Minos et Eaques n'en revenaient pas. La jeune femme non plus. Comment le scorpion pouvait-il prendre cette décision ?
La jeune hôtesse, qui avait le nom de Patricia, eut un large sourire en appelant son fils à venir la rejoindre.
Celui-ci se détourna des deux juges et se dirigea vers sa mère. Il lui demanda juste de laisser le garuda et le griffon partir. Celle-ci accepta et, après avoir mis sa main sur les épaules de son fils, commença à partir avec lui.
Les deux spectres regardèrent avec effarement l'ancien chevalier d'Athéna se détourner d'eux. Ils restèrent ainsi pendant un long moment, Eaques avait le visage brillant de larmes et laissa échapper un cri de détresse. Ils finirent par se remettre en route et lorsqu'ils arrivèrent aux enfers, ils furent accueillis par Hadès et Athéna qui furent stupéfaits en les voyants puis lorsque Minos leur raconta ce qui s'était passé. Ils étaient eux aussi sous le choc et avait du mal à croire le récit.
Pourquoi Milo avait-il fait ce choix ? C'est la question qu'ils étaient en train de se poser lorsque Eaques dit d'une voix remplie de larmes :
Je … je suis désolé déesse Athéna. C'est… c'est de ma faute si vous venez de perdre à nouveau Milo. Si je n'étais pas rester dans sa vie, il serait toujours votre chevalier.
Tu n'as pas à dire ça Eaques ! Tu n'as pas à te sentir coupable et je ne t'en veux pas le moins du monde. Jamais je ne vous aurais empêché de vous voir et d'être en contact. Si cela est arrivé, c'est que c'était écrit. Tu n'as rien du tout à te reprocher. Sache que je serais là si tu as besoin d'en parler et c'est pareil pour toi Minos.
Je vous remercie déesse, répondirent en cœur les deux hommes.
Et je suis là également si vous avez besoin, ajouta Hadès, prenez le temps qu'il vous faudra pour vous remettre de cette mission.
Merci, seigneur, répondirent de nouveau en cœur les deux juges.
Sur ces paroles, ils se séparèrent. Les deux spectres s'en allant vers leur maison d'un pas lent, espérant ne pas y trouver Camus.
Les deux dieux, quant à eux, discutaient entre eux et Athéna tenta malgré tout de joindre Milo par télépathie. Elle n'eût aucune réponse, ce qui ne l'étonna guère et continua de discuter avec son oncle sur l'échec de cette mission. Le seigneur des enfers était, lui aussi, abasourdi. Il se demandait ce qui avait bien pu se passer dans la tête du jeune grec pour qu'il se détourne ainsi de son père. La fin de la journée et la soirée furent morose pour les quatre protagonistes. Ils ne savaient pas et appréhendaient la réaction de Camus lorsqu'il le saurait.
Celui-ci se doutait néanmoins de quelque chose. Il avait ressenti une grande tristesse émanait de son père et se demandait ce qui s'était passé. Il tenta d'entrer en contact avec les deux juges mais pas de réponse. Il essaya ensuite avec Milo et miracle, celui-ci lui répondit. Le verseau n'eût pas le temps de demander quoique ce soit, que le scorpion lui dit qu'il n'était pas rentré aux enfers et qu'il ne reviendrait pas.
Le français, surprit par cette révélation, lui demanda de lui expliquer la raison de ce choix et lorsqu'il écouta Milo, il fut estomaqué. Jamais, il n'aurait pensé que le grec réagirait de cette façon en apprenant la vérité. Camus essaya tant bien que mal de le faire changer d'avis mais en vain. Le scorpion coupa nettement et sèchement la communication, laissant le seigneur de la glace digérer ce qu'il venait de lui dire. Celui-ci avait mal, très mal et il avait retenu seulement que le scorpion lui en voulait. Son esprit avait zappé la raison de ce ressentiment. C'est pourquoi il pensait que c'était par rapport à la séparation qu'il lui avait imposée. Il ferma les yeux et se rendormit pour tenter d'oublier un peu cette souffrance qui lui vrillait le cœur.
