Bonjour/Bonsoir !
Voilà un nouveau chapitre, assez court je l'admet mais c'est pour faire avancer un peu la relation entre Mako et Arlong ;)
Manon : C'est parce qu'en ce moment je regarde trop de films d'horreur TToTT
Bonne lecture !
Chapitre 14 : Juste une illusion
« Et si tout n'avait été q'un enchevêtrement de souvenirs contrefaits ?
-Non, je refuse d'y croire.
-C'est pourtant bien vrai. Il n'existait pas pour toi.
-Alors qu'est-ce ?
-Une réalité comme une autre, à toi de voir laquelle te semble juste. »
Les grands hublots encastrés dans le mur laissaient passer les premiers rayons solaires. Les petites coupelles dorées sur les tables de chevet de par et d'autre du gigantesque lit contenaient encore deux minuscules bougies éteintes dont la cire sèche et durcie semblait encore s'écouler sur les rebords, comme paralysée dans le temps. Un long rostre édenté chatouillait doucement ma joue. J'ouvris les yeux avec un peu de mal et des courbatures plein les jambes. Bien qu'il soit allé se coucher peu après moi la veille, il s'est endormi en moins de cinq minutes. L'avant-bras musclé autour de mon ventre nu m'immobilisait sur le matelas. Je poussai un grognement désagréable.
-Possessif tu comptes me lâcher quand au juste ?!
-Hmm…
-C'est pas une réponse.
-Quand je voudrais… murmura-t-il, la voix rauque.
Un soupir s'échappa de ma gorge. J'entrelaçai mes doigts avec ceux posés contre mon corps.
-Hey, on va pas rester au lit toute le journée !
Voyant qu'il n'était pas décidé à bouger d'un poil, je lui soufflai dans l'oreille. L'homme-poisson eut un léger sursaut et j'en profitai pour me dégager de son étreinte, ce qui le fit grogner.
-Reviens là gamine, j'ai pas fini de dormir…
-La peluche vivante se tire, lançai-je pour le narguer.
Il étira ses muscles tout en redressant son dos contre les gros coussins blancs pour ne pas gêner l'aileron dorsal qui agrémentait encore plus son charme sauvage.
-Tu te collais quand même à moi toute la nuit, rétorqua Arlong avec un sourire narquois.
-Pardon ? Je n'ai jamais fait ça !
-Oh que si.
-Bon… peut-être, cédai-je en gratouillant ma joue.
Le requin bâilla à s'en décrocher la mâchoire. Je me doutais bien que si j'avais passé une aussi bonne nuit, c'était pour une certaine raison. Je partis loger mon visage au creux de son cou avec un petit sourire enfantin.
-T'es génial comme coussin, on te l'a jamais dit ?
-Les gens tiennent encore à la vie tu sais…
-Alors moi pas, murmurai-je d'une voix douce.
Il passa son bras autour de mes épaules.
-Mais j'ai toujours su que t'étais pas normale.
-Je suis quoi alors ?
-Une psychopathe perverse.
Je fis mime d'être outrée par ses propos.
-Ah non ! C'est toi le pervers ! Moi je ne fais qu'admirer, c'est différent voyons …
-Et au final ce n'est pas un peu la même chose ? Tu profites de la vue.
-Pas du tout. Sauf si je fais ça.
L'homme requin fronça les sourcils devant mon sourire mutin et je mordillai gentiment son oreille. Il faillit sursauter et j'approchai un peu plus mes lèvres de sa peau nue.
-Quand je te dis que ce n'est pas la même chose… lui susurrai-je.
Je pouvais sentir ses frémissements sous mes doigts retraçant chaque ligne marquée de son imposante musculature. Une grande main palmée se posa sur ma taille, et je le laissai m'amener au-dessus de son corps. Je replaçai une mèche de mes longs cheveux bruns derrière mon oreille avec un faible sourire en coin.
-On devrait y aller tu crois ?
-Nan, pas tout de suite, chuchota-t-il d'une voix suave.
Il s'empara de mes lèvres avec une telle ardeur que j'en frissonnai de partout. Les papillons dans mon ventre allumaient un feu dans mon cœur, qui semblait trembler de plaisir. Quelques mots s'échappèrent.
