Athéna regarda en silence ses chevaliers agenouillés. Elle était mécontente de leur comportement. Heureusement pour eux, Hadès lui avait proposé de se retirer pour se reposer du voyage que lui et ses hommes venaient de faire. Elle avait accepté et les avait fait conduire par des gardes dans les chambres préparées pour eux.

L'incompréhension mêlée à l'inquiétude atteignit son comble lorsqu'elle prit la parole :

-Chevaliers...savez-vous ce que signifie ses deux armures présentes ici sans leur propriétaires ?

- Soit qu'ils ont renoncés soit qu'ils sont morts, s'aventura le jeune bélier.

- Ce sont effectivement les deux réponses possibles. Et d'après vous, qu'ont-ils choisit ?

- La mort, répondirent la plupart des hommes.

- Le renoncement, répondirent le reste.

- Pourquoi ? Avez-vous une idée ?

- Ils s'aimaient toujours malgré leur séparation. Toujours l'un avec l'autre, ils ne pouvaient pas se séparer beaucoup de temps. Ils souffraient lorsqu'ils n'étaient pas ensembles. C'est donc normal qu'ils aient soient renoncés soit perdu la vie ensembles.

- Ce que tu dis est indigne. Ça ne doit pas être dit comme si c'était une banalité !clama Aldébaran à l'encontre de celui qui avait parlé.

- Peut-être mais avoues que c'est la réalité.

- Il a raison, affirma une voix qui venait d'entrer dans la salle, mais ce que tu dis est également vrai Aldé.

L'entrée de Camus portant Milo dans ses bras déclencha un instant de surprise. La jeune déesse fit semblant de s'étonner et demanda :

-Camus...je ne pensais pas que tu le retrouverais aussi vite ! Que s'est-il passé ?

- Il...il s'est suicidé devant moi, répondit le verseau dont les pleurs reprenaient, il m'a également dit qu'il ne se sentait plus à sa place ici sans m'expliquer pourquoi, bien que j'ai cherché à savoir la raison, et il m'a demandé de vous remettre ceci.

Le français posa doucement le corps au sol et s'avança pour remettre à Athéna une lettre contenant l'explication de son renoncement. Un lourd silence s'installa pendant que la jeune fille lisait. Le malaise, déjà présent, ne fit que s'accroître au fur et à mesure que le cosmos de la déesse se remplissait de colère. Elle éclata d'un seul coup :

- COMMENT AVEZ-VOUS PU FAIRE ÇA ? OÙ SONT PASSÉES VOTRE SOLIDARITÉ ET VOTRE COMPRÉHENSION ? JAMAIS JE N'AURAIS CRU ÇA POSSIBLE ! EXPLIQUEZ-VOUS, TOUR À TOUR ?

- Sur quoi... devons-nous répondre, demanda Shâka timidement.

- Sur le fait que vous ayez rejeté Milo après sa rupture avec Camus ! Même si notre verseau reste un être pur, ce n'était pas à vous d'interférer dans leurs histoires. Ils sont grands et peuvent se débrouiller tous seuls. Alors, j'attends vos explications.

Pendant que ses pairs s'expliquaient, le français, tout en les écoutant, ne put s'empêcher de frôler imperceptiblement la main de son aimé. Une légère pression lui répondit et il se concentra davantage sur les voix de ses frères d'armes. Certaines paroles le firent frémir mais il se retint d'intervenir. La personne avec laquelle il se permit d'intervenir fut Hyôga. Celui-ci se ratatina sous la colère glaciale de son maître. Le silence régnait, si bien que si la voix du chevalier des glaces ne le perturbait pas, on aurait pu entendre les mouches volaient.

