Bonjour/Bonsoir !
Merci à loulou380, La et Naoli pour leurs commentaires :)
En espérant que la suite vous plaise !
Bonne lecture !
Chapitre 23 : Juste un essai
Une pression immense me serrait le cœur, tandis que j'attendais qu'il prononce un mot. Juste quelque chose. Au moins j'étais rentrée. J'avais pensé à ne pas revenir tant j'étais effrayée de ce qu'il allait m'arriver. Mais j'étais revenue. J'avais eu le courage de croiser son regard brûlant et d'attendre maintenant qu'il dise un mot. C'était moi qui craignais sa réaction et pourtant, ce n'était pas moi qui avais faites de mauvaises choses. J'inspirai, puis expirai lentement.
-J'ai longuement discuté de tout ça avec Kuroobi...
Mensonge. Il était revenu lui aussi, couvert de blessures et dans un état lamentable.
-... et il semblerait que quelque chose te déplaît dans notre façon de faire.
-Faire payer les gens pour leur laisser la vie sauve, je ne vois pas comment ça pourrait me plaire ! C'est dégoûtant ! Et toi tu... t'arrivais à me sourire alors que tu savais très bien ce que j'en penserais !
-On a chacun nos raisons.
Mon cœur battait à cent à l'heure. Je me sentais incapable de réfléchir, je ne me souvenais que de ces gens apeurés.
-Et quelle raison ? Est-ce qu'il y a vraiment besoin de tout ça ? Et comment t'as pu penser que je ne dirais rien ?!
-J'espérais que tu te montrerais un peu plus coopérative.
Je regardai avec dégoût sa main se poser sur ma joue.
-Je fais ça pour mon peuple. Si j'ai construit cet endroit, si j'impose ces taxes aux villages humains, c'est uniquement pour permettre à mon peuple de vivre lui aussi sous le soleil. Sans avoir à être persécuté ou transformé en esclavage. Je te demande juste de me faire confiance Mako. Tu peux faire ça ?
Je le repoussai loin de moi et lui jetai un regard noir de haine.
-Ma confiance tu l'avais.
Je reniflai un peu pour retenir mes larmes et baissai les yeux au sol, incapable de soutenir son regard de menthe glaciale plus longtemps.
-Quand on est arrivés, j'ai vu le Arlong Park comme un paradis. Mais pourquoi t'as fait ça ? Pourquoi t'en as fait la peur des humains ? C'est donc tout ce qu'on vaut pour toi ? murmurai-je.
L'homme requin me prit tout naturellement entre ses bras.
-J'avais vraiment pas l'intention de te blesser... glissa-t-il doucement à mon oreille.
-Mais c'est pas de moi dont il est question ! Ecoute Arlong, on pourrait rendre cet endroit tellement meilleur, faire cohabiter nos deux peuples et...
Il se raidit, s'écarta de moi.
-C'est impossible.
-Essaie juste d'y penser ! Je t'en prie...
-Okay. Admettons qu'on le fasse, combien de temps ça durera ? Combien de temps avant qu'un des vôtres ne décide de nous traiter comme des...
J'enroulai mes bras à son cou et l'embrassai de force.
-Ça n'arrivera pas.
-Tu n'as jamais vu ce que ton peuple est capable de faire. Et crois-moi, quelques taxes ce n'est pas grand-chose à côté de ça.
-Vraiment ? Alors tu peux me rappeler ce que tu fais s'ils ne paient pas ?
Il soutint mon regard brûlant sans problème.
-Ce que je fais, ça s'appelle instaurer l'ordre.
-Par la violence !
Je sentais à nouveau les sanglots monter.
-Au moins pour que tu le saches, là je ne pas du tout de ton côté. (Mon doigt pointait la fenêtre, tandis que les larmes roulaient sur mes joues.) Je refuse de savoir que des gens souffrent pendant que moi, je suis là, sous la protection de l'homme qui leur fait tant de mal ! C'est trop injuste !
-Et alors quoi ? Tu vas les rejoindre ?
-Si c'est ce qu'il faut pour que tu te rendes compte de ton erreur...
Je le voyais me menacer du regard, me mettre au défi d'aller plus loin. Soudain, la porte s'ouvrit. Un homme-poisson avança timidement vers nous. Il dit quelque chose à Arlong puis s'en alla aussitôt. L'homme requin soupira bruyamment.
-Reste ici, je reviens.
