Bonjour/Bonsoir !
Bizarre, c'est seulement maintenant que je me rends compte que j'ai dépassé la barre des 10 chapitres. Je croyais que j'en serais pas capable et me voilà déjà au quinzième, c'est définitivement très étrange ^^
Merci pour ta review Lola (ou Sharon...), ça me fait plaisir de savoir que tu lis mes fics :D
Bonne lecture !
Chapitre 15 : Pourquoi tu mens ?
L'être humain. Toujours matérialiste, avide, cruel et sans cœur paraît-il. Des personnes odieuses évidemment et sans exception. C'était une vérité générale pour lui. Enfin… générale à une exception près. Elle, cette humaine bien plus jeune que lui. Le genre de fille que tout le monde trouve sympathique au premier abord et qui aime rendre service. Il se doutait bien que ce n'était qu'un faux semblant car après tout, les humains sont naturellement doués lorsqu'il est question de jouer la comédie. Sauf qu'elle, elle était sincère dans tout ce qu'elle disait au point qu'elle n'arrivait presque pas à mentir. Il trouvait amusant de l'embêter chaque jour, voir jusqu'où elle était prête à aller pour prouver sa bonne volonté.
Et malheureusement, elle était tout le contraire de ce que son espèce lui avait montré par le passé. Elle différait d'eux en tout point et il commençait sérieusement à se demander si elle était vraiment de cette satanée race. La dernière chose qui l'avait fait changer d'avis sur cette humaine, c'était cette horrible manie qu'elle avait de toujours s'inquiéter pour lui et chercher sans cesse à savoir ce qui pourrait l'énerver ou lui faire plaisir. Mais quelle humaine s'inquiéterait des besoins d'un homme-poisson sérieusement ? Limite s'il aurait préféré voir du dégoût dans son regard plutôt que cette affection qu'elle lui portait aveuglément. Et pourtant il n'avait hésité une seule seconde à saisir cette chance donnée de la faire sienne. Mais elle semblait si fragile entre ses bras qu'il pensait parfois que ce n'était pas sa place, qu'il lui fallait un de ses congénères. Là aussi, elle lui a prouvé le contraire.
Les mots de cette femme avaient toujours un impact fort sur sa façon de penser. Tout ce qu'elle disait ne coïncidait pas avec ce qu'il croyait savoir des humains. Son frère de cœur avait encouragé ce changement et l'avait incité à faire le premier pas. Ce n'était vraiment pas facile pour lui d'accepter qu'une femme humaine arrive sans problème à le satisfaire pour pas grand-chose mais ce n'était quasiment rien comparé à ce qu'il ressentait en sa présence. C'était quoi au juste cette chaleur dans sa poitrine lorsqu'elle cherchait à le séduire ? Sans mentir, il s'était persuadé que ça n'avait aucune importance, qu'il devait simplement faire comme s'il ne ressentait rien pour elle et qu'ainsi tout irait pour le mieux.
Mais l'humaine ne savait pas être si insensible, elle. Et voilà le résultat. Il se retrouve coincé entre la haine viscérale qu'il porte à son peuple et de stupides sentiments qu'il n'arrivait juste pas à contrôler. Situation presque risible s'il ne s'en voulait pas autant de l'avoir blessée ainsi. Même si c'était uniquement pour son bien, c'était trop cruel de lui parler comme ça et maintenant il le regrettait amèrement. Alors il restait là, assis sur ce gigantesque lit aux draps ocre, à regarder cette porte close. Mais diable pourquoi avait-il fallu qu'il lui balance cette horreur en pleine figure ?! L'homme requin lâcha un long soupir désespéré avant de se passer la main sur le visage.
« Elle va te haïr comme elle aurait dû le faire depuis le début et tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même. Excuse-toi auprès d'elle, dis-lui tout ce que tu ressens.
-Non, je peux pas…
-Trouillard. Imbécile. Femmelette.
-La ferme bordel ! »
Il se donna une petite gifle mentale et haussa les épaules sans jamais lâcher du regard la porte toujours fermée. La poignée s'abaissa lentement, il sursauta. La jolie brune vêtue uniquement d'une courte robe noire moulant ses formes avantageuses, avec un voile noir tombant à ses chevilles, ne lui prêta pas même un regard. Il crut qu'elle s'avançait vers lui, mais elle partait seulement récupérer son sac en toile, qu'elle jeta sur son épaule. Il eut un pincement au cœur en constatant ce masque de froideur qui recouvrait ce visage d'habitude si souriant, si naïf. L'homme requin se leva du lit et approcha la jeune femme qui fit mime de ne pas remarquer sa présence. Il enroula lentement ses bras autour de la fine taille, la sentir frémir contre son torse et bien qu'elle soit dos à lui, il l'imaginait déjà se mordre la lèvre, retenir ses larmes. Le requin ne savait absolument pas quoi il lui dire et au moment où il ouvrit la bouche, elle se dégagea de son étreinte.
