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Chapitre 20 : Un capitaine spécial
J'avais beau y réfléchir, retourner le problème dans tous les sens, je ne comprenais définitivement pas comment on avait pu se retrouver là. Comme j'avais pu me retrouver face à ce dilemme. Et la petite bouille de mon rouquin ne m'aidait malheureusement pas à faire un choix. Je me tournai vers Smack, désespérée. L'homme-poisson avait aimablement accepté de nous cacher dans sa cabine le temps qu'on trouve un moyen de se débarra... de s'occuper de « ça ».
-Si Arlong le voit il va le tuer sur-le-champ, m'avertit Smack.
-Oui bah c'est bien ça qui m'inquiète ! Et je sais vraiment pas comment faire pour qu'il prenne la nouvelle d'un côté positif même si je ne vois pas du tout ce qu'il y a de positif !
L'homme-poisson pointa du doigt le jeune homme assis par terre, à mâchouiller une allumette entre ses dents.
-L'inclure dans notre conversation ferait peut-être avancer les choses, proposa-t-il.
-Feu ?
-Ok je retire ce que j'ai dit. Impossible qu'Arlong l'accepte et l'équipage est encore à ses trousses, autant dire que là c'est une cause perdue. Désolé Mako mais il va falloir que ton ami s'en aille.
Je me pinçai la lèvre, troublée.
-Regarde-le une seconde Smack ! Eric est comme un enfant ! Un peu turbulent certes, mais c'est le renvoyer en mer qui est impossible ! Euh... maintenant que j'y pense, comment tu es venu ?
La petite touffe rousse tourna ses yeux écarlates vers moi.
-Venu pour Tao-kun... feu...
-Hein ? Pour Tao ?
-Gentil Tao et méchant Sean. Il me connaît pas, mais moi je l'aime beaucoup.
Le rouquin prononça un petit « feu » presque inaudible. Je serrai le poing, en colère.
-Je rêve ou tu viens de me dire que t'as embarqué avec nous sur un coup de tête ?! Et Dante alors ? J'espère pour toi qu'il est au courant !
-Il l'est. Voulais pas énerver feu à tout le monde. Et puis Mako-chan est partie sans rien dire, il fallait bien que quelqu'un veille sur le chaton à Dante-san. Alors feu s'est porté volontaire pour Mako-chan et Tao-kun ! cria-t-il en tendant le bras, tout sourire.
Je me laissai tomber mollement sur le matelas.
-Arlong va me tuer...
-Et c'est le cas de le dire, renchérit Smack.
-Jamais il voudra prendre un autre humain dans l'équipage...
-J'avoue que là ce serait peut-être, enfin pour lui, abuser de sa générosité.
La voix de l'homme-poisson était truffée d'ironie. J'étais dans une situation désespérée et pourtant nous y trouvions tout deux un peu d'humour. Je courbai l'échine et ébouriffai la tignasse rousse qui était bien le cadet de mes soucis.
-Dis-moi Eric, pourquoi tu voulais suivre Tao ?
L'air sérieux sur le visage enfantin du roux me fit esquisser un demi-sourire.
-Il a besoin d'aide.
-De quoi tu parles ?
-Quand tu es sorti de l'entrepôt avec le requin, lui il est resté. Alors j'ai attendu. Et après la détonation, je l'ai vu sortir. On aurait dit un fantôme. Je veux l'aider Mako-chan. Laisse-moi juste rester.
Je soupirai bruyamment en haussant les épaules, et notai dans un coin de mon esprit que le jeune voleur n'avait aucun mal à s'exprimer normalement quand il le voulait.
-Malheureusement la décision ne m'appartient pas Eric. T'as déjà pas pris un très bon départ en te faisant pourchasser par l'équipage et encore, on a de la chance qu'Arlong soit au courant de rien mais il doit savoir que tu es là.
-Il va me tuer ! C'est ce que lui il a dit ! hurla-t-il en pointant Smack du doigt.
Je posai mes coudes sur mes genoux et me prenais la tête entre les mains. On était mal partis... Le jeune voleur continua de mastiquer la petite allumette jusqu'à ce qu'elle craque sous ses dents. Il me lança alors un regard soucieux.
-Je l'aime pas ton capitaine. Il va me faire du mal.
Ma bouche s'élargit en un faible sourire.
-Ne t'inquiète pas. Je trouverais un terrain d'entente avec lui. Smack ?
