L'amour a un prix

Chapitre 5

Deux semaines et demie se sont écoulés depuis le départ précipité de Shizuru. Elle n'était toujours pas revenue à la maison depuis. Je n'avais plus de nouvelle d'elle. Bien sûr, Takeda devait toujours la voir, il rentrait tard à la maison de temps à autre. Toutefois je ne pouvais pas être totalement certaine puisque je ne parlais plus beaucoup avec mon frère ; on était encore en froid depuis la dernière fois. N'ayant pas grand-chose à faire de mes journées, j'étais partis à la plupart de mes cours. Entre autres, j'avais pu discuter avec Kaede, on s'était finalement mise d'accord, et on avait décidé de se mettre ensemble vers la fin de l'année. Je devais avouer que c'était surtout pour en finir avec les disputes et lui faire plaisir, car au fond, je n'étais toujours pas prête. J'espérais que les mois à venir me seraient suffisants pour m'y préparer mentalement. Évidemment, Takeda l'ignorait encore, puisque j'avais à peine la possibilité de lui parler. De toute façon, il restait près de six mois avant la fin de l'année, j'avais encore beaucoup de temps devant moi.

Je fus sortis de mes songes lorsque j'entendis Takeda ouvrir la porte d'entrée. Il était vingt et une heures ce soir-là, et j'étais affalé sur le canapé du salon. Celui-ci ne m'avait même pas adressé un regard, il n'avait que paresseusement retiré sa veste qu'il avait pris par la suite soin d'accrocher à un porte manteau.

J'essayai maladroitement d'entamer la discussion. ''Alors, comment était ta soirée?''

Il avait l'air surpris de ma prise soudaine de parole. Laconiquement, il me répondit ; ''Bien.''

Je ne savais plus quoi dire, et c'est ainsi qu'un silence pesant prit possession de la salle. Je commençais à m'habituer à ce silence, puisqu'il était souvent là ces derniers temps.

''Natsuki, j'aurais un service à te demander.''

J'avais cru sur le moment avoir mal entendu. Je portai toute mon attention sur mon frère, curieuse par ce qu'il allait me demander. J'étais très heureuse, car je savais que cela signifiait qu'il voulait renouer le lien. Peu importe ce qu'il allait me demander, je ferais n'importe quoi pour qu'on se reparle comme avant.

''Oui?'' Demandais-je avec curiosité.

Takeda baissa la tête, puis porta son regard sur la gauche. Il avait l'air un peu nerveux et semblait hésiter.

Après un court instant, il prit finalement son courage à deux mains, et me regarda droit dans les yeux. ''Tu vois... demain j'ai une longue journée de travail. Shizuru et moi, on voudrait se voir, mais la voiture de Shizuru est en panne...'' Plus il continuait et plus j'appréciais de moins en moins ce qu'il disait. Ça ne prévoyait rien de bon. ''Alors... je me demandais si tu ne pouvais pas... la chercher, et l'amener à la maison, comme ça elle serait déjà là, et je n'aurais pas plus de route à faire...'' Oh non... Quand je disais tout, c'était tout mais pas ça.

Je pris quelques secondes afin de réfléchir. C'était très compromettant d'aller chercher Shizuru, et d'ailleurs je ne voulais pas du tout la revoir; notre dernière altercation nous avait beaucoup refroidis. Si avant c'était froid entre nous, alors maintenant c'était gelé. Cependant, je savais très bien que cela ferait très plaisir à mon frère. Il travaillait beaucoup, faire l'allée retour de son travail à la maison était déjà fatigant, alors en y rajoutant le trajet pour aller voir sa petite copine devait être pire qu'éreintant. Le pauvre, ça devait pas être facile pour lui.

Oh et puis zut, un dernier petit effort ne ferait pas de mal. Mon frère le valait bien, après tout. J'essayais de ne pas trop montrer mon hésitation lorsque je lui céda ma réponse.''Très bien. Je le ferais.''

Takeda me regarda incrédule. ''Vraiment?'' Il avait beaucoup de mal à cacher sa joie. Ses yeux vert brillaient de plaisir.

''Oui' Répondis je à contre cœur. J'avais comme le pressentiment que j'allais vraiment le regretter.

Il me fit un grand sourire, heureux, et me remercia.''Merci! Je vais de suite l'appeler pour le lui dire!'' Je répondis avec un de mes sourires, qui devait plus ressembler à une grimace qu'autre chose.


Le lendemain arriva beaucoup plus vite que je ne l'aurais souhaité. J'avais choisis un simple jeans et une chemise à carreaux de couleur rouge et noir. Évidement, j'étais aussi vêtue de ma veste de moto. Rapidement, je vérifia que toutes les fenêtres étaient bien fermé, et je ferma par la suite la porte d'entrée. Le garage était à seulement quelques pas de la porte, il ne m'avait fallu que peu de temps pour rejoindre mon véhicule préféré. Lorsque je vis ma moto, je me demanda si Shizuru n'était pas un peu trop fleur bleu pour y monter à l'arrière. Avec un peu de chance, celle ci refusera de monter et préférera rester chez elle. On avait le droit d'espérer, n'est ce pas?

Je me demandais comment Shizuru allait réagir. Si elle n'avait pas daigné venir à la maison depuis, c'est qu'elle voulait certainement m'éviter. Rien que le fait qu'elle ait accepté que je vienne la récupérer m'avait étonné. Peut être que son envie de voir mon frère était bien trop grande et qu'elle était prête à accepter la contrepartie.

