Bonjour/Bonsoir !
Merci pour les reviews et désolé du temps que ça m'a pris pour vous sortir ce chapitre :/
Bonne lecture !
Chapitre 18 : C'est qui le véritable ange ?
« Ne t'inquiète pas, ça n'a rien de personnel. Ça aurait pu tomber sur n'importe qui. Tu es juste malchanceuse. »
L'homme-poisson planta ses dents coupantes dans l'épaule de la jeune femme. Elle hurla de douleur, tandis que son sang se répandait sur sa poitrine presque dénudée et dans la bouche de son agresseur. Il remonta jusqu'à la nuque blanche, qu'il déchiqueta. Ses faibles genoux pris de tremblement la lâchèrent. Elle s'écroula au sol, morte et baignant dans son propre sang. L'homme-poisson… non, la créature assoiffée au-dessus du corps raide regardait ce dernier avec un semblant de pitié. Mais c'était autre chose. Plus un plaisir malsain que de la pitié. Un grand homme à la peau recouverte de fines écailles grisâtres apparut dans le dos du monstre.
-Tu dois t'arrêter maintenant. Je ne peux plus tolérer ce massacre, déclara-t-il d'un ton implacable.
-Pff… C'est facile, tu n'as qu'à modifier leurs mémoires encore une fois et tout rentrera dans l'ordre ! Nous redeviendrons les gentils !
Le nouveau venu passa une main désespérée dans ses longs cheveux blonds, attachés en une queue de cheval haute.
-Je ne le referais plus, lâcha-t-il enfin. J'avais seulement voulu te donner un coup de main cette fois-là mais regarde comment ça a fini. On arrête Sean, c'est mal.
-Hein ?! C'est quand j'ai besoin de toi que tu me lâches ? Fais pas ça, t'es mon frère !
-Je ne veux pas être le frère d'un meurtrier, désolé.
Sean prit violemment les épaules de Tao et le secoua.
-Alors tu vas me dénoncer à Arlong hein ? Mais qu'est-ce qu'il fera ? Il hait les humains !
-Arlong-san n'est plus le même. Il hait toujours les humains, certes, mais elle lui a apprit à tolérer les différences.
Les yeux du fou s'agrandirent soudainement. Il écarta ses mains corail de par et d'autres de son corps en ricanant.
-Tu parles ouais ! Il tolère, comme tu dis, seulement quand elle est là ! Mako a qu'à partir et il redeviendrait un tueur !
Tao se recula légèrement lorsqu'il détecta la folie dans les yeux de son ami.
-Je te le dirais pas deux fois Tao : je ne veux aucun mal aux humains et surtout pas à elle. Moi j'aime les humains, pour tout ce qu'ils sont, mêmes leurs mauvais côté ! Mais je ne supporterai pas que toi tu te mettes en travers de mon chemin !
Sean se détourna du blond en lui lançant un dernier regard empreint de supériorité.
-Laisse tomber, ton plan ne marchera pas…
-Et d'où tu tiens ça, le traître ? rétorqua l'homme-poisson, une grimace affreuse sur sa bouche dégoulinante de sang.
-De un, le capitaine n'a plus aucune confiance en toi et deuxièmement, moi aussi je ne sais plus qui tu es. Le sang humain t'a rendu accro et ça me dégoûte vraiment. Regarde-toi, tu n'es plus qu'un monstre !
Il se mordit la lèvre inférieure, attristé par l'état de son ami.
-Si ce n'est pas Arlong qui le fait, alors ce sera moi Sean… Ce sera moi mon frère…
Le fou ne réagit pas plus que ça, complètement insensible aux sentiments des autres. Sa main corail balaya le sang à ses lèvres, et il tourna les talons, sans un mot de plus. Tao vacilla en arrière. Il prit appui contre un mur, laissa couler une larme de rage sur sa joue écailleuse. Le moment venu, en serait-il capable ?