Athéna laissait s'exprimait le verseau. Elle savait qu'il en avait besoin et cela l'étonnait qu'il ne soit pas intervenu avant car elle l'avait vu réagir à certaines paroles. Lorsqu'il se tût, un long silence coupable s'installa. La jeune déesse ne le coupa pas de suite car elle devinait que l'échange ou plutôt le soufflons que Camus venait de passer à son élève ferait également chemin dans l'esprit des autres chevaliers. Après avoir ordonné la fin des explications, elle les renvoya chez eux en leur faisant passer le message qu'ils seraient punis à la hauteur de leurs agissements. Ils pouvaient néanmoins se promenaient librement dans le sanctuaire.

Lorsque la porte de la grande salle fut refermée, un sourire apparut sur chaque visage, y comprit sur celui du soi-disant suicidé. Il se releva et serra dans ses bras son ange car il savait qu'ils en avaient besoin tous les deux. En effet, le verseau n'était pas le seul à avoir souffert des explications de ses pairs. Milo ne savait pas comment il avait fait pour ne pas réagir. La jeune fille lui annonça que c'était elle qui l'en avait empêché et qu'ils pouvaient retourner dans la pièce secrète jusqu'à la fin du séjour d'Hadès au sanctuaire. Il la remercia et lorsqu'ils s'apprêtèrent à prendre congé, elle leur demanda de l'aider à choisir les punitions pour leurs pairs dans le laps de temps qu'il restait. Ils acceptèrent puis partirent.

Au-dehors du palais, tous les chevaliers ruminaient l'entretien et même si tous se peinaient pour Hyôga et de la colère qu'il venait de subir, certains ne pouvaient s'empêcher d'être d'accord avec le verseau. Le jeune blond était allé se réfugié sur la plage. Seul Shun était à ses côtés et essayait de le réconforter. Il savait que son maître avait raison et qu'il était déçut.

Une ambiance morose régnait sur les douze temples sauf sur le palais. La suite du séjour du maître des ténèbres se passa sans le moindre accro. Camus avait été félicité par Hadès, lui-même, et ses trois juges pour cet accès de colère très...propre, et il avait put discuter avec le père de Milo à qui il fit très bonne impression. Un autre des trois juges était cependant morose. En effet, il venait de reconnaître en Camus, le fils qu'il avait eu avec une jeune humaine et qu'il n'avait plus vu après les quatre ans du petit. La mère de Camus l'avait quitté en emmenant son fils et il n'avait put rien faire pour le revoir. Il s'était résignait à ne plus le retrouver et grâce au père de Milo, la période de "deuil" fut moins lourde et longue. Que n'aurait-il pas fait sans son ami de longue date ? Il commençait cependant à avoir des sentiments pour lui et ne savait pas comment celui-ci réagirait s'il l'apprenait. Il décida d'attendre avant de révéler ses deux vérités.

Dans la pièce où le cosmos s'annulait, Camus était soucieux. Non pas par rapport à Hyôga ni à Milo mais au sujet d'une autre personne. Un des trois juges pour être exact. Des souvenirs flous revenaient en lui mais il n'arrivait pas à distinguer le visage de la personne dont il se souvenait. Laissant ses pensées nostalgiques de côté, il se mit à se poser des questions sur la sincérité de son compagnon.

En effet, pas plus tard qu'il y a deux jours, le verseau avait redonné son amour au scorpion mais celui-ci lui avait répondu qu'il le refusait. Alors pourquoi l'insecte l'avait-il embrassé quand il sur le point de quitter le sanctuaire et il n'aurait pas dû non plus ni l'embrasser, ni s'unir à lui.

Alors pourquoi cette contradiction de la part de l'ancien chevalier ? Qu'était-il en train de mijoter ?

Milo voyait son ami soucieux et savait qu'il était en train de réfléchir. A quoi ? Il ne le savait pas mais il redoutait que Camus découvre ce qu'il faisait avec lui. En effet, l'ancien scorpion ne lui avait pas mentit en disant que la flamme d'amour s'était éteinte mais c'était plus fort que lui, il ne pouvait s'empêcher de jouer la comédie surtout lorsqu'il voyait que Camus en avait besoin. Il savait également que quand il le lui annoncerait, cela serait...difficile... très difficile.