Le trajet était plus court que je le pensais, ou bien étais je trop absorbé par mes pensés que je n'avais pas vu le temps passé. Le bruit de ma moto s'atténua à faire et à mesure que je m'approchais de son numéro d'adresse. Enfin, je me gara devant ce qui était normalement la bonne adresse, en espérant que je ne m'étais pas tromper. Machinalement, je retira mon casque et ma veste de moto. En face de moi se trouvait une jolie maison de taille moyenne. Les murs étaient teintés d'une chaleureuse couleur orangeâtre, tandis que le toit était munit d'un rouge profond. À l'œil, on pouvait dire que la maison possédait un deuxième étage. La maison était entourée d'un vaste jardin séparé par un chemin qui, je supposais, amenait au garage. En vue de la verdure du jardin, je pouvais deviner que même les gazons étaient méticuleusement entretenues. La terasse quant à elle était entourée d'une multitude de fleurs plus belle l'une comme l'autre. Il y en avait pour tous les goûts ; du jaune, du bleu, du rose, du mauve.. J'ignorais que Shizuru avait la main verte. Soudain, mon regard se porta sur une fenêtre ou je cru voir quelque chose bouger. Je ne vis qu'un sombre rideau, peut être était ce juste mon imagination. Le malaise grandissait petit à petit en moi et je pouvais déjà sentir une petite boule se former quelque part dans mon ventre. Je savais très bien de quoi il s'agissait ; c'était les effets du stress. En effet, j'appréhendais notre nouvelle rencontre. Je détestais ne pas être en mesure de savoir comment mon interlocuteur allait réagir, et ce surtout après une dispute. De plus, ça faisait longtemps que je l'avais pas vu. Serait elle gênée? Ou distante? Je secoua brusquement ma tête de gauche à droite et fixa le sol vert. Qu'est ce qui me prenait? Je n'avais que faire d'elle, alors pourquoi devrais je autant me soucier de sa réaction? Si elle avait reçu le message alors tant mieux. Si elle avait été refroidie par ce que je lui avais dit, alors les choses seraient plus simple, je n'aurais plus besoin de faire semblant, et elle arrêtera avec ses gestes bizarres.

''Bonjour, Natsuki. Qu'est ce qu'il y a de si intéressant dans mon gazon, je me le demande?''

Je sursauta et fixa la femme qui était à seulement quelques pouces de mon visage. J'aurais juré que la boule que j'avais ressentie plus tôt avait explosé comme une mini bombe à travers mes entrailles. La première chose que je vis fut son regard pénétrant. À mon encontre, je me perdis dans celui ci. Le contraste entre les couleurs était tellement étonnant que j'oubliai quelques millisecondes comment respirer. Les rayons du soleil avaient transpercé l'une de ses deux orbes écarlates, ce qui laissa paraître un incroyable rouge vif flamboyant. L'autre, caché par les ombres, était toujours munit de son rouge grenat. Lentement, je descendis vers ses lèvres rougis par le maquillage, et je nota qu'elle souriait d'un sourire taquin. Enfin, je m'attardis sur son corps. Elle était vêtue d'une robe noir dont le tissue semblait particulièrement léger mais toutefois moulant. Le v de sa robe laissait deviner les formes généreuses de sa poitrine, et la longueur lui arrivait du haut de ses genoux. Ses pieds étaient munit d'une paire de talon aiguille dont la couleur était assortis à la robe. Mes yeux se redirigea dans les siens, et j'essayai de supprimer au loin cette gêne qui me faisait à nouveau rougir en face d'elle.

''R-rien. Je me demandais juste si c'était bien ta maison.'' Shizuru ne semblait pas contrariée ni même gênée, cela m'étonna. Avait elle tout oublié? Ou bien faisait elle semblant? J'optais plutôt pour la deuxième réponse. Au fond de moi, je pouvais sentir comme un soulagement, mais j'essayai de ne pas y prêter attention.

''Ara, comme tu le vois tu ne t'es pas trompée, c'est bien ma maison. Maintenant, tu veux continuer d'admirer mon gazon ou bien serais tu intéressés de découvrir ma maison de l'intérieur?

Je fronça les sourcils. Même après tout ça, elle continuait de me taquiner! Cette femme était impossible. Je croisa les bras et ronchonna dans l'embarras. ''Allons y.'' Sans attendre de réponse, je pris les devant et partie vers la porte d'entrée.

Shizuru m'ouvrit la porte, et je pénétra lentement dans la pièce, laissant mon regard vagabond découvrir le nouveau décor. Dans un côté de la pièce se trouvait un meuble marron foncé où était posé une télévision à écran plat. En face, il y avait une petite table basse en verre, avec un grand canapé en forme d'angle de couleur rouge et blanc qui l'encadrait à moitié. Le tout était posés sur un énorme tapis rubis. Sur le côté d'un des accoudoirs du fauteuil se trouvait une petite table blanche similaire à une table de chevet. Au dessus se trouvait un grand vase en cristal contenant de grosses fleurs rouges fraîchement cueillis. Les murs étaient colorés d'un blanc immaculé, et je remarqua plusieurs tableaux dont des natures mortes et des paysages, tous peint à la perfection.

''Tu veux quelque chose à boire? Du café peut être?'' Je dévia mon regard sur le propriétaire de la voix.

''Non, ça ira.'' J'hésitai un moment. ''...merci.'' Je devais avouer que la politesse n'était pas spécialement mon fort, et ces mots m'avaient écorchés la bouche.

''Comme tu voudras. Je vais me faire un thé, je reviens tout de suite.'' Elle pointa le canapé de la main. ''Je t'en prie, fais comme chez toi. Je ne serais pas longue.'' J'acquiesça d'un simple hochement de tête et celle ci disparu dans une nouvelle pièce, que je présuma être la cuisine.

