« Tu es prête ? » S'exclama Arsène en sortant de sa salle de bain.
« Oui ! » Fit Jeanne en sortant de sa salle de bain. « Qu'en penses-tu ? »
« Tu es magnifique ! » Répondit Arsène en la regardant. « J'ai toujours dit que le roux était ta couleur de cheveux ! »
Elle portait une longue robe bleue, avec un léger décolleté et une veste de costume par-dessus.
« Je ne voulais pas en faire trop, je suis censé avoir une quarantaine d'année. »
« Tu es parfaite ! Tu as l'air d'une femme de 40 ans rayonnante et très sexy. Et moi ? »
« Je ne vois même pas pourquoi tu me poses la question, le Prince Sernine est toujours beau ! »
Arsène s'était laissé pousser la barbe, mais qu'il avait teinte en auburn, comme ses cheveux longs et bouclés. Tout comme Jeanne il avait mis des lentilles de contact pour changer la couleur de ses yeux, les siens étaient dorénavant verts et ceux de Jeanne marron tout ce qu'il y a de plus banal. Sernine était moins mince qu'Arsène mais plus grand, ce qui lui donnait un air assez baraqué.
Jeanne accepta son bras et ensembles ils sortirent dans la rue pour héler un taxi. Une fois devant la salle de la réception, ils se mirent à l'écart.
« N'oublie pas tu es… »
« Jane de Chamermace, une lointaine cousine du Prince Sernine. Je dois m'occuper de Mycroft pour que tu puisses courtiser ta belle ! » L'interrompit Jeanne en soupirant.
« Tu as réfléchis à comment tu vas faire avec Mycroft ? »
« J'ai ma petite idée oui. Déjà, le coup des lentilles, cela va l'intriguer, je suis sûr qu'il va remarquer que je n'ai pas de problèmes de vue et dans ce cas il voudra savoir pourquoi j'ai eu besoin de changer la couleur de mes yeux. Je lui dirai que je m'ennuie et que je fume, et que j'adore Chapeau melon et botte de cuir, je suis sûre qu'il en est fan, même s'il ne l'admet pas. J'espère que ça va marcher, je ne veux pas avoir regardé toute la série pour rien ! »
« Parfait ! Merci pour tout Jeanne tu es… »
« Cesse de suite ! Tu es mon meilleur ami, comme un frère ! Je ferai tout pour toi et inversement. »
« Bien sûr ! Mais tu es quand même géniale. » Sourit Arsène en l'embrassant rapidement sur la joue.
« Allons-y, cher cousin ! »
Rapidement, Jeanne s'ennuya pour de vrai à cette soirée. Cela ne faisait que 10 minutes que Mycroft était arrivé et il lui en faudrait encore 15 de plus pour avoir été poli avec tout le monde. Du coin de l'œil elle surveillait Arsène, qui parcourait la salle pour discuter avec tout le monde, même s'il revenait à chaque fois vers sa chère et tendre. Elle soupira devant tant de niaiseries, surtout que la jeune fille était courtisée par de nombreux prétendants. Elle dut aussi s'échapper à multiples reprises des mains baladeuses d'un vieux ministre au regard lubrique. Finalement, après s'être cachée derrière le buffet, elle tomba nez à nez avec deux chaussures de très bonne qualité.
Elle se releva lentement, les joues rouges de honte et resta quelques instants bouche bée en voyant à qui appartenaient les pieds.
« Mycroft Holmes. » Dit-il en lui tendant la main, celle où brillait une montre hors de prix.
« Hem. Jane de Chamermace. Désolée pour ça, je… »
« Vous évitiez les mains de notre ancien ministre de l'économie, je comprends. Vous ne serez pas la première. » Fit Mycroft d'une voix grave qui laissa Jeanne encore plus rouge et désemparée. « Puis-je vous offrir un verre ? Au nom de la couronne britannique pour les désagréments causés par cet homme. »
« Avec plaisir. » Jeanne eut un sourire sincère qu'il l'étonna. Depuis quand trouvait-elle Mycroft Holmes charmant ? Ça avait sans doute à voir avec le fait qu'il soit très classe dans son costume hors de prix lui aussi.
