Bonjour/Bonsoir !
Merci pour les reviews, en espérant que ce chapitre vous plaira :)
loulou380 : Merci d'avoir laissé un message, je ne savais pas que tu lisais ma fic avant ^^
Bonne lecture !
Chapitre 19 : Le nouveau compagnon
Nous avions tous deux dans la gorge un goût amer qui ne partait pas. C'était comme ça depuis le dîner. Et l'odeur de brûlé sur nos vêtements refusait elle aussi de s'en aller.
-Ne reviens plus jamais me proposer une de tes sales idées foireuses !
-Je pourrais en dire autant des tiennes... murmurai-je.
Je remontai le tissu pastel de ma longue jupe et me hissai sur le tonneau à côté de l'homme-poisson.
-Avoue que c'était drôle !... nan ?
-Dégage avant que je te mette une raclée vermine !
-Moi c'est Mako.
-Vermine méprisable.
Ma gorge émit un grognement énervé. Je levai le menton d'un air indigné.
-Tant pis, mais je le dirais à Tiger ! ajoutai-je d'une voix d'enfant.
-Hé ! Reviens par là toi !
L'homme requin m'attrapa violemment le bras sans se douter –comme à chaque fois d'ailleurs- à quel point il me faisait mal.
-Dis un mot à qui que ce soit et fais-moi confiance que personne ne retrouvera ton cadavre !
-Et gnagnagna...
-Sale crevette !
Je descendis du tonneau et me plantai face au requin.
-Fais pas semblant, je sais que tu m'adores !
-Plutôt mourir.
-Haha !
Alors que je riais aux éclats, l'air se refroidit soudainement autour de moi, jusqu'à devenir glacial et la silhouette d'Arlong disparut en brouillard.
Je me réveillai en sursaut de cet étrange rêve que je pense pouvoir d'ailleurs qualifier de cauchemar. C'était désagréable d'y réfléchir... Le tintement de mon costume me ramena à la réalité. Je n'étais pas dans un endroit déjà connu mais ça ressemblait presque à une cellule, avec des murs gris en guise de barreaux. On m'avait retiré le bandeau mais laissées par précaution les menottes en granit marin. Le corps de Sean m'apparut alors.
-Pourquoi tu n'as pas tiré ? lui demandai-je en haussant un sourcil sévère.
-Tao voulait qu'on attende. Ce ne serait pas gentil de laisser au capitaine un cadavre froid dans les bras ! Ha ! Ha ! ricana-t-il sournoisement.
-Espèce de sale...
Sa main se plaqua violemment contre ma mâchoire.
-Tout doux chérie... Je vous laisserai le temps de vous dire au revoir. Promis.
-Va pourrir en enfer ! T'es qu'une ordure de faire ça !
-Hm... Je prends ça comme un compliment.
Le ton enjoué qu'il prenait à chaque fois m'énervait au plus haut point et le poteau auquel j'étais attachée n'arrangeait pas le tout. Cette situation de vulnérabilité m'angoissait. C'était comme être un poisson pris dans les filets du pêcheur sauf que là je voyais bien mon issu, la faille dans mes barreaux, et pourtant impossible de l'atteindre. Mon bourreau quitta la minuscule pièce, me laissant seul avec Tao. L'homme-poisson s'accroupit devant moi en fronçant les sourcils.
-Tu ne devais pas être là. Si tu étais juste restée à moins de vingt mètres du capitaine tout se serait bien passé ! me sermonna-t-il.
Je fronçai les sourcils à mon tour.
-Hein ? T'es pas... du côté de Sean ?
-Aucune importance. Tu dois partir. Allez !
-Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'il prévoit de faire ?
Les yeux du blond se bloquèrent sur les miens. Je déglutis.
-Il va prendre le titre d'Arlong. Et faire en sorte qu'il disparaisse.
-Sean est pas assez fort pour ça.
-Justement. Il le sait et c'est bien pour ça que t'es là, ajouta l'homme-poisson d'un air malicieux. Avant de commencer à s'entre-tuer il voulait au moins qu'on essaie de négocier le titre de capitaine mais tu connais Arlong, ça ne marcherait pas. Toutefois, toi tu peux le forcer à négocier.
