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Merci à miammiam, La et Trafalgar D. Sharon pour leurs commentaires :)

Bonne lecture !


Chapitre 22 : Cocoyashi

Le vent sifflait entre les feuilles des palmiers. Les volets étaient clos, les portes fermées. Rien ne vivait dans les rues. Je posai ma main sur la rambarde en fronçant les sourcils. L'équipage commençait déjà à prendre sur leurs épaules les caissons, tonneaux et barils. Je me contentais de prendre mon sac de voyage avec moi. A peine plus loin, je voyais Tao se charger à son tour de quelques affaires et aider Eric à porter les siennes. Le petit voleur n'avait pas le gabarit pour accomplir les mêmes tâches que les hommes-poissons mais faisait de son mieux. Tout le monde semblait si heureux que le voyage soit fini mais moi, je ne comprenais pas bien pourquoi. J'étais quelque peu déçue, il n'y avait rien ici. Ce village était vide. Mort.

Je soupirai bruyamment en les regardant se mettre en route. On venait à peine d'arriver et ils commençaient déjà à quitter le village pour aller on ne sait où ceux-là ! Je posai les poings sur les hanches en me retournant vers le dernier à être encore sur le pont.

-Arlong ! criai-je. On pourrait pas rester ici juste une nuit ? Je suis épuisée !

L'homme requin me gratifia d'un sourire sarcastique.

-Je suis sûr que toi et tes jambes minuscules vous pourrez tenir le coup !

Il me força à quitter le navire et on se mit en route à la tête du groupe. Le village de Cocoyashi était un pâté de maisons, embelli par une belle végétation. Il y avait des cocotiers, des palmiers et des fleurs que je ne connaissais. On ne mit pas longtemps à sortir de ce petit bout de civilisation mais mes jambes me faisaient souffrir le martyr et rester proche de l'équipage devenait une torture. Mais pour couronner le tout, Arlong ne nous laissait pas faire de pause. Visiblement ce n'était pas un problème pour les hommes-poissons sauf que moi et Eric, on n'arrivait plus à suivre rythme.

Tandis que nous traversions un chemin collé à une petite rizière, Tao s'arrêta pour marcher à même niveau que nous.

-Est-ce que ça va ? nous demanda-t-il.

-Mes talons me brûlent et j'ai envie d'étriper ce foutu requin... haletai-je.

-Tao-kun... Mal aux pieds... se lamenta le jeune voleur.

L'homme-poisson nous lança un faible sourire.

-Attendez, je vais demander à Arlong de ralentir un peu.

Il s'éclipsa aussitôt et trottina voir son capitaine qui ne le prit visiblement pas d'un bon œil. L'équipage s'écarta pour le laisser passer et un sentiment de peur me prit à la gorge. Le requin scie me jeta sur son épaule et Tao en fit de même pour Eric, pour le plus grand plaisir de ce dernier. Quant à moi J'entendais les grognements énervés de mon capitaine, et lui tapotai alors son aileron dorsal.

-Finalement je peux très bien marcher Arlong !

-Fille exaspérante !

-Et j'entends très bien aussi...

Il décida de m'ignorer. Je lui pris son chapeau noir et me mis à jouer avec, le faisant tourner sur mon doigt puis l'équilibrer sur mon nez pour passer le temps. Le requin scie me traita de gamine en reprenant son chapeau. Ayant la tête à l'envers, tout ce que je pouvais apercevoir c'était l'équipage marcher derrière nous, les arbres au bord de la route et Eric mâchouiller comme un bébé les mèches blondes de ce pauvre Tao.

L'ennui me gagna rapidement et, bien que se faire transporter n'était pas si mal, je commençais à avoir mal au dos. L'homme requin accepta sans broncher de me laisser pied à terre et je pus enfin m'étirer. Apparemment nous n'étions pas loin de... de là où on devrait être. Arlong ne voulait toujours pas me dire où est-ce qu'on allait. J'avais beau insister il ne parlait pas.