-Je t'aime…
Son visage se crispa, le mien aussi. Je me levai lentement du lit, les yeux toujours rivés au sol. Une inquiétude, mêlée à de la peur envahissait peu à peu mon esprit déjà bien occupé.
« C'était sorti tout seul, n'y fais pas attention ! »
J'aimerais pouvoir le crier haut et fort, vraiment. Et avec un grand sourire. Mais je ne veux pas mentir encore une fois. Je ne veux pas me persuader qu'il n'y a rien juste pour me voiler la face. Je ne veux pas croire que ce n'était qu'une attirance physique. Encore un pas en arrière. Je pris ma respiration, et le son de sa voix chevrotante parvint à mes oreilles.
-Qu'est-ce que tu as dis ?
Je déglutis difficilement et cacha mes mains prises de tremblements derrière mon dos nu.
-Ne fais pas semblant, tu as très bien entendu. J'ai dit que je t'aimais Arlong la scie. Tu pourras me rejeter, me haïr à cause de ma nature mais sache au moins que je ne suis pas différente. Humaine comme femme-poisson, la aussi il n'y a pas de différence.
Il me fixait, bouche bée. Peut-être sous le choc ou indécis, je ne saurais le dire.
-Tu hais ce que je suis mais ça ne m'empêche pas de t'aimer non ? Parce qu'un jour, à peine m'étais-je levée de mon lit que tu occupais déjà toutes mes pensées, je ne voyais plus que toi. Est-ce qu'aujourd'hui encore j'aurais dû taire ce que je ressentais ? Est-ce que je devrais continuer à faire comme si ce n'était que physique à mes yeux ?!
« Pour rester avec toi, je devrais me taire ? »
La porte claqua violemment derrière moi. Il était parti. Une douleur affligeante s'empara de ma poitrine, je m'affaissai contre le mur. Le silence. Il ne m'aurait fallu que d'un silence et tout ça ne serait pas arrivé. Je ne l'aurais pas perdu. Un flot de larmes tomba sur mes genoux. Mais pourquoi je pleure ? Pourquoi je verse des larmes en pensant à lui ? En pensant à son sourire. Comme un rêve transformé soudainement en cauchemar, la vérité n'était peut-être pas la solution. Mais je pouvais le voir dans ses deux yeux de menthe glaciale, je pouvais voir la peur commune des hommes. Celle d'être emprisonné par des sentiments que l'on sait parfois mortels.
Je lâchai un long soupir. Peut-être l'ai-je surestimé, ou peut-être que ce n'était réellement que physique pour lui. Si c'est le cas alors je serais définitivement une idiote d'y avoir cru. Je sécha les gouttes perlant à mes yeux rougis et me releva lentement. Autrefois, je croyais que l'expression « avoir le cœur brisé en deux » n'était qu'une métaphore mais je me rends compte que c'est bien plus que ça car c'est vraiment comme si on m'avait fendu le cœur en deux parts inégales. Je me sens vide, presque morte. Il n'y a que cette douleur interminable dans ma poitrine qui me force à vivre.
Un petit sac de toile noir attendait au pied du lit. Seules quelques robes de diverses couleurs le remplissaient. Je saisis l'une d'elles et l'enfila sur mon corps presque nu si ce n'est mes sous-vêtements. C'était une courte robe noire moulante à fines bretelles, s'arrêtant à mi-cuisse. Au niveau de la taille, un long voile d'une sombre transparence la poursuivait dans mon dos jusqu'à mes chevilles. Je passa à mes pieds des hauts talons et sortis de la chambre. Une légère secousse me fit vaciller en arrière, tandis que des grands cris autoritaires parvenaient à mes tympans. Je mordis un peu ma lèvre inférieure et poursuivis ma route, le cœur hésitant. Serais-je satisfaite au bout du chemin ? Je l'ignore mais c'est toujours mieux qu'un bonheur éphémère.