Je lâchai un petit rire ironique.
-Quel dommage qu'on se soit encore disputés alors...
-Encore ? Mais vous êtes pas croyables tout les deux ! soupira Tao avec un faible sourire.
Il haussa les épaules et se redressa.
-Je reviens dans une heure ou plus. Bonne chance d'ici là... petite humaine.
Je grimaçai un peu à ce surnom. A chaque fois que l'un d'eux n'arrivait pas à m'appeler par mon prénom c'était toujours mon espèce qui le remplaçait. Mais là, il l'avait dit d'une manière assez affective et pourtant il ne me connaissait pas et moi non plus. Je n'avais pas connu Tao chez les Pirates du Soleil, exactement comme Sean. J'ignorais que l'homme toujours calme et impassible derrière le bar c'était lui. Je ne savais même pas que c'était lui qui me servait de l'alcool quand je voulais oublier qu'un requin associable croisait où que j'aille. Mais il me semblait déjà moins instable que Sean.
J'attendis donc dans cette petite pièce vide, comme il me l'avait demandé. Mon kidnappeur n'était pas revenu me voir depuis et je me demandais bien où est-ce qu'il était passé. Puis Tao revint. Je m'attendais à le voir revenir seul, je m'attendais à voir Sean avec lui... Mais je m'attendais pas à ça.
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L'homme requin serra un peu plus son verre en voyant débarquer devant lui tout un petit groupe d'humains. Oui des humains. Dans son bureau. Une once de dégoût le prit à la gorge. Mais il reconnut soudainement les visages des quatre hommes au seuil de la porte. Celui du milieu, dressé devant tous les autres, semblait bouillir de colère.
-Arlong la scie ! Sale poiscaille ! Tu vas me la rendre tout de suite ! hurla le voleur en retirant sa large capuche.
L'homme-poisson ricana sournoisement, profitant des quatre visiteurs visiblement à bout de nerfs. Sa petite humaine avait donc disparu ? Voilà qui était intéressant... Un rouquin portant des lunettes d'aviateur sur le front serra les poings.
-Feu à toi qui a pris Mako !
-Hein ? Il a dit quoi lui ? marmonna l'homme-poisson sans vraiment prêter attention à ces humains.
-Il dit que c'est l'un des vôtres qu'a fait le coup ! traduit Dante.
Le chef des voleurs posa une main compatissante sur l'épaule du petit roux et plaqua ses deux mains sur le bureau du pirate, le défiant du regard.
-Je te faisais déjà pas confiance au début, je savais que la gamine s'était pas barrée pour rien mais là je peux pas tolérer !
-Et si tu dégageais, hein ? Toi et ta bande de vermines. J'ai pas que ça à faire...
-Où est-ce qu'elle est ?! cria le blond en donnant un grand coup sur le meuble.
L'homme requin, même s'il ne le montrait pas du tout, s'interrogeait à propos de l'humain. Il se demandait vraiment à quel point il tenait à cette idiote pour être aussi inquiet à son sujet alors que lui... Il n'arrivait pas à exprimer la moindre émotion et pourtant il était sûr d'en avoir. Peut-être que le fait de savoir qu'elle le hait plus que tout au monde et qu'il avait raté sa dernière chance. Il y avait largement de quoi lui pomper l'humeur...
Alors que les quatre voleurs s'acharnaient à lui poser les mêmes questions inlassablement, Arlong s'ennuyait à mourir. Il buvait alors quelques gorgées de son verre, entre deux soupirs. Le visage souriant d'une petite brune lui vint en mémoire. Ses lèvres lui disaient quelque chose mais il ne l'entendait pas. Du moins vu le boucan que faisait la bande d'imbéciles plantée devant lui c'était normal. Tout à coup, un grand homme-poisson à la chevelure blonde et à la peau d'écailles grisâtres pénétra à son tour dans le bureau.
-Tao... Y a quoi ?