-Oui ?
-Tu peux garder Eric avec toi le temps que je discute avec Arlong ? Et ne lui mets pas un seul briquet sous le nez s'il te plaît, question de sécurité générale.
-Je ferais attention.
Je remerciai la gentillesse de Smack par un sourire amical qu'il me rendit bien et courus hors de sa cabine. Je pris une grande inspiration avant de retourner dans l'infirmerie où un gigantesque homme requin s'offrait une sieste improvisée dans le fauteuil du docteur. Je soupirai près de lui... Il avait toujours tendance à s'endormir quand il ne trouvait rien à faire. Dommage, mais aujourd'hui, il aurait de quoi faire. Je caressai doucement la joue lavande et chuchotai à son oreille. L'homme-poisson émergea de son sommeil en bâillant, ce qui me fit bien rire.
-Bonne sieste ?
-Excellente...
Mais les nouvelles le seront moins, pensai-je tout bas. Je lui lançai un sourire affectueux et retirai un peu sa chemise de son épaule pour voir l'état de sa blessure.
-Tu ne saignes plus.
-Tu vas t'en inquiéter encore longtemps ? grogna-t-il en se rhabillant.
-A vrai dire, là, j'ai un autre sujet d'inquiétude. Mais dis-moi d'abord que tu ne t'énerveras pas.
Il hocha la tête. Une boule d'angoisse se creusa dans ma gorge, je gonflai mes poumons avant de me lancer.
-Si je te disais qu'on avait un passager clandestin, qu'il est humain, que c'est un voleur et un pyromane, tu le tuerais ?
Son sourire se transforma en une expression noire et meurtrière. Je lui lançai une petite moue attendrissante.
-Arlong, crois-moi j'y suis pour rien !
-Et c'est qui exactement ?!
-Le petit rouquin des Crows, il s'appelle Eric.
L'homme requin se leva soudainement du fauteuil. J'écartai mes bras devant lui et le fixai droit dans les yeux.
-Tu ne le connais même pas et tu veux déjà le tuer, je ne trouve pas ça normal.
-Ce qu'est pas normal c'est qu'une de ces vermines se balade en ce moment sur mon bateau !
-La vermine a un nom et Eric n'est pas ici pour embêter qui que ce soit.
-Et tu prends sa défense en plus ?!
-Il est des miens.
Arlong grogna des choses incompréhensibles, puis croisa les bras sur son torse en me lançant un regard suspicieux.
-Qu'est-ce qu'il nous veut cet humain ?
-Moi-même je n'ai pas trop compris mais je pense qu'il s'inquiète pour Tao, il croit qu'il a besoin d'aide.
-Tch ! Rien à foutre ! Débrouille-toi pour qu'il dégage !
J'entremêlai mes doigts avec les siens.
-T'énerve pas... On peut bien le garder quelques jours et s'il s'intègre comme il faut, on avisera.
-Et tu t'imagines que je vais accepter un humain ici ?
-Je suis bien là moi, rétorquai-je en croisant les bras sous ma poitrine.
-Toi c'est pas pareil.
Je m'énervai à mon tour.
-Et elle est où la différence ? Qu'est-ce que ça te coûte de le laisser en vie ?!
-Viens avec moi.
L'homme-poisson me prit par le bras et me traîna derrière lui jusque dans son bureau, où il me balança dans son fauteuil avant de me mettre plein de papiers et dossiers sous les yeux.
-Ça, petite maligne, c'est tout mon effectif. Et dedans tu peux me croire qu'y a aucun traitement de faveur. Chacun a son boulot et c'est pas des tâches pour humain. Il n'a pas sa place ici !
-Donc je dois travailler pour qu'il reste, c'est ça ?
Il caressa doucement ma nuque, un sourire séducteur accroché aux lèvres.
-Non, toi je te garde pour la nuit.
-Quelle délicate attention... chuchotai-je ironiquement.
-Je te l'ai déjà dit, je prend soin de ce qui est à moi.
Je lui rendis son sourire avant de poser ma bouche contre la sienne. L'homme requin me serra contre son torse en soupirant.
-On s'arrangera pour ton ami...
-Merci Arlong, je te promets que ça se passera bien !
-Parle pas trop vite...
Visiblement l'idée ne l'enchantait pas. Je déposai sagement mes lèvres sur la peau lavande et prenais la main d'Arlong dans la mienne.
-Viens, il faut encore que je te le présente.