Je me contentai d'arquer un sourcil et il sembla plutôt contrarié par mon silence mais partit à son tour. Je me laissai tomber dans le canapé et séchai les larmes sur ma peau. En repensant à ce qu'il s'était passé à Cocoyashi, je me recroquevillai contre moi-même. J'avais cru pouvoir faire quelque chose pour ces gens, je m'étais sentie plus forte que je ne l'étais... mais je savais bien qu'Arlong me ramènerait à la réalité. Je ne peux sauver personne.
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Le requin scie ne cessait de soupirer en descendant les marches. Les mots de son humaine lui trottaient dans la tête et revenaient en boucle. Cet air effrayé qu'elle avait eu en le regardant... jamais elle n'avait eu peur de lui auparavant, même pas la première fois. Y penser le rendait malade. Avait-il été si cruel envers son peuple ? Car pour lui, peu importe ce qu'il pouvait faire subir aux humains, ce ne serait jamais rien comparé à ce qu'ils ont fait à son peuple de la mer. Rien n'égalait ces souffrances. Mais, comme Tao l'avait dit, en la regardant il s'était senti si impuissant face aux reproches qu'elle lui faisait. Et sa force dix fois supérieure à la leur, envolée en éclats devant les larmes de la jeune femme. Encore maintenant, il se maudissait de l'avoir laissée pleurer alors qu'il ne voulait que la prendre dans ses bras et ne plus jamais la lâcher.
Une quinzaine de minutes plus tard, il rouvrit la porte et balaya la pièce du regard. Elle était encore là, assise sur le canapé, le visage enfoui dans ses genoux. Il esquissa malgré lui un demi-sourire en s'asseyant à côté d'elle. La brune se raidit en sentant sa présence et encore plus lorsqu'il enroula son bras gauche autour de ses épaules.
-Vas-t'en Arlong... j'en ai marre... grogna-t-elle sans lever la tête.
L'homme-poisson réprima un commentaire sarcastique et caressa délicatement ses cheveux couleur bois.
-Je réfléchirais à ce que tu m'as dit, ok ?
-Y a pas que cette histoire de taxe qui m'énerve...
-Quoi d'autre ?
-Tu marchandes avec la Marine, je le sais.
Il écarquilla les yeux et se demanda comment elle avait pu le savoir. Mais il avait tendance à oublier que c'était une femme très maligne et d'une grande curiosité.
-Je l'ai vu par la fenêtre, cet homme en uniforme blanc... Tu l'as appelé Nezumi.
La voix de Mako était en quelque sorte pleine de haine. Le sourire d'Arlong ne s'évapora que légèrement.
-Si je ne faisais pas affaire avec ce genre de type, cet endroit n'existerait pas. Maintenant tu vas continuer de bouder longtemps ou on peut parler entre adultes ?
Elle garda sa tête dans ses genoux.
-Je t'aime Arlong... vraiment, je t'aime.
L'homme requin en put s'empêcher d'avoir un large sourire sur ses dents pointues.
-Je t'aime aussi, répondit-il en serrant contre lui, cette boule toute recroquevillée.
Elle releva enfin son visage vers lui. Ses yeux étaient larmoyants et ses lèvres entrouvertes.
-Alors pourquoi tu rends les choses si compliquées ? sanglota la jeune femme.
-C'était avant de te rencontrer Mako...
-Alors arrête ! Je te l'ai dit, on peut changer cet endroit !
La brune reprit son calme et planta ses yeux bleus dans les siens.
-Montre à tes hommes que c'est possible et ils te suivront.
-Je crois même pas que j'ai envie de cohabiter avec les humains alors me force pas ! cria-t-il, soudainement fou de rage.
La jeune femme parut bien faible à côté des poings serrés du requin scie. Elle s'écarta de lui et renfonça à nouveau son visage dans ses genoux. Il regretta de s'être énervé mais, voilà, il ne se voyait vraiment pas apprécier d'autres humains. Il n'y avait qu'elle de différente à ses yeux et il n'était pas sûr de vouloir changer ça. Arlong prit délicatement le visage de Mako entre ses mains lavande et lui fit relever le menton.
-L'argent des taxes je l'économise pour créer d'autres endroits comme celui-ci, où d'autres hommes-poissons pourront vivre librement. Si j'arrête ce système rien ne sera possible, tu comprends ?
-Oui... soupira-t-elle.
-Demain tu viendras faire la récolte avec nous. Tu n'auras qu'à regarder.
Elle crut à ses mots. Jusqu'au lendemain.
