Bonjour/Bonsoir !

Et bonne année 2015 !

KinderSa : Merci beaucoup, ça me fait vraiment plaisir ! Pour le lemon je ne sais pas. Je n'en ai jamais écrit mais c'est une bonne idée, j'y réfléchirais ;)

naoli : Salut ! Merci pour ta review, j'espère que la suite te plaira :)

Bonne lecture !


Chapitre 16 : Un voleur dans la partie, mauvaise idée ?

« Ils sont deux.

-Qui ?

-Ils sont deux. L'un possède un visage d'ange, unique camouflage de son cœur cruel. Et l'autre ne ressent qu'une profonde pitié, pauvre de lui et sa gentillesse. Mais je préfère te le dire quand même, la mort d'un de ces êtres arrivera.

-C'est nécessaire ?

-Pour la paix. Parce qu'un ange devenu fou est le pire des ennemis. »

Je poussai les deux battants de bois, et pénétria dans l'auberge qui servait aussi de bar, suivie par Sean. Les grands rires des hommes parvenaient de chaque coin de la salle et de toute table. Je ne voyais là que des pirates, des ivrognes ou de pauvres types qui ne savaient même pas ce qu'ils faisaient encore ici. Je m'installai au comptoir avec l'homme-poisson à mes côtés, pas loin d'une étrange personne dont la moitié du visage était couverte par une large capuche noire sur la tête, ainsi qu'un tissu sombre enroulé autour de sa bouche et son nez. L'homme lisait un journal, et ne touchait pas au verre de saké encore plein sous ses yeux. Je m'accoudai au grand meuble et appela le barman, un petit homme grassouillet à l'air jovial.

-Vous désirez mademoiselle ? ricana-t-il de sa voix enrouée.

-Non, je ne veux rien. C'est pour un travail en fait.

Ses yeux fins s'agrandirent soudainement.

-Ah bah vous tombez à pic mam'zelle ! On manque de main d'œuvre ces temps-ci ! s'écria-t-il en joignant ses deux mains.

-Vraiment ? Et quand pourrais-je commencer ?

-Mais tout de suite ! Tout de suite ! Suivez-moi, je vais vous donner un uniforme et on discutera de vos horaires !

Je me tournai vers Sean.

-La chance est avec moi on dirait.

-Tu vas vraiment me manquer Mako-chan…

Je lui lançai un faible sourire et m'apprêtai à suivre le barman lorsqu'une main saisit mon épaule. Je me retournai brusquement et vis l'inconnu masqué de tout à l'heure. Sa voix un peu cassée et très virile me donna des frissons.

-J'ai une meilleure offre à vous proposer.

Sean fronça les sourcils, visiblement pas convaincu.

-Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en croisant les bras sur son torse d'un air méfiant.

-Parlons-en dehors.

Nous suivîmes cette silhouette dont on devinait la carrure imposante malgré la longue cape noire qui la recouvrait. Il nous amena dans une petite ruelle sombre, à l'écart des magasins et des bruits de la société. Un frisson me parcourut les jambes, il retira sa capuche et abaissa sur sa gorge le tissu noire qui couvrait son visage. Un sourire mutin se forma sur les deux lèvres légèrement pincées, tandis qu'un grand homme musclé et bien bâti se révélait à nous. L'inconnu arborait une barbe de trois jours très virile, avait de courts cheveux blonds cendrés, ondulés aux pointes, et deux grands yeux noisette qui possédaient une étincelle de séduction dans le regard. Il tendit la main vers moi.

-Enchanté ma belle, je m'appelle Dante, se présenta-t-il.

-Et je suis Mako.

L'homme sembla détecter la méfiance dans ma voix. Il leva légèrement ses mains en l'air, avec un faible sourire.

-Ne vous inquiétez pas je ne suis pas armé ni dangereux. Mais toi mon chaton, je vois que tu possèdes un joli pistolet.

Je suivis son regard dirigé vers l'arme à feu sur ma cuisse et posai la main dessus, comme une mise en garde. L'homme-poisson derrière moi approcha discrètement sa bouche de mon oreille.

-Ce type est bizarre Mako, on ferait mieux de s'en aller… murmura Sean.

Je fis mime de ne pas l'entendre.

-Qu'est-ce que vous me voulez Dante ?