Les arbres s'enchaînaient. Et le coucher du soleil approchait plus vite que je ne m'y attendais. Je sentis soudainement un poids s'enlever de mon épaule. Arlong venait de prendre mon sac.

-Tu optes pour la galanterie maintenant ? ricanai-je.

-Dans l'espoir que tu avances plus vite mais c'est peut-être trop demander à une limace.

-Ha ha... Très amusant...

Il m'ébouriffa les cheveux de sa main lavande.

-Sérieusement j'en ai assez de marcher à ton rythme.

-Tu l'as dit, mes jambes sont minuscules !

-Alors grouille-toi un peu ! gronda-t-il en me poussant l'épaule.

Je fis mine de me dépêcher un peu plus.

-Tu vois ? Quand j'essaye de marcher aussi vite que toi, je trottine ! Tu vas quand même pas me forcer à courir aussi ?

-Ben voilà, t'auras qu'à courir !

On continua de se « disputer » un bon moment, sous les rires discrets de l'équipage, qui ne perdait jamais une miette de nos conversations. C'était toujours aussi insolite à chaque fois, paraît-il. Et comme je commençai à un peu trop agacer Arlong, il m'enserra la taille entre ses bras musclés et m'assit sur son épaule. Il savait que je n'aimais pas être en hauteur et en profitai bien pour me faire taire. Tout ce qui me tenait c'était sa main sur mes jambes et encore, il menaçait de la retirer...

-D'accord, d'accord ! cédai-je enfin. Je ne dis plus rien !

-Hé ben voilà, t'es plus sage tout d'un coup.

-On appelle ça la tyrannie, l'abus de pouvoir, et la cruauté sur plus petit que soi...

Il me ria au nez, alors que je sentais mon cœur se retourner dès que je baissais les yeux au sol. Je posai ma main sur sa chevelure de jais pour essayer de penser à autre chose que le vide au-dessus duquel il me maintenait. Derrière, Eric avait fini par s'endormir sur Tao. Au moins il n'embêtait plus personne...

Nous finîmes par arriver devant deux gigantesques portes, très imposantes. Je me demandais ce que pouvait bien être cet endroit car en tout cas, l'équipage avait l'air tout content à l'idée d'y entrer. Smack ouvrit les portes en grand. J'eus beaucoup de mal à analyser ce que je voyais, tout ça me paraissait impossible. J'aperçus tout d'abord une grande piscine reliée à la mer avec des transats blancs au bord et deux petits bassins décoratifs. Mais le plus impressionnant était bien ce gigantesque bâtiment rouge et jaune semblable à une tour, avec une grande tête de requin scie au sommet. Tout ça ressemblait à un hôtel de luxe et j'y aurais bien cru si je n'avais pas vu ce drapeau pirate, rouge et noir, flotter au gré du vent. Je n'en revenais toujours pas et je me demandais encore si je lisais bien là « Arlong Park ». Le rostre se tourna vers moi et je baissai les yeux jusqu'à rencontrer les siens. Il me souriait.

-Bienvenue à la maison.

-Arlong... Ne me dis pas que c'est...

Une bouffée d'émotion me submergea. Tandis qu'il me faisait descendre de son épaule, je regardai ce petit paradis tranquille avec du baume au cœur. Il n'avait pas menti. Il ne m'avait jamais menti. J'offris un sourire rayonnant à l'homme-poisson, auquel il répondit par un haussement d'épaules.

-Il reste encore quelques petites choses à terminer, mais je crois que le principal est là. Ça te plaît ?

-C'est magnifique ! m'écriai-je en serrant son torse.

Certains se mirent à glousser bêtement derrière nous. Arlong leur lança un sourire meurtrier.

-Qu'est-ce que vous regardez ?

Le sol et les orteils des compagnons leur semblèrent très intéressants tout d'un coup... Quelques hommes-poissons plongèrent dans la piscine, impatients, tandis que d'autres commençaient à ranger les divers stocks.

-C'est... tellement grand. Combien ça t'a coûté ? demandai-je.

-Je préfère ne rien dire, te connaissant toi et ta phobie des grands chiffres.

-Excuse-moi si tes livrets de compte me donnent la nausée !

