Auteuze : Sirius Lee Ron
Disclaimer : Tout appartient à J.K Rowling, le cadre, les personnages, même l'histoire ressemble un peu à la sienne. La seule chose qui est de moi est ma jolie Meghan et quelques autres.
Pairing : Fond de Drarry, couple d'OC, Lucius/Narcissa
Genre : Aventure, Romance
Note de l'auteur : Ce n'est pas ma toute première fiction, loin de là, encore moins sur Harry Potter, mais c'est une histoire qui me tient énormément à cœur, que j'ai commencé à écrire il y a quelques années (je ne vous cache pas que l'écriture est quelque chose d'extrêmement difficile, surtout que celle-ci n'est pas particulièrement drôle)
PROPOSITION EN DEUX TEMPS
Meghan se réveilla deux heures plus tard, Evan son chevet. Celui-ci lisait un épais volume de psychologie. Il leva les yeux vers sa sœur et referma son livre.
– On peut savoir ce qui t'a pris ? demanda-t-il brusquement.
Meghan, dont la tête tournait dangereusement, ne répondit pas.
– Sérieusement, reprit-il un brin plus calme. Qu'est-ce qui t'est passé par la tête ?
Elle fit un signe négatif de la tête :
– J'ai pensé… J'ai pensé que… comme ça… Sally ne risquerait plus l'infarctus… qu'il n'y aurait plus d'incendies, et que… ce serait mieux pour tout le monde, croassa-t-elle.
Evan soupira et l'aida à se redresser pour s'appuyer sur les coussins.
– Tu sais, quand tu meurs, ce n'est pas toi qui souffre le plus, ce sont tes proches, déclara-t-il. Les gens qui t'aiment.
Meghan eut un rire sans joie. Elle jeta à son frère adoptif un regard désabusé.
– Quels proches ? Qui sont les gens qui m'aiment ? demanda-t-elle. Tout le monde me déteste. C'est facile à dire pour toi. Tu as une sœur qui t'adore, un frère dont tu es le modèle, un père qui te soutient, une mère qui t'idolâtre, et des amis qui sont là pour toi. Moi, je n'ai personne, sauf un amour à sens unique pour les livres et une symbiose quasi-parfaite avec les flammes. Ce ne sont pas eux qui risquent de souffrir.
Les yeux d'Evan s'emplirent d'une compassion teintée de tristesse. Malheureusement, Meghan l'avait mal perçu.
– Remballe ta pitié, cracha-t-elle. Je n'en ai pas besoin.
Un sourire fugitif passa sur les lèvres du blond.
– Ce n'est pas de la pitié, affirma-t-il. C'est de la compassion et aussi de la tristesse. On doit vraiment être horribles avec toi pour que tu en viennes à de telles extrémités…
Elle s'affaissa dans les coussins et passa les mains sur son visage avec lassitude.
– Ça se voit que tu es leur fils, souffla-t-elle. Bien sûr que ce que je subis à longueur de journée est horrible. Cet homme aurait dû me laisser dans l'eau. Ça aurait été mieux pour…
– Tais-toi, la coupa son frère. Je t'interdis de finir cette phrase. Ou même de penser encore ce que tu viens de dire.
Elle le dévisagea d'un air intrigué. Ses méninges tournaient à toute vitesse. Etait-ce vraiment Evan qui venait de dire ceci ? Evan, qui l'avait bousculée quelques heures plus tôt ? Evan, qui ne manquait jamais une occasion de lui rappeler qu'elle était idiote ? Evan qui profitait de chaque occasion pour lui prouver sa supériorité par rapport à elle ? Evan qui se plaisait à lui rappeler subtilement qu'elle ne faisait pas partie de la famille ? Elle aurait plus volontiers cru au Père Noël.
– C'est un nouveau genre de blague ? interrogea-t-elle d'une voix débordante d'innocent sarcasme.
Evan fronça les sourcils.
– Comment ça ?
– Faire semblant de se préoccuper de quelqu'un alors qu'en fait, on adore piétiner sa misérable existence avec des chaussures à crampons rouillés. On est filmés, c'est ça ?
Le jeune blond resta abasourdi. Puis il soupira. Pourquoi était-ce si compliqué d'avoir une conversation normale avec cette fille ? Elle était si méfiante…
– Je commence à comprendre pourquoi tu t'es suicidée, déclara-t-il. Je veux dire, comment veux-tu te faire des amis si tu prends la plus petite marque d'affection comme une agression ?