-Oh, rien. Je me disais juste qu'une jolie fille comme toi chaton n'avait pas à devenir une vulgaire serveuse. Et d'ailleurs, tu ne serais pas pirate ? Avec des hommes-poissons ?

Mes sourcils se froncèrent. Sa façon de parler et de me surnommer était assez dérangeante mais je n'insistai pas là-dessus.

-J'étais dans un équipage oui. Maintenant je cherche juste un boulot normal.

-Hé bien j'ai quelque chose dans les normes. Si tu veux bien intégrer mon…

-Je ne serais plus pirate, le coupai-je froidement.

-…groupe.

Il eut un petit rire discret et je penchai légèrement ma tête de côté.

-Je vous prenais pour un pirate, pardonnez-moi.

-Ahaha… je ne suis qu'un modeste voleur. J'ai le mal de mer, avoua-t-il en me faisant un clin d'œil malicieux.

-Et donc vous êtes à la tête d'un groupe de voleur ? repris-je avec un gentil sourire, ignorant les petits de Sean dans mes côtes.

Dante posa les poings sur les hanches, comme fier de lui.

-C'est exact mon chaton ! Les Crows, plus précisément. On est quatre hommes au total mais je me disais qu'un cinquième membre ne serait pas de refus. Et de plus, si je peux ramener avec moi une charmante jeune fille…

-Vous me prenez pour qui ?! m'énervai-je en serrant le poing.

-Calme chaton ! Calme ! Je plaisantais juste. T'as tout ce qu'il faut pour nous rejoindre à vrai dire.

Il frotta son menton barbu et me tourna autour, en me dévisageant de haut en bas.

-Un joli petit corps pour appâter les hommes… et un pistolet pour leur loger une balle une dans le crâne. C'est parfait !

-Venez-en au but.

-Les gars de mon groupe sont très expérimentés tu sais, ils volent et tuent sans problème si besoin est. Mais il nous manque un membre féminin, quelqu'un d'assez raffiné pour séduire les riches bourgeois, se faire inviter à des soirées et autres festivités que mène la haute société. Tu serais bien traitée mon chaton. On est un groupe solidaire et les autres sont prêts à t'accueillir comme il se doit.

Je me retournai vers l'homme-poisson derrière moi, qui paraissait de plus en plus triste au fur et à mesure que le blond tentait de me convaincre.

-Merci de m'avoir accompagnée jusque-là Sean. Adieu.

-Fais attention à toi Mako…

Avant qu'il ne s'en aille, je passa mon bras derrière sa nuque corail et l'attira vers moi.

-Ne dis rien à Arlong, il ne doit surtout pas me retrouver.

-Heu… D-D'accord, bégaya le brun.

Je le remerciai encore et il quitta la petite ruelle et je me retrouvai seule, avec Dante. Mon nouveau partenaire. Le voleur remit sa capuche par-dessus ses beaux cheveux blonds et me donna une petite tape sur l'épaule.

-Ravi que tu acceptes mon offre. Je ne voyais pas du tout une guerrière comme toi en tenue de soubrette chaton ! se moqua-t-il gentiment.

-Guerrière ? D'où vous tenez ça ?

-C'est dans tes yeux ma belle, tu te méfies des hommes. Y en aurait-il un qui ai réussi à briser ton cœur et ta confiance ? me questionna le voleur, tout en se rapprochant lentement de moi.

-Mêlez-vous de vos affaires !

-Dans le mille ! s'écria-t-il en tirant la langue.

Je grognai, assez contrariée par la perspicacité du personnage. J'ignore si je fais le bon choix en lui confiant ma vie mais c'est sûrement mieux qu'une espèce de comédie tragique. Sans demander mon avis, il passa la main droite sous mes fesses, l'autre dans mon dos, et me souleva entre ses bras musclés.

-Hé ! criai-je en voyant le sol s'éloigner.

-Ne me prends pas pour un pervers, j'ai des principes mon chaton ! Jamais je ne touche une femme contre son gré si ce n'est pas nécessaire !

Il reprit son sérieux et tout en regardant le ciel, fit un bond spectaculaire entre les deux façades qui formaient la ruelle abandonnée. Le voleur sautait d'un mur à l'autre, jusqu'à atteindre le toit du bâtiment. Mais où trouvait-il donc une telle puissance ? Je voyais bien son corps d'athlète mais, même un tel homme ne pourrait faire ça. Son sourire de charmeur me ramena sur terre.