Pour noyer le poisson dans l'eau, il alla se coller contre son ami et lui demanda :

- Tu as l'air bien soucieux, à quoi penses-tu ?

- Rien, enfin, si. J'ai l'impression de connaître un des juges hors travail.

- Comment ça ?

- Il me semble l'avoir déjà vu dans mon enfance mais je n'en suis pas sûr.

- Pourquoi ne lui poses-tu pas la question ?

- C'est ce que je vais faire mais pas aujourd'hui. Il faut qu'on réfléchisse à ce qu'Athéna nous a demandé.

- Tu as raison, répondit Milo soulagé.

Ils se mirent à débattre sur les différentes punitions et se prirent la tête sur celle concernant le cygne. Milo ne voulait pas lui en donner car il trouvait que le soufflons que son maître lui avait passé était suffisant. Camus, quand à lui, songeait au contraire. Ils se couchèrent sur cette dispute, chacun de leur côté.

Dans une autre pièce du palais, les trois juges étaient en grande discussion. Tous avaient reconnu en Camus, le fils de Minos. Celui-ci leur avait parlé de son hésitation à révéler la vérité. Ses deux amis comprenaient son dilemme mais ils le poussèrent tout de même dans le fait de lui dire. Minos était incertain et remercia ses deux collègues de leur aide et de leur soutien. Ils terminèrent la soirée sur une note plus joyeuse avant d'aller se reposer. Le griffon eut beaucoup de mal à s'endormir et quand il en eut marre de tourner et virer dans son lit, il se leva pour aller prendre l'air sur le balcon. Il était tellement concentré qu'il n'entendit pas le père de Milo qui lui parlait :

- Excuses-moi, je ne t'écoutais pas.

- Je disais, que tu ne dois pas te triturer l'esprit avec ça. Laisse ton cœur choisir et tu verras que dans ces cas là, cela réussit bien.

- C'est ce que tu as fais pour ton fils ?

- Oui et je le referais si c'était à refaire. Et je crois que le tien aura besoin de ton soutien bientôt.

- Pourquoi ? Il est en danger ?

- Non, rassures-toi mais j'ai l'impression que mon fils joue avec lui.

- Comment ça ? Ils s'aiment, non ?

- Ils se sont aimés mais quelque chose s'est brisé entre eux. Je ne sais pas ce que c'est, ni comment cela s'est produit mais..., Milo esquive toujours mes questions quand je lui en parle. Je ressens une onde de colère en ce moment qui vient du lieu où ils se trouvent.

- Mais...je croyais que c'était une pièce sans cosmos ?

- C'en est une mais cela ne vient pas du cosmos. Je le sens à l'intérieur de moi, comme si je ne faisais plus qu'un avec mon fils. Tu devrais le ressentir toi aussi, même légèrement.

- C'est vrai, maintenant que tu le dit. Je ressens de la colère, de la tristesse, des doutes, des regrets... . Que pouvons-nous faire ?

- Rien, à part être là pour eux.

- Je ferais attention à lui, que se soit de près ou de loin. Et je voudrais te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi depuis que l'on se connait et surtout depuis que j'ai perdu mon fils.

- Ce n'est rien et puis... saches que je serais toujours à vos côtés quoiqu'il arrive, répondit le juge en attirant Minos contre lui.

Celui-ci était étonné et gêné. Il ne s'attendait pas à cela. Il se laissa finalement aller contre le corps de son ami et ressenti l'envie de dormir. Ses yeux se fermèrent puis sa tête s'alourdit sur l'épaule de l'autre homme. Celui-ci le porta jusque dans son lit puis le borda. Avant de le laisser, il déposa un baiser sur sa tempe et murmura :" Je t'aime" puis partit.