De son côté, Milo était toujours en colère contre les deux juges et Camus. Aussi n'avait-il pas pris de gants pour le dire au verseau. Il aurait pu également en parler avec Athéna mais…il n'était plus à proprement parler son chevalier. Et pourtant, il savait qu'elle l'aurait compris et aurait essayé de remettre les choses en place. Mais il ne le voulait pas. Du moins, c'est ce qu'il pensait. Il alla dîner avec sa mère qu'il découvrait. Elle était d'une douceur et d'une tendresse inouïe envers lui mais ce n'était que pour mieux l'apprivoiser.
Plusieurs jours passèrent et petit à petit, il commençait à cicatriser de sa blessure concernant le mensonge des trois personnes anciennement chères à son cœur.
Au fil des semaines, Patricia commençait à donner des petites missions à son fils. Celui-ci les effectuées sans vraiment se poser de questions jusqu'au jour où elle commença à le frapper et à le maltraiter. Au début, il avait essayé de se révolter mais avait vite remarqué qu'il ne pouvait rien y faire. C'est alors que les paroles de son père lui revinrent en mémoire « Elle te trahira et te détruira comme elle l'a fait avec moi ».
Il dut admettre que son père avait raison et alors qu'il venait de rentrer dans sa chambre, il laissa ses larmes descendre le long de ses joues. Il avait été stupide et aveuglé par la colère qu'il avait ressenti face à la séparation que Camus lui avait imposée mais également par la découverte du secret que son père tenait tant à lui cachait. Il regrettait ses agissements et savait qu'il devrait attendre le bon moment pour s'enfuir de chez sa mère. Celle-ci lui avait dit qu'elle serait au courant s'il tentait de communiquer avec les enfers mais lui avait accordé néanmoins une exception et c'était tout.
Six mois s'étaient écoulés depuis que Milo avait rejoint sa mère. Celle-ci l'humiliait fréquemment et il avait fini par devenir soumit totalement à elle. Il exécutait ses ordres sans rien dire, le regard éteint et sans la moindre expression sur son visage. Le fier scorpion n'était plus et avait laissé place à un automate. Il ne se révoltait plus jusqu'au jour où sa mère lui demanda d'effectuer une mission qui ranima sa souffrance vis-à-vis de plusieurs personnes.
Aux enfers, Camus, Minos et Eaque avaient fini par reprendre peu à peu le cours de leur vie. Le verseau repartait de temps en temps au sanctuaire et en Sibérie. Aucun des trois n'avait plus la joie de vivre et on pourrait dire qu'ils n'étaient plus que les ombres d'eux-mêmes.
Quelques jours plus tard, ils furent convoqués par Hadès et Athéna car ceux-ci avaient senti une menace lointaine mais s'approchant des trois hommes.
Les trois hommes étaient perplexes face à ce que les dieux leur avait dit. Quelle sombre menace planait sur eux pour que les deux divinités soient inquiètes ? En plus, ils venaient à peine de cicatriser leurs plaies suite au départ de Milo.
Minos et Eaques avaient repris leur vie et leur travail dans le tribunal des enfers avec le soutien des autres spectres. Camus, lui, alternait ses voyages entre la Grèce, les enfers et la Sibérie. Il pensait régulièrement à Milo et ressentait à chaque fois une douleur atroce. Il ne comprenait pas la colère et la décision du grec. Les paroles de celui-ci repassaient sans cesse dans sa tête. Il venait de réaliser que l'ancien chevalier ne lui en voulait pas seulement pour la séparation qu'il avait imposée mais également pour le fait de ne pas avoir révéler l'identité de l'agresseur d'Eaques.
Cela lui faisait mal car il ne cherchait juste qu'à le protéger et Milo l'avait mal pris.
Tout en se promenant le long de la plage, il se demandait comment il faisait pour supporter tout ça. Par amour filial, par amour pour le scorpion et Athéna ou parce-qu'il espérait inconsciemment que le bon côté du scorpion referait surface.