-Très belle tenue au passage, me complimenta-t-il.

Je regardai un instant la courte robe noire moulant toutes mes formes et soupira, exaspérée.

-Où est-ce que vous m'emmener ?

-A l'humble demeure des Crows mon chaton, prononça le blond d'un air théâtral.

Je croisai les bras sous ma poitrine et arqua un sourcil mécontent.

-Qu'est-ce que vous avez à m'appeler comme ça ? C'est vraiment bizarre !

-Y fais pas attention, c'est rien qu'une petite habitude. Maintenant allons-y !

Il resserra un peu plus sa prise sur mon corps et s'élança tel un prédateur vers le toit du prochain bâtiment. Mon cœur rata un ou deux battements. Le voleur commença à bondir de toit en toit, sans jamais arrêter sa folle course. Il n'y avait qu'une fraction de seconde entre le moment où il courait et celui où il volait comme un oiseau par-dessus les rues pleines de gens. La souplesse dans ses jambes me surprenait autant que sa vitesse de guépard. Je m'agrippai à son cou en le sentant freiner. Le nuage de poussière devant nous se dissipa, et je découvris un petit entrepôt à l'écart de la ville, en mauvais état mais avec un certain charme, quelque chose d'assez convivial. Le nom « Crows » avait été écrit en gros et à la peinture noire sur la façade du bâtiment. Dante me laissa poser pied à terre et je recouvrai lentement mon équilibre.

-Et la voici, votre humble demeure ? lui demandai-je d'un ton moqueur.

-J'avoue que c'est un peu miteux pour l'instant mais on a pas encore eu le temps de refaire la déco tu vois… Avant on avait un endroit génial, mais il a pris feu.

-Ah bon ? Pourquoi ça ?

-Hum… vous comprendrez en rencontrant les autres.

Voilà qui est bien rassurant. Le voleur pénétra à l'intérieur de l'entrepôt. Je déglutis et emprunta le même chemin que Dante. L'endroit était assez petit, mal entretenu, et personne à l'horizon. Je distinguai tout d'abord les huit gros coffres au fond d'où débordaient des pièces d'or, bijoux et autres accessoires de grande valeur. Quatre hamacs étaient pendus au plafond et les murs portaient des traces de balles et étaient lézardés de petites fissures. Le sol était, quant à lui, quasiment recouvert de magazines, assiettes usagées et vêtements froissés. Un vrai bazar en somme. Mais pas une trace de ces trois autres voleurs.

-Où sont-ils ? m'inquiétai-je en fronçant les sourcils.

-Bien cachés.

A peine eu-je le temps d'en dire plus que le pire arriva.

-SURPRISE !

Mon cœur fit un grand bond. Je tomba par terre sous le choc et serra les dents de colère avant de me retourner vers les trois énergumènes dans mon dos, tous plus étranges les uns que les autres.

-Nan mais ça va pas bien ou quoi ?! J'ai failli faire une crise cardiaque ! hurlai-je en me retenant de sortir de l'étui mon pistolet à silex.

Dante s'interposa entre moi et le petit groupe de voleurs. Il tapa trois fois dans ses mains.

-Du calme chaton ! Ils ne voulaient pas te faire peur, je t'assure !

Je lâchai un grognement et il poursuivit en pointant du doigt un jeune garçon d'une quinzaine d'années peut-être et aux cheveux bleu foncé, soigneusement plaqués en arrière. Le sourire prétentieux qu'il arborait constamment était assez énervant.

-Lui c'est le plus jeune, Nick. Ne laisse surtout pas ce gamin te séduire mon chaton, c'est vraiment un sale gosse quand il s'y met !

Le bleu abandonna ce sourire désagréable pour une expression toute mignonne. Il s'inclina poliment devant moi.

-Pas du tout ! Ne l'écoutez pas mademoiselle, je ne suis qu'un garçon innocent qui aime le corps des femmes !

Dante saisit le col du t-shirt de Nick et l'écarta de moi en voyant les yeux du gamin loucher là où il ne faut pas.

-Bref, passons. Je te présente Pat, lui aussi est plus jeune que moi. E fait, je suis le plus vieux du groupe mais c'est moi le chef après tout. Pat est un véritable génie… dans son domaine du moins.