Je poussai un soupir et me frottai la joue.

-Non, sans rire, ça fait vraiment beaucoup d'espace...

-... et tu veux explorer les alentours.

-Ça alors ? T'as deviné ? ricanai-je.

-Tu as bien dit que tu avais mal aux pieds, non ? Donc tu restes ici.

-Mais...

-Au moins pour la semaine ! insista-t-il en me coupant la parole.

Je grognai désespérément en croisant les bras sur ma poitrine.

-Tu ne pourras pas me surveiller bien longtemps tu sais...

-Je n'ai pas besoin de te surveiller. Tu peux aller où ça te chante et te perdre quand tu veux.

-C'est toujours un plaisir de converser avec toi...

-Réciproque.

On s'échangea un sourire malveillant, avant qu'il ne saisisse mon poignet et me fasse entrer dans cet incroyable bâtiment. Il y avait des escaliers de partout, qui donnaient à chaque fois sur un nouvel étage. Le requin me fit visiter un peu le tout puis vint la fête de retour.

La nuit était déjà tombée et les hommes d'Arlong avaient insisté pour festoyer et partager les quelques souvenirs de ce long voyage. Notamment le souvenir d'avoir vu un humain aux cheveux de feu incendier leurs chambres... Ou d'avoir failli se prendre une dague dans le crâne pour avoir voulu s'interposer dans une dispute entre moi et Arlong. Il ne fallait pas nous interrompre en pleine querelle, ça aiguisait notre colère commune.

Je finis mon verre de champagne avec un bruyant soupir. Il y avait tellement de nourriture à table et pourtant rien ne me faisait vraiment envie. La tête me tournait et l'air de la pièce semblait vouloir m'asphyxier lentement. Je me levai de chaise et sortait du bâtiment au pas de course. La lune était belle, ainsi haut dans le ciel. Je m'en détournai et posai mon regard sur les murs du Arlong Park et sa gigantesque piscine. Je fronçai les sourcils et m'en approchai lentement... Il me semblait avoir vu une ombre, là, au fond du bassin. Je vis deux grosses cornes sortir puis se fut tout un monstre marin à la peau blanche avec des tâches vertes et des écailles sur le ventre ainsi qu'un anneau de vache sur son gros nez rose qui apparut. Un monstre marin dans une piscine... J'aurais vraiment tout vu cette fois. La pénombre ne me permettait pas de bien distinguer ses yeux mais ses grognements, je les entendais à merveille. Et cette bête me semblait familière. Ah... ça me revenait. C'était cette chose qu'Arlong avait défoncée à Lorca. Et apparemment, il se souvenait aussi de moi car il me grognait dessus en prenant un air féroce et alla même jusqu'à sortir les crocs. Soudain, le monstre cacha ses dents aiguisées comme des rasoirs et se fit aussi doux qu'un agneau. Mais la créature ne me regardait pas moi...

-Tu ne devrais pas traîner près de la piscine la nuit, c'est l'heure où Meuh-meuh a faim.

Je me retournai vers Tao. L'homme-poisson balança de la nourriture à cette gigantesque vache des mers, et celle-ci préféra couler au fond du bassin pour finir son repas. Je me frottai la nuque en approchant du blond.

-Je ne savais pas qu'Arlong appréciait ce genre d'animaux de compagnie... J'ai bien cru qu'elle allait me manger.

-Elle voulait seulement t'intimider, mais jamais elle n'oserait manger quelqu'un. Surtout pas vu ton odeur...

-Pardon ? Tu viens de dire que je sentais mauvais ?

-Oh, excuse-moi. Ce que je veux dire c'est que tu portes l'odeur du capitaine. Meuh-meuh ne t'aurait jamais fait le moindre mal.

Je fronçai les sourcils.

-Elle a peur d'Arlong ?

-Si tu savais à quel point...

-En même temps, il lui avait déjà mise une bonne raclée autrefois.

Un courant d'air me fit frissonner. Je serrai mes bras contre mon corps lançai un sourire à l'homme-poisson.