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J'étais toujours en colère après Arlong, et pourtant je suivais ses pas, d'une maison à l'autre. Ses hommes aussi s'adonnaient à la même tâche. Et les gens ouvraient leurs portes sans broncher mais dès que leur regard croisait le mien, je voyais du désespoir et de la déception. Parfois des murmures : « Alors elle est avec eux... Et nous qui croyions que la roue tournerait. »
Je restai à chaque fois dans le dos d'Arlong. J'avais honte d'avoir donné de l'espoir à ces gens alors que moi aussi, je me sentais prisonnière.
Puis l'on sortit du village pour aller à une maisonnette à l'écart. Smack eut beau toquer à la porte, il semblait n'y avoir personne à l'intérieur. Soudain, un bruissement se fit entendre des buissons. Une grande femme aux cheveux bordeaux, rasés sur les côtés, et vêtue d'une chemise à carreaux et d'un pantalon apparut. Elle était accompagnée de deux fillettes. La plus petite avait de courts cheveux roux, tandis que l'autre les avait bleus clairs avec un bandeau rouge. Je fus surprise de voir les deux enfants regarder Arlong et les autres avec curiosité. Sûrement n'avaient-elles jamais vus d'hommes-poissons... Comme la plupart des humains en réalité. Cette femme sortit soudainement de derrière son dos un pistolet. Elle visa la tête Arlong, déterminée.
-Je ne peux pas payer ce mois-ci, mais je ne vous laisserais pas toucher à mes enfants !
Son courage m'impressionna mais c'était pourtant ce que je craignais d'entendre depuis le début. Je levai les mains en l'air avec un mince sourire.
-Vous êtes de la Marine ? demandai-je d'une voir rassurante en avançant lentement vers elle.
-Je l'ai été !
Elle fit claquer sa langue contre son palais.
-Tu me prends pour une aveugle ? Un pas de plus et je te tire dessus pirate !
-Okay, okay... Aucune de nous... n'a l'intention de faire du mal à vos enfants.
Je me retournai vivement et, avant même que le requin scie ne s'avance, décidé à la tuer, je m'interposais entre les hommes-poissons et cette famille. Les fillettes se réfugièrent derrière la femme, que je supposais être leur mère.
-Elle ne peut pas payer Arlong, mais ce n'est en rien une raison de la tuer.
-Bouge.
-Non, écoute-moi ! Je t'en prie... juste écoute-moi pour une fois... suppliai-je. Il y a un autre moyen ! Si on acceptait chacun de faire des efforts pour cohabiter, tout irait pour le mieux !
-C'est imp...
-Et nous Arlong ?! Ne me dis pas que ce n'est pas comparable. Il nous a fallu tellement de temps pour l'accepter, mais on a essayé ! Et ne crois pas que je défends mes propres principes... Je veux seulement voir les choses changer. Mais comment faire si même toi tu n'es pas de mon côté ?
Derrière lui, Kuroobi grimaçait. L'homme raie attendait avec impatience de voir Arlong refuser cette chance, puis se débarrasser de moi. Ce qu'il ne fit pas. Le requin eut un grognement énervé en me regardant dans les yeux. Je me sentais coupable de lui imposer ce dilemme mais un jour où l'autre on se serait retrouvés, comme aujourd'hui, dans deux camps bien distincts. Nos deux ethnies peut-être trop différentes. Par-dessus mon épaule, je regardai cette femme aux cheveux rouges. Elle n'avait pas peur comme les villageois, elle soutenait le regard des hommes d'Arlong sans broncher alors que les deux enfants tremblaient en s'agrippant à ses jambes. Je lançai un faible sourire aux fillettes. Il ne leur arriverait rien aujourd'hui.
-Aie confiance en moi. Je te jure qu'on y arrivera, mais je ne peux pas le faire seule. Moi je n'aurais jamais le respect de ton équipage mais je peux avoir celui des villageois, donc j'ai besoin de toi Arlong.
Je repris mon souffle.
-Si tu te souviens encore de la volonté de Tiger alors tu n'auras pas peur de choisir.
Mon cœur tambourinait violemment contre ma poitrine. Je tendais lentement ma main vers lui. L'homme requin semblait complètement perdu et en colère. Je ne lui connaissais pas ce regard, ni celui sur le visage de ses hommes. Ils devaient tous être réticents à l'idée de se lier aux humains et certains plus que d'autres mais je ne leur demandais pas de les aimer, juste de comprendre. Une grande paume lavande se dressa vers le ciel. Les hommes d'Arlong partirent à contrecœur. Le requin portait sur moi une moue agacée.