Nonchalamment, je m'assis sur le canapé. Je ne pu m'empêcher de lâcher un soupir de contentement lorsque mon dos rencontra le dossier. C'était vraiment très confortable! Vraiment, ça ne me dérangerait pas de dormir dedans tous les soirs. Je pris la télécommande qui était juste à côté de moi et alluma la télé. Shizuru ne semblait pas pressée, et puis j'étais en avance alors je ne pouvais pas la blâmer. Je zippa les chaînes une à une en espérant trouver de quoi m'occuper. Finalement, je tomba sur Le Hobbit 3, La Bataille des Cinq Armées. Je l'avais déjà vus, mais je ne pouvais pas me lasser de ce monde époustouflant que nous avait inventé ce cher John Ronald Reuel Tolkien. J'avais regardé en boucle la trilogie des Seigneurs des Anneaux, et à chaque fois j'éprouvais énormément de plaisir! Le film avait déjà commencé depuis une vingtaine de minute. Tant pis! De toute façon je connaissais déjà le début, je n'avais pas raté grand chose. Je posa la télécommande sur la table basse d'en face et me blottis d'avantage dans le dossier. Mon regard se tourna vers ma gauche, et je remarqua plusieurs oreillers rouges entassés comme une pyramide, ainsi qu'une continuité d'oreillers; cette fois ci correctement placé tout le long du dossier gauche. Avec un oreiller derrière mon dos, ça serait parfait. Je tendis le bras pour en récupérer un lorsque j'entendis une sorte de grognement étouffé. Je gela quelque seconde. C'était quoi, ça? Je secoua la tête, ce n'était probablement que mon imagination. Je repris confiance et agrippa un des oreillers. Soudain, le tas se mit à trembler.

Je sursauta et poussa un cri. ''Aaaaaahh!''

Shizuru, en entendant mon cri, se précipita dans le salon. Elle me questionna d'une voix tremblante.''Est ce que tout va bien, Natsuki?''

Mon regard, qui n'avait alors pas bouger du tas d'oreillers, se posa sur Shizuru. Je pouvais voir l'inquiétude que renfermaient ses yeux écarlates, alors qu'elle me dévisageait. ''Shi-Shizuru!'' Je pointa du doigt l'oreiller qui avait tremblé il y avait même pas dix secondes. ''Regarde!'' Shizuru se pressa de me rejoindre. Je gloussa de surprise lorsque je vis les oreillers trembler de nouveau. ''L-l-là!'' Le tremblement se fit de plus en plus insistant, entraînant la chute d'un oreiller placé au sommet. Un nouveau bruit étranglé fit irruption dans la salle. Les oreillers dégringolaient à faire et à mesure que la chose allait se montrer.

Et enfin, la bête sortit de son antre. La première chose que l'on vît de lui fut sa tête qui était couverte d'un pelage blanc. Ses deux oreilles étaient dressées et pointues, il était aux aguets. Lentement, il dévia la tête, et nous fusilla de son regard jaunâtre. Sa tête aplatie, ses grosses moustaches pendantes, tout en lui montrait la colère et la haine qu'il devait porter au monde entier. Devant nous se trouvait...

''Hime!'' Shizuru captura l'animal qui se trouvait être un chat dans ses bras. ''Ce n'est pas bien d'effrayer mes invités! Un peu plus et tu aurais fait fuir ma Natsuki de la maison.'' Dit elle en caressant le haut de la tête du dénommé Hime. La bête répondit d'un long miaulement qui sonna à mes oreilles comme une paresseuse protestation. Attendez... ma Natsuki? Avais je bien entendu? Je lança un regard consterné à Shizuru. Celle ci me regardait déjà d'un regard étrange, quelque chose entre l'étonnement, la peur et.. l'embarras? Je n'avais donc pas rêvé.

''Désolée, Natsuki est mon invité, et de ce fait, j'ai utilisé le pronom possessif dans cet optique.. enfin, ce n'était pas voulus. C'était plus comme un lapsus.''

''Ah... Quoi qu'il en soit. Qu'est ce que c'est que cette chose de toute façon? Qu'est ce qu'il lui est arrivé à ton chat? Il a eu un accident ou quelque chose du genre ou quoi? '' Dis je un peu en colère. J'étais vraiment frustrée d'avoir eu peur d'un simple chat à la tête écrasé. En plus, devant une ennemie, quelle honte!

Shizuru déposa la grosse boule de poil par terre et me répondit. ''Pas du tout, Hime est un chat persan.'' Elle me sourit. ''Tous les persans ont cette tête là. Natsuki n'a pas a avoir peur.''

Je me renfrogna. Cette femme était machiavélique ! Oser me taquiner pendant l'un de mes moments de faiblesse! ''Je n'ai pas peur! C'est juste... Tu aurais pu me prévenir que tu avais un chat!''

La jeune femme aux cheveux châtains rigola. ''Mais c'est ce que j'avais fait, pourtant.''

J'allais répliquer lorsque le vague souvenir d'une histoire de chat qui s'appelait princesse me vint à l'esprit. C'était donc ça! Cette histoire m'était complètement sortie de la tête. Soudain, le bruit d'un vibreur de téléphone se fit entendre dans la pièce. Ce n'était pas le mien.

''Excuse moi un moment.'' Et sur ces mots, La propriétaire des yeux écarlates quitta le salon.

Je retourna mon attention sur le film qui tournait. Avec cette histoire, j'avais du rater déjà pas mal de minutes! Je m'installa de nouveau confortablement dans le canapé. Le dangereux animal était assis par terre à quelques pas de moi. Il me toisait du coin de l'œil. Qu'est ce qu'il me voulait, celui là? Avec cette tête, on aurait dit que tout l'énervait au plus haut point. Je supportais pas les chats, ils avait l'air si arrogant, à les voir on aurait dit qu'ils sont des dieux et que l'homme leurs était soumis! Je le foudroya du regard en guise d'avertissement. Lorsque j'entendis des pas s'approcher, je dévia rapidement mon visage et fis mine d'être absorbé par le film. Je n'allais quand même pas montrer à Shizuru que j'apportais autant d'importance à ce chat, tout de même.

