Milo partit, Camus décida de retourner au sanctuaire le lendemain. Cela lui ferait du bien et il pourrait faire son rapport au grand pope en espérant que celui-ci ne pose pas de question sur Milo. En parlant dudit scorpion, le verseau avait de légers remords de lui avoir parlé aussi sèchement mais il fallait que le grec comprenne que le français n'était pas un jouet.

C'est avec lenteur que le seigneur de la glace se releva et partit dans la cuisine. Là, il vit qu'un plat était dans le four et cela lui serra le cœur car il savait qui l'avait préparé. En attendant la fin de la cuisson, il se prépara un plateau puis s'aperçut en réalité qu'il n'avait pas faim. Son esprit était toujours tourné vers le scorpion et il regrettait de plus en plus sa réaction. Allant à la fenêtre de l'isba, pour regarder au-dehors, le verseau se remit à penser à leur rencontre.

Flash-back

Mon maître m'avais envoyé au sanctuaire pendant qu'il effectuait une mission de grande importance. Il m'avait dit que je serais très bien accueilli et que je pourrais continuer mon entraînement avec un autre chevalier d'or.

C'est ainsi que je me retrouvai dans la barque du passeur en direction du domaine sacré. Je m'assis dans l'embarcation pendant la majorité du trajet, accompagné par le chant du passeur, puis à la vue de l'île sacrée, je me levais pour montrer au chevalier qui allait m'accueillir que je n'étais pas un fainéant. Le reste du trajet se termina tranquillement et une fois que l'embarcation fut arrimée, je fis un signe de tête pour remercier le passeur puis je me tournais vers les deux hommes qui m'attendaient.

Le plus âgé me demanda mon nom et me présenta son apprenti qui me fit forte impression surtout lorsqu'il me demanda si j'étais un ange. Je mis du temps pour répondre à sa question, non pas pour me moquer de lui, mais pour bien choisir mes mots et pour ne pas montrer ce qu'il m'inspirait. Un peu plus froidement que je ne l'aurais voulu, je lui répondis et lui demanda autre chose en retour. Il ne me répondit rien et je constatai intérieurement qu'il ne savait pas ce que voulait dire le mot que j'avais utilisé.

Son maître me demanda de le suivre pour aller voir le grand pope et nous entamèrent le long chemin qui menait au treizième temple. Pendant la montée, alors que le scorpion d'or m'expliquait comment se passait la vie au sanctuaire, je remarquai que son apprenti faisait la tête. Etais-ce à cause de ce que j'avais dit ? Ou d'autre chose ? Je me posais la question lorsqu'on arriva à hauteur du huitième temple. Là, le jeune Milo demanda à son maître s'il pouvait rester dans la bâtisse. L'or en titre accepta et lui demanda de ne pas faire de bêtises. Je repris la montée des marches aux côtés de l'adulte, tout en remarquant qu'il se posait des questions sur le comportement de son disciple. Au niveau du onzième temple, il me dit que c'était mon maître qui le gardait. Il n'avait pas vraiment besoin de me le dire car je ressentais l'aura du onzième gardien. Je ne dis rien cependant et on arriva au treizième temple. Après quelques minutes d'attente, je fus présenté au pope qui m'accueilli chaleureusement. Il m'indiqua également que le huitième gardien serait le remplaçant de mon maître jusqu'au retour de celui-ci.

Nous finîmes par nous retirer pour retourner dans la huitième maison. Lorsque nous y pénétrâmes, tout était silencieux. Le propriétaire des lieux me fit visiter puis me dit que je pouvais aller voir Milo qui devait certainement être dans sa chambre. Timidement, je toquai et comme je ne reçus pas de réponse, je rentrai doucement.

Milo était sur son lit, les bras croisés derrière la tête. Il me regarda, le visage vide d'expressions, puis se tourna vers le mur sans dire un mot. Son attitude me surprit et je devinai ce qui pouvait le rendre ainsi. Je pris sur moi et lui présentai mes excuses pour ce que j'avais répondu à sa question mais cela ne fit rien. Déçus, je commençai à sortir de la pièce tout en lui signifiant que le dîner allait être servit.

Je m'installai à table et son maître me demanda où était le jeune garçon. Je lui répondis et il se leva pour aller le voir après m'avoir servi.

Quelques minutes plus tard, je vis les deux hommes revenir dans la cuisine. Milo me présenta ses excuses, que j'acceptai, et je lui proposai de devenir mon ami. Il accepta et à partir de ce moment, nous devinrent inséparables.

Lorsque mon maître revint, me séparer du jeune grec fut difficile mais il était rare qu'on nous voit rarement l'un sans l'autre vu que nos maîtres avaient décidés de nous faire un entraînement collectif chacun leur tour. Le jeune scorpion et moi-même étions tout le temps fourré ensembles sauf quand on se disputait, ce qui arrivait malheureusement fréquemment.