« Ainsi vous êtes une lointaine cousine de ce cher Paul Rénine. »
« En effet et... »
« Ce n'était pas une question. »
« Vous savez à qui vous me faîtes penser ? Et là, c'est une question. » Sourit Jeanne en portant sa coupe de champagne à sa bouche.
« À John Steed dans Chapeau melon et Botte de cuir. » Rétorqua Mycroft en souriant.
Jeanne resta stupéfaite et le sourire sarcastique de Mycroft s'agrandit.
« Vous n'êtes pas anglaise, et vous n'avez aucun lien avec la Russie, vous êtes clairement française, comme le montre votre presque imperceptible accent et votre choix vestimentaire. Vous avez toutes les manières d'une personne aristocrate mais vous ne l'êtes pas. Vous n'avez que peu de culture anglaise, vous limitant à des séries de votre époque comme Chapeau melon et botte de cuir. »
Jeanne du invoquer toutes les forces du monde pour ne pas sortir son arme et le tuer, et si elle en croyait le sourire de Mycroft cela l'amusait.
« Je regarde aussi Doctor Who ! » Répondit-elle avant de partir, sa coupe de champagne à la main en marmonnant de rage. « Bonjour Messieurs. Puis-je vous emprunter mon cher cousin quelques minutes ? » Demanda Jeanne avec un sourire forcée et toute la politesse dont elle était capable à ce moment-là.
« Bien sûr, Madame. »
Elle prit la main d'Arsène et l'entraîna à l'abri des regards indiscrets, sans savoir que Mycroft Holmes les suivait du regard.
« C'est un connard fini ! Je le déteste ! Il se prend pour qui ? ''Votre époque'' nianiania… Non, mais il est plu vieux que moi ! Quel vieux connard de merde ! Je vais le buter avant la fin de la soirée si je dois rester avec lui ! » Ragea Jeanne en tirant nerveusement sur sa cigarette.
« Tu as vraiment une arme sur toi là ? » S'étonna Arsène en détaillant la silhouette de son ami. Jeanne se rapprocha de lui jusqu'à qu'ils soient collés l'un à l'autre, la tête de Jeanne dans le cou de son ami.
« Il sait que je ne suis pas ta cousine… Il a dit que je n'avais aucun lien avec la Russie. Il sait que je ne suis pas aristocrate. C'est la merde. Et en plus c'est un connard. Je dois vraiment continuer ? » Demanda Jeanne en chuchotant en français de manière à ce que personne ne puisse les entendre et les comprendre.
« Je t'en prie. Continue, s'il te plaît. »
Jeanne soupira doucement dans le cou de son ami et hocha doucement la tête. Elle s'éloigna de lui non sans l'avoir embrassé sur la joue, et retourna dans la salle de réception. Ne voyant Mycroft nulle part, elle se dirigea vers le balcon pour fumer une autre cigarette, espérant que ça la calmerait.
« Pour finir, vous n'êtes pas la cousine du Prince Sernine si c'est son vrai nom. C'est votre amant. » Fit la voix grave de Mycroft. Elle sursauta avant de se tourner vers lui, le regard noir.
« Pourquoi ne pourrais-je pas être sa cousine et sa maîtresse ? » Demanda-t-elle avant de tirer une latte.
« Vous ne l'êtes pas. » Mycroft se contenta de ça, il savait qu'il avait raison.
Jeanne serra les poings et l'autre sourit.