Meghan Tiqua:
– Disons que quand cette soi-disant marque d'affection provient de quelqu'un qui passe son temps à me martyriser et à me rabaisser, la pilule a plutôt du mal à passer.
« Combattre le feu par le feu », telle était sa devise.
– Est-ce que tu veux bien accepter le fait que je me sois inquiété pour toi ? s'exaspéra-t-il.
Meghan en resta coite. S'inquiéter pour quelqu'un revenait à apprécier un minimum ce quelqu'un, ce qui lui semblait impossible pour un Stancy à son égard.
– Et, oui je t'ai dit des vacheries, poursuivit le blond, mais comparé à ce que font James ou Maman, je suis super sympa. Peut-être que je ne devrais pas.
La fillette ne savait plus quoi répondre. Déjà, Evan qui s'inquiétait pour elle, c'était beaucoup, mais alors Evan qui critiquait son frère chéri et sa mère adorée, c'était du jamais-vu. La Terre avait décidé d'inverser son sens de rotation pendant son coma post-mortem, c'était la seule explication possible.
– Pourquoi ne le dis-tu que maintenant ? lui reprocha-t-elle.
– Parce que je me suis rendu compte, certes trop tard, qu'on y était allé trop fort, qu'ils avaient dépassé les limites.
Un faible sourire se dessina sur le visage de Meghan.
– Au moins, tu t'en es rendu compte, c'est déjà ça, assura-t-elle.
– Mais que se serait-il passé si cet homme n'était pas intervenu ? On aurait tous eu ta mort sur la conscience, et même si on t'en a fait voir de toutes les couleurs, personne ici ne souhaite que tu meures.
Elle fronça cependant les sourcils.
– Mais, l'année prochaine, je serais en internat au collège, fit-elle remarquer.
– Mais on saura si tu es en vie ou non, répondit-il simplement.
Puis il se leva et lui conseilla de se reposer.
– Evan, l'interpella-t-elle avant qu'il ne sorte.
Le jeune homme se retourna.
– Est-ce que tu sais ce qu'ils ont fait de ma lettre ? demanda-t-elle d'une voix tremblante.
Il logea ses yeux bleus dans les iris dorés de sa sœur et y lut l'importance qu'elle portait à cette lettre.
– Je crois qu'ils l'ont brûlée, avoua-t-il. Ils ont dit que c'était un canular. Je suis désolé.
Avant de se retourner et de partir pour de bon, il aperçut dans les yeux de la jeune fille haine, tristesse, et désespoir se mélanger dans un tourbillon déchirant.
Un mois plus tard, Meghan entrait à Ste-Ingrid, une école pour filles indisciplinées. Les Stancy pensaient qu'en l'y envoyant, elle arriverait à se contrôler et cesserait d'incendier tout ce qui lui passait sous la main, mais ce fut encore pire. Elle avait l'impression d'être oppressée, opprimée, elle étouffait, ne faisait pas la moindre amie et mettait le feu à la plus simple feuille sans raison. Elle n'avait plus reçu de lettre et n'avait jamais revu son sauveur. Mais elle avait tissé des liens un peu plus forts avec Evan et même Anthony semblait plus gentil. S'il fallait un suicide pour que ces gens prennent les autres en considération, ce qu'elle aurait à faire pour se faire apprécier de tous lui donnait le vertige.
Deux petites semaines après la rentrée, on vit à Brighton un nouvel étranger questionner les habitants à propos de Meghan Stark. On lui fit part de ses surnoms et le même petit Français qui avait révélé au premier inconnu l'adresse des Stancy lui indiqua le chemin à suivre. L'homme contempla un moment la maison, puis sonna. Sally Stancy ouvrit rapidement et resta interdite devant ce grand homme aux cheveux d'un blond presque blanc qui semblait tout droit sorti d'un magazine de mode.
– Vous êtes Sally Stancy ? interrogea-t-il en affichant un sourire poli.
Elle hocha la tête sans se soucier de la politesse.
– Draco Malfoy, se présenta-t-il en lui tendant la main après ce qui semblait être un court instant d'hésitation.
Elle la serra et l'invita à entrer sans réfléchir.
– J'aimerais vous poser quelques questions à propos de la petite Meghan Stark, déclara-t-il.
A l'entente de ce nom, Sally sembla émerger de sa transe et se figea.
– Comment ça ?
– Je voudrais que vous me parliez d'elle, précisa le blond.