Le concerné se fraya un chemin jusqu'au bureau de son capitaine et chuchota quelques mots à ce dernier, dont les yeux clairs s'agrandirent brusquement. Dante frotta son menton barbu d'un air pensif mais n'entendit rien de ce bref échange. Il vit l'homme requin grincer des dents et s'énerver au fur et à mesure que l'autre lui parlait.
-Ça suffit ! Je vais le buter celui-là ! cria-t-il en saisissant l'épée dentelée dans un coin de la pièce.
Tao courut immédiatement le retenir.
-Attends s'il te plaît ! Tu ne peux pas y aller comme ça !
-Ah ouais ?!
-L'humaine est avec lui ! Je l'ai aidé à la capturer !
L'aveu du blond jeta comme un froid, un vent glacial dans la pièce. La colère qui consumait Arlong s'éteignit lentement, puis se raviva.
-Tu... m'as trahi ?
Le ton meurtrier du capitaine fit trembler l'homme-poisson. Deux grandes mains lavande saisirent le col de son haut tandis que des yeux couleur menthe glaciale le menaçaient.
-Je n'étais pas d'accord avec lui Arlong... c'est bien pour ça que je suis là, tenta le blonde d'une voix qui semblait minuscule sous la colère du requin. Je m'excuse et je regrette d'avoir aidé Sean. Je ne pensais pas que ça irait si loin et je n'aurais rien fait si ça avait été une autre humaine mais...
-Mais ?!
-Mais elle est bien plus qu'une humaine. Et pas seulement que pour toi Arlong-san.
Il pointa du doigt les voleurs.
-Elle compte aussi pour eux et pour l'équipage. Ne leur causons pas plus de peine qu'à la mort de Tiger, c'était suffisant.
Le requin plissa les paupières.
-Sean ne sait pas que je suis ici mais ce ne sera peut-être plus le cas dans à peine une heure alors dépêchez-vous.
-Vous ? ricana Arlong d'un air sadique. Je crois que t'as pas saisi... C'est ta faute si elle est là-bas alors tu viens ! cria-t-il en saisissant l'homme-poisson par le col de son haut.
Il l'embarqua de force avec lui et remonta sur le pont, les voleurs sur ses talons.
-On vient nous aussi ! s'exclama Dante.
-Pas besoin d'humains !
-C'est pas pour toi que je le fais, répliqua-t-il en lançant au capitaine pirate un regard noir.
L'homme requin grinça des dents.
-Traîne pas dans mes pattes...
-Affaire entendu !
Dante se retourna vers les trois jeunes hommes avec lui. Il leur lança un grand sourire malicieux et, sans prévenir, sauta par-dessus la rambarde pour atterrir sur le ponton de bois. Son groupe suivit la marche juste après lui et les Crows déboulèrent dans la ville tels des guépards, à une vitesse inouïe. Les hommes-poissons regardaient, ébahis, les quatre hommes disparaîtrent dans la foule. Comment de si frêles humains pouvaient être aussi rapides ? Ils en restaient sans voix...
-Capitaine, lança l'un d'eux, comment on va faire pour les suivre ?
-On les suit pas.
-Hein ?
-Retourne aiguiser ton sabre, on quitte l'île dans deux heures.
Tao arqua un sourcil inquisiteur.
-Mais de quoi tu parles ?
-On s'en va.
-Arlong tu ne vas pas...
-J'ai un dernier membre à recruter, après on se tire.
Un faible se dessina sur les lèvres de Tao. L'homme requin partit saisir son Kiribachi et revint sur le pont, soudain de meilleure humeur. Il descendit la passerelle, suivi par Tao.
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Je serrai les dents pour ne pas crier : un clou mal enfoncé dans le poteau venait de m'entailler le poignet. L'obscurité oppressante de l'endroit commençait sérieusement à m'inquiéter. Je voyais mal ce qui se trouvait autour de moi mais il me semblait voir de petites formes confuses au sol. J'étendis à ma jambe à la plus proche et sentis sous mon pied quelque chose de froid. Je ramenai l'objet vers moi, c'était une espèce de tournevis. Un faible sourire s'accrocha à mes lèvres.