''Natsuki...'' À l'entente de mon nom, je tourna la tête et la regarda, l'incitant à continuer. ''C'était Takeda. Il m'a dit qu'il doit remplacé un collègue, et qu'à cause de ça il sera en retard. Il tient à s'excuser au près de toi.''

Et merde... Ce n'était pas le moment... Je pouvais comprendre mais, sérieusement, pourquoi maintenant? Et puis il aurait pu dire ça avant! ''Combien de temps?'' Dis je froidement.

''À peu près une heure ou deux...''

Mes yeux doublèrent de volume. Quoi? C'était pas prévue ça! Qu'est ce que je vais bien pouvoir faire en attendant? Je ne vais quand même pas rester chez Shizuru autant de temps... Ah Takeda, tu avais intérêt d'être reconnaissant après tout ce que tu m'avais fait subir! Je regarda l'écran de la télévision d'un air blasé. J'avais raté plus de la moitié du film. Tout ça à cause d'une voiture en panne. D'ailleurs... ''Shizuru, c'est quoi le problème au juste avec ta voiture?'' J'avais toujours été intéressé par la mécanique, je m'étais beaucoup documenté la dessus, et j'avais déjà fait pas mal de stage. Peut être que je pouvais arranger ça, et puis, ça m'occuperait. ''Je m'y connais un peu en mécanique, je pourrais toujours y jeter un œil.''

Elle semblait surprise par le changement soudain de discussion. ''Je ne sais pas, elle ne voulait plus démarrer du jour au lendemain. Si ça ne te dérange vraiment pas, elle est dans le garage. Tu veux que je t'y conduis?''

''Ouais.'' Je me leva du canapé et la suivit.

Il nous a fallu à peine deux minutes pour rejoindre le garage. Shizuru alluma la lumière puis appuya sur un autre interrupteur. La porte de garage coulissante se mis petit à petit à s'ouvrir, laissant la lumière naturelle envahir la pièce.''Nous y sommes.'' La place était limité mais suffisamment spacieuse pour y garer la moitié d'une autre voiture. Les murs étaient aussi blanc que ceux du salon. Au milieu de la pièce se trouvait la voiture de Shizuru, que je reconnu comme étant une Mini Cooper blanche et noir. Une fois la porte totalement ouverte, la petite amie de mon frère ferma la lumière artificielle. ''Tu es sûre que ça ne te dérange pas ?''

Je haussa les épaules. ''Non, j'aime bien la mécanique, et puis, ça va m'occuper.''

Elle me répondit d'un sourire qui me sembla sincère, ce qui me déstabilisa durant l'espace d'une seconde. J'avais encore du mal avec ses vrais sourires.''Merci, Natsuki.'' Elle me tendit quelque chose. ''Voilà les clefs. Je ne vais pas te déranger, je serais dans le salon. Si tu as besoin de quelque chose n'hésite pas.'' Je récupéra les clefs de sa voiture et la regarda partir.

Toute mon attention se porta désormais sur la Mini Cooper à mes côtés. J'avais déjà une petite idée sur le problème. J'enserra les clefs dans la serrure et m'essaya dans le siège du conducteur. Dès mon entrée, mes narines fut envahit d'un parfum dont je connaissais déjà le propriétaire. Je soupira de contentement, j'aimais vraiment ce parfum. Ça donnait envie de rester dans la voiture quelques heures de plus... Mais qu'est ce que je racontais? Pourquoi pas y dormir, tant qu'on y est? Je mis cette fois ci la clef dans le contact et démarra la voiture. Au bout du deuxième bruit de moteur, la voiture abandonna son effort. Je sortie du véhicule et me dirigea vers le capot que j'ouvris soigneusement. C'était bien ce que je pensais. Je retira mon téléphone portable qui était dans ma poche et chercha le numéro d'un de mes contacts. Au bout de quelques sonneries, celui ci répondit.

-Natsuki? Que me vaut l'honneur de cet appel? C'est tellement rare!

''Yamada ! J'aurais besoin d'un petit service.''

-T'as du culot de me demander ça après que tu m'aie laissé sans nouvelle pendant des mois.

''Arrh, désolée Yamada, j'avais pas mal de chose à régler dans ma vie, ces temps ci.''

-C'est rien, tu sais bien que je t'en veux pas. Alors, tu as besoin de quoi?

''Ramène moi ta caisse et des pinces. J'ai... une connaissance qui a la batterie à plat, je ne sais pas si la batterie de ma moto est compatible avec sa voiture, alors au cas où, il vaut mieux que tu amènes une bagnole avec toi. J'ai même pas le matériel pour tester, de toute façon.''

-Tu as de la chance que je t'apprécie, j'étais occupé, là!

Je rigola. ''Ah bon et à quoi faire? À boire de la bière devant un magazine d'automobile?''

-Pas du tout! J'ai un client vers la fin d'après midi, mais bon, je repousserais ça.

''Merci Yamada.'' Même si je savais qu'il ne pouvait pas le voir, je souris. Yamada était mon mentor dans un garage. Il m'avait pratiquement tout appris dans ce domaine. Pour moi il était devenue quelqu'un de confiance. Je savais que je pouvais compter sur lui. ''Je t'envoie les coordonnées par message. À tout de suite.''