-Non merci, je ne veux pas voir ce sale gamin...
-Il est plus intelligent et mature qu'il n'y paraît.
Le requin finit par céder et me suivre jusqu'à la cabine de Smack. Ce dernier était en train de tenir le petit rouquin par le col pour éviter qu'il ne nous saute dessus. Eric se mit soudainement à grogner à la vue du grand homme-poisson derrière moi, qui lui grimaçait de dégoût et regardait le jeune garçon de haut. Je toussotai légèrement pour calmer les tensions et forçai le roux à s'asseoir.
-Eric, je venais te dire que tu vas pouvoir rester...
Un grognement dans mon dos se fit entendre.
-Hum... Pour une durée indéterminée, poursuivis-je sous les menaces inaudibles d'Arlong. Et si tu te comportes bien, j'imagine qu'on pourra y réfléchir plus sérieusement. N'est-ce pas ?
L'homme requin passa discrètement sa main autour de ma taille. Je pris le geste comme un avertissement.
-Tu vas souffrir... murmura-t-il.
-Pour la dernière fois, je lui ai pas demandé de venir ! répondis-je, tout aussi bas.
Arlong toisa le petit rouquin et m'emmena à l'extérieur de la cabine avec lui. L'homme-poisson me plaqua contre le mur.
-T'as décidé de me pourrir la vie ?!
-Déso...
-Arrête, t'es pas désolée ! Si cette petite vermine ose se montrer devant moi je lui arrache la tête ! C'est compris ?!
Je fronçai les sourcils.
-T'abuses. Il est plus jeune que nous tous Arlong, on devrait au moins lui laisser sa chance. Je suis sûre qu'avec un peu de temps il pourrait se montrer utile sur le bateau.
-... ?
-Je ferais tout ce que tu voudras, lâchai-je enfin, dans un ultime soupir.
Un sourire vicieux se forma sur son visage.
-Absolument tout ?
-Absolument tout... grognai-je.
-Parfait ! C'est ce que je voulais entendre ! s'exclama-t-il.
Ne perdant pas plus de temps, il me jeta sur son épaule intacte et marcha jusqu'à son bureau, soudain d'une meilleure humeur. J'avais peur d'entendre ce qu'il allait me réclamer, je m'attendais au pire et je savais qu'il profiterait de cette occasion en or. L'homme requin s'assit sur son grand siège et me tendit une petite série de copies, toujours ce même sourire sur la face.
-Allez, signe-moi tout ça !
-Qu'est-ce... que c'est ? osai-je demander après avoir feuilleter le petit tas.
-Un moyen de m'assurer que tu ne bouges plus d'ici, rien d'autre.
Mon cœur rata un battement.
-Tu veux que je rejoigne ton équipage ?!
-Roh ça va, c'est pas une nouveauté !
-Je... Je sais vraiment pas comment je dois le prendre...
J'haussai les épaules en soupirant et me laissai tomber sur la chaise face à son bureau.
-On dirait bien que je n'ai pas le choix...
-Exact ! Et tu peux me remercier, je t'ai enlevé quelques paperasses inutiles... et puis, ça me fait gagner du temps à moi aussi.
-Donc c'est quoi tout le reste ?
-Le règlement, tes droits et interdictions personnels, tes dettes et tes obligations envers ton capitaine. C'est-à-dire moi, finit-il sur cette note joyeuse.
Je sentais que ça allait être long, terriblement long... Je signai un à un les documents que me tendait à Arlong, sans même prendre le temps de tous les lire tant il y en avait. Mais je me doutais bien qu'il les avait préparés spécialement pour moi car dans la partie « obligations envers le capitaine » figurait une phrase suspecte, comme quoi offrir quasiment toutes mes nuits -pour ne pas dire toutes- à mon capitaine était fortement recommandé. En lisant ceci, j'avais jeté à l'homme-poisson un regard noir, auquel il avait répliqué par un clin d'œil. J'allais vivre un cauchemar... Mais pour le moment, j'arrivai à la dernière. Avant même que je n'ai le temps de la lire, Arlong me l'arrachai des mains.
-C'était quoi ? demandai-je, curieuse.
-Rien, toute façon tu l'aurais pas signée.
-Je veux savoir, insistai-je.
-C'était pour le tatouage.
Je croisai les bras sous ma poitrine avec un air soucieux.
-Tu ne veux pas que je l'aie ?
-Parce que tu le veux ?