-Est-ce que tu te rends compte de ce que tu me demandes ?
-Tu m'as acceptée moi, tu as accepté Eric. Les autres sont-ils si différents de nous ?
-... tu sais pas de quoi tu parles.
La femme aux cheveux bordeaux nous adressa un regard meurtrier, toujours son pistolet dans les mains.
-Pour cette fois je ne ferais rien bande de pirates, parce que mes filles sont là. Mais la prochaine fois espérez pas vous en tirer ! cria-t-elle en rentrant dans la maisonnette avec les deux enfants.
L'homme requin semblait vouloir lui arracher la tête. Je saisis son poing et l'emmena loin de cette maison, puis soupira bruyamment.
-Je t'en prie, essaie pour Tiger. Il l'aurait voulu.
Il se frotta les tempes et haussa finalement les épaules, l'air abattu.
-Un essai. Juste... un essai. Et je ne fais pas ça pour toi... mais pour aniki...
Une vague de joie me submergea. Je sautai dans ses bras et l'embrassai fougueusement. Son rostre me chatouillait délicatement l'oreille tandis que je regardai ses iris menthe me dévorer. Il me laissa poser doucement pied à terre, après avoir profité une dernière fois de mes lèvres. J'en avais encore le cœur qui battait à toute vitesse et cette impression de flotter sur un nuage. Mais je voyais malheureusement que c'était moins facile pour lui, et je me demandais maintenant si lui imposer ça était correct... Je pris délicatement sa main.
-Allons au village.
-Mais t'espères quoi ? Ces gens me haïssent et c'est réciproque !
-Il faut qu'on rende quelques petites choses officielles... Mais je pense aussi que tu peux gagner leur confiance.
Ses yeux s'écarquillèrent brusquement. L'idée ne lui aurait jamais effleuré l'esprit. Jamais. Je l'emmenai malgré tout avec moi et il me suivit jusqu'au village de Cocoyashi sans trop de grognements ni de commentaires dégoûtés. Les rues étaient toujours désertes et les fenêtres closes. Je m'approchai d'une bâtisse plus mise en évidence que les autres et toquai à la porte. Le maire du village m'ouvrit avec un faible sourire, qui s'effaça à la vue de l'homme-poisson qui se tenait derrière moi avec un regard meurtrier.
-Bonjour Genzô ! Comment vous allez ?
-Je... Je crois avoir déjà payé... bégaya-t-il sans quitter des yeux l'homme requin.
-Non, on n'est pas là pour ça ! tentai-je d'une voix rassurante. C'est pour... autre chose. Est-ce qu'on peut entrer ?
Le regard du maire passa de mon gentil sourire, à celui plus noir d'Arlong, qui le mettait au défi de refuser. Genzô nous ouvrit sa porte à contrecœur et je dus serrer ma prise sur le coude de l'homme-poisson pour l'empêcher de sortir quelque chose de déplacé. Et malheureusement je ne pouvais lui ôter cette grimace de dégoût et ce regard empreint de supériorité. Le maire du village s'assit dans le fauteuil face à nous.
-Mademoiselle Mako ?
-Je ne vous l'avais pas dit hier mais je suis de l'équipage d'Arlong.
-Oui... c'est bien ce que j'ai cru deviner aujourd'hui.
Il ne semblait pas m'en vouloir particulièrement mais il aurait sûrement préféré le savoir plus tôt. Je poursuivais avec un aimable sourire.
-Mais je ne suis pas la seule. Nous sommes deux humains dans l'équipage.
Le maire écarquilla les yeux. Un être humain, ça pouvait être compté comme une petite exception. Mais deux...
-Je sais bien que ce n'est pas beaucoup mais je pense que l'on peut changer. N'est-ce pas Arlong ?
-Grmph...
La preuve même de l'enthousiasme ! Je glissai ma main dans la sienne sur l'accoudoir du fauteuil, et lui lançai un sourire attendrissant. Genzô hoqueta de surprise.
-Vous... vous êtes...
-Ça te pose un problème humain ?! menaça Arlong en serrant la mâchoire.
L'homme n'osa rien dire et se contenta de ravaler sa salive. Mais dès que son regard se posait sur nos deux mains jointes, il perdait les mots.
-Je voulais entamer des négociations avec vous Genzô, continuai-je. Et avec toi aussi Arlong. Ce que je voudrais créer, c'est une entente durable entre nous et les villageois.