Sans prévenir, un homme gigantesque et mince comme un coton tige se dressa face à moi. Son crâne dépourvu de cheveux était couvert par un grand chapeau haut-de-forme et il portait autour du cou un foulard rouge un peu froissé. Ses traits jeunes et vifs contrastaient avec sa tête chauve. Le géant était habillé d'une large combinaison kaki, rapiécée de partout, avec de grandes bottes noires qui moulaient ses maigres mollets. Lorsque mes yeux croisèrent les siens, je le vis commencer à sourire et pétiller d'impatience. Il se mit alors à me dévisager de haut en bas.

-Ooh ! Dante ! Merci, elle sera parfaite pour ma nouvelle expérience !

-Elle n'est pas là pour ça. C'est notre…

-Je me demande si je pourrais faire péter cette partie-là, garder le reste pour plus tard, puis lui exploser la cervelle ! Hein ? T'en penses quoi Dante ?

-C'est notre nouvelle coéquipière ! Et range cette bombe !

Je n'avais même pas remarqué, mais l'espèce de savant fou commençait déjà à sortir de sa combinaison une sorte de boîtier noir. Il me donna une petite tape sur la tête avec un sourire d'excuse.

-Hahaha ! J'attendrais ta mort pour t'exploser le crâne ! ricana-t-il gaiement.

-Il voulait dire qu'il avait hâte de travailler avec toi, le corrigea le blond.

Pas si sûre... Un frisson de peur me parcourut le corps. Je crois que je commence à comprendre pourquoi leur ancien QG a brûlé. Avec des tarés pareils tu m'étonnes. Dante saisit délicatement mon poignet et m'amena vers le dernier.

-Et voici Eric ! Pyromane à ses heures perdues, malheureusement pour nous tous.

L'homme face à nous remonta d'un air très professionnel les lunettes d'aviateur sur son nez, jusqu'à ses cheveux d'un roux presque enflammé. Des traces de brûlures marquaient ses avant-bras, ainsi que son visage. Il faisait à peu près ma taille et n'était pas d'une carrure très imposante, sans paraître trop maigre pour autant. Ses grands yeux rouges pétillaient de malice et ce sourire carnassier qui se dessinait sur ses fines lèvres n'arrangeait pas la peur que sa présence engendrait déjà. Tout à coup, il sortit un petit briquet de la poche de son jean noir. Une flammèche apparut, il la regarda quelques instant, avant de se mettre à rire comme un fou.

-Ahaha haha ! Feu ! Feu ! Mets le feu partout ! hurla-t-il en courant dans tout la pièce, son briquet à la main.

Je croisai les bras sous ma poitrine et lançai un regard peu convaincant au blond, qui roula des épaules. Une bande de surdoués on dirait. Mes yeux s'écarquillèrent brusquement lorsque je vis le rouquin enflammer les hamacs. Heureusement, ses deux camarades balancèrent des seaux d'eau dessus à temps. J'imagine que c'est lui, aussi, qui a mis le feu à leur ancien repaire. Dante saisit l'épaule du pyromane et l'amena face à moi.

-N'aie pas peur de lui chaton, il est très amical tant que tu lui donnes sa dose de calmants. N'est-ce pas Eric ?

-Feu… Moi j'aime le feu… marmonna le roux en baissant les yeux, comme un gamin pris en faute.

-Il voulait dire qu'il t'appréciait déjà, reprit le chef des voleurs.

Je lançai un faible sourire à Eric et il retourna près des autres. Visiblement, la seule personne encore saine d'esprit ici, c'est Dante. Et ce dernier n'eut qu'à siffler entre ses doigts, que son groupe se rassembla devant nous. Il passa un bras autour de mes épaules.

-Du calme les gars ! cria-t-il en voyant Eric qui commençait déjà à vouloir brûler la main de Pat car celui-ci lui avait demandé s'il pouvait lui exploser une jambe et voir si l'autre serait encore d'une grande utilité.

Je soupirai, une énième fois, d'exaspération. Comment ces types peuvent-ils être des voleurs ? Il n'y a que leur chef qui semble avoir un minimum de talent dans le domaine ! Le blond tapa dans ses mains et reprit la parole.