Le bruit des talons claquant sur le bois résonnait dans les couloirs, je remontai l'escalier. Les rayons lumineux passant entre mes doigts écartés éblouissaient mes yeux azur. La ligne d'horizon se dessinait au fond du paysage, entre les eaux calmes et le bleu du ciel. Comme si les problèmes rencontrés la veille n'étaient que du passé, chacun était à son poste. Les mouettes alignées sur les nombreuses voiles du navire s'envolèrent toutes de concert, se croisant entre elles et virevoltant autour du gigantesque mât au centre. Le voile de ma robe ondulait au gré du vent. Je plissai mes paupières en voyant l'île tropicale s'éloigner peu à peu de nous, et cette grande plage de sable fin. Mon attention se détourna rapidement de la mer pour se porter sur la trappe incrustée dans le plancher. Je tira sur le gros battant de métal et me faufila discrètement à l'intérieur.
Un petit couloir étroit et mal éclairé s'annonçait devant moi. Ma curiosité enfin éveillée, je parcourus lentement ce chemin sans cesser de jeter quelques brefs coups d'œil méfiants par-dessus mon épaule. Une grande porte grise qui me semblait assez épaisse et sûrement insonorisée se dressait face à moi. Je l'ouvris sans inquiétude et pénétra dans cette simple pièce de taille moyenne. Des cibles de différentes tailles prenaient tout le mur du fond, et du côté opposé, des grandes tables recouvertes d'armes et de balles. Je m'en approcha silencieusement et toucha délicatement la crosse d'un grand pistolet à silex qui avait attiré mon attention. Le joli bois de l'arme présentait quelques gravures noires qui se poursuivaient jusqu'au bout du canon. Une fois le pistolet entre les mains je me plaçai face à une des cibles, la plus grande pour commencer. Premier essai. Un trou sombre se creusa dans le mur, juste au-dessus de mon objectif.
-Tu t'y prends mal.
Je tressaillis, me retourna.
-Et j'imagine que toi tu es un expert ? demandai-je à l'homme poisson avec un sourire moqueur.
Sa main rouge pâle saisit la belle arme à feu, qu'il pointa droit vers la plus petite cible et dans laquelle il logea trois balles en plein centre. Mon rythme cardiaque s'accéléra à l'entente des détonations. J'émis un sifflement appréciateur et Sean me répondit par un grand sourire gêné.
-J'ai toujours préféré les armes à feu aux poings.
-Ah, moi je suis bien plus douée avec des couteaux de cuisine.
-Tu veux que je t'apprenne quelques trucs Mako-chan ? Qui sait, ça pourrait t'être utile un jour.
-Je me disais plutôt que ce serait une bonne chose si je n'avais jamais à m'en servir…
Il me lança un faible sourire.
-Pourquoi t'es devenue pirate ?
-C'est une longue histoire. Je l'ai fait inconsciemment et puis, il était déjà trop tard pour changer de voie.
-Hm… Je te demande ça parce que je vois bien que ce n'est pas ta place.
Mes sourcils se froncèrent tandis qu'il tournait lentement autour de moi, tel un fauve patient de voir sa proie vaciller.
-Tu te trompes Mako-chan, il n'est jamais trop tard pour reprendre une vie normale. Tu ne peux pas rester ici.
-Pourquoi tu dis ça ?
-Une frêle poupée de porcelaine… c'est regrettable.
Ce ton dur et froid m'effrayait légèrement, ça ne lui ressemblait pas. Sean marqua une courte pause et esquissa un mince sourire loin d'être rassurant.
-Si tu es incapable de tuer pour ta survie, alors qu'est-ce que tu fiches ici ? Tu penses que c'est ta belle relation avec le capitaine qui te sauvera ? Une anarchie, voilà ce que c'est ! Voilà comment ça se passe !
-Hé ! Je comprends rien à ce que tu racontes !
-Si, tu comprends ! C'est pour ça que tu cries Mako ! Tu sais de quoi je parle, tu sais que j'ai raison ! Ils te veulent tous du mal ! Qu'est-ce que t'attends ?! Tue-les !
Une colère sourde monta en moi. Je tirai aveuglément sur toutes les cibles. Le son des balles apaisait ma rage mais l'adrénaline ne faisait qu'affluer dans mes veines. Je tirai encore, jusqu'à ce qu'il m'arrache le pistolet des mains et pointe du doigt les formes accrochées contre le mur. Le petit point rouge en leur centre était troué.