-Alors pourquoi doit-on payer pour vivre sur l'Archipel ? me coupa le maire sur un ton haineux.
-Parce que tu nous es inférieurs ! cria le requin.
Je lançai à l'homme-poisson un regard noir.
-Arrête ça.
-Ben quoi ? Je dis ce qu'il en est ! Jamais un seul humain ne nous arrivera à la cheville !
Une grimace naquit sur mes lèvres. Je n'avais certainement pas envie d'aborder ce sujet-là aujourd'hui car la dernière fois qu'on avait débattu là-dessus j'avais découvert que monsieur me considérait plus comme « sa femme » que comme une humaine. Et apparemment, d'après monsieur, ça faisait une grosse différence. Je me raclai la gorge et balançai ma tresse sur mon épaule.
-Commençons par les taxes.
-Je ne les enlèverais pas, coupa Arlong en croisant les bras sur sa poitrine, décidé à ne rien lâcher.
-Oui... On ne peut pas les retirer car c'est ce qui sert à bâtir des lieux où le peuple des hommes-poissons pourra vivre sans persécution. Toutefois, une femme et ses deux filles n'ont pas pu payé aujourd'hui.
-C'était Belmer ! s'écria Genzô, horrifié. Vous l'avez tuée ?!
Le regard d'Arlong se fit impénétrable.
-Non, répondit-il.
-... mais pourquoi ?
-Tu veux que je t'en pose moi des questions ou tu vas la fermer ?! s'énerva encore Arlong.
Je les forçai tous les deux à se calmer avant qu'ils ne décident de se sauter à la gorge. Je croisai mes cuisses et reprit cet air agréable, prête à les convaincre.
-Je veux changer les conditions. Si quelqu'un ne peut payer, interdiction de lui faire du mal. Mais vu les nouvelles taxes que je vais instaurer, tout le monde pourra payer... 40 000 berrys par adulte, 20 000 par enfant.
Arlong faillit en faire une crise cardiaque.
-Quoi ?!
-C'est mon prix. Tu n'es pas d'accord ?
-Mais c'est trop bas ! tonna-t-il.
-C'est bien assez vu le nombre de foyers. Et sachant que là, tu n'auras à tuer personne, ta source de revenus ne pourra pas diminuer. Moi aussi je suis douée en affaire, ricanai-je en lui lançant un clin d'œil aguicheur.
-Ça c'est de l'arnaque...
Je tendis ma main vers son visage et lui remettais en place son chapeau feutre d'un geste affectueux.
-Donc pas d'objections ! Et vous Genzô, ça vous va ?
-Je ne vois pas comment je pourrais refuser...
-Alors c'est décidé ! Les taxes diminuent et les hommes-poissons ne pourront plus faire de mal aux villageois ! A condition que ceux-ci se montrent courtois bien sûr... Je vous laisse annoncer la nouvelle Genzô et, s'il vous plaît, faites en sorte qu'il n'y ait pas de rébellion car si c'est le cas... enfin bref, on s'en occupera.
Je finis sur cette note plutôt menaçante. Juste histoire de lui montrer que ce n'était pas parce que je retirai quelques pouvoirs à l'équipage d'Arlong qu'ils avaient le droit d'en profiter ou que j'étais entièrement de leur côté. On quitta la maison du maire et sortit du village. L'homme requin semblait vraiment remonté contre moi et pourtant il ne disait rien. Je saisis son débardeur et il s'arrêta enfin de marcher.
-Arlong, c'est pas encore fini. Je ne vais pas m'arrêter à ça.
-Tu crois pas que t'en as assez fait ?!
-Mon but n'est pas de tous vous faire enrager mais de faire en sorte qu'il n'y ait plus de malaise entre nos deux peuples ! Et pour ça il fallait que je commence par changer les taxes et les droits de ton équipage ! Sauf que tu ne vois pas ce que t'as sous les yeux Arlong. Toi tu ne vois que de la peur et du dégoût dans leurs regards !
-Ah ? Parce que toi tu vois autre chose ?
-Les deux petites filles que tu allais tuer. Elles ne regardaient que toi et tes hommes. Elles ne savaient pas ce qu'étaient les hommes-poissons. Si tu commets des atrocités devant les enfants humains, ils penseront que vous êtes tous comme ça car ils n'auront vus que vous ! C'est de là que naît la haine. Et n'est-ce pas ce qu'il t'est arrivé Arlong ?