-Je méprise les gens comme toi, Arlong la scie.
Et elle claqua la porte sous ses yeux. Il lâcha un grognement énervé et donna un grand coup de poing dans le mur qui se fissura lentement autour des traces de l'impact. L'homme requin commença à tourner en rond et faire les cent pas dans toute la pièce, tel un fauve enragé derrière les barreaux qui se resserraient autour de lui.
« Mais pourquoi tu t'es pas excusé ?! Tout ça pour une putain de fierté ? Imbécile ! Elle vaut plus que ta fierté, dix fois plus ! »
Il frappa le pauvre mur une seconde fois, histoire de calmer ses nerfs. Le coin droit de sa bouche s'abaissa lentement en une grimace colérique. Son regard se porta alors sur la minuscule tache foncée qui se démarquait des draps ocre. Avait-elle… versée une larme ? Un petit bracelet au sol attira son attention. Il était entièrement fait d'argent et resplendissait à la lumière du jour. Elle y attachait une grande importance, mais il ignorait pourquoi. Le requin se dit que l'accessoire était sûrement tombé de son sac par inadvertance, et qu'il le lui rendrait une autre fois.
Il ouvrit la porte… la défonça plutôt, et marcha quelques instants à travers les larges couloirs de son navire. Où allait-il ? Hé bien, en toute logique et conscience de la situation, ce serait vers elle. Mais plusieurs raisons l'y poussait et l'en empêchait. Comme par exemple le fait qu'un membre de son équipage veuille du mal à la petite humaine et l'ait provoqué. Autant il comprenait que cette fille agace le monde mais qu'on le menace de la lui voler, à lui, le capitaine, ça c'était une toute autre histoire. Il n'était clairement pas du genre à se disputer une femelle mais là, il était question de la sienne et non, impossible de la partager. L'homme requin roula des épaules avec un bruyant soupir, sans lâcher du coin de l'œil la bouteille d'alcool sur le comptoir. Puisqu'il était si bien parti, autant finir bourré se dit-il. Il retira la petite capsule servant de couvercle et s'en servit un verre. Le barman l'interpella, en frottant les larges écailles grisâtres qui recouvraient ses bras fins.
-Tout va bien capitaine ? Vous ne devriez peut-être pas boire en pleine journée…
-Est-ce qu'à un seul moment j'ai demandé de ton avis ?!
-Non, bien sûr que non…
L'homme-poisson baissa les yeux et continua d'astiquer le verre entre ses mains sous le regard insistant de son capitaine qui apparemment, était décidé à oublier ses responsabilités et préférait se soûler à la place. Bon, il fallait avouer qu'il ne prenait quasiment jamais de temps pour lui mais là c'était définitivement sur un coup de tête, attitude qui ne lui ressemblait pas. Même s'il paraît très impulsif la première fois, c'est quelqu'un qui réfléchit énormément aux conséquences. Ou du moins, lorsqu'il est question de son équipage et ses ambitions. Le reste il s'en contrefout.
Petit à petit le comptoir se recouvrait de verres, souvent encore à moitié plein, et chaque dernière goutte de son saké n'en devenait qu'une douleur rajoutée à l'acide qui lui brûlait la gorge. Il but d'une seule traite le nouveau verre qu'on lui proposait et grimaça, avec un petit ricanement discret.
-Hé… Je suis le capitaine hein ?
-Il me semble que oui, répondit poliment le barman, bien qu'il appréhendait la réaction de l'homme requin.
Et il n'avait pas tout à fait tort. Arlong donna un grand coup sur le meuble, qui en vacilla tandis que les bouteilles se renversèrent.
-Et si je suis le capitaine, pourquoi j'ai pas tout ce que je veux hein ?!
-Je ne comprends pas.
-Elle devrait déjà être à moi ! C'est MON humaine !
L'homme-poisson posa sa main refermée contre ses lèvres, étouffant ainsi un petit éclat de rire. Il reposa le verre et le chiffon blanc entre ses mains pour s'accouder au comptoir.
-On respecte les règles capitaine, "pas touche aux femelles des autres". Aucun d'entre nous n'oserait poser la main sur elle.