Il en était là de ses réflexions lorsqu'il sentit une présence inconnue qui se cachait de lui. Il cacha son cosmos et se mit à la chercher. Lorsqu'il la trouva, il fut surprit et hésita à l'appeler par le prénom auquel il pensait. Finalement, il ne dit rien et s'approcha de la silhouette. Quand elle se retourna, après avoir sentie sa présence, plusieurs minutes de stupéfaction et de malaise passèrent.
La silhouette avait le visage de Milo sauf que la chevelure était coupée au carré et noire et le reste du corps était tuméfié et maigre.
Après cet instant d'hésitation, Camus aida le jeune homme et l'emmena au palais du pope où se trouvait l'infirmerie.
Pendant la montée, Milo, car c'était bien lui, souffrait non seulement de ses blessures mais également du fait qu'il était proche du verseau et qu'il avait vu le regard éteint et la souffrance de celui-ci. Il essaya de lui parler avant d'arriver au treizième temple mais ils croisèrent Athéna et Shion qui s'empressèrent d'aider le onzième gardien. Une fois que l'ex-scorpion fut pris en charge par le pope et la déesse, Camus alla se poser dans les jardins du palais afin de se remettre de ses émotions. Il avait cru revoir celui qui faisait battre son cœur et cela lui faisait mal. En y réfléchissant, il ne savait pas comment il réagirait s'il le revoyait.
Il en était là de ses réflexions lorsqu'Athéna arriva à ses côtés, perturbée. Le français le remarqua et demanda :
- Déesse Athéna, que se passe-t-il ?
- Il est revenu Camus.
- Pardon?! Ce ... c'est lui...?
- Oui. Il nous a expliqué la raison de son départ avec sa mère et son retour ici. Tu peux choisir de l'entendre de sa bouche ou par Shion et moi. C'est toi qui voit, tout comme tu peux choisir d'aller le voir ou pas.
- Pour être franc, je ne sais pas ce que je vais faire. Pour combien de temps est-il là ?
- Disons que pour le moment, c'est indéterminé après, il fera ce qu'il voudra. Je te laisse, j'ai besoin de réfléchir à tout cela.
- Très bien et merci d'être venue me confirmer ce que je penser.
La déesse se leva et partie, laissant un Camus face à la souffrance qu'il ressentait. Milo, son Milo était revenu. Il ne savait pas ce qu'il allait faire. D'un côté, il avait envie d'aller le voir, de s'occuper de lui, de le soigner, mais d'un autre, il ne le voulait pas.
Fatigué, il préféra rejoindre son temple pour se reposer, ensuite, il verrait.
De son côté, Milo se sentait mal et avait peur. Peur que sa mère découvre où il avait trouvé refuge, peur pour les enfers. Ses blessures lui faisaient mal mais la douleur diminuait. Cependant, il y en avait une autre qui ne cessait d'augmenter. C'était celle de ses remords et de sa "trahison" envers ceux qui lui étaient chers.
Les hautes instances des deux royaumes lui avait pourtant assurées qu'elles ne lui en voulaient pas mais il ne pouvait s'en empêcher de se le reprochait. Il savait que Minos et Eaques ne lui faisait plus vraiment confiance et se demandait si cela était pareil du côté de Camus.
Il ne s'était pas du tout attendu à tomber sur lui à l'endroit où il était et surtout à ce moment de la journée. La douleur qu'il avait vu et ressenti émanant de son ami le bouleversé et alors qu'il en était là de ses réflexions, la porte de l'infirmerie s'ouvrit, laissant place à un chevalier.
Le chevalier en question, s'était porté volontaire lorsqu'il avait vu le pope se dirigé vers la pièce avec un plateau-repas et quelques médicaments. L'ancien bélier avait été surprit mais lui donna quand même le plateau.
Avant d'entrer, le verseau prit une longue inspiration puis se détendit du mieux qu'il put. Lorsqu'il entra, il avait espérait que Milo dormirait mais il fut déçu. Ils se regardèrent pendant de longues minutes avant que Camus ne revienne à la réalité en baissant le regard puis en amenant ce qu'il avait dans les mains près du scorpion. Le silence régna alors qu'il faisait cela. Il sentait sur lui les yeux de Milo le suivre et cela le mettait mal à l'aise.