Elle pinça les lèvres et croisa les bras dans une attitude de désapprobation manifeste.
– Je n'ai rien à dire sur elle, déclara-t-elle.
Malfoy leva un sourcil.
– C'est votre fille, fit-il remarquer.
– Adoptive, coupa-t-elle. Elle n'est pas à nous.
– C'est déjà beaucoup, pointa-t-il. Savez-vous pourquoi on vous l'a remise, à vous ? Qui sont ses parents ? Ce qu'ils sont devenus ?
Sally renifla dédaigneusement et s'assit sur un fauteuil tandis que son invité faisait de même. Tout chez ce Draco Malfoy respirait la richesse et l'aristocratie, de sa façon de se tenir jusqu'à ses paroles, en passant par ses vêtements. Sally savait reconnaître un homme riche, puissant et respecté lorsqu'elle en voyait un. Avec un peu de chance, elle pourrait se le mettre dans la poche et ainsi récupérer un joli paquet d'argent et de la tranquillité.
– Nous nous sommes souvent posé cette question, Mr Malfoy, commença-t-elle. Pourquoi nous a-t-on confié cette enfant ? Nous n'en savons rien. Quant à ses parents, ils étaient d'ignobles ivrognes et ils ont fini dans un incendie peu après nous l'avoir remise.
Le blond cilla et se redressa dans le fauteuil.
– C'est ce que vous avez raconté à Meghan et à ceux qui voulaient en savoir plus ? demanda-t-il, cette question sonnant plus comme une affirmation. Narrez-moi plutôt la vraie version, Mrs Stancy. Et je vous préviens que je le saurais lorsque vous me mentirez.
Elle sentit le rouge lui monter aux joues et la moutarde au nez.
– Vous osez prétendre que je suis une menteuse ? s'offusqua-t-elle.
– Je ne le prétends pas, je l'affirme, rectifia Malfoy d'un ton calme mais sec. Mais je vous prie de bien vouloir me conter l'histoire de Meghan, sans rien omettre. Je ne dispose pas de toute la journée.
La femme brune sentit qu'elle n'avait pas franchement le choix. Cependant, elle était maligne. Et elle appréciait moyennement le fait qu'il l'eût traitée d'affabulatrice.
– Bien, accepta-t-elle. Quand nous l'avons recueillie, il y avait une lettre avec elle.
Malfoy se redressa légèrement. Elle avait capté son attention.
– Une lettre ? répéta-t-il, intrigué.
Elle hocha la tête.
– Mais ça n'avait ni queue ni tête, poursuivit-elle. Plus tard, nous avons appris que les parents avaient été victimes d'un incendie. Depuis, nous l'élevons comme notre propre fille.
Le regard de l'homme se perdit un instant.
– J'aimerais voir cette lettre, déclara-t-il.
– Ce n'est pas possible. Nous l'avons brûlée.
Malfoy fronça les sourcils.
– Vous mentez de nouveau, Mrs Stancy, dit-il d'une voix grave. Vous gardez précieusement cette lettre dans un tiroir de votre chambre.
Sally, qui avait la fâcheuse habitude de rougir lorsqu'elle se faisait démasquer, prit une délicate teinte pivoine. Mais en même temps, cet homme l'inquiétait. Comment avait-il fait pour connaître l'emplacement exact de la lettre ?
– Comment le savez-vous ? murmura-t-elle.
– Cela n'a aucune espèce d'importance, la coupa-t-il. Je veux que vous me donniez cette lettre, et ce, avant que je parte. En attendant, laissez-moi vous mettre à jour. Les Stark ne sont pas décédés dans un incendie. Ils ont été tués au cours d'une guerre, révéla-t-il gravement.
Elle resta un moment silencieuse. Puis elle éclata de rire.
– Une guerre ? répéta-t-elle, hilare. Il n'y a pas de guerre.
Malfoy eut un sourire froid.
– Oh non, pas en ce moment, et elle ne vous concernait pas le moins du monde, mais elle a bien eu lieu.
Elle secoua la tête.
– C'est cela. Où ? Et quand ? interrogea-t-elle dédaigneusement.
– Quelque part en Ecosse, le 2 Mai 1998, répondit-il avec ce même sourire polaire. Quelques jours après que vous ayez recueilli Meghan, en fait.
Sally se figea. Mais si elle était stupéfaite, elle n'en laissa rien paraître.