-Si je rejoins ton équipage, autant m'impliquer jusqu'au bout.
-On verra ça plus tard, là j'ai envie de profiter un peu...
Il fit le tour du bureau, me souleva dans ses bras et dévora ma nuque de baisers. Je calai mon front contre son corps et souris inconsciemment. Tout à coup, je sentis la main palmée se glisser sous mes vêtements. Un frisson me parcourut de la tête aux pieds.
-Arrête...
-Tu as pourtant l'air d'apprécier.
L'homme requin ne me laissa pas le temps d'en dire plus, il saisit brusquement mes lèvres des siennes en me faisant quitter le sol. Il balança par terre toutes les affaires du bureau et me posa délicatement dessus, sans jamais me laisser la moindre échappatoire. Je passai mes bras autour de son cou en caressant du bout des doigts sa chevelure de jais quand une grande voix criant haut et fort le nom de mon nouveau capitaine se fit entendre. Un grognement bestial retentit dans toute la pièce.
-Je vais le buter...
Il m'embrassa une dernière fois avant de partir à toute allure en claquant violemment la porte derrière lui. Je le suivis discrètement jusque dans l'infirmerie. Le requin tigre sourit joyeusement à l'arrivée d'Arlong, qui lui était plutôt d'une humeur massacrante.
-Comment t'as osé m'interrompre ?!
-Arlong-san, je n'ai même pas encore faits tes bandages que tu pars déjà faire des cabrioles avec ta copine, c'est pas très prudent de ta part.
Les mots du docteur enflammèrent mes joues.
-Et alors ?! Ça pouvait attendre ! rétorqua Arlong.
Je me dis, tout bas, qu'il devrait peut-être revoir son sens des priorités...
-Je fais mon boulot... lâcha Near.
-Grmph !
Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire devant l'expression qu'affichait Arlong. On aurait dit un enfant déçu et en colère qu'on lui ait refusé ce qu'il attendait désespérément. Même le médecin faillit pouffer de rire avec moi.
-C'est quoi votre problème ?! hurla le requin scie.
Je me laissai tomber dans les bras d'Arlong, le ventre douloureux à force de ricaner. Il fronça les sourcils, ne comprenant toujours pas ce qui nous amusait tant. Je me dressai sur la pointe des pieds et embrassai délicatement sa joue.
-T'es trop mignon...
Il faillit s'étrangler. Son visage vira au violet et il se laissa tomber, les genoux mous, sur le siège du médecin. Le pauvre en était encore paralysé. Je lançai un clin d'œil complice au requin tigre, qui me le rendit bien. Et ce dernier profita de l'état de choc de son capitaine pour lui faire quelques bandages à l'épaule. Arlong reprit à moitié ses esprits. Il posa sur moi un regard lourd de sens.
-Ose me faire ça encore une fois...
-C'était un compliment, crus-je bon de préciser.
-Te fous pas de ma gueule !
J'étais sincère pourtant. L'homme-poisson me prit néanmoins sur ses jambes et me pinça le nez.
-Dis plus de conneries pareilles.
-Oui mon capitaine ! répondis-je solennellement, en portant la main à mon font.
Le docteur sembla s'amuser rien qu'en nous regardant.
-Near ? appela Arlong.
-Oui ?
-Il semble que tu m'aies interrompu tout à l'heure...
-Il fallait bien que je panse ta blessure. Et puis on vient tout juste de reprendre la mer, il faut que tu sois en état de te battre.
Le requin n'y trouva rien à redire et se contenta d'un mince sourire mais je voyais dans ses yeux menthe qu'une vengeance s'imposait.
L'heure du repas fut sonnée. Arlong en profita pour annoncer l'arrivée de notre « petite vermine méprisable », non sans cacher son dégoût à ses hommes, et que cette décision n'était clairement pas de lui. Le rouquin avait d'ailleurs décidé de s'asseoir à côté de moi puisque Tao ne montrait définitivement pas le bout de son nez, et j'étais moi-même obligée de m'asseoir en bout de table à côté d'Arlong. Apparemment ça aussi ça faisait partie de mes devoirs envers mon capitaine. Personnellement j'appelais ça de l'abus de pouvoir. Mais malgré tout, on réussit à finir nos assiettes sans trop se taper dessus.