Avec ça, je pourrais sûrement crocheter les menottes... Des bruits de pas m'alarmèrent. Je cachai l'outil sous ma cuisse. Des cris parvinrent à mes oreilles, attirant toute mon attention et ma curiosité. J'entendis ensuite un hurlement étouffé, des craquements et des voix d'hommes. La porte s'ouvrit brusquement, plaquée conte le mur par la force d'un homme gigantesque dont j'avais bien du mal à distinguer le visage. La silhouette imposante s'approcha, une arme dans la main. Je n'osai prononcer le moindre mot, comme si j'espérais que dans l'obscurité il ne m'ait pas vue. Mais mes bijoux clinquants étaient bien visibles, eux.
Il approchait, cela pouvait être Tao comme Sean, et je dû me résoudre à prendre une décision. Mon dos se colla autant que possible au poteau et je tendis le bout des doigts pour saisir le petit tournevis contre ma jambe. En l'espace de quelques secondes, j'appuyai mon nouvel outil dans le verrou des menottes jusqu'à en débloquer le système dans le sens contraire. Le granit marin tomba par terre dans un bruit sourd qui résonna entre les quatre murs. L'homme cessa d'approcher en me voyant me relever. Je profitai de ce moment pour lui flanquer ma jambe en pleine figure. Il l'attrapa juste à temps.
-Je venais te donner un coup de main jeune humaine mais finalement, tu n'en as pas besoin.
-Tao...
-Ouais. Mais pense bien que j'y ai été forcé : je n'aide pas les inconnus. Allez, viens. Tes amis voleurs t'attendent.
-Et Sean ? Qu'est-ce que... Qu'est-ce que vous allez faire de lui ?
-Il est de notre équipage, c'est à nous de nous occuper de ça. En clair tu n'as pas à le savoir.
J'haussai les épaules. Evidemment qu'ils allaient le tuer, c'était même stupide de poser la question. L'homme-poisson m'emmena dans un sombre couloir qui débouchait sur un coin assez reculé de la ville d'après ce que je pouvais voir. C'était sûrement un entrepôt abandonné. Assis sur des caisses, les Crows nous regardaient sortir du bâtiment. Une touffe rousse avec de grosses lunettes d'aviateur sur les cheveux me sauta dessus.
-Feu, feu, feu ! cria-t-il en me serrant dans ses bras.
-Salut Eric...
Je me dégageai doucement de l'étreinte du jeune homme et marchai jusqu'au grand homme vêtu tout de noir et adossé contre le mur.
-Dante, où est-ce qu'il est ?
-On rentre à la maison, répliqua froidement le voleur en ignorant proprement ma question.
-Fais pas semblant ! Je sais qu'il est là !
Soudain, une explosion se fit entendre à l'intérieur de l'entrepôt. Pat était sous l'œil vigilant de son chef, ça ne pouvait donc pas être lui. Un nuage de poussière provenant de l'intérieur vola jusqu'à nos narines. Nous toussotions quelques secondes avant de voir un peu plus clairement le chaos à l'intérieur. Deux gigantesques corps faisaient s'écrouler les murs en se battant.
-Restez pas là ! cria Tao.
Dante acquiesça sans hésitation. Il saisit mon poignet et m'emmena avec lui, les trois voleurs devant nous. Je m'arrêtai en plein milieu de la route et il me lâcha. Le blond croisa les bras sur son torse bombé en soupirant.
-Tu veux y aller c'est ça ? Tu penses réellement avoir une chance ?
-Comment le savoir si je n'essaie pas ?
-Ce sont des hommes-poissons, nous sommes des humains ! Ce combat n'est pas le nôtre ! Et même moi je prendrais pas le risque de faire les poches à un de ces trois-là ! Tu peux pas aller te battre avec eux mon chaton...
Je soupirai à mon tour en haussant les épaules.
-Et ce que tu m'as appris ? A quoi ça sert si je ne peux rien faire ?
Il eut un sourire sardonique et un ricanement plus vicieux que jamais. Je le vis glisser un poignard à la ceinture de ma jupe.