-Tu vois Mako, ça c'est ce que tu es capable de faire.
Après une petite tape sur mon épaule, il sortit de la pièce. Moi, j'étais plantée là, peinant à croire ce qui venait de se passer. C'était allé si vite… Je n'ai fait que suivre ses paroles, laisser ma colère me guider et me remémorer tous ces visages. Les faces de ceux dont j'ai ôté la vie et de ceux qui méritaient que je le fasse. Me souvenir aussi du nombre de fois où j'aurais pu appuyer sur la gâchette. Et l'anarchie, c'est la loi du plus fort. Mais est-ce que Sean avait raison ? Mon regard se porta vers l'arme à feu dans ma paume. Si, il avait raison. Et il est temps que je cesse de compter sur les autres. Je m'approcha d'une petite caisse en bois à ma droite et pris une des sangles en cuir dessus. Je releva légèrement le tissu noir de ma courte robe et attacha la sangle marron autour de ma cuisse avant de glisser le beau pistolet dans l'étui. Le vêtement étant trop près de mon corps, je ne pouvais pas cacher ma nouvelle trouvaille dessous alors je la laissa parfaitement visible. Mes pas me reconduirent alors vers cette petite trappe et je me hissa sur le pont. Le Superb Shark avançait tranquillement sur cette mer calme et rien à l'horizon. Un grand homme poulpe se tenait debout près de la rambarde du navire. Je vins près de lui avec un faible sourire et m'accouda à la bordure de bois.
-Comment tu te sens Octy ?
-Ce n'est pas très agréable de vouloir tuer ses propres amis mais sinon, on est tous en plutôt bonne forme.
-Okay… Est-ce que les autres sont au courant de ce qui se passe ?
-Arlong leur a dit tout à l'heure mais ils ont encore du mal à assimiler ce que ça signifie. On n'a jamais eu affaire à un cas comme ça, surtout si c'est l'un d'entre nous. L'équipage ne risque rien de toute façon mais toi Mako, t'es pas en sécurité pour le moment.
-Si… Plus que tu ne le crois, rétorquai-je.
Lui aussi il n'imagine pas ce que c'est que de vivre dans l'indifférence. Je descendis une petite paire d'escaliers et me retrouva dans une grande salle emplie de table, avec un bar au fond. Dans la petite foule au centre, je retrouvai le visage familier de Sean et ses étranges cheveux noirs toujours en épis. L'homme-poisson s'élança vers moi, tout joyeux et une liasse de billets dans la main.
-Mako ! Regarde-moi ça ! s'écria-t-il en pointant du doigt l'argent dans sa paume.
-Des berrys ?
-Oui ! Tout plein de berrys !
Je lâchai un long soupir et m'assis tranquillement à une table vide. Le brun m'imita avec sourire plein de fierté.
-Aaaah… Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir acheter cet après-midi ?
-Cet après-midi ? On vient juste de reprendre la mer.
-Mais il y a une autre île pas loin. Avec des tonnes de magasins ! ajouta-t-il, tout excité.
-Oh, je ne savais pas.
Il sortit du col en V de son large t-shirt aux manches retroussées un bout de parchemin. Les frontières dessinées au crayon sur la petite carte semblaient représenter notre point de départ, et la route que nous suivrons jusqu'à East Blue.
-Effectivement, il y a une île habitée à moins de deux heures, constatai-je en esquissant un faible sourire.
Sean commença à se dandiner sur sa chaise d'un air embarrassé.
-Dis, t'es pas en colère pour tout à l'heure ? Enfin… c'est que je n'aurais pas dû être si direct.
-Au moins toi tu sais être honnête avec les gens, et t'avais raison.
-J'ai abusé quand même. On n'a pas tous eu la chance de choisir la voie qui nous faisait envie. C'est sûrement ton cas, et c'est le mien aussi.
-Mais ce qui compte c'est qu'on encore là, ajoutai-je avec un mince sourire.