Sans un mot, il posa le plateau et s'apprêta à repartir sans un regard pour le grec lorsque celui-ci lui attrapa le poignet :
Camus…
Milo…je repars en Sibérie. Si tu veux t'expliquer alors viens mais pas avant que tu ne sois totalement guéri de tes blessures qui m'ont fendu le cœur lorsque je les aies vues.
… . Je…je t'aime, reste s'il te plaît.
Je ne peux pas, répondit le verseau en maitrisant du mieux qu'il pouvait sa voix, j'ai quelque chose à faire. Viens me voir si tu as le courage et la volonté de te faire pardonner.
Sur ces paroles, plus que blessantes, le français sortit de la pièce espérant que son « ami » viendrait. Celui-ci était blessé par ce que venait de lui dire le onzième chevalier et se promit de relever le défi qui lui avait été lancé.
Une semaine plus tard, Shion décréta la guérison de l'arachnide. Celui-ci ne se le fit pas dire deux fois et lorsqu'il s'apprêta à partir, le pope le mit en garde contre la menace qui se rapprochait des deux juges et de Camus. Le scorpion savait très bien de qui il s'agissait et se doutait que cette personne s'était rendu compte de sa trahison. Aussi, il rassura le représentant d'Athéna et décréta que s'il le fallait, il protègerait les deux royaumes et ceux qui lui étaient chers en le payant de sa vie.
Le pope voulut le contredire mais il n'en eût pas le temps car Milo était déjà parti.
Il prévint juste Camus par télépathie de ce que le scorpion venait de lui dire. Le verseau le remercia et lui annonça qu'il allait entamer l'affrontement avec la sombre menace et qu'il empêcherait le grec de s'en mêlait. L'ancien bélier était soulagé mais restait inquiet tout de même.
Pendant le trajet qui le menait de à l'isba de Camus, Milo réfléchissait encore et toujours à son attitude envers le français. Il se ressassait également les paroles que celui-ci lui avait dites il y a de cela une semaine.
Lorsque la porte de l'infirmerie s'était refermée, Milo avait senti le verseau s'adosser contre la porte et tentait de se reprendre. Il avait envie d'aller le voir, de le consoler et de lui demander pardon mais il savait qu'il n'aurait pas été reçu de la meilleure des manières. Il essaya néanmoins, par le biais de son cosmos, d'apaiser Camus et cela marcha légèrement. Celui-ci le remercia et repartit dans son temple en coupant la communication.
Le scorpion avait senti son cœur s'alléger un petit peu mais pas assez. Il connaissait tellement le seigneur, qu'il savait parfaitement que lorsqu'il laissait transparaître ainsi ses sentiments, cela signifiait qu'il était beaucoup plus touché qu'il ne le laissait voir.
Pendant qu'il était encore cloué au lit, le scorpion s'était laissé envahir par ses souvenirs de la période où il avait fait la connaissance du verseau et de leur chemin parcouru ensemble.
Flash-back
C'était en milieu de matinée. Shion avait demandé à mon maître d'aller accueillir un jeune garçon qui était le disciple du onzième gardien. Celui-ci étant en mission, il n'avait pu le faire lui-même. Le huitième chevalier m'avait proposé de venir avec lui. J'étais tout excité et avais du mal à tenir en place alors qu'on attendait le passeur.
De longues minutes passèrent puis au bout d'un moment, l'or en titre me montra un point noir qui arrivait tout doucement sur l'eau à l'horizon. Je m'impatientais et trouvais que le bateau n'avançait pas bien vite. Mon maître dû hausser la voix pour me rappelait à l'ordre. Le silence s'installa alors mais on pouvait sentir mon impatience de jeune scorpion. L'embarcation arriva enfin et le jeune Camus en sortit. Il remercia le passeur et se tourna vers mon maître et moi qui l'attendions. Le scorpion d'or en titre lui demanda son nom et me présenta.