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La foule se précipita soudainement vers la grande place, tous attirés par le délicieux tintement et les cris d'admiration. Au centre des commerces, sur les rebords en pierre de la gigantesque fontaine, dansait une belle jeune femme au ventre nue. Sa longue jupe, ouverte tout le long de sa jambe droite, était sertie au niveau de la ceinture de plus d'une dizaine de petites pièces d'or qui ne faisaient qu'attirer encore l'attention par leurs bruitages. Le soutien de la danseuse était tout aussi voyant, de même que l'or à ses poignets, et à sa cheville. Toutes ces breloques précieuses la rendaient d'autant plus incroyable à regarder. Et c'était sans dire pour sa danse sensuelle.
La jolie brune faisait tout le tour du jet d'eau, tournoyant sur elle-même, ou roulant des hanches avec toute la grâce du monde dans ses fines mains. Les voix de son public ébahi parvenaient jusqu'à ses oreilles :
« Hé ! Tu crois que c'est une des célèbres danseuses d'Alubarna ? Mais si, regarde sa tenue ! »
« En tout cas elle danse vraiment bien ! »
Bien que son visage restait impassible, la jeune femme était très flattée. Elle cessa de danser sur la fontaine, fit un bond spectaculaire et atterrit en toute légèreté devant la foule. Ce ne fut qu'après quelques instants qu'ils remarquèrent enfin qu'elle avait sauté pour attraper la petite ficelle d'un ballon rouge. La belle danseuse s'accroupit devant une fillette et lui rendit son ballon.
-Ne le perds plus, lança-t-elle d'une voix douce avant de se relever.
Elle grimpa de nouveau sur la fontaine et se remit à danser, tandis que son public ne faisait que croître de tous les côtés. Portée par les sifflements appréciateurs, elle donnait encore plus de vie à sa danse, à cette belle histoire que les gens voyaient au travers de ses gestes. Sa seule mélodie était le tintement des bijoux qui parsemaient son corps mince mais c'était amplement suffisant. Les yeux de la danseuse se penchèrent avec plus d'attention sur la foule.
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Un peu plus loin, je reconnus un certain chapeau feutre noir et un long rostre édenté couleur lavande. Je tournoyai encore quelques secondes avant de filer à toute allure entre les passants. Les gens me regardèrent courir ainsi les pieds nus, jusqu'à l'homme-poisson. Je me jetai alors dans ses bras, ignorant parfaitement les regards autour de nous ni l'intérêt que me portaient encore les témoins de ma prestation.
-Effectivement, je t'ai reconnue, lança l'homme requin en me dévisageant de haut en bas.
-C'était si voyant ?
-Je dois dire que je m'y attendais pas, avoua-t-il.
Les yeux du requin scie se décollèrent de ma tenue d'apparat pour dériver vers l'homme juste derrière nous et qui ne nous lâchait définitivement pas du regard. Il avait dans ses mains un sac rempli de portefeuille et bijoux de valeur.
-Oï ! Mon chaton, si tu pouvais arrêter de flirter pendant le boulot, moi ça m'arrangerait ! se plaignit le voleur.
-J'ai fait ma part non ?
-Hm… Pas faux. Mais on peut savoir ce qu'il fait là lui ? reprit-il avec dédain.
Dante réajusta la cape noire sur ses épaules tout en toisant Arlong de la tête aux pieds. Ce dernier serra le poing.
-Un problème l'humain ou tu veux que je te réduise en bouillie ?!
Je m'interposai entre les deux hommes et lançai un regard plein de reproches au voleur.
-Arrêtez ça maintenant !
-Evidemment mon chaton… murmura Dante en frottant son menton barbu comme il en avait l'habitude.
Il entoura mes épaules avec son bras et me serra contre lui, les yeux plantés dans ceux d'Arlong et un sourcil levé comme provocation.
-Bon… Je vais vous laisser tous les deux, céda finalement le voleur. Mais attention Arlong la scie, je veux qu'elle soit rentrée avant quatre heures ! Si ce n'est pas le cas je te tiendrais pour responsable ! menaça le voleur comme s'il était mon « père ».
-Et je prendrais mon temps ! rétorqua l'homme requin en le regardant de haut.