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La nuit était tombée. Petit à petit, quand le pont du Superb Shark se vidait, moi j'y restai et ce bien malgré la fatigue dans mes jambes. Ça avait été une journée très éprouvante pour chacun d'entre nous. Et pourtant j'étais certaine que ce n'était que le début d'une chose nouvelle, et Arlong aussi. L'homme requin se tendit légèrement à mes côtés. Il s'accouda à la rambarde du navire en me lançant un sourire sarcastique.
-Tu as peur ?
Sa question si soudaine m'arracha un sursaut.
-J'ignore si elle est justifiée, répondis-je en haussant les épaules nonchalamment.
-On sera tranquille à East Blue, tu verras.
-Je l'espère...
Mes yeux s'abaissèrent à la pointe de mes chaussures.
-Nos primes ont encore augmenté, je l'ai vu dans les journaux.
-Ouais, moi aussi.
-Tu m'as longtemps protégée Arlong mais un jour je...
-Tais-toi. Tu parles pour rien.
Je fronçai les sourcils, troublée par son comportement. Son ton n'était pas agressif mais à prendre au sérieux néanmoins.
-Tu sais que j'ai raison ! lui criai-je. Maintenant que j'ai rejoins ton équipage, c'est ton devoir de capitaine de faire en sorte que je puisse me défendre ! Tu ne peux pas me laisser croire encore une fois qu'il ne m'arrivera rien ! C'est que des mensonges !
Il restait abasourdi devant ma colère. J'inspirai profondément et reprenais lentement mon calme, tandis qu'il ne répondait rien. Seul la brise nocturne s'installa entre nous. J'imaginais qu'il était conscient de son erreur, que vouloir m'écarter de tout danger n'était pas une bonne idée. Bien au contraire, il aurait dû me montrer la réalité comme elle était, comment lui la voyait. J'esquissai un faible sourire et plongeai ma main dans la sienne.
-Demain, je veux que tu m'entraînes.
-J'ai jamais entraîné d'humain, c'est pas possible.
-Ça nous coûte rien d'essayer.
Il soupira de plus belle et inclina la pointe de son rostre édenté vers mon visage.
-Demain à l'aube dans la salle de tir. Prépare-toi à souffrir chérie, murmura-t-il contre mes lèvres avec un sourire empreint d'ironie.
Je lui renvoyais un regard porteur de la même malice et l'embrassai une dernière fois avant qu'il ne s'en aille.
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Il ne parvint à dormir que quelques heures, hanté par de vieux cauchemars. L'homme requin se redressa avec de désagréables sueurs froides dans le dos et des picotements à son épaule couverte de bandages. Son regard se porta sur la jeune femme endormie à ses côtés, uniquement vêtue d'un de ses t-shirts, bien trop large pour son corps mince. Le petit filet de bave au coin de ses lèvres lui arracha un sourire. Il dégagea les quelques mèches brunes sur son front et enfila ses vêtements et son chapeau feutre avant de quitter sa chambre, tout en lançant un dernier regard amusé sur l'humaine, inconsciente d'être pour lui un petit spectacle durant son sommeil. L'homme-poisson aurait aimé rester un peu plus à côté d'elle et attendre qu'elle se réveille pour la taquiner un peu, mais là il ne s'en sentait vraiment pas l'humeur.
Il se contenta de sortir et aller à la salle de tir, une pièce à peine plus enfoncée dans le navire. Des cibles noires, blanches et rouges parfois étaient placardées aux murs. L'homme-poisson saisit un pistolet à silex sur une table et le démonta entièrement. Il en fit de même pour un autre. Tout à coup, la porte s'ouvrit la jeune femme de tout à l'heure. Elle était habillée d'un top bleu et d'un jean noir moulant, avec un ceinturon autour des reins. Elle ramena ses longs cheveux sur son épaule droite.
-Tu aurais pu m'attendre... bâilla-t-elle.
-La dernière fois que je t'ai réveillée tu en as fait une crise.
-Pff... Tu sais que j'avais peur qu'il se soit passé quelque chose.
-Ça t'aurait dérangée ?
-Non mais je dois dire que je préfère me lever en sachant ce que j'ai fait la veille.
La jeune femme s'approcha des pièces métalliques sur la table.
-Pourquoi tu les as décortiqués comme ça ? demanda-t-elle.
-Si tu les refais tu pourras tirer.
-Et si je n'y arrive pas ?
-Tu passeras tes jours en cuisine, finit-il avec le sourire aux lèvres.