Le temps de partir sur nos lieux d'entraînement arriva. Bien que la séparation fût difficile, nous nous jurâmes de tout faire pour réussir. On pouvait quand même se voir car les deux ors en titres faisaient des allers-retours chez l'un et l'autre même si c'était rarement.

Lorsqu'on se retrouvait, mon meilleur ami et moi étions libres de faire ce qu'on voulait, tout en faisant quand même attention. On était heureux et peu à peu, malgré mon entraînement, je commençai à ressentir autre chose que de l'amitié pour le jeune grec. Alors que nous étions en train de nous amuser à un jeu plus que puéril : action ou vérité, je venais de dévoiler entièrement mes sentiments au scorpion. Celui-ci était sans voix et sans que je ne l'anticipe, il me gifla avec force. Le silence qui s'installa ensuite fut lourd, très lourd. Un long moment passa pendant qu'on reprenait nos esprits. Enfin, surtout moi. Je regardais Milo dans les yeux puis me levai et sentant mes larmes venir, je commençai à partir sans un mot pour le grec. Alors que je continuai ma route pour revenir vers la cabane du scorpion d'or, j'entendis puis je sentis que celui que j'aimais me rattraper. Il me demanda pardon mais je ne lui répondis rien. J'accélérais un peu ma vitesse de marche et peu à peu, je réussis pratiquement à le distancer.

Arrivé à la demeure du scorpion en titre, je fis gronder mon cosmos pour montrer à Milo que je lui en voulais. Du coin de l'œil, je vis les deux adultes se regardaient puis se levaient pour nous prendre chacun dans leur bras. Ensuite, mon maître et moi nous partîmes pour revenir en Sibérie.

De retour dans l'isba, mon maître me demanda ce qui avait provoqué cette réaction de ma part. Confus, gêné et toujours en colère contre Milo, je lui expliquai en m'attendant à ce qu'il me gronde. Sa réaction me surprit car il me prit dans ses bras et me berça tout en m'expliquant comment je pouvais réagir à cette situation. Il me laissa quelques jours pour réfléchir sur cela et reprendre mes esprits. Lorsque l'entraînement reprit, j'en fus heureux et tout se passa très bien jusqu'à l'obtention de mon armure. De temps à autre, je demandais à mon maître s'il avait des nouvelles de Milo mais je ne revis plus celui-ci jusqu'à mon retour au sanctuaire avec mon armure d'or.

Le jour de la passation de l'armure arriva. Je venais de vaincre mon maître qui, au seuil de la mort, trouva encore la force de me prodiguer ses conseils. Lorsqu'il mourut, je ne pus m'empêcher de verser quelques larmes puis lui offrit une sépulture digne de ce qu'il m'avait enseigné et surtout de ce qu'il représentait pour moi.

Quelques jours plus tard, je repartis pour le sanctuaire afin d'être officiellement reconnu en tant que chevalier d'or. Le pope m'accueillit et me présenta ses condoléances pour mon maître. Ensuite, il me félicita et me dis que je pouvais aller prendre mes quartiers.

En sortant du treizième temple, je me demandais qui étaient les autres chevaliers. Trop fatigué pour me renseigner, je partis dans mon temple, m'allongea sur le lit et m'endormi jusqu'au lendemain.

Une semaine passa sans que je ne vit Milo. Je ne savais pas s'il avait réussi son épreuve. Puis, un jour alors que je me promenais sur la plage, je le vis, assis sur le sable en train de regarder au large. Je le regardai un long moment puis décida de repartir dans la fraîcheur de mon temple. Le voir me soulageai mais cela me faisais mal également car je ne pouvais m'empêcher de penser à ce fameux jour. En entrant dans mes appartements, je m'installai confortablement dans un fauteuil, un livre dans mes mains.

Deux jours plus tard, au petit matin, alors que je remontais des arènes où je venais de finir de m'entraîner, je croisai le nouveau scorpion. Le contact fut difficile mais avec le temps, nous avions pu réussir à retrouver un semblant d'amitié. Et quoi de mieux pour fêter ces retrouvailles que de l'inviter à passer quelques jours à l'isba. Pour cela, je l'entraînai jusqu'au palais du pope où je demandai audience à celui-ci. Une fois à l'intérieur de la salle du trône, j'énonçai ma demande et fut satisfait de l'étonnement de Milo.

Le pope réfléchit quelques minutes puis accorda cette demande tout en nous signifiant qu'elle était limitée à une semaine. Après être sortis de l'entrevue, je dis au scorpion de préparer ses affaires pour le lendemain et qu'on partirait tôt. Sans un mot de plus, je le quittai afin de rejoindre mon temple pour reprendre ma lecture.