Dante grimaça mais finit par disparaître entre deux ruelles sombres après avoir embrassée une dernière fois ma joue. Je baissais la tête, toute embarrassée, exactement comme une jeune fille à son premier rendez-vous, avant de prendre timidement la grande main de l'homme-poisson et avancer derrière lui sans un mot. Il fut assez surpris de me voir si muette, moi qui parlait souvent un peu trop à son goût pour en venir à pas grand-chose.
-Qu'est-ce que t'as ? demanda-t-il.
-C'est gênant que tu m'aies vue danser…
-Ce n'était pourtant pas trop mal… pour une humaine, crut-il bon d'ajouter.
Il m'examina de la tête aux pieds. De mes bracelets d'or à ma légère tenue tout aussi mise en évidence.
-… t'es jolie.
-Quoi ?
-Rien.
Je me plaçai devant lui et croisai les bras sous ma poitrine généreuse, loin d'être convaincue.
-Tu peux répéter s'il te plaît ?
-Va te déboucher les oreilles !
Mes pieds nus décollèrent du sol. Je sautai en l'air, saisit le chapeau feutre noir sur la tête de l'homme-poisson et le serrai contre moi avant de partir en courant dans les rues pleines de boutiques et stands divers. Il me courut après jusqu'à ce que je me cache dans une minuscule ruelle en dehors de toute l'agitation de la ville. Et, chapeau en main, je poursuivis ma course sans jamais m'arrêter. Les petits cailloux sous mes pieds n'étaient pas si dérangeants et je continuai alors jusqu'à sortir de la ville. On se retrouva tout les deux sur un grand terrain d'herbe verte. Je me retournai vers l'homme requin à quelques mètres, et brandit mon petit butin vers le ciel.
-Si tu arrives à le récupérer, tu pourras me demander ce que tu voudras. Comme… revenir par exemple, déclarai-je d'une voix sûre.
Il haussa les épaules avec un mince sourire.
-Bonne chance.
Je posai le chapeau au sol, sous le regard curieux du propriétaire et jetai dans les airs une petite bille noire. Une brume épaisse s'en dégagea et me rendue invisible aux yeux de l'homme-poisson. Ce dernier sentit alors un contact froid sur son aileron dorsal, puis remarqua qu'il se trouvait exactement là où il ne fallait pas être. Un gigantesque globe noire, opaque, nous engloba tout les deux sur la grande zone vide où je l'avais amenée volontairement. Le requin eut un sourire amusé.
-Tu oserais crevette ?
-On verra bien.
Je fis quelques mouvements légers et sensuels des bras, faisant tinter les bracelets d'or à mes poignets et, après avoir rit au nez de l'homme-poisson, une étrange lueur naquit au creux de mes paumes. Ce faible halo de lumière sombre descendit jusqu'à mes chevilles. Je ramenai alors mes longs cheveux bruns sur mon épaule et esquissai un triste sourire.
-Tu n'as pas l'impression de revivre la même scène ? demandai-je en avançant vers lui d'une démarche féline.
-Le jour où on s'était presque battus ?
-Exactement… Sauf que ce jour-là, tu avais gagné et moi j'avais fait un ou deux tours à l'infirmerie, ricanai-je.
Il tapota doucement mon épaule nue.
-Je gagne toujours, déclara-t-il d'un air prétentieux.
-Pas aujourd'hui Arlong.
Je fis quelques pas en arrière, le dos légèrement courbé et le regard inflexible.
-Même si on ne joue que pour un chapeau, ne prends pas ça à la légère. Je suis bien plus forte que tu ne le penses.
-Voyons ça !
Le rostre édenté fondit vers moi. Je me couchai au sol, face contre terre, en attendant que la rafale soit passée et me relevai alors à toute vitesse avant de courir vers la paroi noire.
-T'abandonnes déjà ? se moqua l'homme-poisson.
Je l'ignorai et croisai les avant-bras devant mon visage avant de sauter au travers de cet étrange mur. Les yeux du requin s'écarquillèrent soudainement lorsqu'il constata que j'avais même laissé son couvre-chef sur l'herbe. Il tourna autour de ce dernier, l'air méfiant, puis ramassa le chapeau feutre et le replaça sur ses cheveux de jais sans l'ombre d'un doute. Et sans voir que j'étais réapparue, juste derrière lui. Mes doigts crispés se posèrent sur l'aileron dorsal du requin scie et ce dernier tressaillit en serrant les dents. Ses jambes s'immobilisèrent instantanément. Je me plantai en face de lui et mes yeux transformés aux couleurs de mon pouvoir plongèrent dans les iris menthe glaciale.