« Mais pour combien de temps ? »
Des dizaines de bruits de pas enchaînés nous interpellèrent. On se retourna tous les deux vers la petite troupe débarquant dans la salle à manger. Mes traits se durcirent en même temps que les siens lorsque nos yeux se croisèrent. Son visage était plus qu'inexpressif et il me semblait froid, distant. Comme si les quelques mètres qui nous séparaient étaient des océans. Je me recroquevillai un peu plus sur ma chaise et déglutis en constatant que même depuis le fond de la salle, son regard glacial était toujours braqué sur moi.
-Je voudrais être une souris… non, un vers de terre.
-Tu délires Mako ? s'inquiéta Sean.
-Il me regarde toujours ?
Le brun comprit assez vite de quoi je parlais, et esquissa alors un grand sourire.
-Ooh… Sans vouloir t'effrayer chérie, quand le capitaine fait ce genre de regard, c'est qu'il a généralement des envies de meurtres. Et il te fixe en plus ! T'es mal barrée si tu veux mon avis.
-Ouais ça je m'en doutais.
Il approcha sa bouche de mon oreille d'un air malicieux.
-Un mauvais réveil peut-être ? chuchota-t-il.
-N'essaie pas de deviner.
-Bon ! Peu importe ce qui s'est passé, tu devrais aller le voir.
Je soupirai longuement.
-Pas après ce que je lui ai dit.
-Ah lala, les histoires de couple ! ricana-t-il sur un ton qui se voulait plutôt ironique.
-Si seulement y en avait un… murmurai-je pour moi-même.
Les yeux de l'homme-poisson s'écarquillèrent soudainement.
-Tu m'excuseras Mako-chan mais là je me sens pas très bien… je me tire.
-Hein ? Pourquoi ?
-C'est pas seulement toi qu'il regarde comme ça, moi aussi.
Un rire nerveux s'échappa de ma gorge et Sean posa une main sur mon épaule avec une expression aussi sérieuse que possible.
-C'est peut-être mieux que je change de table si tu vois où je veux en venir.
Les commissures de mes lèvres se rehaussèrent un sourire narquois.
-Nan, reste avec moi.
-Mais moi je tiens encore à la vie ! T'as bien remarqué que le capitaine était plutôt possessif hein ? Bah si il te considère comme sienne alors moi je suis foutu en restant là ! cria le brun sans se rendre compte que la pièce ne manquait pas d'auditeurs intéressés par les petites histoires du Superb Shark.
Au moins une bonne moitié la salle releva le nez de son assiette pour nous regarder de travers. Sûr que là, on n'était pas foutus. Je lançai un regard noir à l'homme-poisson qui haussa les épaules avant de se taper le front contre la table. Geste qui n'arrangeait pas notre situation et me stressait d'autant plus. Je posa doucement ma main sur la joue corail et fit mime de chuchoter sensuellement quelques mots à l'oreille de Sean. Un long crissement désagréable se fit entendre dans la salle. L'homme-poisson continua de jouer le jeu en passant son bras autour de ma taille. Mon corps sursauta légèrement sous ce contact étranger mais je fis un effort pour ne pas le repousser. Mon cœur rata un ou deux battements lorsque je sentis ses deux lèvres dans ma nuque. Je serrai les poings, cherchant en vain à supporter ce dégoût montant en moi. D'un bond, je me levai de ma chaise.
-Désolé, mais je ne peux pas.
Les regards braqués sur moi n'étaient rien comparés à ces yeux couleur menthe glaciale qui me menaçaient tout naturellement. Je sortis de la salle, un peu mal à l'aise, et m'affaissa contre le mur du large couloir. Mais qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? J'ai cru que j'allais vomir… et seulement parce que Sean embrassait mon cou.
« C'est lui qui me touche et pourtant je pense à toi. Pourquoi ça me fait si mal ? Pourquoi mon corps n'accepte que toi ? »
J'enfouie mon visage dans mes genoux repliés et resta ainsi quelques instants. Lorsque je relevai mes yeux bleus vers la grande porte de la salle à manger, c'était tout autre chose que je voyais. Il se tenait face à moi, me surplombant de toute sa hauteur, un sourire prétentieux et un air hautain sur ses traits déformés par la colère.
