Londres, 30 décembre 2014

Cela faisait deux mois qu'Arsène et Jeanne étaient arrivés à Londres, Jim Barnett avait rapidement grimpé les échelons à Scotland Yard, Jeanne avaient fait venir toute la Bande qu'elle avait installée dans de divers logements et avait donné aux 24 hommes qui la composaient les jobs que le Patron leur avait décrochés. Certains travaillaient comme simples routiers, d'autres comme jardinier à Buckingham Palace, comme chauffeurs de taxi, ou encore comme serveurs dans les restaurants où les frères Holmes allaient le plus souvent. Jeanne avait surveillé avec rigueur les frères Holmes, cela était plus aisé pour le benjamin qui ne se souciait pas d'être vu, elle avait vraiment apprécié quand il s'était mis torse nu pour sauter dans la Tamise récupérer des preuves. Mais l'aîné était beaucoup plus difficile, il ne sortait que très peu de son club ou de son bureau, et il contrôlait toutes les caméras du royaume. Elle avait cependant réussi à apprendre quelques informations, comme le fait qu'il enlève souvent le colocataire de son frère pour lui poser des questions, qu'il fumait, qu'il n'avait que très peu d'amis, voire pas du tout.

Jeanne soupira et rangea ses mini-jumelles, de toute manière, elle n'avait pas l'air d'une passionnée des oiseaux. Sa couverture n'était pas terrible, mais avec les capacités des frères Holmes, elle se devait d'être à chaque fois foncièrement différente. Tournant le dos au 221 B Baker Street, elle s'arrêta brusquement en entendant un bruit qu'elle saurait reconnaître entre milles, celui d'une gâchette. Elle se retourna pour voir un homme s'avancer en direction de Sherlock Holmes qui était en pleine dispute conjugale avec John Watson, un revolver caché derrière lui.

« Amateur ! » Murmura Jeanne en sortant son arme à son tour. Elle traversa la rue pour avoir une meilleure vision, et se cacha derrière une voiture, attendant. Elle obéissait à Arsène, elle ne le tuerait pas sauf en cas de nécessité.

« Pas si amateur que ça ! » Siffla-t-elle, impressionnée.

L'homme au revolver avait été rejoint par deux amis, dont un qui était le chauffeur du taxi, qui forcèrent les résidents du 221 B Baker Street à rentrer chez eux, en quelques secondes s'était fini. Jeanne regarda autour d'elle, la rue était déserte, c'était son jour de chance. Elle connaissait les lieux par cœur et en quelques secondes elle se trouvait allongé sur le toit d'un immeuble voisin, une vue parfaite sur le salon du 221B Baker Street. Pestant contre elle-même d'avoir oublié son fusil longue portée, elle sortit sa meilleure arme, cela suffirait. Quand elle vit le chef des assaillants déplacer son doigt sur la gâchette, elle tira et toucha en pleine tête. Elle mitrailla rapidement les deux autres assaillants, en tuant un et blessant l'autre. Elle déguerpit aussitôt et commença à courir pour s'éloigner du 221B Baker Street. Du coin de l'œil elle voyait Sherlock la poursuivre, elle appela rapidement Jeanniot pour qu'il la récupère. Elle eut juste le temps d'éviter une grosse voiture noire, qu'elle reconnut comme étant celle de Mycroft, pour sauter dans la voiture grise de Jeanniot qui démarra en trombe.

« Il faut qu'on l'abandonnes, ils ont la plaque ! » Haleta Jeanne.

« Je sais ! De toute manière je l'ai volé ! » Marmonna Jeanniot en garant dans un créneau parfait la voiture. Ils en sortirent rapidement et se remirent à courir, prenant de temps en temps le taxi, faisant de multiples détours pour finalement rentrer chez eux et s'affaler dans les fauteuils.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? » Lâcha Mycroft quand il arriva dans le salon de son petit frère, après s'être frayé un chemin parmi les ambulanciers et les policiers. « Lestrade, John. Mon frère ne va pas tarder, il est à la poursuite de la tireuse. »

« La tireuse ? »

« Oui, c'était une femme. Elle est passée devant notre voiture. Brune, cheveux courts, yeux verts, une vingtaine d'années. » Souffla Mycroft en faisant négligemment tourner son parapluie.

« En tout cas, elle est sacrément douée ! Elle a réussi à les viser avec un simple revolver si on en croit les balles ! » Fit une voix que Mycroft ne connaissait pas.

« Vous êtes ? » Fit l'aîné de sa voix la plus froide.

« Jim Barnett Monsieur. Je suis montée en grade, je suis nouveau. » Bafouilla le jeune homme en rougissant.

« Un très bon agent ! » Fit Lestrade en souriant.

« Mycroft, tu viens toujours au bon moment. »

« Sherlock, juste à temps. Tu n'as pas réussi à attraper la tireuse. »

Le benjamin haussa les épaules pour se concentrer sur les cadavres.