-Et toi je vois que tu as échappé à Eric...

-Je t'avouerai que sa présence m'est parfois envahissante.

-Je vous avais vus sur le chemin, tu l'apprécies je crois.

Il soupira en haussant les épaules nonchalamment.

-Dans un certain sens... peut-être.

-Pas d'aversion pour les humains ?

-Malgré moi je vous ressemble, il m'est donc difficile de vous haïr.

-Tu le pourrais. On a tellement de défauts et parfois, si peu de qualités.

L'homme-poisson eut un large sourire.

-Je ne pense pas, lança-t-il en jetant un bref coup d'œil vers la porte principale de la tour. Je vais devoir te laisser Mako, j'entends du chahut à l'intérieur et je crois en connaître la cause...

Tao partit en trottinant. Je restai, quant à moi, au bord du bassin profond, sans pour autant oser mettre un pied à l'intérieur. Cette eau provenait de la mer à ce qu'on m'avait dit, et venait de la grande porte au fond. Dès l'instant où j'aurais plongé, je coulerai. Mais l'ennui me gagna rapidement et cette grosse bête semblait être partie. De toute façon je n'avais pas envie de la recroiser...

Un troupeau d'étoiles était apparu dans le ciel. Je les regardai avec mélancolie. Et cette grande lune qui semblait vouloir se séparer d'elles, je la voyais comme pleine d'orgueil et de fierté. Elle me faisait penser à quelqu'un... Mais cette personne-là pouvait changer et se mêler aux étoiles. La lune, elle ne le pourrait pas. Elle est ainsi. Je rabattais le tissu froissé de ma robe sur mes chevilles et me levai. Un courant d'air glacé mordit ma peau. J'allais bien être obligée de retourner à l'intérieur et boire jusqu'à en vomir...

Deux chaises s'écrasèrent contre le mur et une table se fit proprement coupée en quatre par une paire de sabres. Je soupirai en voyant que même le capitaine prenait part à cette stupide baston générale. La salle à manger devenait... un capharnaüm. A peine étais-je rentrée que je ressortais déjà de la grande pièce par peur de me faire laminer. Et j'imaginais qu'Eric avait pensé la même chose, en le retrouvant dans l'escalier. Le rouquin était assis sur une marche, les genoux collés contre sa poitrine. Je lui lançai un sourire tout en m'asseyant à ses côtés.

-Qu'est-ce que tu fais Eric ?

-Sais pas...

-Oui, moi non plus. Mais juste... si jamais t'as envie de retourner voir les Crows, je pourrais comprendre. Et puis je ne voudrais pas qu'il t'arrive quelque chose avec Arlong et tout ça...

-Je vais bien Mako-chan, coupa le voleur. Vraiment, tout va bien.

Je fronçai les sourcils malgré tout.

-Si tu penses qu'avec le temps il deviendra plus sympathique, tu te fais peut-être de faux espoirs. Enfin, ce que je veux dire c'est qu'on a tous besoin de temps et c'est pareil pour Tao. Il y en a ici qui aurait très mal pris ce que tu as fait. Débarquer dans la vie des gens comme ça...

-Je voulais l'aider.

-Oui, bien sûr que tu voulais l'aider mais ce n'est peut-être pas aussi simple que ça. On est très différents.

Eric me fit un grand sourire.

-C'est ce que vous dîtes tous mais au final, on est avec eux. Et toi tu l'étais depuis bien longtemps. La preuve que les choses changent.

-Ce n'est pas les bonnes intentions de seulement deux personnes qui vont en attendrir des centaines.

-C'est pourtant ce que tu as fait sur celui qui nous haïssait le plus. T'as été capable de le faire parce que tu l'aimais, alors je peux le faire aussi. Et si on essayait tous, on pourrait faire bien plus.

-Tu vois loin...

-Parce que c'est ce qui va arriver, tu verras Mako-chan. Ce sera long mais je vois déjà ce que cet endroit va devenir.