Elle déglutit en fronçant les sourcils et s'empressa d'examiner minutieusement chaque partie du premier pistolet. Après cela, elle se mit à les assembler à sa guise comme les pièces d'un puzzle. Le résultat n'était pas parfait mais elle recommença encore, sous l'œil attentif du requin scie. Elle s'attendait à ce qu'il se moque parfois de ses essais ratés mais il n'en fit rien. Au bout d'une demi-heure, elle avait fini de reconstruire un pistolet et passait au prochain, qu'elle termina en dix minutes. La brune écarta la main vers son œuvre, toute fière.
-Alors ? T'en penses quoi ?
-Un peu long mais ça passe.
L'homme requin lui tendit le tout premier pistolet à silex qu'elle avait reconstruit.
-Il est léger, facilement maniable et parfait pour les gens minuscules comme toi.
-Tu la fermeras jamais Arlong...
-Jamais.
Il réprima difficilement un sourire amusé et plaça la jeune humaine devant une cible pas trop éloignée.
-Ton pied d'appui ?
-Droit.
-Recule-le et écarte un peu les jambes. Il faut que t'aie une position stable.
Elle lui obéit sans geindre et pointa le centre noir de la cible avec son arme. De grandes mains lavande prirent ses bras et les remontèrent. La brune sentait le torse de l'homme-poisson se frotter à son dos, et ne put s'empêcher d'en rougir.
-Te déconcentre pas.
Elle sursauta brusquement, de peur qu'il s'en soit rendu compte. La jeune femme fit de son mieux pour ignorer les battements de cœur en rythme avec les siens, et tira une première balle. L'impact toucha une planche de bois.
-T'as tremblé, remarqua Arlong.
-Je sais. Un pistolet plus lourd serait...
-Non. Si t'y arrive pas avec celui-là alors ça sert à rien. Recommence, ordonna-t-il sèchement.
La brune se maudit pour lui avoir demandé son aide la veille. Elle recommença à tirer une demi-douzaine de balles sur diverses cibles. C'était bien mieux mais pas encore parfait. Elle posa la main sur l'autre pistolet à silex avec un regard en coin vers l'homme-poisson.
-Je peux ?
-Vas-y.
Elle prit l'arme dans sa main, la pesa. La crosse était bien plus lourde et le canon, plus long et précis.
-Mako, fais attention.
Lorsqu'elle tourna les yeux vers lui, son regard évita soigneusement le sien. La jeune femme ne s'était pas trompée car en effet, le poids plus conséquent du pistolet l'aidait à mieux se placer. Même si Arlong ne disait pas mot, il trouvait qu'elle le maniait avec plus de souplesse qu'il ne s'y attendait. Avant qu'elle ne passe aux cibles rouges, plus éloignées, il la stoppa.
-On va faire plus compliqué maintenant.
-Quel genre ? haleta la brune, le souffle court.
-T'as beau être minuscule...
Elle grogna à cette énième remarque.
-... tu es rapide, poursuivit l'homme requin. Tu dois surprendre tes adversaires et ne jamais attendre qu'il t'attaque le premier. Honnêtement je suis pas sûr que tu sois une bonne combattante aux poings mais tu es meilleure tireuse.
-Si je suis désarmée, comment je fais ?
-T'improvise. Je sais que t'as toujours un couteau ou une dague sur toi alors sers-t'en.
La brune croisa les bras sous poitrine, le regard perdu dans le vide.
-J'ai jamais pu battre un seul de tes hommes, j'ai aucune chance.
-C'est bien pour ça que je suis là, baka !
Il lui donna une gentille pichenette sur le front.
-Assez pour aujourd'hui, tu peux y aller et te rendre totalement inutile ailleurs.
Elle ignora son commentaire et le gratifia d'un sourire.
-Merci Arlong ! Tu fais un meilleur prof que ce que je pensais !
-Dommage que je ne puisse pas en dire de même à ton sujet.
-... je te déteste.
-Moi aussi, murmura-t-il en passant ses bras autour de la taille de la brune.
Elle posa la joue contre le torse de l'homme-poisson. Dans ce silence, ils pouvaient presque entendre et sentir les battements de cœur de l'autre. Il serra un peu plus Mako entre ses bras, puis desserra son étreinte sur la jeune femme. Cette dernière lui adressa un signe de la main et se retourna, des cheveux ondulés couleur bois lui caressant le dos tandis qu'elle partait.
Merci d'avoir lu !
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