-Alors ? Tu t'es bien amusée ? cracha-t-il.
Sans me laisser le temps de dire quoi que ce soit, l'homme requin saisit mon poignet et je me levai à contrecœur.
-Je crois qu'on a plus rien à se dire, c'est terminé.
-Y a vraiment que toi qui le pense.
Une main glissa le long de ma jambe nue, tandis que ses lèvres étaient sur le point de toucher les miennes. Il est clairement en colère, alors pourquoi ? Je me mordis la langue et le repoussa.
-Je veux pas de ça… murmurai-je en soutenant son regard enflammé.
Un sourire sadique se forma lentement sur son visage. Je déglutis, plissa mes paupières et instinctivement, ma main se posa sur le manche de l'arme à ma cuisse. Il fit un pas en avant, et mon dos se retrouva plaqué contre le mur. Ce sentiment de vulnérabilité en moi me dérangeait. Pourquoi je serais plus faible que lui ? Je ferma mes paupières un court instant, et lorsque mon pied dériva tout doucement vers la droite, il plaça son avant-bras contre le mur, m'ôtant ainsi toute occasion de fuite.
-De quel droit tu l'as laissé te toucher ?
-Tu vas me le reprocher ? Je fais ce que je veux, que ça te plaise ou non !
Sa bouche se tordit légèrement.
-Ah ouais ? Ben moi aussi je vais faire ce qui me plaît alors !
Me prenant par surprise, il plaqua sauvagement ses lèvres contre les miennes. Sa prise sur mes poignets m'arracha un petit cri de douleur, que ses baisers étouffaient sans mal. Un souffle chaud contre mon oreille me donna quelques frissons dans le ventre.
-Tu m'appartiens. A moi et personne d'autre, susurra-t-il d'une voix qui me fit fondre sur place.
L'homme requin lâcha mes poignets et s'éloigna sans un mot de plus. Je le regardai partir, encore sous le choc. Chaque parcelle de ma peau qu'il avait touchée me faisait souffrir. Comme des centaines de petites brûlures qui me recouvraient. Ses mots se répétaient en boucle dans ma tête sans jamais s'arrêter. Et le pire, c'est que je ne comprenais absolument pas le sens derrière ses paroles. Mais qu'est-ce que ça voulait dire ? Il m'avait déjà dit ce genre de chose auparavant mais ça n'avait jamais été aussi direct. Je grimaçai. C'est étrange, je sens toujours ses mains sur moi. Ça me colle à la peau, ça ne veut pas s'en aller. Je fronça les sourcils et pénétra dans la chambre luxueuse du requin scie, avant de me diriger vers la salle de bain. J'avança d'abord de quelques pas prudents sur le carrelage froid puis marcha en harmonie avec l'image se reflétant dans le miroir contre le mur vers une gigantesque baignoire blanche trônant au fond de la petite pièce. Je fis entrer un doigt dans l'eau chaude qui la remplissait et ôta mes habits avant de me glisser à l'intérieur. La baignoire était définitivement trop grande pour ma taille mais ce n'était pas dérangeant, ça me faisait plus d'espace à vrai dire. Soudain, la porte s'ouvrit. Je plongea tout mon corps sous l'eau et entra en apnée.
-Trop tard, je t'ai vue.
Mon visage émergea de l'eau presque brûlante.
-C'était mon bain, tu le savais ?
-Je crois que je m'en doutais.
-Alors je devrais prendre ça comme une avance de ta part ? ajouta-t-il avec un sourire en coin de séducteur.
Il fait comme s'il ne s'était rien passé, ça ne m'étonne pas. Je croisai mes bras sur ma poitrine généreuse, cherchant tant bien que mal à dissimuler mon corps nu sous l'eau. Il vint près de la gigantesque baignoire et j'eus un frisson de peur.
-S'il te plaît Arlong, j'ai besoin de rester seule.
-Et si tu me disais la vérité plutôt ?
-Vois pas de quoi tu parles, rétorquai-je sans lâcher son regard insistant.
Il s'assit sur le rebord de la baignoire et passa sa main sous l'eau. La douce peau lavande caressa lentement ma nuque, précisément à cet endroit-là.