Le sourire du voleur ne quittait pas ses lèvres. Il m'adressa un signe de main et s'en alla. Je me demandais bien ce à quoi il pensait en disant ça, parce que pour l'instant, nous n'étions que deux. Juste deux humains qui se mêlent à une espèce qu'ils ne connaissent que trop mal à cause d'une vieille peur. Mais les choses allaient changer.

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Les rayons de soleil irradiaient toute la chambre. Je bâillai en me redressant, et me dégageai lentement de l'emprise sur mon corps. Le bras lavande quitta mon ventre et je pus enfin me lever du matelas en prenant garde à ne pas réveiller l'homme requin. La bouche pâteuse, je partis me rincer le visage et brosser un peu mes cheveux dans la salle de bain. Je transformai ensuite mes mèches brunes en une longue tresse pour ne pas avoir à m'en soucier. J'avais encore quelques courbatures dans les cuisses mais les ignorai pour troquer le t-shirt d'Arlong contre un jean bleu et un bustier sombre. J'accrochai une petite dague à la ceinture de mon pantalon puis m'accroupissais à côté du gigantesque du lit pour voir le visage du requin scie.

-Quel fainéant... chuchotai-je avec un demi-sourire.

Je sortis de la chambre à pas silencieux et descendit les escaliers en quatrième vitesse. Les hommes-poissons qui se prélassaient au bord de la piscine me regardaient courir sans bien comprendre pourquoi. Je me glissai en dehors des murs du Arlong Park et continuai ma course sur la même route que l'on avait empruntée pour venir ici. J'arrivai rapidement à la rizière et cette route bordée d'arbres. Puis les maisons du village de Cocoyashi m'apparurent. Mais cette fois, ce n'était pas ce silence ni ce vide désertique. Il y avait des cris, des rires, des gens et des sourires. Je pénétrai, les yeux grands ouverts, dans cet endroit si plein de vie. Je fis quelques pas à l'aveuglette. Tous ces gens semblaient se connaître les uns les autres et devaient sûrement me prendre pour une voyageuse, une étrangère, quelqu'un de passage.

Soudain, les enfants qui jouaient dehors rentrèrent chez eux avec leurs parents, qui fermèrent les portes à clé. Je les regardai avec curiosité se cloîtrer dans leurs maisons, un à un. Le vide rendait à nouveau ce village effrayant. Mais pourquoi partaient-ils comme ça ? J'avançai un peu plus en fronçant les sourcils par méfiance quand quelque chose me tira derrière une maison. Un homme moustachu dont le corps était parsemé de cicatrices et qui portait un chapeau avec un petit moulin jaune dessus tenait fermement mon bras. Je me dégageai de sa prise avec une moue énervée.

-Qui êtes-vous ? Et qu'est-ce qui se passe ?

-Ah... vous n'êtes pas d'ici mam'zelle. Je m'appelle Genzô, je suis le maire de ce village. Vous devriez faire vos affaires et quitter l'Archipel, ce n'est pas un endroit sûr. Enfin, ça ne l'est plus. Il y a un équipage pirate, d'hommes-poissons, qui s'est installé dans le coin il y a quelques mois et ils sont revenus de leur traversée hier.

J'eus un mince sourire.

-Si on parle bien du même équipage, alors vous ne devriez pas avoir peur comme ça, lui assurai-je d'une douce voix.

Genzô croisa les bras sur sa chemise marron, l'air sceptique.

-Et c'est bien pour ça que nous leur versons une taxe, en dehors de quoi on se fait tuer ? Mam'zelle, sincèrement, allez vous cacher dans les bois avant qu'ils ne vous repèrent. Regardez, chuchota-t-il.

L'homme pointa du doigt deux hommes-poissons qui pénétraient dans le village désertique. Je reconnus les visages de Smack et Kuroobi.

-Désolé monsieur Genzô mais j'ai du mal à vous croire, je connais ces gens.

Ignorant les avertissements du maire, je courus rejoindre les hommes-poissons qui semblaient plus que surpris de me voir là.

-Bonjour tous les deux ! lançai-je gaiement.

En voyant la grimace de Kuroobi et l'air hésitant de Smack, je compris que quelque chose n'allait pas.

-Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda froidement l'homme raie.

-Je me promène.

Sans prévenir, il saisit brutalement mon épaule et me jeta au sol.

-Mais qu'est-ce que tu fais Kuroobi ?! Arlong ne sait même pas qu'elle est ici ! hurla Smack.

Je me relevai difficilement et essuyai du dos de la main la poussière sur mon visage. Intérieurement je bouillais de colère envers l'homme-poisson. Mais que pouvais-je faire ? Sans Arlong, je n'avais aucun pouvoir devant son équipage. Et le regard meurtrier qu'il me lançait ne présageait rien de bon.

-Le capitaine a bien dit que quiconque oserait interférer, se verrait en subir les conséquences.

-Elle est pas au courant... le contredit Smack, une fois de plus.

-Mais elle va l'être !

J'inspirai profondément et levai le menton vers l'homme raie.

-Au courant de quoi ?

-Les taxes imposées. 100 000 berrys par adulte, 50 000 par enfant. Voilà comment ça fonctionne. Maintenant retourne donc dans les bras du capitaine... tu n'es là que pour ça.

Smack tiqua.

-Kuroobi ! -chu

-Ben quoi ? J'ai pas raison ? Elle fait que nous créer des problèmes ! Et là, tu devines ce qu'elle va faire ? Cette gamine va vouloir aider son espèce !

Je serrai les poings. La rage semblait m'inonder la tête. Je n'avais qu'une envie : sortir ma dague et me battre contre lui. Je n'aurais aucune chance oui, mais tous mes sens me poussaient à l'attaquer comme lui aussi, en avait envie.

-Vas-t'en humaine.

-Je bougerais pas d'ici.

Il me détaillait de la tête aux pieds, comme s'il jugeait ma force ou cherchait la faille d'un miroir.

-Ces gens ont fui quand vous êtes arrivés. Et maintenant je comprends pourquoi... Arlong ne m'avait pas encore parlé de ces taxes. (Je penchai légèrement la tête de côté.) Pourquoi nous inspirer la peur ?

-C'est tout ce que vous méritez ! cracha Kuroobi.

Je m'approchai de lui et le regardai droit dans les yeux.

-Toi... Pour qui me prends-tu ? Tu crois que je suis le jouet de ton capitaine ?! Mais va plutôt lui demander ce que j'ai fait ! Car moi aussi je suis de cet équipage. Ce qui veut dire que nous sommes égaux toi et moi, finis-je avec une pointe d'ironie.

-Nous ne serons jamais égaux ! Vous nous êtes inférieurs ! Et femme du capitaine ou pas, tu n'es et ne seras jamais rien de plus à nos yeux qu'une traîtresse. Allez Smack, on s'en va. Et, on ne manquera pas de parler de ta petite rébellion au capitaine.

-Fais donc, je n'ai pas peur.

Kuroobi continua de jeter sur moi ce regard haineux, avant de quitter les lieux, Smack sur ses talons. Je soupirai alors et manquai de me laisser tomber tant mes genoux me semblaient fébriles. Je vis Genzô courir vers moi.

-Mais êtes-vous complètement folle ?!

-Ça... ça se pourrait bien.

-Ils auraient pu vous tuer bon sang !

Après le maire de Cocoyashi, c'était tout ce village qui s'attroupait autour de moi. Je me sentis très mal à l'aise et un peu prise dans un piège, qui n'en était pas un. On me demandait mon nom, si je connaissais ces pirates, quelle était ma relation avec eux et tout un tas d'autres choses. Je ne sus même pas répondre à la moitié mais beaucoup m'offrirent des remerciements. Je ne comprenais pas bien pourquoi. Je n'avais fait que tenir tête à quelqu'un qui semblait me haïr depuis bien longtemps, sans même que je ne le sache pourtant. Mais pour eux, qui avaient vu ça depuis leurs maisons, leurs fenêtres, c'était le changement qu'ils voyaient. Eux, ils avaient vu une femme tenir tête aux redoutables hommes-poissons. Mais qui pouvait en prévoir les conséquences...


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