-Je vous présente notre cinquième corbeau ! Elle rejoint les Crows ! annonça-t-il en levant les bras en l'air.

Les trois énergumènes laissèrent leurs différents de côté et applaudirent tous de concert. J'eus un petit rire discret. Si c'est le calme qui leur manque, ils ont au moins l'avantage d'être sympathiques et accueillants. Lorsque Eric s'avança vers moi, j'eus presque peur que l'envie lui prenne de me brûler les doigts mais constata qu'il avait jeté son fameux briquet à terre pour ne pas m'effrayer.

-Nom de feu ? Feu a nom ? me questionna-t-il dans un langage que seul son chef comprenait apparemment.

-Il te demande comment tu t'appelles, traduit Dante.

-Ah ! Euh… Je suis Mako.

Soudain, il me prit entre ses bras et me serra contre son torse qui était d'une chaleur presque étouffante.

-Feu de Mako ! cria le voleur.

-Il est obligé de dire « feu » dans toutes ses phrases ?

-Je crois… me répondit le blond.

Je caressai affectueusement la petite touffe presque rouge sous ma poitrine. C'était assez étrange mais il se comportait plus comme un animal de compagnie qu'un homme de son âge. Le rouquin émit un ronronnement de plaisir en frottant sa tête contre moi, sous le regard jaloux de Nick, qui me semblait être un véritable play-boy. Une grande main amicale me tapota l'épaule.

-Bienvenue parmi nous, en espérant que tu te sentes vite chez toi ! lança Dante.

-Ouais… Je pense que c'est déjà le cas, murmurai-je avec un doux regard vers la petite tête sur ma poitrine.

Le voleur esquissa un sourire très chaleureux, que je jugeai comme empreint d'un amour paternel, avant d'aller sermonner Pat et Nick, qui se tapaient dessus pour une histoire de paris apparemment. D'après ce que j'entendis de leur conversation, ils avaient tous les deux misé sur le fait que leur chef ne trouverait personne de convenable pour le poste mais hasard, ils s'étaient tous deux trompés. Lorsque mon petit pyromane, que je commençais déjà à aimer, décida enfin de me lâcher, je posai mon sac dans un coin de la pièce… un qui n'était pas envahi de déchets, et m'assis contre le mur en soupirant de plus belle. Dante s'approcha de moi après avoir calmé ses compagnons, et se laissa lui aussi tomber contre le mur, comme soudainement épuisé.

-Fiou ! Ces idiots me fatiguent vraiment !

-Ils sont très bizarres… mais vous avez de la chance de les avoir, ils vous aiment énormément je crois.

-C'est la première fois qu'on me dit ça, avoua le blond avec un faible sourire.

Le voleur gratta sa mâchoire barbue et plissa lentement les paupières.

-Tu dois sûrement te dire que je t'ai acceptée un peu trop vite mon chaton et que je ne sais rien de toi mais tu te trompes.

-Je n'ai jamais dit que…

-Je sais d'où tu viens ma belle, m'interrompit le géant. Je sais qui tu es.

Mes doigts glissèrent discrètement sur l'étui accroché à ma cuisse.

-Et je sais que pas loin d'ici, y a un homme qui t'attend poupée.

Il croisa les bras sur son torse bombé et un sourire assez prétentieux s'imprima sur ses lèvres.

-Mais ne t'en fais pas chérie, peu importe ce qui arrive mon offre tient toujours. Parce que tu vois, on est comme une famille tous les quatre alors même si tu ne comptes pas en faire partie, tu peux toujours travailler avec nous.

-Merci beaucoup… Mais comment vous avez su ?

-Héhé ! J'ai des yeux et des oreilles partout ma puce !

J'eus un bref sursaut lorsque Dante approcha sa bouche de mon oreille.

-Lorsque le navire à tête de requin s'est arrêté dans les docs du port, c'est là que je t'ai vue t'enfuir. Puis un homme-poisson t'as rejoins et je vous ai trouvés dans l'auberge. T'avais sûrement tes raisons, alors je vais pas te faire la morale comme un vieux loup de mer mais si t'as des trucs à cacher, vaudrait mieux que tu le dises maintenant. Qui est-ce que tu fuis comme ça ? Au point d'intégrer une bande de voleurs dont la moitié sont, je l'avoue, des malades mentaux.