-Pas si sûr…
-Oh, vous faites allusion à Sean ?
Il hocha la tête avec un sourire en coin reflétant quelques envies meurtrières.
-Mais Sean est en quelque sorte une exception, vous le savez. Il a grandi près des humains alors j'imagine que votre amie doit lui plaire en quelque sorte.
Le capitaine arqua un sourcil mécontent.
-Dans le sens amical bien sûr, s'empressa d'ajouter le barman.
-Ben voyons…
L'homme-poisson expira lentement, rassuré d'avoir échappé à un excès de colère imminent. Il déboutonna légèrement le col de sa chemise blanche et en retroussa les manches jusqu'à ses coudes d'écailles grises. Sean n'avait jamais été très apprécié en dehors de l'équipage à cause de sa ressemblance avec les humains. C'est extrêmement rare mais malheureusement, il arrive qu'un homme-poisson naisse sans beaucoup de caractéristiques propres à son espèce. Pas de rostre ni d'ailerons, ou tentacules et queues de poissons, juste des dents aiguisées, une couleur de peau contraire à celle des humains et des branchies.
C'était aussi le cas du barman. De la tête aux pieds, il n'était recouvert que d'écailles grisâtres avec parfois des nuances plus ou moins prononcées, et possédait des mains palmées. Ses longs cheveux blonds étaient attachés en une queue de cheval plus ou moins haute qui lui pendait dans le dos et une petite mèche sur son front. Les branchies proches de son cou n'étaient quasiment pas visibles mais on les devinait tout de même par ces fines ouvertures sombres sur sa peau écailleuse. Ce genre de chose valait toujours quelques moqueries durant l'enfance puis à l'adolescence, quand les différences devenaient plus flagrantes, c'en devenait une douleur constante. Mais c'était aussi ce rejet intérieur qui avait permis aux deux hommes-poissons de se rencontrer, Sean et Tao. Ils s'étaient tout de suite trouvés des points communs et étaient devenus bons amis, jusqu'à choisir la même voie et rejoindre ensemble l'équipage d'Arlong. Mais aujourd'hui, qu'en était-il de cette belle amitié ?
Un ricanement sournois s'échappa des fines lèvres. Il se laissa tomber, tout sourire, sur son lit collé au mur. La petite pièce ne contenait que deux lits, installés parallèlement et leurs draps tous deux défaits. Des vêtements froissés recouvraient le plancher, ainsi que quelques morceaux de papiers par-ci par-là. Le barman soupira d'un air exaspéré en constatant l'état de la chambre.
-On s'était arrangés pour que tu nettoies notre cabine aujourd'hui. Je me trompe ? lança-t-il d'un ton calme et sévère.
-Ah. Mais j'étais occupé tu sais… Et puis franchement Tao, c'est pas si sale que ça !
-Impossible de te faire travailler hein…
L'homme-poisson soupira encore, bras croisés sur son torse musclé. Une main rouge pâle saisit son poignet et l'entraîna sur le matelas. Il s'assit à côté de son ami.
-Viens ! J'ai plein de choses à te raconter ! s'écria-t-il en trépignant d'impatience.
-Quoi donc ?
Sean esquissa un grand sourire.
-Mon plan fonctionne à merveille !
-Oh, tu veux dire que…
-Yes ! La petite poupée et le capitaine ne se reparleront pas de sitôt et pendant ce temps, je l'aurais pour moi seul !
Le barman se rembrunit.
-Tu ne devrais pas faire ça Sean. J'ai laissé passer pour ces femmes… ces prostituées à qui tu as fait du mal mais le jour où ils apprendront pour tes actes, je ne serais pas de ton côté.
-Ouais je sais ! Mais c'est tellement drôle !
-Le meurtre n'a rien d'une blague, reprit sérieusement Tao. Laisse cette humaine tranquille sinon tôt ou tard, tu te feras démasqué.
-T'inquiètes pas pour ça ! Je gère !
Le blond fronça les sourcils d'un air soucieux.
-Tu sais s'ils ont gardé les corps ?
-Nan, ils les ont balancés à l'eau ce matin. N'empêche qu'elles étaient très divertissantes ces humaines… Mais c'est pour ça que je les aime tant ! s'écria-t-il joyeusement.
-Hé bien celle du capitaine tu n'y toucheras pas. Parce que si tu oses Sean, il va te tuer mais avant, je sais qu'il te fera souffrir.
L'homme-poisson passa un bras couleur corail autour des larges épaules de son compagnon.