-Ne commets pas d'imprudences.
Je remerciai l'homme d'un hochement de tête respectueux.
-Et si par hasard, l'envie te prenait de rebrousser chemin, nous sommes là.
-Je le referai pas mais merci quand même.
-Ok...
Le voleur s'en alla avec son groupe et je me retournai vers un chaos intérieur. Le bâtiment commençait à s'effondrer. Je franchis la montagne de gravats qu'était devenue l'entrée principale et me hissait par-dessus un mur à moitié brisé. De l'autre côté c'était le même champ de ruines, mêlé à du sang cette fois-ci. Je suivis les traces pas à pas et me retrouvai avec un couteau ensanglanté à mes pieds. J'eus un haut-le-cœur et relevai les yeux vers le mur fracassé de coups. Une partie du combat s'était jouée ici, mais ils étaient autre part maintenant.
J'enjambai le même muret que tout à l'heure et courus à l'aveuglette dans le couloir jusqu'à voir une espèce tornade lavande me passer sous le nez, brisant tous les obstacles. Puis cette tornade se révéla être un homme requin gigantesque. Arlong tourna le menton vers moi. Il eut alors un air exaspéré que Tao imita.
-Jeune humaine, il me semblait t'avoir dit de partir.
-Ce mec a bien failli me tuer alors je veux lui rendre la pareille.
-Capitaine... appela l'homme-poisson à voix basse.
Le requin roula des yeux en soupirant.
-Fermez vos gueules, j'essaie de me concentrer !
Nous n'osions pas désobéir, on se tut. Soudain, Arlong ouvrit un peu plus ses yeux menthe et un sourire carnassier s'accrocha à ses lèvres.
-Par là ! cria-t-il en prenant un chemin de droite.
Je suivis sans réfléchir les deux hommes-poissons. Ce bâtiment était, en réalité, un véritable labyrinthe qu'Arlong prenait un malin plaisir à détruire. Tout à coup, une faible respiration nous parvint de derrière un mur fissuré de partout. Arlong s'arrêta devant la porte avec un sourire mauvais. Il la défonça d'un coup de pied et pénétra à l'intérieur de la pièce colorée de gris et de poussière. Un homme-poisson était adossé à un mur, la main appuyée contre son torse dégoulinant de sang.
Sean était méconnaissable... Ses dents étaient aussi pointues que celles du requin scie et ses muscles, gonflés a bloc. Je me doutais bien qu'une telle transformation n'était pas le fruit du hasard, ses origines humaines y étaient pour quelque chose. Arlong serra le poing autour de son épée dentelée.
-Vous en avez mis du temps ! cracha le monstre. Et je vois que... on ne peut plus compter sur ses amis.
Je vis Tao baisser les yeux, mal à l'aise, tandis que l'homme requin avait lui un regard des plus meurtriers. Il se jeta sur Sean et lui plaqua la tête contre le sol mais ce dernier riposta. Il se dégagea de l'emprise de son capitaine et lui mordit l'épaule avant de sauter en arrière, comme un animal. L'homme requin grimaçait à peine de douleur tant il était en colère. Il retourna à l'assaut, flanqua un coup dans les côtes de son adversaire. Les os craquèrent dans un son déchirant. Sean n'abandonna pas pour autant et se releva encore.
Je me sentais inutile face à tout ça, impuissante. Et je voyais que c'était la même chose pour Tao bien que lui, il était en partie responsable. Tout à coup, Arlong lâcha son Kiribachi pour porter la main à sa mâchoire égratignée. J'eus un choc en le voyant s'arracher lui-même sa dentition, sans la moindre douleur. Mais ses dents repoussèrent aussitôt, comme par magie, et il réitéra l'opération pour avoir une arme dans chaque main. C'était... aussi intelligent qu'étrange. Les deux dentiers se plantèrent habilement sur les bras de Sean. L'homme-poisson ne vit même pas venir cette attaque, il ne put que se la prendre de plein fouet et tomber à terre, le corps en sang.