– Oh, bien sûr, si vous y allez, vous n'y verrez qu'un tas de ruines et vous vous rappellerez d'aller à ce rendez-vous important auquel on vous a conviée, mais il s'est bien déroulé une bataille à cet endroit-là, poursuivit-il. Mais je ne suis pas ici pour vous parler de cela, mais bien de Meghan. Avez-vous eu des ennuis avec elle ?
Elle se rengorgea et se redressa.
– Bien sûr que nous en avons eu ! s'exclama-t-elle. Elle met sans cesse le feu à quelque chose quand elle est contrariée, et Dieu sait que nous faisons tout pour que ça n'arrive pas !
Malfoy fronça les sourcils et se pencha légèrement en avant.
– Accidentellement ? demanda-t-il.
– J'en doute, mais pourtant, nous ne voyons pas ce qui peut la motiver. Après tout, nous faisons tout notre possible pour qu'elle soit heureuse et…
– J'ai compris, coupa-t-il avec agacement – il savait pertinemment que toutes ces affirmations étaient parfaitement fausses. L'avez-vous vue en possession d'un objet pouvant provoquer ces incendies ? demanda-t-il sans rien laisser paraître.
– Nous lui avons tout confisqué. Allumettes, briquets, tout.
Il posa ses coudes sur ses genoux, croisa les mains et appuya son menton dessus.
– Comment savez-vous qu'elle est responsable, dans ce cas ? interrogea-t-il.
– Elle est irrémédiablement à proximité des flammes, ce que nous déplorons à chaque fois, de peur qu'elle ne se brûle.
Malfoy se pinça l'arrête du nez avec deux doigts et ferma les yeux. Il était profondément exaspéré par cette femme qui pensait qu'il n'avait pas compris son manège ridicule. Si elle aimait tant que ça sa fille adoptive, elle n'aurait pas prétendu ne rien avoir à dire sur elle et refusé, en premier lieu, de la considérer comme son propre enfant.
– Se produit-il souvent des choses étranges, que vous ne parvenez pas à expliquer, lorsqu'elle est en colère, ou effrayée ? voulut-il savoir, même s'il connaissait la réponse.
Cette fillette était assurément celle qu'il cherchait, même s'il s'étonnait qu'elle semblât si liée au feu.
– Des verres ou des objets de toutes sortes explosent, répondit Sally. Des vitres disparaissent. Des vipères sortent de la bouche de ses camarades, des vêtements rapetissent, des appareils se mettent en marche tout seul, des livres volent, et je ne vous parle pas de ces incendies à répétition, énuméra-t-elle. Nous devons sans cesse faire face à des bizarreries en tous genres.
Malfoy referma les yeux et inspira profondément, à la fois agacé et ennuyé. Sally, en revanche, était fière d'elle il allait immédiatement repartir, sans même réclamer la lettre. Elle avait imaginé tous les scénarii possibles, mais jamais, au grand jamais, elle n'avait prévu ceci :
– Bien, vous le savez déjà même si vous refusez de le voir, mais Meghan est une sorcière, déclara-t-il.
Un ange passa. Puis deux. Puis dix. Puis un véritable bataillon de chérubins ailés traversa le salon. Sally se demanda si elle devait rire, mais l'homme semblait mortellement sérieux.
– Elle possède des pouvoirs magiques, poursuivit-il en voyant qu'elle restait muette. Les incendies qu'elle provoque accidentellement ne sont que les manifestations de sa magie, qu'elle ne contrôle pas encore. Magie très puissante pour son âge, je dois dire…
Il semblait perdu dans ses pensées. Sally choisit ce moment pour retrouver sa voix :
– Elle n'est pas… Vous délirez, affirma-t-elle, légèrement incrédule. La magie n'existe pas.
Malfoy, qui semblait avoir recouvré ses esprits, haussa les sourcils.
– Bien sûr que si, répliqua-t-il sur un ton d'évidence qui suintait le mépris. Comment expliquez-vous ces évènement étranges qui se produisent autour de Meghan ? Sans parler de cette brume permanente permanente qui stagne depuis une dizaine d'années ? Et toutes ces morts inexpliquées…
Sally resta muette. Mais ses yeux hurlaient qu'elle n'était pas convaincue pour un sou.
– Une démonstration, peut-être ? proposa Malfoy.
Sans attendre de réponse, il sortit de sa veste une baguette de châtaignier et lui fit faire un léger mouvement. Aussitôt, une figurine de porcelaine représentant une renard se souleva dans les airs et effectua une pirouette au-dessus de la cheminée. Sally retint à grand-peine un glapissement. Le renard de porcelaine se reposa en douceur sur la cheminée.