Quand je regardai le jeune verseau, je fus subjugué par son physique mais surtout ses yeux et ce calme froid qui se dégageait de lui. D'une voix timide, je lui demandai « Serais-tu un ange par hasard ? ». Ma question resta en suspens pendant quelques minutes étant donné que le jeune français me regardait l'air impassible et que le scorpion d'or se retenait d'éclater de rire. Camus finit par me répondre d'une voix froide « Les anges n'existent pas mais toi, serais-tu un adonis ? ». Je me tus tandis que mon maître demandait au verseau de le suivre. Bien que je n'aie pas compris ce que voulait dire le nouvel arrivant, j'étais vexé que son maître ait eu envie de se moquer de moi.
C'est en traînant des pieds que je suivis les deux hommes. Alors qu'on arrivait au huitième temple, je dis au propriétaire de celui-ci que je restais dans la bâtisse. Etonné, mon maître accepta en me demandant de ne pas faire de bêtises pendant qu'il accompagnait le jeune verseau chez le grand pope. Je rentrai dans les appartements et alla directement dans ma chambre, m'allongea sur mon lit et me mis à bouder. Je finis par m'endormir et fut réveiller quelques heures plus tard par Camus qui resterait dans le huitième temple en attendant le retour de son maître. Je le regardai et me retourna vers le mur sans un mot. Camus fut un peu surpris de ma réaction et me présenta ses excuses en disant qu'il n'avait pas voulu me blesser. Je ne répondis rien même quand l'invitation au repas me fut proposée. Camus s'en alla, me laissant seul et quelques minutes plus tard, la porte de ma chambre se rouvrit à nouveau, laissant entrer mon maître. Je ne me retournai même pas et lança d'une voix froide au scorpion en titre, qui venait de me demander ce que j'avais, que ce n'était pas à Camus que j'en voulais. L'arachnide d'or compris ce à quoi je faisais allusion et s'excusa auprès de moi tout en me faisant la réflexion que je devrais développer mon humour.
Je grommelai pour le plaisir et accepta de venir dîner. Lorsque j'arrivai à table, je m'excusai auprès du jeune verseau, qui me proposa de devenir mon ami. Je le regardai et hochais la tête pour approuver. Camus me sourit et je su tout de suite que le jeune verseau ferait partie intégrante de ma vie.
On était devenus inséparables et lorsque le verseau en titre revint, la séparation fut difficile pour nous. Malgré cela, et jusqu'au départ vers nos lieux d'entraînement respectifs, on ne nous voyait jamais l'un sans l'autre sauf quand on se disputait, ce qui arrivait fréquemment.
Les six années de nos entrainements pour obtenir l'armure d'or se passèrent tranquillement. On se voyait rarement mais retrouvait de suite notre complicité jusqu'au jour où les deux ors virent Camus revenir vers eux, le visage plus fermé qu'à l'habitude, les yeux brillant et moi suivant derrière lui en chevrotant, les larmes aux yeux.
Les deux adultes étaient surpris et plus encore lorsqu'ils sentirent un froid glacial s'insinuait dans la demeure pourtant chaude du scorpion d'or. D'un seul regard échangé avec le onzième gardien, ils se levèrent et nous prirent chacun dans leurs bras. Le seigneur de la glace en titre salua son frère d'armes et partit en portant le petit français dans ses bras.
Lorsqu'ils ne furent plus là, mon maître se tourna vers moi et me demanda ce qui s'était passé. Je ne lui dis rien et partit m'enfermer dans ma chambre. Quelques minutes plus tard, j'entendis le chevalier d'or entrer et venir à proximité de moi. Il me caressa les cheveux tout en me consolant puis au bout de plusieurs minutes, il se leva et sortit. Je pleurais à nouveau et mit du temps à m'endormir bien que le sommeil ne fut pas du tout réparateur, ce qui obligea le huitième gardien à stopper mon entraînement pour quelques temps.