-Je t'ai toujours détesté Arlong... susurra Sean comme si cela pouvait être sa dernière parole. Le titre de capitaine... il est pour moi.
-Crève.
Le requin scie brandit son Kiribachi au-dessus de la tête de son ancien nakama... Tao arriva comme une tornade et le poussa en arrière.
-Je t'en supplie ! Ne fais pas ça ! Il... Je ne veux pas que ce soit toi qui le fasses...
-Dépêche, prononça seulement Arlong.
L'homme requin vint vers moi. Je ne pouvais plus lâcher du regard le corps ainsi étendu de Sean et Tao au bord des larmes, agenouillé près de son ami. Le requin scie me tira par le bras jusqu'en dehors de ce tas de ruines qu'était devenu l'entrepôt.
-Pourquoi t'es revenue ? demanda-t-il, coupant court mon émotion.
-C'est pas à moi de te poser cette question ? rétorquai-je en le regardant de travers.
-Arrête ça...
Il soupira longuement, croisa les bras sur son torse parfait.
-Je m'excuse.
-... quoi ?
J'étais certaine d'avoir mal entendu. Il avait forcément dit autre chose...
-Je m'excuse, répéta encore l'homme-poisson.
A sa mâchoire serrée je voyais l'effort colossal que ça pouvait lui demander.
-Attends... tu viens quand même pas de...
Il grogna.
-Si, je l'ai fait ! Et alors ?!
-Rien, rien... murmurai-je innocemment.
J'entourai son torse de mes bras et me pressai contre lui.
-Un peu tard mais j'accepte.
-Comme si tu pouvais me refuser quelque chose...
Je glissai mes doigts entre les siens.
-Mais ça ne me dit toujours pas pourquoi tu es là, insistai-je.
Arlong esquissa un grand sourire.
-Tu peux me croire, j'ai la meilleure des raisons.
Sans prévenir, il fondit sur mes lèvres et ne me lâcha qu'une fois à bout de souffle.
-Tu seras toujours une humaine à mes yeux, mais je crois que ça ne m'empêche plus de t'aimer.
Il me serra dans ses bras. Tout ce qu'il y avait autour de nous me semblait insignifiant. Je ne voyais plus que lui et ce sourire sur son visage. Une grande main lavande passa sur ma joue, avant de me pincer le nez.
-Quand je te parle tu pourrais éviter de faire la statue ! T'as entendu ce que viens de te dire ?!
-Hein ? Quoi ?
-Laisse tomber...
-Ah, mais je t'aime aussi.
Il ouvrit des yeux ronds de surprise. Je répondis à sa question par un sourire d'excuse et d'innocence. Il soupira d'un air agacé et enroula son bras droit autour de mes épaules.
-Allez, on rentre.
-Je devrais leur dire au revoir, tu crois ?
-C'est comme tu veux.
Je soupirai à mon tour : les adieux seraient sûrement trop difficiles. Je fis part de mon choix à Arlong. Il acquiesça et me ramena au Superb Shark. La coque rouge de ce navire faisait ressortir en ma mémoire des souvenirs aussi bons que mauvais. L'équipage d'Arlong sembla très surpris de me revoir et je l'étais tout autant. Les visages d'Octy de Smack me donnèrent le sourire. Et d'après leurs regards je voyais que la proximité entre mon corps et celui d'Arlong ne les choquait pas le moins du monde.
Une dizaine de minutes plus tard, pendant que l'équipage préparait notre départ, Tao revint au Superb Shark. Il regardait droit devant lui, le regard vide et l'air morne. L'homme-poisson se dirigea immédiatement vers sa cabine sans adresser la parole à qui que ce soit.
-Tu crois que ça va aller pour lui ? demandai-je à Arlong, la mine soucieuse.
-Il a insisté pour le faire.
-Mais c'était son ami...
-Et tu crois qu'il était qui pour moi ? rétorqua-t-il sur un ton énervé. Il avait autant de valeur que tous mes hommes.
-Je sais...
Octy vint vers nous, tout sourire.
-On est prêt à partir ! lança-t-il.