– Alors, Mrs Stancy, toujours sceptique ?
Elle avait le regard figé sur la baguette qu'il tenait à la main. Elle déglutit lentement.
– Et donc… Meghan… est une… sorcière ? articula-t-elle difficilement. Et… vous aussi ?
Il acquiesça et rangea sa baguette.
– Je suis ici pour l'emmener à Poudlard, une école de magie où elle est inscrite depuis sa naissance, déclara-t-il. Elle y apprendra à contrôler sa magie et à l'étudier. Elle a d'ailleurs reçu une lettre à ce sujet. Enfin, vu qu'elle ne s'est jamais présentée à l'école, j'imagine qu'elle ne l'a jamais eue.
Sally n'osait plus affronter le regard métallique de Malfoy. Elle hocha donc simplement la tête avant d'avouer qu'ils l'avaient brûlée.
– Quand nous la lui avons confisquée, elle est entré dans une colère noire, et elle s'est enfuie de la maison en brûlant de petits géraniums, raconta-t-elle. Une heure plus tard, un homme nous l'a ramenée, trempée et inconsciente. Il disait qu'elle avait tenté de se noyer.
Le silence de plomb qui suivit lui apprit sans peine que cette dernière information avait choqué son invité.
– A onze ans ? finit-il par dire d'une voix grave et pleine de reproches. Quel genre de monstres êtes-vous, pour donner à une gamine de cet âge le désir de mettre fin à ses jours ? cracha-t-il avec répulsion.
Elle n'était pas morte de honte, plutôt décédée de peur. Terrifiée à l'idée qu'il pouvait la réduire en un petit tas de cendres si l'envie lui prenait. Alors elle ne répondit rien. Malfoy soupira fortement.
– Où est-elle, maintenant ? demanda-t-il en contenant tant bien que mal sa colère et son dégoût pour cette femme.
– A Ste-Ingrid, murmura-t-elle. C'est à Winchester. C'est une école pour filles indisciplinées.
Il acquiesça, la mâchoire crispée, et sortit de nouveau sa baguette. Sally se raidit, mais il fit simplement apparaître une feuille parcourue d'écritures à l'encre.
– Je vous demanderais simplement de signer ceci, dit-il en lui tendant la feuille.
Elle obéit sans même regarder le document, chose qui lui arrivait rarement. Cependant, après le lui avoir remis, elle ne put s'empêcher de demander :
– Qu'est-ce ?
Malfoy, qui était en train de ranger le parchemin, s'interrompit et la jaugea de son regard d'acier glacé.
– Un formulaire déclarant que vous retirez votre fille adoptive de cette école, répondit-il avec plus ou moins d'indifférence.
Puis il se leva.
– Maintenant, donnez-moi la lettre de ses parents, ordonna-t-il.
Sally, qui était sur le point de protester – elle n'était pas un chien, tout de même ! – se tut sur le champ en croisant le regard dur et implacable de l'homme. Après ce qu'elle lui avait révélé, elle ne devait pas s'attendre à de la gentillesse. Elle lui remit donc la lettre, à contre-cœur.
– Encore une ou deux choses, annonça Malfoy avant de sortir. On vous renverra Meghan chaque été, sauf si elle a envie de vous rendre visite pendant d'autres vacances. Mais sachez que votre petit jeu de mère faussement aimante ne m'a absolument pas convaincu. Vous vous douterez donc que je ne vous accueillerai pas à bras ouverts à notre prochaine rencontre.
Et, sur ces paroles, il sortit pour de bon et se rendit à Winchester.
Winchester avait été, autrefois, une ville accueillante, dynamique, et proche de la mer. Un véritable paradis pour les touristes ne craignant pas le climat humide et frais de cette cité au bord de la Manche. Mais les vacanciers étaient rares en cette période, laissant la ville fourmiller de ses principaux habitants vaquant à leurs occupations de fin de semaine. Les bus à impériale se suivaient, les voitures faisaient la queue, formant un long serpent coloré, les adolescents se promenaient par petits groupes ou seuls, les bébés dans les poussettes criaient et pleuraient à qui mieux mieux, les chiens s'arrêtaient à chaque lampadaire, et les agents de police géraient tant bien que mal la circulation tumultueuse. C'était dans cette atmosphère agitée que serait arrivé Draco Malfoy à Winchester en des temps plus lumineux. A présent, le ciel était morne et gris, les passants discrets et – trop – peu nombreux, il ne restait plus que des cadavres fumants des véhicules, des macchabées pourrissants jonchaient les rues, quelques animaux décharnés furetaient çà et là dans l'espoir de trouver de quoi se nourrir, les vitrine des magasins étaient défoncées. En bref, la ville ressemblaient à une vraie scène d'horreur.
