous manipulés ! C'est pas en restant là que les choses vont s'arranger ! On doit reprendre la route dès l'aube ! Tu avais parlé d'aller jusqu'à East Blue alors allons-y tant qu'on le peut encore.
Un frisson me parcourut de la tête aux pieds. Ces deux yeux couleur menthe glaciale semblaient me transpercer, lire mes émotions sans aucune difficulté. Je reculai instinctivement lorsque son regard s'intensifia. Il haussa les épaules.
-C'est vraiment ce que tu veux ? me demanda-t-il d'un ton exaspéré.
-Je pense juste qu'on devrait faire comme ça. Au moins si le meurtrier est parmi nous on sera fixés.
Il grinça des dents. Arlong tenait énormément à son équipage, et imaginer que l'un d'eux ose le provoquer ainsi était juste révoltant. Pour lui, impossible de soupçonner qui que ce soit. Le tueur pourrait bien se présenter sous ses yeux qu'il ne verrait devant lui qu'un de ses hommes. J'eus un faible sourire, et posa mes lèvres sur ses muscles si bien taillés.
-Je sais déjà à quoi tu penses et je ne te laisserais pas agir tout seul. Tu es le capitaine ici, j'en suis consciente mais tu ne peux pas prendre des décisions de ce genre tout seul. Je ne suis pas là pour rien Arlong, je ne suis pas restée par obligation. Ne néglige pas ma présence car j'ai fait un choix et maintenant je te demanderais de le respecter, articulai-je d'une voix implacable.
Je croisai mes bras sous ma poitrine sans le lâcher du regard. Pas même une seule seconde. Et me prenant par surprise, il pouffa presque de rire. Arlong retenait difficilement son envie de se moquer de moi. Je me sentis un peu vexée et ma lèvre inférieure se tordit de colère.
-Tu crois que c'est le moment de rire ?!
-Viens là, viens là.
L'homme requin me serra contre lui, en gardant ce petit sourire dont je ne comprenais pas la raison sur ses lèvres. J'ignore ce qui lui fait tant plaisir mais vu ce qui se passe en ce moment, rien qu'un sourire, c'est peut-être la seule chose dont on a besoin. Mon menton se releva lentement vers le rostre plus haut.
-Tu m'énerves Arlong, et tu m'as toujours énervée.
-Mais ? devina l'homme-poisson.
-Mais malgré tout j'ai envie de rester avec toi, avouai-je d'une petite voix, avec un sourire en coin.
Le requin scie attendit à peine que je termine ma phrase pour prendre mes lèvres. Comme si un incendie se déclarait dans ma poitrine, mon cœur me semblait tout d'un coup être fait de lave. Lave fluide circulant dans mon corps, me paralysant sur place. Je mis fin à ce délicieux baiser.
-Bonne nuit, lançai-je à l'homme requin sans le regarder dans les yeux.
Il me regarda partir vers le grand navire rouge accosté près de la plage avec un grognement agacé. Lui qui en voulait toujours plus, ça devrait le calmer. Une fois sur le pont du bateau, je lança un dernier regard vers le ciel. Ce dernier était de la même couleur qu'un torrent de ténèbres dont les seules traces de lumière résidaient en ce grand cercle blanchâtre perché au-dessus de l'île, et ces points brillants comme des paillettes sur un fond noir. Le vent glacé qui balaya mon visage m'arracha un frisson incontrôlable. Cette lune haut dans le ciel semblait m'observer discrètement, et je me sentais particulièrement vulnérable sous ce regard que je ne pouvais éviter. Tout comme son regard a lui. Un regard dont j'ai bien du mal à me détacher. Que je fuis de temps à autre, et que je cherche quand tout va mal. Il n'y a que ses yeux à lui qui peuvent m'effrayer autant, pour me rassurer juste après. Et rien qu'un de ses sourires peut m'en donner un à moi aussi. Mais ce sentiment, je crois en avoir oublié le nom.
Merci d'avoir lu !
Qui est ce fameux meurtrier ? Je vous laisse le découvrir et à la prochaine ;)