-Puisque tu es si fort Arlong, tu pourras t'en défaire sans problème.
L'homme-poisson tiqua à cette provoque et se libéra de l'emprise que j'exerçai sur son corps. Il me plaqua violemment au sol, ne cherchant pas à mesurer sa force cette fois-ci, et le globe noir qui nous recouvrait se dissipa.
-T'es encore trop faible ! cracha-t-il.
-Ne me sous-estime pas !
Il s'écarta pour me laisser reprendre mon souffle. Je m'élançai alors à toute vitesse vers mon adversaire et une fois à quelques centimètres de lui, bondit dans les airs et lui donnai un coup de genou dans le ventre. Même s'il ne sentit sûrement rien de plus qu'une piqûre d'insecte, l'homme requin saisit ma jambe en plein vol et m'envoya valser à quelques mètres plus loin. Mon dos percuta brusquement le tronc d'un arbre. Je crachai une bouffée de sang, complètement abattue.
-Hé ! Qu'est-ce que t'attends pour te relever ?!
Il accourut près de moi, l'air déçu et en colère. Et voilà. Je devais encore avoir chuté dans son estime...
-Bravo. Tu gagnes... marmonnai-je.
-C'était même pas amusant !
-Ouais je sais... Alors, qu'est-ce que tu veux maintenant ?
Il posa une main compatissante sur ma longue chevelure brune.
-Tu ne voudrais pas, lâcha-t-il.
-Dis-le quand même.
-Rejoins mon équipage.
-Impossible.
Ses traits se déformèrent un peu de colère tandis qu'il serrait les poings.
-Tu vas pas me ressortir le même discours ?!
-Je peux voyager avec ton équipage, sur ton bateau...
Je marquai une pause en croisant les bras.
-Mais je refuse catégoriquement d'être sous tes ordres.
Il se releva, visiblement très énervé. J'essuyai du revers de la main le sang qui me pendait aux lèvres et me leva après lui. L'homme-poisson me répéta encore, une fois de plus, tout ce que j'avais à gagner en le suivant. Je ne pouvais pas lui dire non là-dessus car effectivement, le rejoindre m'éviterait d'avoir à combattre seule la Marine. Et si seulement il n'y avait qu'eux qui en voulaient à nos vies... Une veine battait dangereusement sur ma tempe au fil de ses paroles.
-P'tain... Je rêve où tu comprends toujours pas ?! Je suis partie à cause de toi ! C'était TA faute ! Et maintenant que j'y pense tu ne t'es même pas excusé pour tout ce que t'as osé me faire !
-Et pourquoi je m'excuserais en face d'une naine hein ?! rétorqua-t-il.
-Ah nan mais j'y crois pas là ! Je fais des efforts pour te pardonner, te supporter et toi tu oses me parler comme ça ! Ben tu sais quoi ? Dégage ! Pars pour East Blue ! J'en ai plus rien à faire !
Je tournai les talons, ignorant totalement les grognements énervés dans mon dos. Sur mon trajet, je n'entendais que les bruits et l'agitation constante de la ville. Lorsque la route s'acheva, j'étais devant l'orée du bois. Je pénétrai lentement, pas à pas, dans la sombre forêt s'annonçant entre les grands troncs des sapins épineux. Mes talons provoquaient à chaque seconde des craquements contre les petits bout de bois qui avaient la malchance de passer sous. L'odeur qui régnait dans ces endroits-là calma ma colère. Je ne voyais devant moi que des grands troncs, des racines et épines sur le sol de terre brune. Tout me semblait aussi identique que ce que je connaissais déjà. Je me déchaussai et sentis enfin la nature sous mes pieds. Un faible sourire s'esquissa contre mes lèvres tandis que je progressais dans le bois vide. Les vieilles épines tombées des sapins piquaient ma peau. Je sentais cette même douleur qu'autrefois. Quand, dans mon enfance, je courais les pieds nus dans la forêt. J'avais très mal et ce n'était pas facile mais peu à peu on s'y habituait jusqu'à y prendre goût. Alors on retentait l'expérience inlassablement et la douleur s'évanouissait.