-Je t'apprécie vraiment Tao. Pendant toutes ces années tu es le seul qui ne m'a jamais laissé tomber mais, celle-là, je ne peux vraiment pas passer à côté tu comprends…
-Mais pourquoi tu insistes ? C'est une humaine comme les autres, la tuer ou la mutiler ne t'apportera rien de plus.
-Tu ne comprends donc pas ?! Tiger ne l'avait pas choisie pour rien ! Et le capitaine non plus !
Tao conserva tout son calme et s'écarta légèrement du brun, le repoussant de sa main écailleuse.
-Explique-moi.
-Je ne sais pas encore quoi, mais cette fille a forcément quelque chose de spécial ! Parce que déjà, Tiger ne gagnait absolument rien en la prenant parmi nous et deuxièmement, Arlong hait les humains…
Tout se mit en marche.
-…et pourtant il a juré sur son honneur qu'il la protègerait. Tu ne me diras pas que c'était normal hein ?
-Tiger a eu pitié d'elle et Arlong a seulement promis parce que c'était justement Tiger qui le lui demandait. Voilà une explication logique à tout ça mais l'humaine est loin d'être spéciale alors oublie-la.
Sean grimaça et sa bouche se tordit légèrement de colère.
-Mon humaine elle a un nom ! C'est Mako ! cria-t-il avant de claquer brusquement la porte.
Le bruit résonna dans le couloir. Il soupira longuement. Personne n'était apte à le comprendre apparemment. Il a ses raisons pourtant et puis, ce n'est pas comme si ses intentions envers elle étaient mauvaises. Tout le monde a le droit d'aimer les belles choses, se disait-il.
Un léger frisson me parcourut de la tête aux pieds. J'étais accoudée à la rambarde du navire depuis déjà une heure, à regarder l'océan. Et en faisant ça, je me dis que ce serait bien parfois si on pouvait tout abandonner, partir loin, changer pour toujours. Et d'un autre côté, je trouve ça égoïste. Mais je me sens si mal… et je me sens le haïr, très lentement mais sûrement. Au moins, ainsi, je suis sûre que plus jamais je n'aurais à souffrir. Non, plus aucun homme ne pourra me faire souffrir.
J'entendis au loin une voix m'appeler. Je tressaillis un court instant, jusqu'à la reconnaître et me retourner.
-Salut Sean…
-Oï Mako ! Tu tires la tronche ou quoi ? C'est ma faute ? s'inquiéta l'homme-poisson en collant presque son visage au mien.
Je reculai avec un mince sourire.
-Hum… Non, enfin pas vraiment. Je pense partir, c'est tout.
-Hé ?! Mais pourquoi ça ? Tu peux tout me dire Mako-chan, je suis là pour toi !
Le grand sourire plein de vitalité du brun me rassura énormément. Il prit gentiment ma main et la serra dans la sienne.
-Il n'a pas besoin de moi de toute façon. Lui il est capitaine, et moi je ne suis… qu'un petit bout de quelque chose. J'ai plus rien à faire ici.
-Non ! Reste pour moi Mako ! On est amis, tu te souviens ?
-Le prends pas mal, mais on se connaît depuis à peine quatre jours.
Si l'homme-poisson se sentait vexé, alors il ne le montra absolument pas. Le joyeux sourire s'éteignit seulement un peu.
-Tu serais vraiment prête à partir, te retrouver sans rien ?
-J'ai déjà tout perdu c'est différent.
-Comme tu voudras… mais je veux au moins t'aider une dernière fois.
J'arquai un sourcil curieux.
-Et comment tu comptes t'y prendre ?
-Là où on va, il y a pas mal de commerces. Je t'aiderais à trouver un bon job !
-C'est gentil de ta part, murmurai-je avec un mince sourire.
Sean enroula son bras corail autour de mes épaules et je laissai reposer ma tête contre son torse.
-Excuse-moi pour ce que j'ai dit. Même si on se connaît depuis peu de temps… je t'apprécie déjà.
-Ouais, moi aussi.
Il me serra affectueusement contre lui. Je le laissai faire… et je ne savais même pas pourquoi. Envie de combler ce vide dans mon cœur peut-être. Tout à coup, je sentis comme une certaine peur en Sean. Alors qu'il commençait à s'écarter lentement de moi, son corps se retrouva projeté au centre du pont. Une coulée de sang se déversa sur le pont et il essuya sa bouche salie sans jamais lâcher du regard le géant entre nous.
-Toi tu ne la touches pas ! hurla-t-il.