La chance voulut que l'école Ste-Ingrid fut constituée de trois bâtiments imposants à l'architecture austère, et donc facilement repérables. Les trois édifices en question formaient un large cercle entourant une cour actuellement vide, au milieu de laquelle trônait un majestueux chêne rouge. De temps à autres, on pouvait apercevoir de petits écureuils roux se faufiler entre les feuillages, pratiquement invisibles à cause de leur ressemblance avec les feuilles. Un grand mur, tristement gris, séparait les bâtiments du petit parking réservés aux adultes gérant l'établissement. Derrière la pension, on pouvait apercevoir un petit jardin agrémenté d'un bassin à fontaine. Un silence de mort régnait dans les bâtiments, notamment dans celui où se trouvaient les chambres. Malfoy se rendit dans le bâtiment administratif et demanda à voir Meghan Stark. Les femmes présentes qui avaient entendu sa requête ouvrirent des yeux surpris, réaction on ne peut plus compréhensible quand les filles de l'âge de Meghan appelaient ou recevaient leurs parents – quand ils étaient encore en vie –, elle se murait dans un silence obstiné et refusait tout contact avec sa famille. Qui le lui rendait bien. Ce fut néanmoins avec surprise qu'on apprit que ce Draco Malfoy n'avait pas le moindre lien avec Meghan. La directrice l'autorisa cependant à parler avec la fille aux cheveux rouges et confia à Anaïs le soin de le conduire à elle. Anaïs était une jeune femme aux cheveux auburn et au regard bleuté et rêveur, qui adorait les enfants, les romans d'amour et les films à l'eau de rose. Aussi, lorsque le blond se tourna vers elle, elle tomba immédiatement sous charme et s'imagina aussitôt un scénario semblable à ceux de ses films préférés. Il lui poserait des questions sur Meghan, elle y répondrait joyeusement, et ils apprendraient indirectement à se connaître. Puis il reviendrait, ils reprendraient là où ils s'étaient arrêtés et cela se répéterait à chaque nouvelle visite. Et un jour, il l'inviterait à boire un café, puis au restaurant, et là, il lui avouerait qu'il ne revenait à l'école que pour la voir et lui déclarerait sa flamme. Puis ils se marieraient et adopteraient Meghan, qui était de loin sa préférée.
La première partie de cette fantasque histoire se déroula comme prévu, à ceci près qu'il ne semblait pas du tout s'intéresser à elle et qu'il ne lui avait pas révélé la moindre information à son propos. Il ne voulait entendre parler que de Meghan. Et, en ce sens, Anaïs la jalousait.
– Vous a-t-elle causé des ennuis que vous n'arriviez pas à expliquer ? demanda-t-il, interrompant ainsi le cours des pensées de la brunette.
Celle-ci avait l'impression qu'il connaissait déjà la réponse à sa question, mais qu'il voulait se l'entendre confirmer. Ce qu'elle fit sans hésiter, ravie de l'attention qu'il lui prêtait.
– Eh bien, oui, confirma-t-elle. Le premier jour, notamment. Nous avons pour habitude de placer les filles dans des chambres communes, par trois ou quatre. Il y a souvent des protestations, mais elles finissent par apprendre à se connaître, à leur façon, et acceptent la cohabitation, même si certaines ont plus de mal que d'autres. Avec Meghan, c'était impossible. Elle refusait catégoriquement de partager sa chambre, et nous l'a bien fait comprendre.
– Comment cela ?
– Elle a brûlé les lits de ses camarades, murmura-t-elle. Nous avons dû racheter des lits et la changer de chambre, mais le pire, c'est que nous ne savons absolument par comment elle a pu faire, car nous confisquons tous les objets dangereux. Elle a répété l'opération jusqu'à ce qu'on lui accorde une chambre à part.
Anaïs sentit qu'elle pouvait ajouter quelque chose, le temps que l'objet de ses pensées réagît.
– Je crois que les autres filles ne l'aiment pas trop, confia-t-elle. Et je ne pense pas non plus qu'elle ait sa place ici. Elle est… différente.