« Vous n'êtes pas aristocrate parce que vos mains sont trop abimées, elles montrent que vous faites un travail manuel, que vous portez des choses lourdes. Il y a aussi les cigarettes, dans votre sac il y a une blague à tabac contenant des filtres, des feuilles et d'Amsterdamer mais aussi un paquet de blondes light, et c'est celles-ci que vous fumez parce que c'est plus distingué. Vous n'êtes pas aristocrate donc, mais le Prince Sernine l'est, vous n'êtes pas reliés par le sang. De plus vous n'avez physiquement aucun trait commun, ni dans le détail des yeux. Ce sont vos yeux qui sont les plus intéressants pourtant. Vos vrais yeux sont de couleur claire, cela change légèrement le marron des lentilles de contact que vous portez. Et vous n'avez pas de problèmes de vue, parce qu'il n'y a rien dans votre sac à part votre tabac et votre téléphone, pas de lunette, ce que toutes les personnes qui ont des lentilles de vue ont forcément dans leur sac au cas où. » Conclut Mycroft avec un petit sourire satisfait. « La question est : qu'est-ce qu'il y a dans vos yeux qui peut vous mettre en danger ? »
« Vous ne le découvrirez pas. Tout aussi intelligent que vous soyez Mycroft Holmes, cela vous ne le découvrirait pas. Vous pourriez, mais pour cela il faudra passer plus de temps en ma compagnie. Cela vous ferait sans doute du bien de traîner avec des personnes de votre âge ! Vous n'êtes plus aussi jeune et vif que votre petit frère le génie ! » Persifla Jeanne en allumant une autre cigarette. « Et le Prince Sernine est juste un très bon ami qui m'a fait rentrer ici, pour que je vois le beau monde anglais. Ce n'est pas mon amant. »
« Vous portez légèrement son parfum. »
« C'était un câlin amical et un bisou sur la joue. Mais je ne pense pas que vous soyez familier avec les ces concepts Mycroft, l'homme de glace. Même votre frère a réussi à avoir un ami, il vous a encore surpassé. »
« Qu'avez-vous dit ? » S'exclama Mycroft en serrant le poignet de Jeanne.
« Votre frère… »
« Avant. »
« L'histoire des concepts ? » Fit innocemment Jeanne, ne se laissant pas démonter par le charisme impressionnant de Mycroft.
« Sur l'homme de glace. » Siffla-t-il.
« Mycroft ! Je te cherchais ! » Fit une voix essoufflé.
« Plus tard ! » Grogna celui-ci sans même regarder le nouveau venu.
« C'est important ! Et toute la bonne compagnie du monde ne changerai rien au fait que c'est vital ! »
Mycroft soupira doucement et Jeanne sentit les effluves de son tabac lui picoter le nez. Il la lâcha doucement et sans un regard pour elle suivit l'homme qui l'avait appelé. Jeanne reprit sa respiration, ne se souvenait pas d'avoir cessé de respirer et s'appuya à deux mains contre la rambarde. À peine était-elle remise de ses émotions qu'Arsène vint vers elle.
« Il faut qu'on parte. J'ai réussi à détourner l'attention de Mycroft de toi en volant plusieurs bijoux, mais maintenant il faut qu'on s'en aille. » Lui chuchota Arsène en lui prenant la main.
« La rambarde ! » S'exclama Jeanne en plongeant par-dessus pour atterrir dans un élégant roulé-boulé dans les fleurs. Quelques secondes après, Arsène était à ses côtés et main dans la main ils s'enfuirent en courant. Quand ils furent suffisamment loin, ils ralentirent le pas.
« Merci d'avoir fait ça. » Sourit Jeanne entre deux respirations.
« Pas de soucis, c'est normal. Les amies avant tout. » Répondit doucement Arsène sans lâcher la main de Jeanne. « Une petite promenade cela te tente ? Voler quelques tableaux, rentrer par effraction dans quelques maisons… »
« Tu sais comment me faire plaisir. Et j'ai toujours mon couteau. »
« Tu avais vraiment une arme ? Ou était-elle cachée ? »
« Toujours. Un tout petit, mais mortel, couteau dans mon soutien-gorge, le coup des baleines en métal ça fausse. »
« Tu es merveilleuse ! Allons-y ! »
Ils ne rentrèrent qu'au petit matin, fourbus mais de très bonne humeur.