« Les tirs proviennent du toit de l'immeuble en face. Joli tir. Ils sont américains. Ils doivent être en rapport avec l'affaire du diamant volé… Pas intéressant. Ce qui est intéressant c'est pourquoi elle nous surveillait. »

« Elle nous surveillait ? » S'étonna John.

« Bien sûr ! Je l'ai déjà vu avec une paire de jumelle et un appareil photo, se faisant passer pour une touriste. »

« Vous croyez que ça peut-être Moriarty ou ses sbires ? » Proposa Lestrade.

« Excusez-moi Monsieur l'inspecteur, mais Moriarty n'est pas censé être mort ? » Fit Jim Barnett d'une petite voix.

« Si, bien sûr que si, il l'est. Je l'ai vu se faire exploser la tête. » Maugréa Sherlock en continuant d'observer le toit de l'immeuble. « Tu as bien des caméras de surveillance mon cher frère ? »

« Certaines d'entre elles ont eu un problème ces derniers temps… » Grimaça Mycroft.

« Bon, je vais vous laisser régler vos affaires d'espionnage entre frères, nous on rentre à Scotland Yard ! » S'exclama Lestrade en appelant ses agents.

Une fois que tous les policiers furent partis, Mycroft plongea son regard dans celui de son frère.

« Il se passe quelque chose Sherlock. Dans quoi t'es-tu encore fourré ? »

« Rien de plus que d'habitude. Mais maintenant je suis rassuré de savoir qu'on a une bonne âme qui nous empêchera de nous faire tuer. » Ricana Sherlock en se vautrant dans le canapé.

« Fais attention quand même. Au fait, tu as des nouvelles de ce crash d'avion sur une île au Pays de Galle ? »

«

« Les passages ne sont pas morts dans l'avion, et je doute que ce soit leur vraies identités. Ils ont été tué ailleurs avec beaucoup de soin, pour que cela ressemble à un vrai accident d'avion, nous cherchons une personne qui n'a pas peur de se salir les mains et qui est doué pour piloter un avion, elle est passée inaperçu aux radars et donc il y a un troisième complice informaticien. L'avion a été lancé là où elle savait qu'il n'y aurait pas de victimes. Vu que c'est elle qui a fait ça aux cadavres, c'est son complice qui doit être plus sensible aux pertes humaines. Une des personnes est le cerveau, l'autre est les muscles. Cette dernière a abîmé les cadavres avant de les tuer, tout comme le sang qu'elle a récolté pour ensuite le disperser, juste la bonne quantité. Ils ont sauté de l'avion pour atterrir dans l'eau, avant d'être secourus par un bateau, un autre complice. Cela aurait été plus simple de faire se crasher le bateau dans l'eau, mais le cerveau n'a pas voulu, sans doute pour des raisons écologiques. Ce sont des personnes qui voulaient rentrer incognito sur le territoire anglais, des français, sans doute un couple, les cadavres ont à leur image. Mais on ne les retrouvera pas, ils doivent être loin et ils sont redoutablement bien préparés. De toute manière, ce n'est plus intéressant comme cas une fois que le pseudo-mystère du crash est résolu. »

« Brillant ! » S'exclama John, tandis que Mycroft levait les yeux au ciel, pas impressionné pour un sou.

« Tu dois les retrouver Sherlock. Ou du moins savoir s'ils représentent une menace pour le gouvernement britannique. On ne s'introduit pas comme ça sur le territoire sans avoir des envies criminelles. » Soupira Mycroft.

« S'ils en voulaient au gouvernement britannique Mycroft, ils auraient poussé leur chemin jusqu'à Londres pour venir s'écraser sur le Parlement. Non, ils ne sont pas une menace pour le Royaume-Uni, tu peux continuer ton régime tranquillement. » Ricana Sherlock en se retournant dans le canapé, tournant le dos aux deux autres. John, remit de son admiration, alla faire du thé tandis que Mycroft prenait poliment congé.

« Bien joué le coup du sauvetage de Sherlock ! Mycroft t'a identifié comme une femme d'une vingtaine d'année, aux cheveux bruns et courts et aux yeux verts. » Lâcha Arsène en entrant dans leur appartement.

« Demain soir pour le dîner je serai donc une rousse aux longs cheveux, de mon âge et aux yeux marrons. » Répondit Jeanne en posant son livre. « Et toi ? Des nouvelles à propos d'Annabelle ? »

« Seulement par mes espions. Mais demain je vais enfin la revoir ! » Souffla Arsène en se laissant tomber dans le fauteuil, les yeux rêveurs et un sourire niais aux lèvres.

« Tu es désespérant ! »

« Je suis amoureux ! »

« Tu es tout le temps amoureux ! »

« C'est toi qui est trop difficile. »

« N'importe quoi ! »

« Si. Tu m'as clairement décrit Sherlock dans l'avion, et des comme lui ça ne court pas les rues ! »

« En il est gay ! »

« Je ne pense pas que le sexe soit important pour lui… C'est plutôt une question de personnalité. » Murmura pensivement Arsène en se frottant le menton.