– Vraiment ?
Elle hocha la tête, sans se rendre compte de la pointe d'ironie qu'avait utilisé Draco, et poursuivit :
– C'est une fille très calme, mais il ne faut pas la provoquer ni la brusquer. Elle est capable de passer des heures seule dans sa chambre, à fixer le plafond, ce qui n'est pas du tout le cas de nos autres pensionnaires. Elle reste immobile, allongée sur son lit, les yeux ouverts dans le vide, comme si elle cherchait à se souvenir de quelque chose. Cependant, si on la sort trop brusquement de sa torpeur, elle entre dans une fureur noire que nous avons du mal à endiguer. Mais ça n'arrive que rarement. La plupart du temps, elle est si impassible et maîtresse de ses émotions qu'on dirait que son visage est sculpté dans du marbre. Les filles l'appellent "La Princesse des Glaces", à cause de ça.
Draco allait de surprises en surprises. D'abord, la puissance magique dont Meghan semblait faire preuve, ensuite, le danger qu'elle représentait pour les Moldus, son caractère apparemment lunatique à souhait, la tentative de suicide qu'elle avait exécutée, et maintenant, elle lui volait le surnom qu'on lui attribuait lors de ses années de collège !
– Mais ce n'est pas tout, continua Anaïs. Elle fait assez souvent des cauchemars. Presque un jour sur deux, parfois plus. Et à chaque fois, quelque chose prend feu, quand ce n'est pas sa chambre toute entière. Nous ne savons pas comment, mais jamais rien n'est détruit. Il y a des flammes, immenses et brûlantes, mais rien n'est réduit en cendres. Jamais.
De mieux en mieux. A croire que, quand il pensait avoir été suffisamment stupéfait, une nouvelle révélation lui arrivait en pleine face avec la puissance d'un troll des montagnes adulte. Il avait déjà entendu parler de pyrokinésie, mais pas aussi fréquente, puissante, et surtout aussi contrôlée. Faire brûler un objet par magie, sans baguette, était une chose. Faire en sorte que les flammes ne détruisent pas l'objet en question en était une autre. Cette enfant allait certainement devenir une des plus puissantes sorcières de son temps.
– Meghan est extrêmement réservée, ajouta Anaïs. On ne la voit presque jamais quand elle a du temps libre, et elle n'a pas une seule amie. Elle ne parle à personne.
« A ce point là, ce n'est plus de la réserve, mais de la réclusion ! » songea-t-il avec un soupçon d'inquiétude. Si cette fille était d'un genre insociable, il allait du mal à la persuader de vivre en communauté. Son appréhension monta en crescendo lorsqu'il s'arrêta face à une porte en bois argenté. Anaïs frappa doucement au panneau. Le silence lui fit office de réponse, mais elle s'y était attendue.
– Meghan ? appela-t-elle à travers le bois. Il y a quelqu'un pour toi.
Toujours pas de réponse. Elle ouvrit donc la porte. La chambre était vide. La pièce était tout ce qu'il y avait de plus banal, si on ne comptait l'étrange dessin un rien effrayant peint à même le mur et le perchoir doré qui reposait sur le bureau. Ce perchoir rappelait étrangement quelque chose à Draco, mais il ne saurait dire où il l'avait déjà vu. Anaïs se mordit la lèvre. Elle n'avait pas prévu que la fillette ne fût pas dans sa chambre, mais, en même temps, cela lui permettait de passer davantage de temps avec Draco. Elle referma la porte et héla une fille qui passait dans le couloir.
– Angela, est-ce que tu aurais vu Meghan ? lui demanda-t-elle.
Angela les dévisagea tout deux d'un air curieux.
– Oui, répondit-elle.
Mais ce fut là tout ce qu'elle dit.
– Est-ce que tu peux nous dire où elle est ? insista Anaïs.
– Oui.
Une nouvelle fois, elle s'arrêta à ce simple mot. Draco observa l'enfant avec une surprise parfaitement dissimulée. Soit Angela ne savait dire que ce mot, soit cet établissement ne mentait pas sur la nature de ses élèves.
– Mais… commença Anaïs.
– Tu m'as demandé si j'avais vu la Veuve Noire, je t'ai répondu oui, coupa la fille. Tu m'a demandé si je pouvais te dire où elle se trouvait, et je t'ai encore répondu par l'affirmative. Mais tu ne m'as toujours pas posé ta vraie question.