L'entraînement repris et je ne vis plus Camus jusqu'à ce qu'on revienne au sanctuaire sans nos maîtres respectifs mais avec leurs armures. Notre première rencontre depuis que nous étions revenus fut difficile pour moi. Je ne savais pas comment il la ressentait mais moi, je souffrais. Il nous fallut du temps pour qu'on se reparle à nouveau comme de simples amis. Pourtant, un beau jour, il me surprit en demandant au pope si je pouvais l'accompagner en Sibérie pendant quelques temps. Ce qui me surprit encore plus, c'est lorsque le pope donna son accord.
Le lendemain, nous partîmes donc pour son isba, sans nous parlait. Arrives là-bas, il me dit de faire comme chez moi et partit chercher du bois pour allumer le feu. Je posais mes affaires et regarder l'intérieur de la maisonnée. Cela faisait bien longtemps que je n'y avais pas mis les pieds et sans m'en apercevoir, mes pas me portèrent jusqu'à la chambre d'apprenti où dormait Camus avant. Des souvenirs m'envahirent et les larmes vinrent aux yeux. Je n'avais pas entendu mon ami arrivait et sursauta lorsqu'il m'appela. Je me tournais vers lui et lorsqu'il vit l'expression de mon visage, un lourd silence s'installa entre nous. La douleur du souvenir qui m'assaillais fut telle que je le bousculai presque pour m'enfuir dehors. Je ne pris pas le temps de mettre un manteau ou autre chose et me retrouva dans la neige à grelotter de par le froid et les larmes. Je continuais de pleurer lorsque je sentie quelque chose de chaud m'entourer les épaules. Je relevai la tête et vit Camus à mes côtés me regardant d'un regard pénétrant. Nos regards s'accrochèrent pendant quelques instants jusqu'à ce que mon vis-à-vis se penche et me prenne dans ses bras, tel une princesse, et me ramène dans sa chambre où il me posa sur le lit. Ensuite, il se détourna de moi et me dit qu'il n'avait jamais oublié ce jour-là mais qu'il avait préféré passer outre et aller de l'avant. Je devinais à travers ses paroles ce qu'il voulait que je fasse.
Je savais que ça allait être dur pour moi de faire cela mais au fil des jours, je commençais petit à petit à y arriver jusqu'au moment où, alors qu'on faisait une bataille de boules de neige comme des gamins, je trébuchai sur lui quand il se retourna et essaya de me rattraper. Il fut déséquilibré et tomba sur le dos, moi sur lui. Involontairement mes lèvres touchèrent les siennes ce qui nous figeas. Je me relevai rapidement, confus et gêné et m'excusa auprès de lui. Une fois revenus dans l'isba, j'allai m'enfermer dans la chambre d'apprenti et n'en ressortis plus.
Cela faisait quelques heures que je m'étais retranché dedans lorsque j'entendis Camus rentrer. Avant que je n'aie pu dire un mot, il prit la parole et me demanda de rester. Il me connaissait bien et savait ce que j'allais faire. Je ne dis rien pendant quelques instants et lui répondit que je n'étais pas encore près pour cela pour le moment. Lorsque je lui demandai si c'était pareil pour lui, il m'avoua non sans hésitation, qu'il était amoureux. Par curiosité, je m'intéressai à cette nouvelle et ce que j'appris me laissa sans voix. Je lui répondis en utilisant le plus de tact dont j'étais capable, que cela me flattait mais que ce n'était pas la même chose pour moi. Ses yeux et son visage se fermèrent et lorsqu'il se tourna pour sortir de la chambre, il me dit d'une voix enrouée de larmes, que je pouvais partir et le laissait seul. Je me levais en essayant de le rattraper mais je me pris la porte de la chambre sur le nez. Malgré la douleur, j'entendis les sanglots de mon ami. Je partis durant la nuit, le cœur lourd, et me promis de réfléchir à tout cela. C'était quand même la deuxième fois que je le faisais souffrir.