L'homme requin tituba vers lui, saisit le col de son t-shirt et le souleva sans mal. Il semblait complètement soûl mais avait encore assez d'esprit pour faire ça. Lentement, une petite foule bruyante en guise d'arène se forma autour des deux hommes. Porté par les cris de son équipage, Arlong se mit à frapper Sean. Je regardais, avec dégoût, cet affreux spectacle. Smack et Kuroobi se détachèrent de la foule pour agripper chacun un membre de leur capitaine.
-Calme-toi Arlong ! cria Smack.
Il repoussa violemment les deux hommes-poissons et serra la gorge corail entre ses doigts reliés de palmes. Le crâne de Sean se retrouva brusquement plaqué contre le grand mât au centre. Le visage ensanglanté du brun me faisait tant de la peine, et je me sentais si coupable.
-Tu veux mourir c'est ça ?!
La voix de l'homme requin sembla provoquer une source d'excitation chez l'équipage, qui réclamait maintenant un combat. J'eus un frisson de peur en les voyant crier comme des bêtes. Seuls certains gardaient encore la tête froide et ne se laissait pas emporter par cet excès de rage. La prise d'Arlong se resserra sur la gorge de Sean, en même temps que ce sourire meurtrier qui s'agrandissait à mesure que son adversaire vidait ses poumons. C'était trop. Je me fraya un chemin entre les hommes-poissons et accourus près d'eux. Il n'eut pas le temps de se retourner que, trop tard, un pistolet à silex était pointé vers sa tempe.
-Laisse-le. Il n'y est pour rien.
Sean tomba au sol et cracha une bouffée de sang, mêlée à une dizaine de toussotements douloureux. Je gardai l'arme en direction de l'homme requin, et retira le cran de sécurité.
-Je vais m'en aller Arlong. T'entends ? Je dégage, alors ne fais pas ça.
-Sinon quoi ?
-Je te tue. Ou alors tu ne m'en crois pas capable ?
Il esquissa un mince sourire qui dévoila ses dents aiguisées.
-Même les gamines grandissent en fin de compte…
-Ben tu vois ? J'ai changée. La fille qui ne pouvait compter que sur les autres n'existe plus, elle est morte, crachai-je en fronçant les sourcils.
Je rengainai mon pistolet à silex et tout comme lui, j'esquissai un mince sourire. Le mien était fourbe, le sien peut-être sincère.
-Mais toutefois, prononçais-je d'un ton ironique, je devrais sûrement t'en remercier. Alors merci Arlong de m'avoir brisé le cœur. Après tout, ce n'était que du positif pour nous deux. J'ai pas raison ?
Son visage se rembrunit soudainement lorsqu'il constata les larmes de rage perlant à mes yeux. Je me pinça la lèvre inférieure et tourna mon regard vers Sean. Un grand homme-poisson à la peau d'écailles grisâtres et aux longs cheveux blonds l'aidait à se tenir debout. La foule se dissipa lentement, et ne resta plus que nous quatre. Le regard noir d'Arlong sur Sean m'intriguait. C'est moi qu'il devrait regarder comme ça, pas lui. Je posai une main sur la large musculature de l'homme requin pour attirer son attention.
-Il n'a rien fait de mal, alors laisse-le.
-C'est pas à toi d'en décider, rétorqua-t-il froidement.
-S'il… s'il te plaît. C'est la dernière chose que je te demande.
Je ferma lentement mes paupières en voyant son bras se lever, et fût soulagée en sentant sa peau caresser ma nuque. J'ouvris les yeux, remarqua son expression douloureuse. Je pris ça comme une blague. Pourquoi une telle expression ? Il ne regrette pas ses paroles, alors pourquoi ? Je m'écartai de sa main, de ses douces caresses qui étaient pour moi des brûlures. Un faible sourire s'imprima sur mon visage tandis que Sean et l'autre homme-poisson quittaient le pont. Plus que nous deux.
-Pourquoi tu l'as frappé ? osai-je enfin demander.
-Pas tes affaires.
-Est-ce que, par hasard, ça te dérange qu'un autre homme me touche ? lançai-je d'une voix faussement innocente.
Ses dents grincèrent.
-Hm, je vois pas pourquoi ça me dérangerait, mentit l'homme-poisson.
Ce fut à mon tour de grincer des dents.
-Exactement. Alors ne te mêle plus jamais de ma vie, car tu n'en fais plus partie désormais.