« En tout cas, je suis sûr qu'il se passe un truc entre lui et son colocataire. » Soupira Jeanne en étendant ses jambes. « C'était comment avec lui ? Tu n'en parles jamais… »

Arsène se crispa légèrement avant de poser un regard pénétrant sur son amie.

« C'était…compliqué. » Avoua-t-il après un long silence.

« Raconte. » Sourit Jeanne en posant sa main sur la sienne.

Les yeux dans le vague, Arsène sourit presque malgré lui.

« C'était…nouveau. C'est par hasard que je suis devenu son voisin, j'avais emmené ma mère en Angleterre pour qu'elle meure dans ce pays qui l'avait toujours fasciné. J'avais 16 ans et son cancer était fatal. » Arsène tira sur sa cigarette. « Nous sommes devenus rapidement amis alors que nous sommes très différents. »

« Il est froid avec un visage fermé alors que toi tu es tout le contraire ? »

« Exactement. Après l'amitié, nous sommes devenus amants. C'est ensemble aussi qu'on a commencé à se droguer, c'était vraiment n'importe quoi. » Pouffa Arsène. « C'était…merveilleux, excitant, interdit et dangereux. Au début on était maladroit, notre première fois à tous les deux, mais rapidement on ne faisait plus que ça. C'était orgasmique de voir pour une fois Sherlock incapable de la moindre pensée cohérente. » Sourit Arsène.

« Tu l'aimais ? »

« Bien sûr. Mais je ne lui ai jamais dit. Je voulais qu'il fasse le premier pas pour ça… Je savais qu'il m'aimait aussi, enfin je le savais à 90%. Mais ces les 10% qui ont fait tout capoté. S'il me l'avait demandé, je serai resté avec lui. Mais avec son orgueil mal placé il… » Grogna Arsène avant de prendre une grande inspiration pour se calmer. « Je l'ai aimé pendant longtemps après, mais nos chemins avaient pris des voies trop différentes. Nous nous sommes battus quand nous nous sommes quittés, après trois mois de bonheur. »

« Vraiment ? Qui a gagné ? Pourquoi ? » Lâcha Jeanne, prise dans l'histoire.

« Aucun d'entre nous. » Pouffa Arsène. « Nous sommes restés quelques instants l'un en face de l'autre sans rien dire. Je voulais le dire, mais j'attendais qu'il fasse le premier pas. Au bout d'une vingtaine de minutes, je l'ai simplement embrassé sur la joue, et il m'a repoussé. J'ai honte, mais c'est moi qui ai mis le premier coup. Cela a rapidement dérivé et c'est son frère qui est venu nous séparer, en me menaçant de me tuer si je revenais ici. Je suis monté dans la voiture, et quand je me suis retourné, je pouvais clairement le voir, debout le regard fixé sur moi, une larme solitaire sur la joue… » Murmura Arsène d'une voix serrée. « J'aurai tellement voulu sortir de a voiture et le prendre dans mes bras, mais… Je ne l'ai pas fait, j'ai été lâche. » Arsène battit rapidement des paupières, pour chasser ses larmes. « Quand nous nous sommes revus c'était pour une enquête, nous avions 20 ans. Je pense que dès le début il a compris que c'était moi derrière le vol de ce tableau, mais qu'il ne voulait pas l'admettre. Suite à de malheureuses circonstances, je me suis retrouvé piégé avec lui, à attendre que la police me cueille avec mon tableau, on s'est battu et finalement il m'a maîtrisé, je me suis laissé faire, je savais que je n'allais pas gagner comme ça... Alors… J'ai agis sans réfléchir… Je l'ai pris dans mes bras, je lui ai avoué mes sentiments avant de l'embrasser. Ça l'a tellement surpris qu'il m'a lâché et que j'ai pu l'assommer et m'enfuir, lui glissant ma carte de visite dans la poche de sa veste, avec mon tableau. »

« Et tu veux le revoir ? Mais il doit trop t'en vouloir ! J'ai hâte de vous voir vous battre ! » S'exclama Jeanne en allumant une nouvelle cigarette. « Mais attends ! Le tableau que tu as pris avec nous, c'est le tableau de cette histoire ? Tu ne vas quand même pas lui rendre ? » S'étonna Jeanne avec un grand sourire car elle connaissait déjà la réponse.

« Je vais m'introduire chez lui pour l'accrocher au mur. J'ai déjà trouvé la place parfaite. » Sourit Arsène. « Je préfère qu'il se fasse à l'idée avant de le voir face à face… »

« Tu es beaucoup trop joueur ! Mais tu…tu la vis bien maintenant cette histoire ? »

« Oui. Je ne suis plus amoureux de Sherlock, je n'étais qu'un enfant à l'époque. Il appartient au passé… Mais c'est vrai que quand Jim Barnett l'a vu pour la première fois, il a eu un coup au cœur. » Admit Arsène en recrachant sa fumée. « Bon, cessons de nous apitoyer, sortons ! Il faut qu'on trouve nos tenues pour demain soir ! Et tu fais attention à ne pas être trop ivre ! »

« Bien mon Prince ! » Rigola Jeanne en acceptant le bras qu'il lui tendait.