-Vous connaissez Arlong la scie ? Et Fisher Tiger ?

Il pencha légèrement sa tête de côté et frotta son menton barbu, l'air de réfléchir.

-J'ai déjà entendu ces noms-là… Ah ! Les Pirates du Soleil ! Tu en faisais partie ?

-Oui. C'est comme ça que j'ai connu Arlong la scie, qui est lui-même à la tête d'un équipage. Après… certains événements, nous avons eu de nombreux problèmes. Ouais, les problèmes ne faisaient que s'enchaîner. J'ai juste pensé qu'il était temps de mettre un terme à tout ça.

Le voleur me donna une grande tape dans le dos, qui me fit vaciller en avant.

-T'as bien du courage ma petite ! Parce que rejoindre un équipage d'hommes-poissons, ça doit être l'idée la plus suicidaire au monde !

-Vous pouvez parler avec votre bande de fous…

Il eut un éclat de rire tonitruant, et déclara haut et fort que les Crows n'étaient plus quatre à présent, mais cinq. Et les trois voleurs crièrent joyeusement, qu'une sœur serait vraiment bien. Mon cœur se réchauffa un peu plus à leurs paroles. J'ai toujours détesté la solitude. Faire parti d'un véritable groupe, ça pourrait peut-être marcher…

0o0o0o0o0

Un vent frais balaya les cheveux blonds cendrés de l'homme à mes côtés. J'ajustai un peu la grande cape noire drapée sur mes épaules. Des dizaines de bouteilles vides à nos pieds nous contemplaient sous la lune et les étoiles. Nous étions sur le toit de l'entrepôt, le dos appuyé contre celui de l'autre. Epuisés mais encore éveillés.

- Vous les avez rencontrés comment vos trois fantastiques ? demandai-je au voleur sur un ton qui se voulait ironique.

-Je leur ai sauvé la vie. C'étaient tous les trois des sales gosses. Des rebuts de la société. Les gens disaient, que le monde n'avait pas besoin d'enfants comme ça. Je pense que t'as remarqué ça à leurs personnalités mais ils ont tous été traumatisés par quelque chose. Des bombes, du feu, une femme… Il leur est tous arrivé quelque chose à ces pauv' gosses. Même si Pat paraît un peu plus vieux parce qu'il est chauve, il a à peine vingt ans ce gamin. Nick a seize ans, et Eric en a dix-huit.

Je décollai mon dos du sien et me plaçai en face de lui.

-Et vous ?

-Un pauvre voleur de trente-neuf ans. Trop vieux pour toi mon chaton, m'assura-t-il avec un clin d'œil charmeur.

Le sang me monta un peu aux joues. Mais ce n'était que l'effet de l'alcool. Je m'allongea par terre, sur le dos, et regarda les étoiles.

-Dante, vous pensez qu'à cette heure-ci, ils ont déjà quittés l'île ?

Je me mordis la langue. Mais pourquoi j'y pense encore ? Le blond eut un mince sourire.

-Hm, ils sont toujours là. Pat était allé vol… hum… récupérer une livraison cet après-midi dans le port et il m'a dit que le bateau pirate était encore là. Si tu veux mon avis, il ne partira pas avant d'avoir récupéré quelque chose, lança-t-il sur un ton malicieux.

Le voleur me pinça la joue comme si j'étais une petite fille et je fronçai les sourcils, la mine boudeuse.

-Pff ! Jamais je n'y retournerai ! Il avait qu'à s'excuser ce connard ! hurlai-je en brandissant une bouteille, les joues rouges.

-Tant mieux ! Moi ça me fera une peluche pour la nuit ! plaisanta Dante en me serrant contre lui.

-Vous puez l'alcool Dante-san…

-Quelle méchanceté…

Je croisai les bras sous ma poitrine en soupirant et laissa ma tête retomber faiblement contre son épaule.

-Tu sais mon chaton, il n'y a pas de mal à laisser aux gens une deuxième chance.

-Arrêtez, vous ne savez même pas ce qu'il m'a fait…

-Et si c'était toi qui réclamais une deuxième chance ? T'aimerais qu'il te fuie comme ça ?

Je me recroquevillai un peu plus, comme touchée au point sensible.

-Sauf qu'avant de m'en aller, je lui ai laissé une dernière chance de me dire ce qu'il voulait vraiment et il… il a préféré mentir ! criai-je la mâchoire serrée de colère.