Je tourna les talons et rejoignit Sean et l'autre. Les deux hommes-poissons descendirent au niveau des dortoirs. Je pénétrai derrière eux dans une petite chambre de deux personnes si j'en jugeais au nombre de lits. Ils s'assirent sur celui de droite et moi en face. Sean eut un triste sourire sur ses lèvres déchirées.
-Ne me regarde pas comme ça Mako, j'ai l'impression d'être déjà mort ! ricana-t-il malgré cette douleur qu'il peinait à cacher.
-Je suis désolée… c'est encore ma faute.
Alors que je me levais, il attrapa ma main. L'homme-poisson à côté de Sean fronça les sourcils.
-Hé, promets-moi que cet après-midi, on ira en ville tous les deux Mako-chan.
-T'es pas en état.
-Promets-le !
-C'est d'accord... cédai-je en haussant les épaules.
Le brun esquissa un faible sourire et pointa du doigt la tête de l'homme à côté de lui.
-Je te l'ai pas présenté ! C'est mon ami, Tao !
-Enchanté… murmura le dénommé Tao d'un air absent.
-Enchanté, moi c'est Mako, répondis-je poliment.
Il me semblait être quelqu'un de vraiment calme et discret. Je me demandais tout de même s'il arrivait à supporter les bavardages incessants de Sean parce que, c'était comme même quelque chose de finir une conversation avec lui. Je me leva du lit et leur adressa à chacun un petit signe de tête avant de sortir. Ma main vint se poser lentement sur l'arme à ma cuisse. J'avança prudemment dans les nombreux couloirs et me planta face à une grande porte, que j'entrouvris d'abord, avant de me glisser à l'intérieur. Un bruit me stoppa nette dans mon avancée. Je dégaina le pistolet en vitesse et le pointa sur la tête du perturbateur.
-Heu… c'est le bureau du capitaine, vous ne devriez pas être ici, balbutia le pauvre homme-poisson.
Malheureusement pour lui, il s'est retrouvé là au mauvais moment.
-Mains sur la tête. Je ne fais que récupérer ce qui m'appartient.
Il m'obéit en silence. Je vins près de lui, tapota ses côtes, ses jambes et le poussa contre le mur, dos à moi.
-Qu'est-ce que tu fais ici ? lui demandai-je d'une voix glaciale.
-Je devais chercher le… la dernière fiche de compte pour Arlong-san.
-D'accord. Et t'as pas vu un bracelet ?
-Un quoi ?
Je soupira d'un air exaspéré et tapota nerveusement le sol du pied.
-Un bracelet ! Je cherche un bracelet !
-Je rêve où vous êtes prête à me tirer dessus pour une babiole ?!
-J'ai pas de temps à perdre alors tu vas répondre à ma question !
-J'ai rien vu.
Il retourna légèrement sa tête vers moi, pour me regarder par-dessus son épaule. Je partis fouiller les tiroirs du grand bureau au fond tout en gardant un œil sur l'homme-poisson, mais ne trouva rien d'intéressant.
-Il l'a peut-être gardé sur lui, songeai-je à voix basse.
Il y eut une légère secousse et la voix de mon pseudo prisonnier troubla ma réflexion.
-Je peux m'en aller maintenant ? On vient sûrement d'accoster et j'ai quelques courses à faire...
-Je te retiens pas, ricanai-je avec un demi-sourire.
L'homme-poisson ne semblait pas m'en vouloir car il me rendit mon sourire et s'en alla. Mon talon tapa violemment contre le sol. J'espère au moins qu'il a l'intention de me le rendre, le contraire serait plus que problématique. Je fis claquer ma langue contre mon palais d'un air contrarié et remonta quelques petites paires d'escaliers jusqu'au pont du Superb Shark.
Une immense île recouverte de maisons, quartiers commerciaux et autres bâtiments se dressait face à nous. L'équipage fit descendre une passerelle du côté des quais tandis qu'un groupe se rassemblait au bout du bateau. Je distinguais parmi eux, en leur centre, le visage d'Arlong. Il donnait certainement les instructions à ses hommes. Toute l'attention était portée sur l'homme requin. J'en profitai pour saisir mon sac et descendre la passerelle à toute allure. Pas loin de moi, juste après la petite plage, commençait déjà les rues marchandes. Je m'y engagea et disparus entre les passants et la foule.
Merci d'avoir lu !
Attention prochain chapitre je rajoute encore un nouveau personnage (inventé) et j'espère que son caractère vous plaira.
Dites-moi ce que vous avez pensé de ce chapitre ! C'est dans le petit carré juste en dessous ;)