Je me stoppai en voyant son regard figé. Je m'en voulais d'avoir évoqué ce sujet, car je savais bien que son enfance avait été ruinée, même s'il n'en parlait jamais. Je serrai sa main un peu plus et fis de mon mieux pour lui sourire.
-Tu dois me trouver stupide d'essayer comme ça, quelque chose que même votre reine n'a jamais réussi à faire...
-Tu es une fille stupide, grommela-t-il avec un demi-sourire malgré tout.
Il ébouriffa sans raison mes cheveux et je grognai en essayant en vain de l'empêcher de me décoiffer.
-Hé !
-J'espère pour toi que ça va marcher !
-... sinon ? pris-je le risque de demander, d'une toute petite voix.
-Sinon tu me devras quelque chose !
Un frisson de peur dit se hérisser le duvet de mes bras. Je priai à voix basse pour que mon idée fonctionne car le charmant sourire du requin ne me mettait pas trop en confiance... Soudain, je sentis quelque chose me saisir les jambes, puis me retrouvai la tête à l'envers sur la grande épaule de l'homme-poisson.
-Tu tiens vraiment à ce que je te vomisse dessus ?!
-Tu veux vraiment que je t'arrache la tête ?
-Méchant Arlong... et là je rigole pas, j'ai vraiment des nausées...
-Ah bon ? T'as pourtant l'habitude maintenant.
Je soupirai bruyamment.
-Laisse-moi marcher ! Pourquoi tu me portes d'abord ? boudai-je comme un enfant.
-Déjà parce que tu es lente, et ensuite parce que comme ça j'ai une vue imprenable sur tes fesses mais c'est encore mieux quand tu portes des jupes.
-Quoi ?!
-Chacun ses secrets...
Je me mis à crier après lui tandis que mes joues me brûlaient. Lorsqu'on arriva aux portes du Arlong Park, je ne lui adressai déjà plus la parole tant j'étais en colère mais ses hommes croyaient encore que c'était à cause de notre dispute. Le requin leur répondit par un ricanement, en guettant du coin de l'œil mon visage rouge.
Il réunit tous ses hommes dans la salle à manger. L'homme requin resta debout quand tout le monde s'assit et moi, je me tenais à côté de lui en boudant. Il expliqua à son équipage ce qu'il s'était passé et comment avait été décidé ce brusque changement. Au niveau des taxes, il n'y avait pas trop de problème mais certains, comme Kuroobi par exemple, avaient du mal à accepter la nouvelle règle comme quoi il y avait égalité entre les deux ethnies. L'homme raie m'avait d'ailleurs lancé un regard mauvais. Il connaissait mon influence sur Arlong et ça l'irritait profondément. Je lui avais donc rétorqué un sourire pour le mettre au défi de contredire son capitaine. Il n'osa pas évidemment. Car l'homme requin lui avait déjà fait passé un sale quart d'heure pour avoir levé la main sur moi.
Tout le monde acquiesça. Je savais que je venais là de tout bouleverser dans leurs têtes, eux qui se croyaient réellement supérieurs aux humains, mais ça ne pouvait pas être pire qu'avant.
Quand la salle se vida, je poussai un long soupir. Sachant que j'étais encore énervée et embarrassée, Arlong se contenta de me caresser les cheveux avant de partir à son bureau. Je laissai alors ma tête retomber violemment contre la table. Je me demandais vraiment si je venais de sauver l'Archipel Konomi ou de la condamner... Une voix calme me sortit de mes pensées.
-Tu es bien courageuse pour une femme de si petite taille, me lança Tao avec un mince sourire.
Je pris cela comme un compliment et le remerciai. Il s'assit sur la chaise à ma droite.
-Sincèrement je ne te croyais pas capable de lui forcer la main comme ça. C'était un joli spectacle, pour moi en tout cas.
-Y en a qui veulent me tuer et tu trouves ça spectaculaire...
-Je sais. Mais si le capitaine a fait ça à Kuroobi, c'est bien pour qu'il serve d'exemple et on a tous compris le message. D'ailleurs, personnellement, je suis soulagé de savoir que personne ne fera de mal à Eric. Il a beau être rapide et malin, ça ne l'aide pas toujours.
Le blond gratta machinalement sa joue écailleuse et me gratifia d'un sourire.
-En bref, si tu as besoin d'un quelconque soutien, sache que je suis entièrement de ton côté jeune humaine.
Je lui rendis son sourire. J'avais peur et à la fois hâte de voir ce que ces changements allaient donner dans nos vies.
Merci d'avoir lu !
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