Arlong acquiesça puis se retourna vers moi.
-T'as un dernier truc à faire ou on s'en va ? Cette île d'humains me saoule vraiment...
-A East Blue ?
-A East Blue. T'avais autre chose en tête ?
-Pas vraiment, c'est toi le capitaine ici...
Il fit signe au poulpe de lever l'ancre et, me prenant par surprise, l'homme requin me souleva dans ses bras et m'amena près de la rambarde. Un sourire malicieux élargit sa bouche.
-Maintenant que j'y pense, tu savais que j'étais ton capitaine ?
-Pardon ?
-D'après la Marine tu es de mon équipage.
-Mais c'est complètement faux ! m'offusquai-je.
-Mais officiellement c'est ce qui est écrit, insista-t-il.
Je grognai, énervée. Comment pouvait-on me compter parmi son équipage ?! Enfin, ça se voyait comme même un minimum que je n'étais pas avec eux ! L'homme-poisson me laissa poser pied à terre, en gardant une main autour de mes épaules.
-Autant rendre les choses plus simples, deviens ma nakama.
-Te fais pas d'idées. Je viens avec toi parce que... parce que...
-Parce que ?
-Parce que je t'aime.
Pendant quelques secondes je crus voir l'éclat d'un sourire sur ces lèvres. Il déposa un baiser sur ma nuque en faisant attention à ce que le rostre édenté n'entre pas en contact avec ma peau. Le navire sembla tressaillir sous nos pieds. Je regardais au loin le port commercial s'écarter de nous à chaque seconde qui passait.
-T'es sûre que tu ne voulais pas dire au revoir à cette bande de dégénérés ? me demanda-t-il encore.
-N'en parlons plus... Je vais voir Tao, il avait l'air d'aller mal.
Je lançai un dernier sourire à Arlong, et partais en direction des dortoirs. Je toquai à la porte de l'homme-poisson. Il m'ouvrit au bout d'une minute d'acharnement contre la poignée et m'invita à entrer dans sa chambre, qu'il semblait avoir autrefois partagée avec quelqu'un si j'en jugeais aux vêtements froissés sur le deuxième lit. Le blond se laissa tomber sur son matelas.
-Que me veux-tu ?
-Savoir si ça allait de ton côté.
-Pourquoi ? ajouta-t-il froidement.
-Ben... ça devait pas être facile de...
Il me coupa la parole.
-C'était plus facile que ce que tu crois.
-On dirait pas.
-J'ai fait ce que j'avais à faire !
L'homme-poisson se passa la main sur le visage et reprit son calme.
-Ecoute, je ne sais pas pourquoi tu es venue me voir mais crois-moi, ça ne sert à rien.
-Bon... Alors je vais pas t'embêter plus longtemps. Pense quand même à venir au dîner ce soir.
-J'y veillerai.
Après m'être assurée que Tao avait encore l'esprit clair, je remontai sur le pont où chacun s'affairait à ses tâches quotidiennes. Les mouettes quittèrent nos voiles et déployèrent leurs ailes vers la terre ferme. Je cherchai le requin scie du regard mais il semblait avoir déserté les lieux, je me dirigeai donc en direction de sa cabine quand j'entendis sa voix et celle d'un autre homme. Cela provenait de l'infirmerie. Je toquai trois fois à la porte blanche, un peu mal à l'aise à l'idée de les déranger, et pénétrai dans la pièce.
Arlong était assis sur une table d'opération, pendant qu'un grand homme requin tigre mélangeait dans un bol une étrange mixture. Il portait sur ses épaules une large blouse blanche et de fines lunettes sur son nez légèrement en pointe. Le médecin fit mine d'ignorer ma présence et retira la chemise d'Arlong, mettant à découvert l'horrible morsure à son épaule. Je m'approchai lentement, sourcils froncés.
-Je... J'avais pas remarqué que tu saignais autant... C'est douloureux ?
C'était stupide de dire ça. Evidemment qu'il avait mal ! Le requin scie se contenta d'un sourire en coin prétentieux.
-On a de bonnes dents.