Quelques secondes après lui avoir envoyer un message, je rejoignis calmement le salon. Shizuru était tranquillement assise dans son canapé, une tasse de thé à la main. Elle n'avait pas remarqué ma présence, ses yeux étaient toujours sur l'écran de la télévision. Je remarqua que le petit monstre était entrain de dormir en boule à ses côtés. Je pris timidement la parole. ''Shizuru?'' A l'entente de son nom, elle tourna illico la tête en ma direction.

''Oui, Natsuki?'' Demanda t elle, concernée.

''Euh... Le soucis venait de la batterie. J'avais pas de pinces avec moi alors j'ai demandé à un ami de venir. J'espère que ça ne te dérange pas. On ne va pas t'embêter, ça sera vite fait.''

''Il n'y a pas de problème, c'est très généreux de sa part ainsi que de la tienne de bien vouloir m'aider avec ma voiture.'' Dit elle avec un sourire.

''Dans ce cas, je vais y retourner alors.''


J'étais donc repartis à l'entrée de la maison, près de la route. Tranquillement, je marchais aux alentours le long de l'allée, profitant ainsi de l'extérieur. Cela faisait du bien de prendre un peu d'air. Étrangement, le fait de revoir quelqu'un qui m'était familier me rassurait, être seul avec Shizuru était source de... je ne pouvais pas le définir, stressant serait un mot trop grand, disons qu'il y a tout de même une sorte de malaise entre nous. Du moins, c'était à peu près ce que je ressentais de mon côté.

Après une quinzaine de minutes, je vis une Seat Ibiza de couleur rouge se rapprocher lentement vers moi. Une fois arrivé à ma porté, je distingua à travers les vitres la tête d'un homme d'une trentaine d'année, aux cheveux bruns, très long, et attachés en une tresse. Il n'y avait pas de doute, c'était bien Yamada. Je retrouva le jardin de Shizuru et me mis sur le côté afin de laisser place à la voiture. Je lui fis un signe de la main afin de l'inviter à entrer dans le garage de Shizuru, ce qu'il compris et fis rapidement.

Une fois garé à l'intérieur, il coupa son moteur, et je vis Yamada ouvrir tranquillement la porte de sa voiture, un sourire aux lèvres. Il était vêtue d'une chemise de travail bleu marine à manches courtes, et d'un pantalon noir.

Je le rejoignis, lui rendant également son sourire.

''Ça fait un bail, pas vraie?''

Son sourire s'élargit à mes mots.

''À qui la faute?'' Il jeta un coup d'œil à la voiture de Shizuru. ''Alors, c'est cette Mini Cooper qui à la batterie à plat?''

Je répondis laconiquement. ''Ouais.''

Yamada se rapprocha lentement de l'objet de son attention. Tout porte à croire comme à son habitude qu'il était dans une zénitude sans faille. Ça m'avait étrangement rendu nostalgique sur le coup. J'aimais beaucoup travailler avec lui. Il avait le don d'être calme dans toutes les situations, et c'était vraiment apaisant. Il toucha du doigt le capot de la voiture, l'apporta vers ses yeux et replaça ses lunettes. ''Impressionnant, son propriétaire fait beaucoup attention à elle, on aurait dit qu'elle était neuf.''

Je souris à son constat. Cela ne m'étonnait pas beaucoup de Shizuru, elle était toujours si soigné, si... impeccable.

Le trentenaire se dirigea cette fois ci vers l'arrière de sa voiture. ''J'ai amené tout ce qu'il faut.''

''Super.'' Répondis je, en voyant le matériel que j'avais mentionné plus tôt.

En relevant la tête, mon regard tomba dans celui de Shizuru qui était venus nous rejoindre, un sourire courtois plaqué aux lèvres. ''Je suis venue voir si tout allait bien.'' Elle porta toute son attention à Yamada, et lui tendis la main. ''Shizuru Fujino. Merci beaucoup de vous être déplacé pour m'aider.''

Celui ci accepta machinalement la poigne de main, et tenta à son tour d'afficher un sourire de courtoisie. ''Yamada. C'est un plaisir.''

''Si vous avez besoin de quoi que ce soit, surtout n'hésitez pas, je suis juste à côté.'' La jeune femme aux yeux de rubis me regarda une dernière fois avant de quitter à nouveau la salle.

Yamada reporta son attention sur moi. Il me fit un petit sourire tordue qui ne présageait clairement rien de bon. ''Hé ben, t'as tapé fort, cette fois ci. Elle est vachement belle, ta nouvelle copine.''

Je rougis au commentaire. ''C-C'est pas ma copine ! T'es fou !? Et puis, qu'est ce qui te fait penser ça !?''

Mon ancien collègue laissa échapper un rire. ''La manière qu'elle te regarde. Et puis, tu rougis.''

Mes joues se colorèrent d'avantage, j'étais outrée par le commentaire. ''N'importe quoi !'' Je pris une bonne bouffer d'air, essayant ainsi de reprendre mon calme. ''C'est la petite amie de mon frère.''

'Hm..'' Il regarda sur le côté, semblant pour un instant réfléchir à quelque chose. ''Et du coup, t'es toujours célibataire ou il y a quelqu'un d'autre?''

Je pris les deux pinces, une rouge, et une noir, qu'il me céda. De son côté, il avait gardé les deux autres qui restaient. ''Je suis retourner avec Kaede.''

''Oh, je vois. Et ça se passe comment?'' Demanda t il en ouvrant le capot de sa voiture.

Je soupira. ''C'est compliqué. Elle veut à tout prix que l'on prenne un appart ensemble au plus vite...''

''Mais... tu ne te sens toujours pas prête, c'est ça ?''

Yamada était vraiment doué pour étudier les gens. Sa perspicacité n'avait pas changé, à ce que je pouvais voir. ''C'est ça.'' J'ouvris à mon tour le capot de la Mini Cooper et installa la pince noir sur la borne négatif de la batterie et la rouge sur le bloc moteur. ''Je lui ai dit que ça se fera en fin d'année, pour en finir avec.''