Des bruits de pas dans mon dos me sortirent de mes pensées et souvenirs nostalgiques. Je vis un grand homme-poisson, la peau corail et les cheveux noirs tout ébouriffés s'avancer vers moi. Il me salua d'un signe de main, l'air profondément attristé.
-Salut Sean. Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi tu fais cette tête-là ?
-Je crois… Je crois que je vais mourir.
Mon sang ne fit qu'un tour. Je saisis les épaules musclées du brun et le regarda d'un air presque effrayé.
-Mais qu'est-ce que tu racontes ?!
-Arlong va me tuer… j'en suis sûr…
Je déglutis en entendant ce nom.
-Bien sûr que non. Tu sais qu'il n'irait pas jusque-là.
Son menton balança de gauche à droite.
-Il m'a laissé m'en tirer la dernière fois parce tu es arrivée mais il a l'intention de le faire.
-Attends Sean ! On a qu'à lui expliquer tous les deux !
-Oui… t'as raison.
Un rire discret s'échappa de ses lèvres. Je regardai avec inquiétude ses yeux sombres se lever vers le ciel avec un dernier soupir. Il fit un pas lent dans ma direction.
-A ton avis Mako, c'est quoi la vraie différence entre le sang humain et celui des hommes-poissons ?
-Je n'en sais rien…
-Nous possédons plusieurs gènes qui font de nous des êtres naturellement plus efficaces. Presque tous nos sens sont supérieurs aux vôtres et malgré tout on est traités comme inférieurs.
Je baissai légèrement les yeux, mal à l'aise.
-Je sais déjà tout ça.
-Comme tu sais que moi, j'ai toujours aimé les humains. Mais sais-tu vraiment pourquoi ?
-Non, répondis-je honnêtement.
L'homme-poisson approcha sa bouche de mon visage et une voix malicieuse se glissa à mon oreille.
-J'ai du sang humain dans les veines.
-Quoi ?!
Je faillis vaciller en arrière sous le choc. Sean saisit brutalement mon poignet.
-Tu dois sûrement te demander… comment c'est possible ? prononça-t-il d'une douce voix.
J'hochai lentement la tête.
-Ma défunte mère était une pauvre humaine. Elle n'avait absolument rien, pas même de quoi veiller sur moi et ma sœur.
-Tu as une sœur ?
-Elle est morte avec notre mère. Je les ai tuées moi-même, prononça-t-il d'une voix faussement peinée, elles ne faisaient que me ralentir.
Il marqua une pause et esquissa un bref sourire avant de poursuivre.
-De toute façon, elles n'étaient pas aptes à survivre. Si ce n'était pas moi, quelqu'un d'autre l'aurait sûrement fait.
Je m'écartai lentement des doigts serrés sur mon bras.
-Sean… arrête s'il te plaît, ce n'est vraiment pas drôle.
-Je ne plaisante pas. Pose la question à Tao si tu le désires, il est juste derrière.
Je tressaillis et me retournai brusquement. Un grand homme-poisson à la peau d'écailles grisâtres m'observait en silence, l'air morose. Mon cœur fit un grand bond dans ma poitrine en constatant le poignard à sa ceinture et le sourire amusé de Sean.
-Arlong te laissera pas t'en tirer !
-Arlong ? Ah, maintenant que j'y pense, vous étiez vraiment adorables du temps de Tiger. Quel dommage que vous vous disputiez autant hein... Sauf que j'ai toujours dit que les belles choses ne devaient pas appartenir à une personne en particulier. Le capitaine n'a donc pas à t'avoir pour lui seul. Désolé Mako-chan, mais tu sais à quel point j'aime les humaines ! Vous êtes si mignonnes une fois qu'on vous met le couteau sous la gorge !
Mes muscles se crispèrent soudainement. Je levai les mains au-dessus de ma tête, vaincue.
-C'était toi les meurtres du bateau ? C'est toi qui a fait tout ça ?!