Le jour suivant, je me levai de bonne heure et attendis un peu avant d'aller chercher Milo. Lorsque j'arrivai à son temple, je le vis déjà debout et prêt à partir. Sans un mot, je lui fis signe de me suivre et le silence régna pendant tout le trajet. Arrivés à l'isba, on entra et sans lui laisser le temps de dire quoi que se soit, je lui indiquai qu'il pouvait prendre ses aises pendant que je partais chercher du bois. En rentrant la dernière bûche, je m'aperçus qu'il n'était plus dans le salon ? Discrètement, je le cherchais et le vit sur le seuil de mon ancienne chambre d'apprenti. Je l'appelais et lorsqu'il tourna son visage vers moi, après avoir sursauté, ce que je vis me serra le cœur. Il pleurait et mon intuition me dit que c'était en rapport avec ce souvenir qui était encore si douloureux pour moi. Sans prévenir, il partit en courant, me bousculant presque. Je restais sur place quelques minutes avant de le rattrapait tout en prenant quelque chose pour lui mettre sur ces épaules.

Il venait de tomber à quatre pattes et lorsque je mis la couverture sur lui, il leva son regard sur moi et pendant quelques instants, on se fixa sans rien dire. Mû par un réflexe, je le pris dans mes bras et l'amena dans ma chambre. Là, je le posai sur mon lit et me détournai de lui tout en lui disant implicitement qu'il devait passer outre ce souvenir et aller de l'avant. Ensuite, je sortis de la chambre tout en sachant que je venais de lui mentir car j'avais essayé d'oublier ce jour-là mais je n'y étais jamais arrivé.

Les jours qui suivirent furent plus calme. Peu à peu, je retrouvais le Milo de mon enfance et cela me plaisait. Tout se passait bien, jusqu'au moment où, alors qu'on faisait une bataille de boules de neige, il trébucha et je me retournai pour le rattrapait. Son élan me fit tomber sur le dos et involontairement, il me donna un baiser. Sur le moment, je ne bougeai pas car j'étais surpris mais j'appréciai également le contact de nos lèvres. Malheureusement pour moi, il se releva trop vite à mon goût et après s'être excusé, il partit s'enfermer dans mon ancienne chambre d'apprenti.

Je devinais qu'il avait besoin d'être seul, c'est pourquoi, je n'allai pas le voir et repris ma lecture. Quelques heures plus tard, je venais de préparer le repas lorsque je décidai d'aller prendre de ses nouvelles et de le retenir car je devinais qu'il allait partir. J'ouvris la porte et entrai dans mon ancienne chambre. Sans lui laissait le temps de parler, je lui demandai s'il pouvait rester. Il ne me répondit pas tout de suite puis lorsqu'il ouvrit la bouche, ce fut pour m'asséner qu'il n'était pas encore prêt à avoir une relation. Je ne dis rien, sentant une boule de larmes me serrait la gorge et lorsqu'il me posa à son tour la question, je lui avouai avec hésitation que j'étais amoureux. Il me demanda qui était celui qui faisait battre mon cœur et lorsque je lui dis, le silence s'installa entre nous.

Après quelques instants sans un mot, il finit par me dire qu'il était flatté mais qu'il ne ressentait pas la même chose. Je fermais les yeux ainsi que mon visage pour tenter de retenir les larmes qui venaient me titiller. Je me retournai pour sortir de la pièce car je ne voulais pas qu'il me voit ainsi. Avant de sortir, je lui signifiai, d'une voix remplit de larmes, qu'il pouvait partir et me laissait seul. Il essaya de me rattrapai mais je calculai mon coup et il se prit pratiquement la porte en plein sur le nez. Je ne pus m'empêchai de laisser mes larmes coulaient et me dirigeai vers ma chambre où je m'enfermai, après avoir bien évidemment était dans la cuisine pour éteindre le gaz.

Dans la nuit, j'entendis mon ancienne porte s'ouvrir, puis des pas et enfin la porte d'entrée s'ouvrir et se refermée. Voilà, il était partit, sans même me dire au revoir. Mes pleurs redoublèrent et c'est les yeux rouges et gonflés que je revins au sanctuaire dans l'après-midi du lendemain. Lorsque je passai au niveau du huitième temple, le sien, je le croisai et ne lui accordai aucun regard ni même un bonjour. Je sais que cela lui fit mal mais d'un côté, il l'avait bien cherché. Ce ne fut que quelques jours plus tard, qu'il vint me voir et me surprit en m'emmenant dîner dans un restaurant peu connu des habitants de la Grèce. Le repas se passa tranquillement malgré une légère tension entre nous. Après avoir fini et payé, il me prit par la main et m'entraîna sur la plage où il s'agenouilla, comme pour faire une demande en mariage, et me dévoila ses sentiments. La surprise me cloua sur place et quelques minutes après, je le fis se relever et l'embrassai. J'étais heureux de vivre cette histoire avec lui jusqu'à ce qu'on commence à se disputer puis qu'on se sépare. Depuis, je ne savais plus où j'en étais. Et maintenant…je ne savais plus ce que je voulais.

Camus finit par se sortir de sa rêverie et alla éteindre le four. Il sortit le plat, le recouvra d'un torchon et le laissa refroidir. Il alla ensuite dans sa chambre et s'endormi tout en pensant à Milo.