''Tu vas vraiment le faire?'' Toutes les pinces étaient branchés correctement, reliant ainsi par câbles les deux moteurs. Il n'y avait plus de mon côté qu'à patienter un peu, maintenant. Yamada lui commença à tourner au ralenti sa voiture.

Je haussa la voix, afin de me faire comprendre à travers le bruit. ''Je n'ai pas vraiment le choix, je suis une femme de parole. Et puis, je savais bien qu'un jour il fallait que ça arrive. De toute façon, sa copine sera bientôt dans ses pattes à lui aussi, et Takeda n'aura plus de temps pour moi non plus. C'est la vie, je suppose.''

''Je vois. C'est vrai qu'il faut bien que vous avanciez chacun de vos côtés, mais rien ne vous empêche de vous voir souvent, et de rester là l'un pour l'autre.''

Je me pencha délicatement sur le bord de la voiture et croisa les bras, me concentrant ainsi pour réfléchir. Il n'avait pas tord du tout. J'avais du mal à comprendre pourquoi j'avais si peur de partir vivre de mon côté comme ça. Kaede m'avait demander de vivre avec elle, mais pas de partir vivre de l'autre côté de la Terre non plus, n'est ce pas? Je pouvais bien prendre un appart pas loin, comme ça je pourrais souvent venir le voir. Mais... Cette femme. Tout avait changé depuis que Shizuru avait accepté la demande de Takeda. Maintenant, elle était la, bien encré dans sa vie. Depuis qu'elle était là, ma relation avec mon frère n'était plus du tout la même. Et puis, elle me mettait dans toutes sortes d'états avec ses bizarreries... Je secoua la tête. Argh... c'était pas la question ! Je savais plus du tout ou j'en étais.

''Hé, Natsuki.''

Hébétée, je quitta des yeux le sol pour diriger mon attention sur mon interlocuteur. Celui ci me regardait, la tête légèrement décalé vers sa vitre ouverte. ''Ouais?''

''Tu peux déjà essayé de démarrer la voiture, tu sais.''

''Ah!'' Je me dirigea à l'intérieur de la Mini Cooper. ''Tout de suite.'' Je retourna les clefs de contact afin d'essayer de redémarrer le moteur. Yamada et moi se sourirent réciproquement lorsque l'on entendit le bruit du moteur trouver une stabilité après quelques grondements. Après quelques instants, j'éteignis le moteur et rejoignis mon mentor.

''Super ! Merci beaucoup, Yamada.''

''C'était pas grand chose. Et puis, ça m'a fait plaisir de te revoir.'' Il regarda sa montre et son sourire se fana un peu. ''Je suis désolé, mais je vais déjà devoir te laisser.''

''Je comprend. À moi aussi, ça m'a fait du bien de te revoir. Je promet de te recontacter bientôt. Et puis, je vais peut être pas tarder à revenir faire un tour au garage, qui sait.'' Dis je, tout en lui cédant les câbles qu'il prit soin de ranger dans le coffre de sa voiture.

''Tu peux venir quand tu veux. On en a bien besoin, de bons apprentis comme toi!'' Me fit il avec un grand sourire. Il rejoignit sa voiture.

Je m'apprêtais à me retourner lorsque je le vis soudainement s'arrêter à sa porte. ''Ah, et... Natsuki.''

Je le lança un regard interrogateur. ''Oui?''

Il semblait réfléchir. Probablement pour choisir correctement ses mots. ''Réfléchis bien, avant de... de prendre des décisions hâtives. Ce qui est important, c'est ce que tu ressens. Et... la vie est faite de risque, c'est à toi de voir si certains vaut la peine d'être pris ou non.'' Sur ses mots, il pénétra dans son véhicule, et fit marche arrière. Visiblement, il n'attendait pas de réponse de ma part, ou bien, il ne voulait même pas qu'il y en est.

Sur le moment, je n'avais pas du tout compris ce qu'il voulait dire. Peut être qu'il faisait allusion au déménagement avec Kaede. Je ne voyais pas d'autres explications. C'était pas vraiment son genre de donner de tels propos. Cela voulait dire qu'il s'inquiétait pour moi, et même si je n'étais pas sûre de ce que ce qu'il voulait signifier, ça m'avait tout de même fait plaisir de voir qu'il s'inquiétait à mon sujet.

Je chercha du regard l'interrupteur pour refermer la porte coulissante du garage.

Lorsque le garage était correctement fermé, je me rendis d'avantage compte à quel point il faisait chaud. Après tout, il fallait s'y attendre, c'était l'été. J'ignorais le degré exact, mais ce que je savais, c'était que c'était suffisamment élevé pour me faire transpirer au moindre effort. C'était vraiment ironique ; mon prénom signifiait 'fille de l'été', et pourtant, je détestais cette période de l'année.


Enfin, je me redirigea vers le salon afin de partager la nouvelle avec Shizuru. Elle était toujours devant la télé, les jambes croisées, cette fois ci sans sa tasse de thé. La bête n'était pas là non plus, non pas pour me déplaire. Elle m'avait entendu venir, puisqu'elle m'avait directement regarder dès mes premiers pas dans la pièce. Je pouvais me tromper, mais elle semblait ravie de me voir à nouveau.

Je lui fit un demi sourire, fière d'avoir finit ce que j'avais commencé et ce sur une bonne note. ''Ça y est, c'est réparé.''

''Merci beaucoup.'' Shizuru me sourit de plus belle. ''Natsuki est vraiment douée de ses mains.''

Je rougis au compliment. ''Mais non, ce n'était pas grand chose.''