Je me dressa sur mes deux jambes et manqua de peu de vaciller en arrière. Mes pieds shootèrent dans toutes les bouteilles passant à ma portée, et Dante me regarda faire, le sourire aux lèvres.

-Tu dois être dégoûtée mon chaton, mais je te comprends. Parce que dans le passé j'ai brisé le cœur d'une femme… et je pensais bien faire. Je crois que c'est ça le pire ! Comme un con je pensais que c'était ce qu'il y avait de mieux !

Il se leva à son tour, me prit dans ses bras.

-Je te donnerais pas de leçon chérie, t'es assez grande. Et je sais ce que cet homme-poisson t'a rendue triste mais laisse-lui une dernière chance de se rattraper. Parce que moi, je te jure que j'aurais tout donné pour en avoir une.

Je repoussa doucement le voleur et esquissa un faible sourire pour unique réponse. Ça n'en était pas une, certes, mais peut-être un début.

-Je veux être plus forte.

-Pour ne pas avoir à le revivre ?

J'acquiesçai d'un unique hochement de tête.

-Comme tu voudras mon chaton… comme tu voudras…

Dante me serra un peu plus contre torse presque brûlant. Je me sentais faiblir entre ses bras musclés pour une raison que j'ignore. Lorsqu'il desserra son étreinte, j'eus presque froid tout à coup, malgré la cape sur mes épaules. Après encore quelques minutes sous les étoiles, il jugea qu'il était temps pour moi d'aller dormir. Dante, en parfait gentleman paraît-il, décida de me prêter son hamac personnalisé en attendant qu'il « trouve » un lit digne d'une demoiselle. Je descendis alors les escaliers de pierre grisâtre et fis de mon mieux pour ne pas réveiller les trois dormeurs. Je m'endormis sans peine, en repensant à cette triste journée et à mes nouveaux compagnons.

Ou comment se retrouver en un jour avec un type presque normal, un pervers qui refuse de se l'avouer, un fou d'explosif et un pyromane.

0o0o0o0o0

Trois jours passés. Et le gigantesque navire rouge, à tête de requin scie se trouvait toujours dans le port. Personne n'osait sans approcher à cause du drapeau pirate, accroché au sommet du mât, et qui flottait fièrement, comme une menace à quiconque voudrait le défier. L'île, majoritairement peuplée de riches marchands ou bourgeois, n'avait jamais interdit aux pirates de venir, tant qu'ils ne causaient pas de problème. Mais la présence de tant d'hommes-poissons leur était inhabituelle, perturbante. Les gens n'osaient pas s'approcher d'eux lorsqu'ils passaient dans les rues, et sur leur passage, les sourires s'évanouissaient pour laisser place à l'inquiétude. Et la peur.

Un petit garçon gambadait joyeusement, tout sourire, près du port et des nombreux bateaux qui l'habitaient. Il suivait en réalité un papillon bleu. L'enfant continua de courir sur le quai, derrière le bel insecte, jusqu'à percuter quelqu'un. Il tomba fesse contre terre et se mit à pleurer, alors qu'en fait, il n'avait pas vraiment eu mal. Une grande main palmée d'une couleur de peau qu'il n'avait encore jamais vue l'aida à se relever. Ses petits yeux marron se mirent à pétiller d'émerveillement, en face du gigantesque homme poulpe. Ses six bras couverts de ventouses, les palmes à ses mains, son tatouage de soleil rouge sur le front… tout était source de curiosité pour l'enfant.

-Est-ce que ça va petit ? –nyu

-Ooooh… Vous êtes quoi monsieur ? l'interrogea l'enfant, les yeux encore ronds de surprise.

-Un homme-poisson.

Alors qu'il commençait à sautiller sur place, toute excité, une fine main lui saisit la sienne. Une petite femme un peu potelée commença à l'écarter de l'homme poulpe, l'air très énervée mais aussi inquiète.

-Viens mon chéri ! Tu ne dois pas t'approcher d'eux ! On rentre à la maison ! lui cria-t-elle sans oser relever les yeux vers le géant.

-Mais maman… Regarde, c'est un homme-poisson ! Il est super grand et musclé ! On dirait un super héros ! rétorqua l'enfant avec un grand sourire pour le concerné, qui le lui rendit bien.