-Tu te sentais incapable de laisser un autre te toucher.
-Oui, parce que c'est toi que j'aime. Et alors ? C'est si compliqué pour toi d'accepter qu'un être humain puisse avoir des sentiments pour un homme-poisson ?
Je plongea une partie de mon visage, de mon menton jusqu'à mon nez, sous l'eau et regarda en fronçant les sourcils les petites bulles remonter à la surface, assez contrariée. L'homme requin plissa les paupières d'un air absent.
-Tu te demandes pourquoi j'ai claqué la porte ?
-Oui… marmonnai-je d'une petite voix timide.
-J'avais pensé à ce que Tiger voulait que je fasse.
Mes yeux s'écarquillèrent à l'entente de ce nom qui évoquait toujours en moi des souvenirs.
-Qu'est-ce qu'il voulait ? m'empressai-je de demander.
-Que je prenne soin de toi.
-Et tu lui as dis quoi ?
-Que tu ne comprendrais pas mes intentions à cause de ta nature. Que de toute façon tu finirais par me détester, mais que je le ferais. Aniki t'appréciait énormément même si tu n'étais qu'une humaine.
Je me recroquevillai un peu plus contre la paroi blanche et il poursuivit.
-Et maintenant, tu penses qu'il se passera quoi ?
-J'en sais rien, tout dépends de toi, Arlong. Moi je suis sûre de ce que je ressens, et toi ?
Il retira sa main ruisselante de ma nuque, le regard soudainement vide d'émotion.
« Les humains n'ont pas la même vision des choses. Leurs sentiments ne sont pas sincères. Il leur suffit de n'importe quoi pour changer d'avis, comment leur faire confiance ? C'est qu'une bande de matérialistes ! Jamais une humaine ne pourra passer ses bras autour du cou d'un homme-poisson. Nous sommes deux espèces que tout oppose. »
L'homme requin se leva brusquement du rebord de la baignoire et recula.
-Arlong ?
-Tu parles ouais ! Pour vous les sentiments ça se mesure au nombre de berrys en poche !
-Hein ? Mais pourquoi tu dis ça ? m'inquiétai-je.
-Tu voulais savoir si ce n'était que physique à mes yeux, mais c'est pour toi que ça l'est ! cria l'homme-poisson, fou de rage.
Je ramassai en vitesse la grande serviette blanche sur le carrelage et l'enroula autour de mon corps dégoulinant d'eau avant de quitter le bain désormais tiède. La haine profonde dans son regard m'effrayait, autant que ses muscles contractés et ses poings serrés de colère.
-Réfléchis un peu gamine ! T'as déjà vu un seul être humain qui ne méprise pas mon peuple ? Me fais pas croire que t'es différente, parce que c'est pas le cas !
-Je t'aime Arlong.
-Tais-toi !
-Je t'aime, répétai-je encore.
La grande main palmée saisit violemment ma gorge, puis la relâcha aussitôt.
-Vas-t-en… J'avoue que c'était drôle au début, mais tu me lasses.
Le monde sembla s'écrouler autour de moi.
-Qu… Qu'est-ce que t'as dit ?!
-Que tu me lassais. Tu t'attendais à quoi ? Je n'ai aucune raison d'aimer une fragile humaine.
L'homme requin esquissa un sourire empreint de supériorité et s'en alla. Mon cœur tremblait, j'éclatai en sanglots et laissa mes genoux de coton fléchirent. Les larmes qui glissaient le long de mon visage ne voulaient pas s'arrêter. Il s'est fichu de moi ! Je pris mon visage trempé entre mes mains prises de tremblements. Pourquoi il me fait ça ? Mais qu'est-ce que je lui ai fait pour mériter ça ?!
« Réfléchis idiote. Tu n'étais qu'une petite poupée à ses yeux, juste là pour décorer et l'amuser. On n'a pas de sentiment pour un jouet et il n'en avait aucun pour toi. »
Merci d'avoir lu !
Ben quoi ? J'ai jamais dit que vous ne me détesteriez pas à la fin du chapitre ^^
Une review s'il vous plaît ?