Son regard passa du taquin au sérieux, il y avait aussi quelque chose d'autre que je ne pouvais pas identifier. ''Natsuki ne devrait pas se dévaloriser. Elle a énormément de qualité.''

Je détourna pendant l'espace d'un instant le regard, sous l'effet de l'embarras. ''Merci...''

Ses yeux écarlates quitta mon visage, descendant lentement le bas de ma clavicule, ce qui n'aidait en rien à mon malaise... Qu'est ce qu'elle regardait comme ça, au juste?

''Tu as du bien transpiré sous cette chaleur, tu veux prendre un bain chez moi? Cela te fera beaucoup de bien.''

L'idée était très tentante, alors ne voyant pas de contre indication, j'acquiesça docilement à la proposition.

Suite à ma réponse, elle se leva gracieusement du canapé et me fit signe de la suivre.

Elle m'amena à travers un couloir, qui nous permis de rejoindre ce que je compris très vite, être la salle de bain. La salle était plutôt spacieuse pour une salle de bain. Sur un recoin se trouvait une grande baignoire d'angle noire. J'imaginais déjà le plaisir que ça doit être de le remplir d'eau avec de la mousse, et de pouvoir se prélasser à l'intérieur pendant des heures... Juste à côté, il y avait un porte serviette, et dans l'angle d'à côté il y avait le lavabo, de couleur blanche, positionné sur un meuble à tiroir noir. En face de la baignoire se trouvait un grand tapis de la même couleur. Pour ce qui est du reste de la pièce, il y avait une grande armoire, ainsi qu'une étagère de taille moyenne.

Je n'avais pas remarqué que Shizuru avait quitté les lieux jusqu'à ce que je la voyais revenir avec une serviette de bain de couleur mauve dans les bras. Elle me les tendit délicatement.

''Tu veux que je te prête quelques vêtements?''

La question m'embarrassa. Je n'y avais pas pensé, mais je n'avais effectivement pas de linge de rechange. Pas que mes vêtements étaient si mouillé non plus, fort heureusement... mais, ça faisait quand même sale, non? Mais... je n'avais pas envie de me retrouver avec ses vêtements féminins, et encore moins avec ses sous vêtements, ça serait vraiment embarrassant. Alors, devais je me faire passer pour une fille sale ou être inconfortable ? La regardant de nouveau dans les yeux, je pouvais voir qu'elle attendait curieusement ma réponse. ''Euh... ça ira, je n'ai pas trop transpiré et puis, je serais bientôt à la maison, de toute façon.''

À ce moment la, j'espérais vraiment être déjà à la maison.

''Comme tu voudras. Si tu as besoin de quelques choses, je serais dans la chambre d'à côté.''

Je hocha la tête en guise de réponse, et elle quitta la pièce en fermant la porte derrière elle. Mon premier réflexe fut bien sûre de fermer la porte à clef. Enfin, je ôta tous mes vêtements afin de rejoindre la baignoire. Même si l'envie de prendre un bain était tentant, j'optai pour une douche afin d'être plus rapide. Je me rinça rapidement, et pris le gel douche de Shizuru, qui sentait le cerisier du Japon. C'était une odeur plutôt agréable.

Au bout d'une quinzaine de minutes sous la douche, je sortis de la baignoire et déplia la serviette que Shizuru m'avait donné plus tôt. Ça faisait un bien fou de prendre une bonne douche un peu plus froide que tiède, dans une telle chaleur. Négligemment, je remis mes sous vêtements, ainsi que ma chemise et enfin mon jeans... Lorsque je remarqua quelque chose. Je tapota plusieurs fois mes poches de jeans. J'avais oublié mon téléphone portable dans le garage ! Quelle idiote je faisais.

Je me précipita vers la sortie de la salle de bain, ouvrit rapidement la porte, et me pressa d'avantage en direction du garage. Lorsque je fus dans le couloir, je n'eus pas le temps de comprendre quoi que ce soit que je me heurta à quelqu'un et me retrouva à terre sur celui ci. C'était bien sûr Shizuru. La voyant toujours les yeux fermés, l'anxiété me prit à la gorge. ''Shizuru, est ce que ça va? Je suis vraiment désolée, j'ai oublié mon téléphone dans le garage et j'avais que ça dans la tête, vraiment désolée !'' Celle ci grimaça légèrement en ouvrant les yeux, elle semblait clairement perdue. ''Shizuru, tu vas bien?'' Je mis mon poids sur mon coude gauche et leva délicatement mon bras droit afin de lui toucher le côté du front. Il était un peu rouge. Je lui caressa légèrement la zone. ''Ça fait mal?''