-Ils sont dangereux ! On s'en va !

Et la mère emmena de force avec elle le gamin hurlant. Octy ne put s'empêcher de soupirer en les regardant partir. Il trouvait ça plutôt triste que les humains refilent ainsi toutes leurs peurs à leurs progénitures. Il releva son visage vers son compagnon accoudé à la rambarde du bateau, qui haussa les épaules, l'air de dire : « On n'y peut rien s'ils sont comme ça ! » L'homme poulpe remonta la passerelle et rejoignit Sean. Ce dernier allait beaucoup mieux depuis sa raclée face à son propre capitaine mais évidemment, il l'évitait autant que possible dès que les circonstances se présentaient. Toutefois, certains, comme Octy, se doutaient bien qu'il cachait une dernière chose, outre son attirance évidente pour la jeune humaine. Le poulpe s'accouda lui aussi à la rambarde en faisant exprès de bousculer un peu son camarade.

-Tu…

-Non Octy, le coupa déjà Sean. Quand tu commences comme ça tu tournes toujours autour du pot. Viens-en au principal s'il te plaît, j'en ai marre d'être questionné pour rien.

L'homme poisson soupira, et croisa sur son torse imposant une de ses trois paires de bras.

-Tu sais où est Mako n'est-ce pas ? -nyu

-Malheureusement oui, mais personne ne doit savoir.

Octy fit la grimace.

-Est-elle en sécurité ?

-Je pense… il a dit qu'il prendrait soin d'elle.

-« Il » ?!

Le grand brun sursauta, et mordit sa lèvre inférieure tout en se maudissant lui-même d'en avoir trop dit.

-Ben quoi ? Oui elle est avec un homme en ce moment ! Plusieurs même !

Alors que l'homme poulpe allait filer à la cabine de son capitaine, Sean l'attrapa à temps.

-Arlong ne doit pas le savoir Octy ! Mako a dit qu'il ne fallait pas !

-Oh ça je m'en doute quelle ne veut pas le revoir mais… est-ce que tu as vu Arlong dernièrement ? -nyu

L'homme-poisson balança sa tête de côté, surpris par la question.

-Hum… non, pourquoi ? Il ne va pas bien ?

-Si tu le voyais tu comprendrais. Il est vraiment dans un sale état et l'alcool le rend plus violent que jamais.

-Je… je ne savais pas, murmura-t-il les yeux rivés au sol, comme s'il se sentait coupable.

Le poulpe saisit fermement les épaules de son compagnon, l'air grave.

-C'est urgent Sean. Même si elle ne veut pas revenir avec nous, je pense que le capitaine a besoin de la revoir au moins une dernière fois. Ils doivent s'expliquer tout les deux et résoudre leurs différents.

-Elle… Elle a… rejoint un…

-Elle a rejoint quoi ?! s'impatienta Octy.

Le brun déglutit.

-Elle a rejoint un groupe de voleurs… Ils se nomment les Crows, avoua-t-il difficilement, la gorge nouée.

L'homme poulpe lâcha ses épaules, la bouche entrouverte sous le choc. Des voleurs… Et il fallait que ce soit des voleurs en plus ! Sûrement les gens les rusés et fourbes de cette terre !

-Mais comment t'as pu la laisser faire ?! Si ça se trouve ils l'ont déjà tuée ! –nyu

-Heu… Ce Dante n'avait pas l'air d'être quelqu'un de si mauvais… pour un voleur du moins.

L'homme poisson garda en mémoire le nom du voleur et se mit à faire les cent pas sur le pont, l'air vraiment stressé et anxieux.

-Et moi qui voulais remonter le moral d'Arlong… Mais comment je vais lui annoncer ça ?!

Alors que le poulpe poursuivait son monologue désespéré, les lèvres de Sean s'étirèrent en un sombre sourire. Il regarda Octy se décider finalement à tout dire, mot pour mot, à Arlong et se mit alors à ricaner sournoisement. Aah… Si seulement il se doutait que cet aveu était purement et simplement volontaire.


Merci d'avoir lu !

Oui j'avais dit que je rajoutais UN personnage mais bon... le reste vient avec ^^

Dites-moi ce que vous avez pensé de ce chapitre ! C'est dans le petit carré juste en dessous ;)