Le docteur se mit à siffloter un air qui m'était inconnu. Il déposa son bol entre mes mains.
-Applique-le doucement, glissa-t-il à mon oreille.
Le requin tigre sortit aussitôt de la pièce en claquant la porte derrière lui. Je me retournai vers Arlong, qui était presque plié de rire devant mon expression ahurie.
-Sha ha ha ha ha !
Je lui lançai un regard noir auquel il répliqua par un sourire pervers.
-Ben alors ? Tu viens pas t'occuper de mes blessures ? ricana-t-il sournoisement.
-Va t'empoisonner...
Il passa son bras intact autour de ma taille pour m'attirer près de lui.
-Je t'aime aussi, prononça-t-il sur un ton apte à me mettre en colère.
Je fis mine d'être désintéressée par ses commentaires et commençai à déposer un peu de la mixture dans le bol sur la grande morsure qui prenait presque toute son épaule. L'homme-poisson se retenait de grimacer tant c'était affreux.
-Hé, ça te fait mal ?
-Pas du tout.
Je m'asseyais à côté de lui et embrassai délicatement sa joue.
-Il serait temps de te confier un peu je crois...
-Tu veux vraiment qu'on joue à ça ?
-C'est pas moi le caractère asociale. Et oui, je pense sérieusement que parler un peu plus te ferait du bien.
-Parler de quoi ?
-De ce qui se passe maintenant. Tu as mal, je le vois, et pourtant tu joues la comédie ! T'imagines pas à quel point c'est frustrant ! lui reprochai-je.
Il cligna trois fois des yeux avant de répondre.
-Et à quoi ça me servirait de te dire si j'ai mal ?
-A rien. Mais moi je me sentirais déjà rassurée de ne pas parler avec un mur.
L'homme-poisson me prit sur ses genoux en soupirant.
-Ce que t'es compliquée...
-Tu es bien le seul à me trouver compliquée.
-Comme tu es la seule à me trouver asociale, ajouta-t-il avec un mince sourire.
Il posa ses lèvres contre les miennes, passant son bras valide autour de ma taille. Après quelques minutes, je me dérobai à son étreinte et posai mon doigt sur sa bouche avant que l'envie ne nous prenne de recommencer.
-Non... Tu dois te reposer.
-Tu vas me chaperonner maintenant ?
-Faux, je veille sur toi car je sais que tu n'écouteras rien de ce que te diras le doc'.
-Je fais ce qui me plaît.
Je posai les poings sur les hanches.
-Tant pis pour toi !
-Tu t'inquiètes ? ricana-t-il.
-Non. Et d'ailleurs je vais aller me balader un peu !
Une grande main lavande saisit mon poignet quand je me levai de la table.
-Si tu veux jouer les chaperons fais-le jusqu'au bout.
-Et toi arrête m'embêter.
-Vraiment, je ne t'ai rien fait cette fois-ci, rétorqua-t-il avec un demi-sourire.
Il sortit de sa poche un bijou que je reconnaissais : un bracelet d'argent.
-J'y crois pas ! Tu me l'as encore volé ?
-Emprunté, reprit-il malicieusement.
Il le glissa à mon poignet et je le remerciai par un baiser affectueux au coin de ses lèvres. Tout à coup, on entendit des hurlements et des craquements de bois, comme si on balançait des caisses et des tonneaux à travers tout le bateau. Je sortis de l'infirmerie en quatrième vitesse et en fermant la porte derrière moi. Arlong avait besoin de repos, inutile de le faire s'occuper de ce genre de » petit problème ». Qui n'en était peut-être pas un à vrai dire... Rien que dans le couloir, je faillis me prendre une planche en pleine tête. Mais j'appris plus tard qu'elle ne m'était pas destinée.
-Rattrapez-le ! hurla un homme-poisson.
J'eus tout juste le temps de tourner les yeux vers l'extrémité du couloir qu'une touffe rousse se cachait derrière moi pour échapper à ses assaillants mais surtout à leurs projectiles dévastateurs. Je priai intérieurement pour ce ne soit qu'un mauvais rêve...
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