Le lendemain, Milo se réveilla et ne fut pas vraiment surprit de ne pas trouver Camus à ses côtés. Il s'assit dans le lit et regarda autour de lui. Pas de trace du verseau mais un léger reniflement se fit entendre du balcon. Se levant discrètement, l'ex-scorpion se dirigea dans la direction du bruit et lorsqu'il arriva aux côtés du français, il essaya d'essuyer les larmes de son ami en murmurant son prénom. Ledit ami, au lieu de se jeter dans ses bras, tourna la tête dans la direction opposée signifiant par ce geste qu'il ne voulait pas lui parler.

Milo le comprit et le laissa seul. Certes, il n'aimait plus le français mais cela ne voulait pas dire qu'il souhaitait rompre tout contact avec lui. Il prépara, dans un silence total, le petit déjeuner puis mangea à peine. Il tenta de l'inviter à venir manger mais se heurta à un mur. Comprenant que son ami lui en voulait, il préféra aller se dégourdir les jambes en dehors de la pièce pour tenter de réfléchir.

Une fois le scorpion sortit, Camus pleura de plus bel. Sa dispute avec le grec l'avait détruit une nouvelle fois. Pas par rapport à la punition de Hyôga, d'ailleurs il se rangeait du côté de Milo finalement, mais à ce qu'il avait ressentit durant cet accro. Ses doutes étaient plus présents que jamais et il ne savait pas comment en faire part à l'ancien chevalier.

En rentrant dans le salon, il se stoppa en voyant que la table du petit déjeuner était encore dressée. Il remarqua également la biscotte à peine entamée et cela lui fit prendre conscience de la stupidité de son attitude envers son ami. Il se mit en tête d'avoir une discussion avec lui et lorsqu'il sortit de la pièce pour se mettre à sa recherche, il tomba sur Minos. Celui-ci le salua et lui demanda s'il pouvait s'entretenir avec lui. Camus accepta et le fit entrer.

Après un petit déjeuner rapide, Minos prit la parole avec hésitation :

- Camus...j'ai quelque chose à te révéler.

- Je t'écoute.

- Il y a vingt ans, j'étais en couple avec une humaine. On s'aimait et un jour, elle tomba enceinte. Ses parents, bien que réticents, lui laissèrent le droit d'avoir cet enfant et de le garder. Je pus le voir jusqu'à ses quatre ans. Après, la mère de ce bébé me quitta et je ne les revis plus. Je ne pouvais pas entamer des recherches ni réclamer le droit de le voir étant donné que nous n'étions pas du même monde. Cet enfant...c'est toi Camus. Oui, tu es mon fils.

- Je m'en doutais un peu mais je n'en étais pas sûr. Si tu n'étais pas venu, c'est moi qui serais allé vers toi pour le savoir. Je suis heureux de te revoir et de refaire ta connaissance...papa.

Ils se regardèrent dans les yeux puis se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et restèrent ainsi pendant un moment, heureux. Puis ils se séparèrent et discutèrent d'un peu de tout lorsqu'arriva un sujet embêtant : la relation entre Camus et Milo.

Le français expliqua de long en large et en travers le récit de sa rencontre et de son histoire avec le scorpion. Le griffon l'écoutait attentivement et lui révéla ce que lui avaient dit les deux autres juges. En entendant les paroles, Camus se sentait comme un idiot au fur et à mesure que ses doutes se confirmaient. Il demanda à son père ce qu'il devait faire et celui-ci lui répondit de suivre son instinct et son cœur. Il lui demanda également si celui-ci ressentait quelque chose pour le père de son ancien amant. Pas de réponse mais une légère rougeur répondit à sa question et il lui conseilla également de suivre son instinct et son cœur ainsi que de ne pas attendre pour avouer ses sentiments à l'élu de son cœur. Ils rirent ensemble puis sortirent de la pièce et se séparèrent, Minos allant voir son juge et Camus cherchant son Milo. Il le trouva assis sur une colonne à l'extérieur du palais. La tristesse qui émanait du grec fit de la peine à Camus même s'il ressentait une profonde colère glaciale s'insinuer en lui. Il hésita à s'avancer et s'apprêta à rebrousser chemin lorsque Milo l'appela.