Une tape sur l'épaule le fit sortir de ses pensées. Il remercia la personne et descendit de l'avion, ressentant tout de suite, les deux cosmos qui s'affrontaient. Il sortit de la ville en marchant puis une fois que plus une habitation ne fut en vue, il utilisa la vitesse de la lumière pour rejoindre l'isba du verseau. Arrivé à proximité, il entendit par télépathie le français lui dire de cacher son cosmos et de ne pas intervenir. Il fit ce que le verseau lui demandait et s'approcha en silence près du lieu où se trouvait le combat. Ce qu'il vit lui fit mal. Sa mère était toujours debout seulement avec quelques égratignures alors que Camus saignait de partout et avait des difficultés à respirer. Son sang grec ne fit qu'un tour lorsqu'il vit Patricia envoyé un puissant coup sur son ami qui s'effondra. Il sortit de sa cachette et lança avec haine et violence un Scarlett Needle combiné avec de la glace.
Ne s'attendant pas à ce revirement, Patricia ne se protégea pas et s'effondra également. Milo lui lança Antarès puis se tourna vers Camus pour le soigner. Celui-ci était inconscient et malgré la panique qui l'envahissait, Milo lui pansa ses plaies à l'aide de son cosmos. Il rentra dans l'isba, avec le français dans les bras, et fignola les soins. Ensuite, il l'installa dans son lit, le recouvrit et sortit de la pièce pour aller préparer un repas pour le verseau. Une fois cela fait, il alla voir l'état de son ami qui dormait toujours. Après s'être assuré que le verseau était toujours aussi bien installé confortablement et en attendant son réveil, Milo repartit dans le salon et toujours avec nostalgie commença à se replongeait dans ses souvenirs lorsqu'il entendit un bruit dans la chambre du verseau. Il s'y précipita et découvrit le verseau en train de se relever. Le scorpion voulut l'aider mais le français le repoussa assez vivement. Le seigneur parvint à se rasseoir sur son lit et demanda d'une voix dure et glaciale :
Qu'est-ce que tu fais ici ?!
Je…je voulais…tu m'avais demandé de venir…de venir pour…, hésita le scorpion qui ne savait plus où se mettre face à l'attitude de son confrère.
Pour quoi ?!
Pour t'expliquer le pourquoi de…de mon départ avec ma… mère et mon retour au sanctuaire.
C'est bien ce dont je me souviens mais ne t'avais-je pas demandé quelque chose lorsque tu es arrivé ici ?
Je ne…, répondis Milo qui, sur le coup, ne savait pas à quoi faisait référence le français. Un éclair de compréhension lui traversa l'esprit et penaud, il ajouta d'une petite voix :
Tu…tu m'as dit de cacher mon cosmos et de…de ne pas intervenir.
Alors POURQUOI NE M'AS-TU PAS ECOUTER ?!
Je …je voulais te protéger et je…je ne voulais pas te perdre une nouvelle fois.
Me protéger ? MAIS TU TE FOUS DE MOI ?! SI TU AVAIS VRAIMENT VOULU ME PROTEGER, IL FALLAIT QUE TU T'EN DEBARRASSE ALORS QUE TU ETAIS ENCORE AVEC ELLE AU LIEU DE REVENIR AU SANCTUAIRE !
Milo ne répondit rien car il savait que Camus n'avait pas tords. Il se sentait incapable de le regarder dans les yeux et sentait le regard accusateur du français posait sur lui. Soudain, le verseau repris la parole d'une voix plus calme même s'il était toujours furieux contre lui :
Tu voulais me protéger et ne pas me perdre ? Mais sais-tu que je l'ai fait aussi pour toi ? Mais tu ne m'as pas écouté !
Camus…, souffla le scorpion d'une voix emplie de tristesse, Camus…par…
Sors ! Je ne veux plus te voir !
Camus…
DEGAGE ET NE REVIENS PLUS ICI, NI DANS MA VIE. JE NE VEUX PLUS AVOIR A FAIRE A TOI DESORMAIS ! CASSE-TOI ET NE REVIENS JAMAIS DANS MA VIE.
Les paroles du verseau furent mortelles pour le scorpion. Celui-ci ne répondit rien et sortit sans rien dire de la chambre. Il alla ensuite prendre ses quelques affaires et sortit de l'isba, les larmes dévalant ses joues, sans un regard en arrière, pour aller on ne savait où ?