Elle semblait difficilement prendre la parole. ''Non... ça va aller.'' Je la regardais profondément dans les yeux, cherchant à savoir si elle me disait la vérité ou non. Elle baissa le regard plus bas, et lorsqu'elle me regarda de nouveau avec ses yeux écarlates, il y avait une telle intensité que j'en étais paralysé. C'était à ce moment la que je compris notre proximité. Il n'y avait probablement pas plus de cinq ou six centimètres entres nos deux visages, et nos corps étaient pressés l'un contre l'autre. Une chaleur me traversa l'ensemble de mes membres. Une chaleur que j'aurais pu assimiler à l'embrasement flamboyant qu'il y avait dans les yeux de Shizuru. Je ne les avais jamais vu ainsi, et jamais d'aussi près, d'ailleurs. À ce moment là, le crescendo mélodieux de mon cœur se fit si fort que je pouvais même l'entendre résonner dans ma tête. La distance entre nos deux visages diminuait de plus en plus, et j'étais incapable de dire qui est ce qui fermait la distance. Inconsciemment, mes yeux se posèrent sur ses lèvres pulpeuses. Plus elles se rapprochaient, et plus elles semblaient si parfaites, si attirantes, si... Enfin, je ressentie quelque chose de terriblement doux et mou se presser contre mes lèvres, et je ferma instinctivement les yeux. ...délicieuse. Un tourbillon d'émotions se libéra soudainement en moi, et il était si puissant que j'oubliai tout ce qui se passait autour de nous. Je ne pouvais tout simplement plus me concentrer sur autres choses que sur ces lèvres qui se remuèrent contre les miennes. Ma bouche répondit d'elle même au baiser, ce qui incita sa partenaire à continuer. La main de Shizuru vint s'agripper à ma joue, et ce fut avec fermeté qu'elle me poussa d'avantage plus proche de sa bouche. Je lâcha contre mon gré un gémissement, surprise par le geste et par l'excitation que cela me procura. Sa bouche avait un agréable goût de thé vert et de cerise. Je pouvais sentir mon corps brûler à mesure que l'échange s'intensifiait. C'était comme ci que pour l'espace d'un instant, toute ma raison avait quitté mon corps pour n'être dirigé que par l'instinct. Tout semblait effacé, l'endroit, le temps, et même...

Kaede.

C'était comme ci que le ciel me tombait littéralement sur la tête. Et tout redevenait à sa place, Kaede, Takeda,... J'ouvris les yeux, choqué et dégoûté de moi même. Brusquement, je me leva de ma position, me remettant ainsi sur pied. Tout comme je venais de remettre les pieds sur Terre. Shizuru changea de positon et s'essaya. Elle était perdue par mon changement soudain. Ses yeux me dévisagèrent, et je pouvais y voir la crainte et le désir qui y résidaient. Je nota aussi qu'elle rougissait. Je ne l'avais jamais vu rougir avant, ce n'était pas un rougissement aussi profond que le mien, il était beaucoup plus rose et discret. Je me haïssais pour mes pensées, parce que à ce moment là, je ne pouvais que la trouver affreusement sexy. Cependant, mes gestes... c'était la pire chose que j'aurais pu faire dans ma vie. Sur l'instant, j'aurais probablement préféré tuer quelqu'un plutôt que d'avoir fait une telle chose. La colère me prit comme l'effet d'une bombe à retardement. J'étais en colère contre elle... mais surtout contre moi même.

''Qu'est ce que... Mais qu'est ce qui t'a pris de faire ça?!'' Lui criais je presque dessus, les yeux vacillant avec le choc, la peur, et tout un tas d'autres mélanges d'émotions.

Shizuru semblait tétanisée. ''Je... Natsuki, je-'' Elle essaya tant bien que mal de se relever. Une fois debout, celle ci posa, hésitante, l'une de ses mains sur la mienne. ''Laisse moi tout t'expliquer.'' Je brisa instantanément le contact et recula de quelques pas. Son visage se crispa dans la douleur, je savais que mon rejet l'avait blessé. Il n'y avait rien à expliquer, tout ce qui venait de se produire n'avait absolument pas lieu d'être, peu importe les raisons. Tout ce qu'on avait fait, ce n'était qu'une terrible erreur, la pire des erreurs !

''Tu es complètement malade!'' Grondais je, déversant ma colère sur elle. J'étais encore plus fautive, mais il était tellement plus facile de mettre toute sa colère sur quelqu'un d'autre.

Shizuru ne répliqua pas, elle baissa simplement la tête vers le bas. Les traits de son visage redevenaient à la normal, et rapidement, il n'y avait plus l'ombre d'une émotion. Il était à nouveau complètement placide. Je me demandais vraiment comment elle pouvait rester de marbre après ce qu'il s'était passé.

Qu'est ce que j'avais fait...

L'atmosphère était terriblement pesante, je ne pouvais plus rester une minute de plus ici. Mon cœur battait toujours à une vitesse fulgurante, mais cette fois si pour des motifs différents. J'avais l'impression d'étouffer. J'avais besoin de sortir d'ici au plus vite. Mes jambes se hâtèrent de m'amener avec elles vers la porte. Et sans demander mon reste, j'ouvris la porte d'entrée et accourue presque vers ma moto. De l'air, j'avais besoin d'air. Enjambant mon véhicule, j'essayai de récupérer mon souffle.

Qu'est ce qui m'avait prit...

Mon cerveau repassait en boucle la scène, et je du faire un effort incommensurable afin d'évacuer ses tortueuses pensées de mon esprit.

Pendant tout le trajet, il y avait comme quelque chose dans mon estomac qui remuait de tous les côtés mes entrailles. J'avais manqué de rentrer dans une voiture, étant trop perdue dans mes pensés. J'étais si mal, j'avais fait la plus grosse erreur de ma vie. Comment avais je pu oublier Kaede et Takeda? C'était impardonnable. Je ressentis une boule grandissante dans ma gorge et les larmes me montèrent au yeux. Je les avais trahis, et le pire, c'était que j'avais aimé ça. J'étais si répugnante... Une de mes larmes glissa sur ma joue, je n'avais plus la force de garder mes émotions sous contrôle.

Lorsque je rentra à la maison, je fus bien contente que Takeda ne soit pas là. La maison était effectivement vide, à ma plus grande chance. Les émotions me submergèrent d'avantage que je m'approchais de ma chambre. Je bondis sur mon lit, tombant ainsi à plat sur le ventre. J'agrippa un oreiller de mes bras et étouffa mon visage à l'intérieur, l'humidifiant par le même passage.

Il y avait toujours les mêmes paroles incessantes dans ma tête, toujours le même refrain, la même chanson.

Ces mêmes mots qui n'en finissaient plus. J'étais...

...Dégoûtante.