Nouvelle surprise pour le blond. Ce nouveau surnom de "Veuve Noire" pouvait signifier un tas de choses.
– Que… Quoi ? balbutia la brune.
– Où est Meghan ? l'interrompit-il en s'adressant à Angela.
Celle-ci eut un sourire.
– Elle joue aux écureuils, répondit-elle avec ce même rictus moqueur.
Et elle les planta là, les laissant réfléchir à cette réponse. Anaïs était perplexe. Elle se remémorait tous les loisirs qu'avaient les filles ensembles, ou séparément, et cherchait, en vain, un jeu mentionnant des écureuils. Draco, lui, fut plus réactif. Il s'était fait la remarque que l'imposant chêne rouge pouvait sans peine abriter de petits animaux au pelage roux et qu'il aurait pu susciter auprès des internes un amusement permanent en les laissant grimper sur ses branches, si son tronc n'avait pas été aussi lisse et les premiers branchages aussi hauts. Mais Meghan était une sorcière, et même si sa magie avait déjà dû commencer à se stabiliser, elle pouvait sans peine se retrouver au sommet d'un arbre ou d'un bâtiment en un claquement de doigts. Il se redirigea donc vers la cour vide, en laissant sa guide le suivre docilement. Cette dernière profita de l'inversement de la situation pour admirer l'objet de ses désirs. Draco Malfoy était un homme tout à fait plaisant à contempler. Il était grand, les cheveux d'un blond presque blanc, le visage pâle, les épaules fines mais qui laissaient deviner une fine musculature d'athlète – de course, probablement –, il avait des cuisses fermes, des jambes interminables, une démarche assurée, et tout chez lui respirait la noblesse. De ses traits aristocratiques à ses manières élégantes et empreintes de confiance en soi, en passant par cet air légèrement hautain et sûr de son charme, il était impossible qu'il eut été élevé autre part que dans une noble et ancienne famille. Anaïs était fascinée par ce qu'elle voyait, persuadée d'avoir trouvé l'homme de ses rêves. Elle était tellement subjuguée qu'elle ne prêtait pas attention au fait qu'ils étaient de parfaits inconnus l'un pour l'autre, ni de la pratiquement imperceptible moue de dégoût qui traversait de manière fugace le visage du blond lorsqu'il posait les yeux sur elle. Elle ne se doutait pas un instant qu'elle était tout sauf son genre. Et, elle qui n'avait jamais été une séductrice, se surprit à être sur le point de passer à l'action. Perdue dans ses plans de séduction, elle ne s'aperçut pas que son fantasme s'était arrêté et le percuta de plein fouet. Elle ne sut que bredouiller un maladroit « Pardon » face au regard de travers qu'il lui lança. Puis il leva la tête pour tenter d'apercevoir un mouvement dans les feuillages. Distraitement, il passa une main sur son épaule, comme pour chasser toute poussière importune qui salissait ses précieux vêtements. Ce fut alors qu'il la vit. Allongée confortablement dans les branchages, un bras coincé sous sa tête, ses cheveux pourpres tombant librement entre les feuilles, Meghan fixait l'azur recouvert de nuages d'un air absent. Une boule de poils roux était lovée sur son ventre qui se soulevait régulièrement au rythme de sa respiration. Draco ne put qu'admirer le superbe contraste qu'offraient ses vêtements noirs, son visage d'albâtre, et sa chevelure rouge. Ceci expliquait cela. Les Veuves Noires étaient des araignées noires marquées d'une tache rouge sur le dos, parfois entourée de blanc. Et Meghan ressemblait, ainsi, à ces arachnides. Elle n'était pas très grande, un mètre cinquante-cinq minimum, d'après ce que le blond pouvait voir, mais elle exhalait une sorte d'aura qui faisait qu'il ne pouvait détacher son regard d'elle. Il l'aurait repérée même dans une foule, et pas seulement à cause de ses boucles carmin. Anaïs le sortit de ses pensées en appelant d'une voix aiguë la jeune fille aux cheveux vermeils. Celle-ci baissa lentement les yeux vers eux. Les iris argentés de Draco croisèrent avec surprise deux orbes dorés avant qu'ils ne se détournassent vers la brune avec un regard impassible. La Princesse des Glaces les surplombait de ses yeux froids comme le métal brut.
Merci à ma première revieweuse, j'espère que cette suite te plaît ! (Oui, Espérance est mon deuxième prénom. Et c'est même pas une blague)
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