-En personne chérie, en personne… chantonna joyeusement l'homme-poisson.
Il posa une main corail sur l'épaule de son ami.
-Et si tu veux tout savoir, c'est Tao qui possède un fruit du démon, pas moi. Le Memo Memo no Mi lui permet de contrôler absolument tous tes souvenirs ! C'est pas génial ça ?
Le blond baissait la tête, comme si tout ceci ne le concernait absolument pas. Ma mâchoire se serra encore plus tant j'étais énervée de m'être faite avoir comme ça. Par sa faute, tout ce que j'avais cru savoir un jour était devenu un mensonge. Je m'étais sentie bête à ce moment-là, de ne presque plus savoir qui j'étais vraiment jusqu'à vouloir tuer Arlong. Mais était-ce lui le vrai coupable ? A mes yeux, il semblait regretter ses actes contrairement à Sean. Je sentis tout à coup, quelque chose de froid m'encercler les poignets.
-Espérons que le granit marin te rende un peu plus docile.
Il se moqua presque de ma grimace.
-Hé oui Mako-chan ! Je suis au courant de beaucoup de choses à ton sujet !
J'eus un bref sursaut. Après les menottes, c'est un large bandeau noir qu'il attacha sur mes yeux. Une main étrangère me poussa en avant. J'avançai aveuglément entre les arbres, guidée par les seules voix que j'entendais.
-Où est-ce qu'on va ?
-Un petit endroit isolé de la ville, très simple, juste le temps que le capitaine vienne te chercher.
-Pardon ?
-Oh, excuse-moi ! Il ne viendra pas vraiment te chercher en fait, je crois qu'il sera mort avant.
Je m'arrêtai brusquement.
-Sean... Je ne comprends pas. Qu'est-ce que t'attends de moi ? Qu'est-ce que tu veux à la fin ?
-Je suis dans l'équipage d'Arlong depuis déjà pas mal de temps tu vois... Cette vie de pirate m'a permise de voir énormément de choses, raconta-t-il tout en continuant de me faire avancer, mais jamais je n'avais vu un être humain agir de telle façon. Les enfants acceptent notre peuple par ignorance mais les adultes de votre espèce n'en sont pas capables. Je me demandais comment tu avais fait. C'était horrible non ? De te retrouver comme ça, du jour au lendemain, au milieu d'une bande de monstres.
Je frissonnai à ces mots car au fond les vrais monstres c'est nous. Les humains.
-J'avais peur Sean, avouai-je finalement. Je ne pensais qu'à survivre, quitte à rejoindre une bande de « monstres » comme tu dis.
-Survivre hein... Avoue-le, tu n'attends que de reprendre la mer. Mais es-tu prête à suivre un homme qui ne t'aimeras jamais pour ça ?
Je restai silencieuse quelques instants. La question paraissait stupide dans un certain sens où j'avais bien pu vivre aux côtés d'Arlong sans qu'il éprouve le moindre sentiment pour moi. Ce n'est que maintenant que j'avais enfin osé réclamer une réponse. Mais d'une certaine manière c'est à cause de ça qu'on a fini par s'engueuler. Avant, après une dispute je pouvais être sûre qu'on trouverait un terrain d'entente, ce n'est plus le cas. Parce que Tiger est mort, parce que j'ai changée et lui, il est devenu plus froid envers mon espèce qu'il ne l'était déjà. Peut-être devrais-je m'estimer chanceuse de ne pas être comptée parmi ses ennemis... Du moins pour l'instant. Car je sais que dès le jour où je m'opposerais à une de ses décisions ou que je remettrais en question sa manière d'agir, il m'en voudra à mort. Et je redeviendrais ce que j'étais : la minuscule humaine détestable.
-Je ne répondrais pas à ta question.
-Bah, qu'importe ! Tu vas mourir !
-Exactement... Je vais mourir.
Une main glacée me saisit l'épaule, je me stoppai brusquement et restai attentive au moindre bruit. Je sentis alors se poser sur ma tempe comme un cercle de métal froid. Une voix douce et fluide siffla à mon oreille :
-Dis adieu. Ton voyage s'arrête là.
Merci d'avoir lu !
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